Un Camion pour Bangui


Le voyage à Bangui
Récit d’un voyage missionnaire en Afrique de l’auteur de ce site.
Riche en péripétie, cette exaltante aventure est à consommer jusqu’au bout.

Note: Ce voyage est raconté au jour le jour par  par mail aux amis qui soutiennent le missionnaire.

Avant le 9 Août 2000 (Prologue au départ)

Vous avez été très nombreux à me soutenir dans la phase de préparation de ce voyage missionnaire en Centrafrique.
Je vous annonce mon prochain départ qui est prévu pour la semaine prochaine et tiens à vous remercier pour votre gentillesse et votre soutien.

Certains d’entre vous (qui se reconnaîtrons au passage) m’ont fait parvenir quelques matériels et soutiens ou des présents pour les frères de là-bas. Le Seigneur veille sur son troupeau.

Je suis encore connecté jusqu’au Lundi 7 Août 2000.
Après, la relation de ce voyage se fera au grès des connections Internet sur la route jusqu’à notre arrivée. Je pars avec un frère qui s’est joint à l’équipage.

Nous allons tout d’abord dans les pyrénées saluer ma famille au passage, à Lourdes visiter des frères aimants, et passons la frontière Espagnole dans les jours qui suivent.
Vous comprenez mon impatience du top départ. Je suis content que vous veniez virtuellement avec moi.
Le miracle Internet, quoi qu’on en dise, est que le Canada, la France, le Brésil, la Belgique et le reste du monde sont maintenant dans la même pièce. Dans une semaine nous serons tous dans le même camion.
Les frères de Bangui sont bénis; Je les envie presque.

Le grand départ est pour demain. Finalement, les passagers et collaborateurs éventuels se sont désistés, et c’est donc seul que je prends le départ pour ce voyage.
J’avais plein de choses à vous dire, mais l’émotion est au rendez-vous, et je me sens tout drôle et sans voix maintenant que le camion est prêt, demain matin, à être chargé.
Les derniers jours ont été un peu stressants, sans raisons. L’ennemi essaye bien sûr de me décourager, mais je sais en qui j’ai cru.

Les frères sont venu m’encourager a coup de versets biblique et j’expérimente une douce quiétude malgré les oppositions qui se sont faites plus pressante ces derniers jours.

Qu’importe, demain, nous aurons gagné.

L’évangile est une puissance pour quiconque croit. Nous faisons partie des heureux qui avons placé notre confiance en l’Éternel des armées. Depuis 15 ans que je marche avec Lui, Il ne m’a jamais fait défaut. Que toute la gloire Lui soit rendue !

Je sais que vous me soutiendrez par la prière. Prier est pour nous une seconde nature et parler avec Dieu est une grande joie. Avançons ensembles pendant qu’il fait jour. Je vous embrasse tous. Les prochaines nouvelles seront quand je rencontrerais une connexion Internet. Bientôt.

Départ le 9 Août 2000

A peine 1 semaine de voyage et déjà pas mal de problèmes mais, on s’en doutait, personne n’en est exempt dans ce genre d’expédition.

Après une visite de courtoisie à Michel et Édit Péte (production d’émissions radio chrétienne) et un arrêt dans les Pyrénées pour saluer ma famille avant le voyage, départ pour l’Afrique le vendredi 11 août et premières frayeurs dans les raides montées et descentes de cette première étape de montagne.

Le camion est très (trop) lourd et peine dans les cotes ; C’est bien parti !

Perdu le bouchon du carter en rajoutant de l’huile et remplacé icelui par un chiffon qui laissera passer les vapeurs et giclées qui maculent le véhicule et le déguisant en camion de garagiste. Bonjour la crasse. :-//
Un mécano serait d’ailleurs bien utile vu que le démarreur donne des signes de faiblesses. Je trouve vite le truc et lui expliquant comment fonctionner à coup de clef a molette.

Mon accompagnateur présumé n’ayant plus donné de signe de vie, c’est seul que j’ai quitté Marseille.

Samedi 11/08/2000

Matinée passée sur un parking Espagnol en réparation et remise en ordre du chargement. Retrouvé le bouchon du carter ; Il ne reste plus qu’à nettoyer les dégâts.
Départ à 14h30 en direction de Valencia et dîner d’une omelette espagnole appelée Tortilla Françesa.

Dimanche 12 Août

Première crevaison et un pneu en lambeaux.

Le Camion est vraiment trop lourd et le cric s’est cassé en essayant de m’écraser le petit doigt de la main gauche au passage.
Dix kilomètres a pieds pour ne pas trouver un garagiste ouvert, et passé le reste de la journée à gratter la terre sous la roue pour essayer de me dépanner. En vain.

14 Août

Après 24 heures d’immobilisation au bord de la route, le camion est repartit pour Bangui après qu’un mécano m’ait prêté son cric.
Route facile mais épuisante à cause de la montagne. 3 casses croûtes et six litres d’eau pour réparer les dégâts de déshydratation de la veille.
La lumière de charge de la batterie clignote ; Aie !

Impossible de trouver un nouveau cric. Un neuf est trop cher pour ma bourse. Je cherche un coin pour me laver et faire réparer la roue. Traversé une station balnéaire noire de monde ; C’est la folie dans le coin !

Rencontré une famille de Marocains qui rentrent au pays en panne de…démarreur. Allez savoir pourquoi, je n’ai pu m’empêcher de les aider à pousser.

Mardi 15 Août

Arrivée à Algésiras ville du sud de l’Espagne.

Le Ferry-boat part dans l’heure et fait mon affaire ; Embarquement immédiat et grand trou pas très prévu dans le budget. Merci les augmentations des tarifs des transports maritime.

Tanger (Maroc) le 17Août 2000

C’est maintenant que les problèmes commencent réellement.

En vérifiant le chargement, le regard du douanier s’allume en repérant l’ordinateur.
Tout mon bazar est vraiment «intéressant », et la découverte de ma littérature biblique (figurant sur ma déclaration en douane) met fin a tous mes espoirs de passer tranquillement et d’obtenir la précieuse «autorisation de transit ».

Je vous abrège la relation de l’histoire car cela dure très longtemps, pour finalement nous trouver, le camion (et son contenu) saisis et bloqués dans un entrepôt de la douane du port.

Le deal est simple à comprendre : Payer une «caution » ou faire demi-tour ce qui ne m’arrange pas. De toute façons, je n’ai pas prévu de budget pour ce genre de situations et la morale ne me permet pas d’envisager d’autres solutions. Veuillez entendre corruption de fonctionnaires.

Mercredi 16 Août.

Passé la journée à visiter des dizaines de bureaux administratifs (dont le consulat de France qui ne veut rien entendre) pour « sauver » la situation, et le résultat des courses est qu’il y a une troisième possibilité, c’est celle d’abandonner mon chargement. Dur dur !

Réussi à négocier le passage en laissant la littérature scolaire, les machines à écrire, le matériel informatique, bref, tout ce qui se négocie au Maroc pour les petits malins (bien que le «don » soit fait au croissant rouge Marocain). Je garderais uniquement mon matériel de travail (évangélisation).
C’est d’un cybercafé placé là par « La Providence » que je vous envoie ce message. Je vais négocier ma « libération »tout à l’heure.

Ce sont les écoliers marocains qui étudieront le français à nos frais et non les Centrafricains qui risquent d’être fort déçus à mon arrivée.
La vie est ainsi. Tout a un coût, et l’humanitaire aussi a un prix dans les pays qui en bénéficient. Ce n’est pas le temps en surtout le lieu de discuter de la question.

En tout cas, personne ne pourra me voler La Parole qui est écrite dans mon coeur, et que je peux emmener là où je suis. Voyez ce que je veux dire. 🙂

« Faites vous un trésor dans le ciel….. » Matthieu

L’avantage, c’est que le camion sera moins lourd et aura moins de difficultés a traverser le désert, dans quelques jours si Dieu veut.

Hier soir, j’ai encore dormi «emprisonné » dans la douane.

Vendredi 18 Août

Troisième nuit à dormir dans les entrepôts de la douane à Tanger. La situation est toujours bloquée (et le restera).

Rencontré hier comme prévus le gestionnaire d’une des trois cliniques gérées par « le croissant rouge », heureux bénéficiaire du matériel que la mission doit « laisser » sur place pour taxes infortuites.
Ce responsable a été droit au but: « Je prends tout ou rien  » et ma réponse à été catégorique et sans appel : Non !

En plus, je le l’ai traité d’escroc (ce qui est vrai d’après la rumeur publique), et lui ai expliqué que je comprenais maintenant le piège dans lequel les employés de la douane marocaine m’ont enfermé en bloquant (illégalement) le véhicule dans leurs locaux.

Maintenant, tout est clair; ils ont essayé de nous plumer, ce que je représente et moi.
Il n’est pas étonnant que plusieurs véhicules, dont des convois transportant du matériel humanitaire, aient fait demi tour à ce poste d’entrée au Maroc.

Le directeur local de cette administration a d’ailleurs eu il y a quelques semaines des ennuis avec le « Canard enchaîné » qui a publiquement dénoncé le racket et chantage auquel se livrent le personnel des douanes marocaines.

La situation du camion est toujours la même. Un douanier à qui j’ai tiré les vers du nez laisse entendre que la littérature biblique ne serait pas étranger à l’affaire. Il paraîtrait même que je serais un homme dangereux (sic).

Rencontré à la sortie du « croissant rouge » une autre association qui propose de prendre en charge le problème, en acceptant, bien sûr, le généreux don et de débloquer la situation.

Encore deux jours d’attente pour rien; Ils m’ont mené en bateau car l’administration marocaine étant ce qu’elle est, il leur est impossible de recevoir un don de l’étranger sans moult autorisations ministérielles et ce n’est pas demain la veille en ce qui concerne la question.

Lundi 21 Août 2000

Le voyage vers Bangui a repris mais en repassant par l’Espagne.

La porte du désert était décidément trop bien fermée, ce qui n’et pas un mal vu que le camion est décidément bien trop lourd et a failli s’enliser dans le premier tas de sable que j’ai rencontré (une plage). Donc, machine arrière toute !

Après un nouveaux passage en bateau du détroit de Gibraltar (ce qui écorne au passage mon budget), je me réfugie au sud de l’Espagne à Torrémolinos , dans la communauté chrétienne dont les membres ont eu l’immense privilège, il y a 15 ans ,de m’emmener au Seigneur.

C’est donc naturellement que j’ai été les voir avec l’émotion que l’on devine.

Bernard (un des pasteurs) et son épouse Danielle m’ont très bien accueillis et c’est dans leur demeure, depuis hier, que je prépare la suite du voyage.
En fait, il n’y a pas trente six possibilités; Soit je trouve un bateau (et le prix du passage) et je continue le périple par mer, soit je vends le camion et prends l’avion pour Bangui. facile hein ?

Non, pas si facile que cela. Le camion et matériel sont destinés à l’Église en Afrique, et nous feront tout notre possible pour que ils arrivent à bon port.

En ce moment, un pasteur de la communauté d’ici s’occupe de se renseigner sur les passages. Nous attendons la suite.

Dimanche 3 septembre 2000

Déjà 15 jours que nous sommes, le Camion et moi, hébergés par les frères responsables de la communauté chrétienne de Torrémolinos, qui, je vous le rappelle m’a aidé il y a bientôt 15 ans à passer de la mort à la vie en rencontrant le Roi des rois, Le Seigneur des seigneurs.

Il faut dire que cela a été une grande joie pour eux de me revoir (et de me recevoir), car je suis un des nombreux fruit de leur ministère.

Rencontré le pasteur Daniel Del Vecchio, fondateur de l’oeuvre qui m’a reçu comme un fils spirituel (ce que je suis d’ailleurs) et présenté à toute la communauté de la région lors d’un rassemblement d’édification qui a eu lieu la semaine dernière à Grenade (Andalousie).

Les quelques jours de jeûne et de prière (ainsi que vos prières), ont ému le cœur de Dieu qui à répondu à sa façon à la problématique que nous avait posé l’impossibilité pour le convoi de traverser le Maroc et les sables du désert.

Une partie de l’offrande du culte de Dimanche dernier a été offerte à la Mission pour Bangui (imaginez mon émotion) et le complément est pourvu par le travail que me donne un frère sur place (nettoyage du parc, travaux d’entretien, peintures, et plein d’autres choses que j’ai horreur de faire mais que le Seigneur avait prévu d’avance pour me permettre de perfectionner mon Espagnol. Olé !

La mauvaise nouvelle est que l’arrivée à Bangui sera retardée de quelques semaines, et la bonne est que tout le matériel est sauf, et que la maison où je « travaille » et ses occupants appartient à Dieu, et qu’entre autres, je suis chargé d’arroser les fleurs et de nettoyer la piscine ce qui est loin d’être désagréable. J’aime bien !….

Autre bonne nouvelle, la maison est connectée à Internet et Bernard, maître des lieux après Dieu m’a procuré du matériel informatique qui me permet de vous envoyer les premières photos via le web. Moi qui voulais une web-cam, nous n’en sommes pas très loin.

Pour le moment, ce que j’envoie sera en noir et blanc (je ne sais pas encore bien me servir du truc), mais, avec le temps, sans doute pourrais-je vous envoyer un peu de bleu du ciel d’ici et bientôt du vert de la foret équatoriale. Il me faut vous remercier pour l’intérêt que vous prenez à ce récit et vos petits messages mail d’encouragement. Si vous saviez le bien que cela me fait…

Le Seigneur a été bon avec moi; La brève aventure marocaine aurait dû me faire mordre la poussière, d’autant plus que mon budget ne me permettait absolument pas de prendre un bateau pour rejoindre l’Afrique. Celui qui a dit:

« Ne vous inquiétez de rien » (Matt 5)

…est fidèle. Il dit aussi:

« Tu seras affermie par la justice; Bannis l’inquiétude, car tu n’as rien à craindre, Et la frayeur, car elle n’approchera pas de toi. » Esaie 54:14

Il a pourvu, comme d’habitude ! Je loue mon Dieu pour la grâce qu’Il m’a fait de pouvoir comme cela Lui faire confiance (en toutes choses).

Dans quelques semaines donc, nous prenons un cargo d’Algésiras (Sud Espagne) en direction de Dakar(Sénégal), a moins que le Seigneur ne m’aide à mettre le camion dans un avion pour Bangui. On voit l’aéroport de Malaga depuis la maison. Si Il le veut, d’autres nouvelles d’ici là.

Dimanche 24 Septembre 2000

Il y en a parmi vous qui se plaignent de ne pas recevoir des nouvelles plus souvent et ils ont raison.

J’aimerais passer plus de temps sur ma machine et naviguer à mon grès entre email, sites et confréries chrétiennes de tout poils, mais ce n’est pas possible car rien n’est si rose au pays de l’attente.
Pays de l’attente car je langui de reprendre la route vers Bangui, que cela soit en avion, bateau ou tout autre moyen que le Seigneur utilisera pour nous transporter vers « la terre promise ».

Un grand merci à vous tous pour les nombreux messages, gestes d’amitiés et sollicitudes dont vous m’arrosez.

Arroser est le mot car, comme une fleur, je me sens revivre chaque fois que je reçois un clin d’oeil d’un frère ou d’une soeur familier ou parfait inconnu. Le Seigneur nous utilise les uns les autres pour nous faire du bien, et tu ne te rends pas compte combien, mon frère, tu as fais le bien quand tu as écris un petit bonjour à celui ou celle qui ne t’attendais pas.

Non que je sois comme Paul en prison dans mon exil doré, mais j’expérimente la patience (qui n’est pas ma plus grande vertu) en attendant le moment de la délivrance. Dieu conduit tes pas, et c’est cela le miraculeux. L’apôtre Paul passait son temps entre les oppositions, et Dieu le conduisait ainsi : C’est mon cas.

« Avance ! » m’écrivais ces jours ci un frère qui sait ce qu’être emprisonné veut dire et le ton de son encouragement est un drôle de pléonasme pour quelqu’un qui a vu sa route arrêtée par quelques diaboliques considérations. Deux ans de taule.

Merci donc à vous et en particulier à Sabine et à Colette qui se reconnaîtrons. Dieu t’a vue ma sœur (Tu peux baisser ta main). 😉

Je suis donc bloqué ici encore huit semaines.

Non que le camion soit en panne ou que je sois bien ici, mais El Shadai a encore une fois pourvu en l’espèce d’un travail pour le compte d’une famille chrétienne du cru qui m’offre le billet pour Dakar contre de menus travaux d’entretien de la maison du Seigneur qui les abrite du mauvais temps.

En bref, je suis temporairement une sorte de lévite qui s’occupe de la maison de Dieu (puisque ils sont serviteurs patentés) et, comme mes collègues Néhémie, Salomon, Daniel, Joseph et les autres, je sers, je sarcle, je coupe, je peins, je taille, bref, je m’écorche les mains à réparer les outrages du temps sur les murs et alentours de la demeure.

Il est évident que je préfère prêcher que me casser les reins à fendre des bûches, mais j’ai la certitude que Dieu a voulu cela et que le calcul du temps n’a pour notre maître aucune espèce d’importance.
Je me sens un peu comme Joseph en Égypte. Avant de rencontrer Pharaon, le temps devait lui sembler un peu longuet.

Déjà, un tiers du chemin a été parcouru et le départ devrais se faire vers le 28 Novembre (de cette année j’espère). 😉

Je ne sais pas encore dans quelles conditions car les bateaux vers le continent Africains ne sont pas légions dans le secteur.
En ce qui concerne les avions, il parait que c’est déjà complet pour cette période; J’aurais du écouter ma mère et aller à Pal lavas les flots. Trêve de plaisanterie (en fait, je n’ai pas envie de rire) passons aux choses sérieuses.

Un frère patron d’un garage a pris le camion en charge pour réparer l’alternateur et en a profité pour faire un brin de visite.
Outre la panne du générateur, il a réparé le manche à air du filtre à je ne sais trop quoi, et deux ou trois bricoles qui avaient échappé à ma perspicacité. Le camion a été lavé et est prêt pour le départ dans la cour de la maison. Il est déplorable que je n’ai pas su faire marcher le truc à transvaser les images du caméscope dans le PC; Vous auriez eu une belle photo (si j’ai le temps, je réessaye tout à l’heure).

Juan, c’est le nom du frère mécano, a offert le montant de la facture au Seigneur; De là où vous êtes, rendez grâce à Dieu pour cela (Juan est un homme qui revient de loin). L’Église est en marche !

Que vous dire d’autre sur mon séjour ici ?
En fait, à part les égratignures, griffures de ronces, traîtres coups de bûches qui ne veulent pas se laisser scier, mal aux reins persistant et fatigue omniprésente, tout va bien sur la planète Costa del Sol.

Lever à 8 h, temps réservé au Seigneur jusqu’à 9h (petit déjeuner), boulot assisté de cassettes d’enseignement (en Français),
14h30 : Dépoussiérage dans la piscine, 15h repas (heure Espagnole), sieste jusqu’à’ 17h, ra dada jusqu’à la nuit qui tombe ici pour le moment vers 20h30.
Re-repas et trois possibilités jusqu’à 10h30 l’heure bénie du coucher. Un bon bouquin, rien faire ou prière. Heureusement que Bernard n’est pas souvent là et que les connexions Internet sont limités, car sinon, cela me ferait encore des heures à répondre à votre courrier. Dieu fait bien les choses !  🙂

Cela vous fait comprendre par la même occasion pourquoi je suis si lent à réagir à vos poulets, et que mes nouvelles sont bien espacées en ce moment.
Ne vous inquiétez donc pas si je reste « absent » du Net de temps en temps. Au cas fort peu probable où nous nous perdrions de vue, sachez que de toute façons, on se retrouvera à coup sûr là où vous savez pour l’éternité.

Dimanche 29 Octobre 2000

Hello! Mes nouvelles se sont faites plus rares.

Non que je ne pense pas à vous, mais assez peu de choses se sont passées ces dernières semaines qui valaient la peine d’être racontées. Aujourd’hui, du nouveau ! Alors, je vous informe.
Tout d’abord, vous devriez trouver dans quelques jours des photos du camion sur mon site ou du moins sur celui de Nicolas. Elles sont en noir et blanc pour cause d’incompatibilité d’humeur entre mon caméscope et le truc qui transfère les images dans le PC. Ces images sont fixe; Vous envoyer des vidéos est possible mais techniquement un peu compliqué, et je n’ai hélas pas le temps de m’amuser à vous fabriquer cela. Peut-être que bientôt…
Vous verrez donc le camion, sans doute moi-même et je ne sais pas encore quoi, vu que c’est le cher Nicolas qui met en page, et a toutes latitudes pour me présenter sous mon meilleur profil.

Ceux qui parmi vous en veulent d’autres, peuvent m’envoyer un petit email et recevoir dans leurs boites d’autres clichés pris sur le vif maintenant que mon ordinateur daigne bien traiter ce que je lui demande. Voilà pour la technique !

Sur un plan plus spirituel, j’ai la chance (la grâce) d’habiter la maison d’un des responsables de l’oeuvre qui me reçoit (Église Chrétienne Évangélique Apostolique), c’est vous dire si le lieu est inondé de prières, d’oraisons et louanges de toutes sortes et ce n’est pas un mal.

Les frères de Bangui m’ont téléphoné la semaine dernière et je ne vous dis pas la joie que j’ai eu d’entendre au bout du fil l’évangéliste Stanislas (Voir photo sur le site missionnaire) qui m’assure que là-bas, on m’attends avec impatience. D’eux ou moi, je me demande lesquels souffrent le plus du contretemps que nous vivons actuellement.

Le contretemps en question est d’ailleurs particulièrement béni si l’on considère le fait que j’ai ici retrouvé mes racines spirituelles, rencontré des frères aimant, trouvé un soutien matériel, affectif et spirituel non négligeable, et surtout la joie de réaliser que je suis maintenant entièrement entre le mains de mon Maître et que seule Sa grâce me porte pour la continuation de mon voyage.

Tant que j’avais un peu d’argent, de la volonté et un savoir faire, il n’était pas très difficile d’organiser une expédition à l’autre bout du monde, même si je savais que mes ressources n’étant pas éternelles, j’allais vite me retrouver « sur la paille » et dépendre de la foi qui m’anime et me fait avancer. Maintenant, je n’ai plus que la foi et la certitude que notre Dieu nous aime et aime ces enfants vers lesquels Il nous envoie. C’est Lui qui agit, c’est Lui qui pourvoi et c’est Lui qui inonde mon cœur de reconnaissance et d’amour.

Nous avons trouvé ces jours-ci les bateaux qui me mèneront tour à tour de Cadix (sud de l’Espagne) à Las Palmas ( îles Canaries), et de Las Palmas à Dakar d’où nous reprendrons la route pour Le Centrafrique avec, si Dieu le veut, l’assistance des frères de Bangui qui devraient envoyer une délégation à ma rencontre dans la capitale du Sénégal.

Cette assistance serait la bienvenue car, si j’en juge par les expériences marocaines, les nombreuses frontières à traverser et l’intérêt des douaniers pour le matériel que je transporte, on n’est pas encore arrivé. Priez le Seigneur pour qu’Il donne aux frères les moyens financiers de me rejoindre.

A propos de moyens financiers, je suis maintenant suffisamment riche pour arriver au Sénégal et un véritable miracle s’est produit ce matin en l’espèce du don d’un membre de l’église de Torrémolinos au Camion de la seule chose qui lui manquait pour accomplir au mieux sa mission. Un groupe électrogène qui nous permettra de diffuser nos vidéo et films d’évangélisation absolument partout, sans la contrainte imbécile du manque de prise de courant.

Je sais qu’en lisant ces lignes, l’église de Bangui va lever les bras au ciel et remercier El Shaddai. Que Son grand nom soit béni !

Mes amis, frères et sœurs, considérez avec quelle gratitude je parles de notre Seigneur.

Que chacun d’entre vous se laisse bénir de la même façon et ce verset, toujours à la fin de mes messages, prends toute sa valeur en un jour comme celui d’aujourd’hui.

« Tu m’as fait connaître les sentiers de la vie, Tu me rempliras de joie par ta présence. » Actes 2:28

Départ première semaine de Décembre. Bientôt Dakar !

Si Dieu veut, je devrais prendre un bateau vers le 12 Décembre pour la capitale du Sénégal.

Mon temps ici à Torrémolinos se termine et c’est avec un peu d’inquiétude que je repars vers ma destinée en me demandant si l’arrivée dans le premier port d’Afrique noire ne me réserve pas quelques surprises.

J’ai tenté, mais en vain, de nouer quelques contacts qui m’aideraient à passer les formalités administratives toujours quelques peu tatillonnes dans ces contrés, mais je n’ai pas eu de succès. Au contraire, j’apprends qu’il est recommandé de produire un certain carnet de passage dont j’ignorais l’existence, et je me demande à quelle sauce les douaniers Sénégalais vont me manger.

A part cela, tout va bien.

Passé la journée à préparer le camion au départ qui devrait avoir lieu la semaine prochaine.
Il me faut aller à Cadix, prendre un premier bateau pour Las palmas, et attendre quelques jours que mon transport veuille bien prendre la mer.
Quelques combats spirituels, temps de recherche de la face de Dieu, méditation sur le devenir de la mission, et satisfaction d’avoir ces derniers trois mois fait ce que je n’aurais jamais imaginé.

Le service pour Dieu nous réserve souvent quelques surprises et notre Seigneur sait nous rappeler de temps en temps que nous sommes dans Sa main, à Son service et qu’il ne saurait en être autrement. C’est Lui qui mène la barque et gare à celui qui semblerait ne plus y penser.

Dans quelques jours, je vous envoie d’autre nouvelles et vous raconterais sans doute de bien belles histoires car, la douce villégiature sur la Costa del sol étant terminée, c’est une nouvelle vie qui commence et je ne sais pas moi même comment tout cela va se passer.

Croyez que je suis aussi impatient que vous de connaître la suite.

Lundi 4 Décembre 2000

Dernière nouvelle. Mon bateau part demain soir pour Las Palmas.
Départ cette nuit pour Cadix d’où j’embarque pour les îles Canaries. Les problèmes du carnet de passage pour les douanes Sénégalaises et du transfert de votre serviteur à Dakar restent à régler. Les avions sont pleins pour longtemps.

Merci ce prier pour que le Seigneur m’accorde de voyager avec le camion sur le cargo.
Ah! Si le cuisinier de ce bateau pouvait se casser la jambe la veille du départ ou si on avait besoin de quelqu’un pour laver le pont…..

Ouagadougou (Burkina Faso) le Mardi 16 Janvier 2001

Chers amis,

Me voilà confortablement installé dans la demeure d’un frère Burkinabé qui m’accueille le temps de l’escale dans la capitale du Burkina Faso. Mon dernier message date du 30 Décembre dernier de Nouakchott en Mauritanie d’où je vous avisais de la situation toujours bloquée par les douanes de ce pays. Ce dernier, pour une raison inconnue n’est pas parti, vous laissant dans l’angoisse du devenir du voyage entrepris par le camion pour Bangui.
Pas de panique, le bébé est passé….dans les circonstances dont je vais maintenant vous faire la relation.

Après la période bénie de Las Palmas (que je n’ai pas encore racontée), nous avons donc quitté les îles Canaries, le camion sur un cargo à destination de la Mauritanie, et votre serviteur en avion pour Nouakchott via Nouadhibou où j’ai fait escale chez des frères accueillant avant de continuer le vol vers la capitale du pays des sables.

En attendant l’arrivée du camion, je me suis installé dans une petite auberge de jeunesse et me suis organisé une petite activité pour faire passer les quelques jours un peu éprouvant de cette fin de ramadan dans une ville tranquille, un peu trop tranquille même. Il était temps que j’arrive pour y mettre un peu d’animation.

Les chrétiens du cru n’ayant pas jugé opportun de me recevoir (mon chargement est une vraie bombe dans ce pays en cette période), mes contacts évangéliques se sont limités à quelques autochtones et les touristes de passages qui ont reçu le témoignage et entendu parler de Christ et de la vie éternelle dont certains pour la première fois.

Alléluia !!! Notre Dieu est bon est puissant.

J’ai pu annoncer l’évangile en toute liberté et les chrétiens qui se cachent ont une fois de plus perdu une grande bénédiction. La chance passe et la grâce aussi quand on ne sait pas la saisir. Le Seigneur m’a donné un ange (en l’espèce du guide patenté de l’auberge) pour m’accompagner dans mes démarches et visite des institutions incontournables de la ville (Douanes, police, ambassades etc…). Il me servait de guide, de garde du corps, d’interprète, de conseiller, d’attaché commercial (c’est pratique pour marchander) et de faire valoir auprès des multiples contacts nécessaires lors d’un séjour de ce type dans une ville du désert musulmane où tout s’achète et tout se vends. Nouakchott, capitale de l’esclavage et du bakchich vous accueille !

Le patron de l’auberge, musulman moderne et entreprenant, passait son temps a essayer de nous islamiser et nous raconter des histoires de palestiniens au couteau facile, de gorges tranchées, et des milliards du pétrole utilisés pour le salut de la planète. Je pensais à l’amour de Jésus..

Cet homme m’a évidement tout de suite repéré et Dieu m’a gardé. Jamais en 10 jours qu’a duré l’histoire je ne suis tombé dans les pièges grossiers que me tendait l’esprit qui l’habite, et ai arrosé sa maison de prières, louanges et intercessions. Gloire à Dieu.

Il y a dans cette ville un cyber café à chaque coin de rue et, si je n’en ai pas profité pour naviguer d’ennuis en attendant le véhicule, ai occupé mon temps, histoire de limiter les frais de séjour, à fabriquer des sites Internet dont vous avez un exemplaire référencé plus haut.

Le temps a coulé.

J’ai craqué pour une authentique tente Touareg de 8m sur 7m en sachant qu’elle me serait utile un jour pour organiser quelques rencontres évangéliques. Bien m’en a pris. Le soir de Noël, selon sa tradition, L’Action Sociale Missionnaire a organisé comme à son habitude une soirée pour accueillir les SDF du coin, c’est à dire les touristes de passage et amis locaux en quête de convivialité. Sur un terrain appartenant à l’auberges et son sévère patron. 😉

Plus de 20 personnes sont venues bâfrer et se réjouir jusqu’à 4 heure du matin sous la tente que nous avons montée pour la première fois.
Nous avons remis cela deux jours plus tard et tout le monde était bien content.

Le Bateau transportant le camion est arrivé. Ils ont débarqué la chose avec des cordes, une grue et 20 personnes au moins ont participé à la manœuvre; A voir !

Miracle ! Le véhicule et son chargement sont entiers.

Pour sortir du port, ce fut une autre histoire. Vendredi, prière, administration en congé, bref, faut attendre lundi. Enfin, le camion est arrivé, le ciel peut attendre !

Le lundi matin, je viens plein d’espoir et l’angoisse au cœur) récupérer mon bien. Il faut maintenant aller chercher un papier à l’autre bout de la ville.

Taxi, papier, le lendemain arrive et il faut attendre le chef de bureau pour signer. Ce dernier arrive, me reçoit fort impoliment et me signale que ce n’est pas le bon papier. On refait papier (et attendons quelques heures la secrétaire qui « est sortie »), revenons avec le « bon » document et, nouvelle opposition car il manque encore quelque chose.

En discutant avec le chef de bureau tout puissant (de manière un peu vive avouons-le), nous constatons que opposition il y a, opposition demeure. Point. L’homme ne veut pas me « laisser passer ». l’histoire du Maroc se répète. 😦

Plus qu’une chose à faire; L’ambassade, en sachant que dans ces cas, qu’ils ne bougent que le moins possible mais : Il n’a pas la choix !

Miracle(encore) !

Ils bougent. Mollement mais ils bougent et, plusieurs jours plus tard, malgré le persistant refus du grand chef petit de taille et de cervelle, le camion sort du port avec pour condition de se faire escorter à la frontière par un douanier patenté. Service payant évidemment et m’obligeant à dévier ma route de plusieurs centaines de Kilomètres pour limiter les frais (passage par le Sénégal oblige) mais j’étais trop content de filer, ce que j’ai fait d’ailleurs sans demander mon reste.

J’ai salué mes amis de l’auberge, laissé à Nouakchott mon ange et continué ma route avec (le nouvel) l’ange douanier qui veillait sur moi afin que je ne me perde pas en route, que je vende pas la voiture ou (et) sa cargaison, et me facilitant le passage des nombreux contrôles policiers et douanier. Merveilleux voyage de 200 Km, bonne arrivée à la frontière du Sénégal (l’ange m’a nourri et logé dans sa famille et fait petit déjeuner chez ses voisins). Il m’a aidé a accomplir les formalités de sortie du territoire, à changer l’argent, et nous nous sommes quitté les larmes aux yeux en nous embrassant. Encore la gloire à Dieu !

La frontière du Sénégal tant redoutée a été franchie en 3 heures seulement. :-//

L’opération ne m’a « seulement  » coûté que 500 FF assurance et bakchich compris (Bernard, ne rigole pas STP), et la route s’est poursuivie encore 200 Km environ sur un goudron impeccable autant que Sénégalais.

Frontière du Mali, traversée (enfin) sans histoires, et c’est alors que….

L’enfer a commencé.

La piste ! 80 Km de « tôle ondulée ». Ça tremble de partout, fait un bruit d’enfer, te dévisse les boulons, t’éprouve les nerfs et t’angoisse au point de fermer les yeux en espérant être déjà arrivé. Terrible je vous dit et ceci n’est rien, écoutez la suite.

Arrivée à Kayes par beau temps et poussière.

De sinistres souvenirs hantent ma mémoire car en 1983, j’ai connu l’hôpital de la ville avec 4 de tension. Je savais les pistes de la région exécrables et me suis trouvé dans cette ville devant un choix difficile. Prendre le train pour Bamako, 600 Km environ ou prendre la piste avec les risques que cela suppose.

En fait, le choix devrait être vite fait mais le prix du train, environ 1400 FF impose la réflexion. Tout le monde connaît la précarité de mon budget, mon esprit d’aventure et mon impatience légendaire qui a été déterminante dans cette affaire, car, l’employé des chemin de fer étant incapable de me dire quand partirait le train (et ce que coûterait le déchargement à l’arrivée), j’ai choisi l’option route et, si je n’avais pas eu l’occasion d’évangéliser en route, je qualifierait cette décision de plus belle conn…..ie de ma vie. Me voilà donc parti.

J’avais déjà perdu un phare et quelques boulons sur la dernière partie du trajet et les policiers, toujours à l’affût de quelques billets ont cherché à me créer quelques misères. Les petits cadeaux entretenant l’amitié, j’ai pu sortir de la ville sans encombre, dormis au poste de contrôle, et pris la piste le lendemain.
A propos de piste, il y en a deux (ce que je ne savais pas) et, si j’étais prévenu que cela ne serait pas facile, j’étais loin de me douter que j’empruntais la mauvaise.

Pour vous décrire la route en question, la seule comparaison qui me vient à l’esprit est un mauvais chemin de traverse de la France profonde, plein de trous et d’ornières, du sable et des cailloux (qui déchirent les pneus), une vitesse de croisière de 10 Km heure et le tout sur 600 Km. C’est un peu comme Toulouse Marseille en roulant dans le fossé.

Bien sûr, cette portion de la piste est très peu fréquentée (2 camions par jours), et tomber en panne dans cette région (sud Sahel désertique), c’est comme faire le Paris Dakar sans assistance.

Ah les multiples crevaisons ! Ah l’angoisse des coups violents sur le pont, la boîte, les cardans et tout ce qui cogne, grince, tape, gémi et menace de rompre.
La partie la plus fragile étant le carter d’huile, ce dernier n’a pas tardé à percer me laissant au beau milieu de la piste, loin de tout, sans huile ni eau ni nourriture.

C’est l’école de la patience et de la foi. Celui qui m’envoie veille, et m’enverra encore un ange pour me sortir de la fournaise (c’est a peu prés cela).

Quelques longues heures d’attentes sans même voir un chacal et l’ange est arrivé avec sa mobylette. Un technicien du téléphone en mission, qui rejoignait ses quartiers à 80 Km de là (les employés des Télécoms chez nous n’ont qu’à prendre de la graine). Il m’a conseillé de démonter le carter, de le porter a souder au village, de trouver de l’huile, remonter le tout et poursuivre mon voyage. Rien que cela !

D’abord, c’est quoi un carter ?

Pour moi, cela fait partie du moteur et si tu y touche, ta voiture est foutue, et imaginez le cheminement de ma pensée ce jour-là, alors que le premier concessionnaire Renault était à des centaines de Kilomètres…de pistes.

Une des multiples ornières du chemin m’a permis de me glisser courageusement sous le camion; Au moins, j’étais à l’ombre, et de démonter un carter pour la première fois de ma vie.

La catastrophe a été soudée par le mécano du village voisin ( et son assistant unijambiste) qui m’a ramené la pièce avec la mobylette du téléphoniste lequel attendait patiemment. On est en Afrique… 🙂

Remontage, re-départ et l’allure de tortue recommence sur une piste de plus en plus exécrable.

Le lendemain, la roue éclate, je répare, la nuit tombe, je redémarre l’angoisse au ventre car je n’ai plus de roues de secours, le carter racle encore les cailloux du chemin et se déchire pour la deuxième fois. Vous connaissez l’histoire du Christ montant au calvaire ? 😦

Arrêt total sur un chemin défoncé et désert en pleine nuit. Il n’y a plus qu’à attendre; Attendre encore…découragé, les larmes dans les yeux.

Je débarque les deux nomades Peuls que j’avais pris en stop.
Attristés pour moi, ils m’invitent à passer la nuit dans leur demeure mais je ne peux laisser le camion seul à cet endroit (quoi que les rares camions qui passent limitent le nombre de voleurs). J’ai bien sûr crié à mon Dieu, et mon Dieu m’a consolé avec ce verset :

 » Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point: vous valez plus que beaucoup de passereaux. » Luc 12:7

J’ai chanté la louange de Dieu et pensé toute la soirée et tout le lendemain le mot  « Évangélisation ». Drôle d’endroit et drôle de lieux, loin de tout, pour penser à cela n’est-ce pas ?

La journée suivante s’est passée encore à attendre, attendre, attendre. Sans boire ni manger.
Un camion est passé mais le prix demandé par le chauffeur, 750 Frs, pour me tirer jusqu’au prochain village était prohibitif d’autant plus que la dernière panne a eu raison de mes derniers francs C.F.A.(monnaie locale). Finalement, le camion suivant accepte de négocier mon dépannage contre mes derniers billets et une machine a écrire. Une nouvelle fois, la roue explose pendant la manœuvre et le camion me laisse à 5 Km du village avec mon carter crevé, plus de roues de secours, plus d’argent CFA et mon désespoir.

Notre Dieu veillait bien sûr et avait prévu encore un ange pour m’accompagner dans les moments difficiles. Nous constatons d’ailleurs que toujours, depuis le départ (il y a 5 mois déjà), dans les moments douloureux, Le Seigneur m’a toujours secouru de manière exceptionnelle.

Que cela soit en Espagne quand j’ai été refoulé du Maroc, à Las Palmas pendant les combats spirituels et les oppositions pour trouver un transport pour le camion, En Mauritanie ou mon séjour a été « assisté » par des chevaliers servants efficaces, à chaque fois Dieu est intervenu et a conduit mes pas. Je n’ai pas oublié cette parole prophétique reçue à Torrémolinos juste avant mon départ:

« Voici, j’envoie un ange devant toi, pour te protéger en chemin, et pour te faire arriver au lieu que j’ai préparé. » Ex 23:20

Comme notre Dieu est fidèle! L’ange en question était le chauffeur du camion.

Ce n’était pas la première fois que, depuis que j’étais engagé sur cette piste, les gens me conseillaient de prendre un chauffeur car cette région est particulièrement dangereuse. Je n’y avais pas vraiment prêté attention jusqu’à ce jour-là où j’ai appris à mes dépends…

Un salaire a été convenu. 500 Frs Français + la nourriture et le retour chez lui, et il me pilotais jusqu’à Bamako 500 Km plus loin. Je n’ais pas vraiment eu le temps de réfléchir et j’ai eu la conviction qu’il fallait accepter. De plus, la proposition était honnête et nous avons fait comme cela.

Son camion éloigné, Cheik a démonté une nouvelle fois le carter et est partit je ne sais comment au village pour faire souder la pièce et est revenu en charrette à âne, en pleine nuit quelques heures plus tard pour la remonter.

Comme je n’avais plus d’argent, le commerçant du coin a refusé de lui donner de l’huile et il a du repartir, en vélo cette fois pour convaincre le bonhomme.

Voilà comment, en quelques heures, on sort d’une galère pas possible. Nous sommes sortis de l’ornière, avons dormis au village, négocié l’huile et la réparation contre une nouvelle machine a écrire, et sommes repartis joyeux en direction de Bamako par une autre piste pour rejoindre celle que je n’aurai jamais du quitter.

Je ne puis vous raconter la souffrance de ces moments (cela a duré plusieurs jours), entre creux et bosses, de crevaisons en crevaisons, nous perdant sur les pistes, mangeant ce que nous donnaient les villageois, dormant à la belle étoile (le ciel était magnifique) ou chez l’habitant, bref, l’aventure dont rêve celui qui est en ce moment douillettement installés chez lui, le commun des mortel. Je commence à comprendre pourquoi personne, n’a en définitive positivement répondu à l’appel que j’ai lancé avant de partir pour m’accompagner pendant le voyage.

Rencontré un gargotier (aubergiste du coin) entreprenant, ingénieur de formation, interpellé par la misère de son village qui rêve de château d’eau et de développement. Une prochaine mission peut-être. Si le cœur vous en dit…

Voyons donc, après les creux et bosses, le sable. Pire que le désert.
Le chauffeur, pourtant un expert il est vrais, malmène le camion et l’embrayage, au beau milieu d’un passage de sable rends l’âme tristement nous laissant bien amers avec un problème supplémentaire.

Cette fois-ci, nous avons des Francs C.F.A. car le banquier de la dernière ville ne connaissant pas le cours du F Suisse (et c’était un dimanche), après nous avoir invité à déjeuner nous soufflé l’adresse du missionnaire blanc du coin qui pourrait nous dépanner, ce qu’a fait, un peu contraint et forcé peut-être, mais il l’a fait. Et nous voilà repartit vers Bamako après avoir siroté une bonne bière bien gagnée.

Nouvelle panne donc et pas des moindres. Le premier « soudeur »mécanicien local est à 10 Km, nous sommes bloqués avec du sable jusqu’aux yeux. Un 4X4 de passage, dont le chauffeur est l’ami du mien nous tire à Béma (village) pour « seulement » 20000 F C.F.A (200 FF), et le mécano, providentiellement au village ce jour-là, décide à ma place de démonter la boîte a vitesse et « tomber » l’embrayage pour voir ce qui était cassé. Il refusait de se prononcer avant « d’avoir vu ».

On n’a même pas parlé de prix et, comme il prenait en main la situation, je n’ai pas eu grand chose a dire mais avais-je bien le choix ?

Comme c’était aussi un original, il a voulu commencer de suite (la nuit était tombée) et, c’est à la lueur d’une torche électrique, assisté de Cheik que la boîte et l’embrayage sont tombées, en 2 heures, révélant le verdict incontournable : Disque d’embrayage foutu.

La première boutique vendant ce genre d’accessoire étant à Bamako, 480 Km de piste exécrables comme vous le savez, il fallut envoyer mon fidèle chauffeur (ange) en camion le lendemain matin avec un nouveau billet Suisse pour ses frais, la pièce et son transport.

– Et si il partait avec mon argent (il commençait a râler car le voyage vers Bamako durait plus que le prix convenu), et si il ne trouvait pas la pièce et si……(?)

La nouvelle escale durera plusieurs jours et le Saint Esprit m’a montré clairement qu’il était temps de commencer les choses séreuses.

La tente (de la rencontre) a été montée avec l’aide du mécanicien et des villageois, le gros matériel (sono, TV, vidéo, etc…) sortit des cantines et installé, le groupe électrogène démarré pour la première fois et, trois jours de suite, nous avons passé des films vidéo (Jésus entre autre) et c’est sans doute le moment de remercier de tout coeur les membres de l’Eglise de Torrémolinos et Télé-Vidéo Production 2016 Cortaillod Suisse qui ont abondamment pourvu en matériel de qualité qui a permis ces premières actions d’évangélisation sur le terrain.

Dieu avait préparé les cœurs et le lieu. J’ai tout de suite été assisté par un « pasteur » local (église de maison) qui s’est présenté spontanément et à interprété(en Sarakolais) mes prédications et prêché lui même. Dés le lendemain de la première séance, trois sont venus me voir. Ils voulaient donner leur vie à Jésus. Nous avons prié, ils ont répété la prière du pécheur et sont devenus des nouvelles créatures glorieuses devant la face de Dieu, là, sous cette tente, confessant cette foi qui risque de leur attirer quelques ennuis car la région est plutôt musulmane. Gloire à Dieu !

D’autres sont venus, ils voulaient savoir, certains demandaient la prière. Ils étaient touchés par les films, les témoignages et, si il n’y a pas eu de miracles visibles, il est manifeste que le Seigneur travaille dans cette région.

Si vous avez le temps, si vous avez envie, priez pour Béma et son église, surtout pour son pasteur. Il avait charge de deux âmes, la sienne et celle de son copain (les autres étaient partis). Désormais, ils sont au moins 5 enfants de Dieu dans ce village et bientôt….. Merci Seigneur.

Cheik a téléphonée à la cabine au village pour dire qu’il avait trouvé la pièce; Ouf !

Il reviendra deux jours plus tard et le mécano passera une partie de la nuit à réparer le moteur.
Au matin, tout était impeccable, la tente démontée (elle a servie entre autre de salle de réunion, de centre d’hébergement, de garage et a bien d’autres choses) , les aides payés (après une chaude négociation tout de même), et mon ange et moi, avons continué la route vers Bamako, la terre promise du moment.

Cette fois, c’est le moteur qui chauffe, les portes arrière qui ne veulent plus fermer et encore des menus problèmes qui nous obligent de dormir encore en route. Dieu merci, nous arrivons enfin à Bamako.
Bamako, ville bruyante où nous ne restons que quelques heures le temps de changer de l’argent, renouveler le laisser passer touristique et de décider de continuer la route vers le Burkina puisqu’il ne reste plus que quelques heures de routes. Je libère mon chauffeur qui me dit que je suis « un homme bien ». Merci Seigneur d’avoir touché cet enfant.
Le camion chauffe bien encore un peu, est toujours borgne d’un phare, le pare-choc ficelé a la diable avec une cordelette mais tout va bien, et direction Bobo Dioulasso, ville accueillante où on trouve quelque coin de verdure. Pour changer.

Petite déception à 54 Km de la frontière où je retrouve la piste maudite, mais passage sans problèmes et accueil chaleureux des policiers et douaniers Burkinabés qui ne me soulagent que de 50 ff en échange d’un laisser passer en bonne et due forme. Dieu est bon !

Enfin, le goudron, et, a part les arrêts eau radiateur tous les 20 Km, pas de ratages jusqu’à Bobo. A peine une ou deux crevaisons. Arrivée dans la ville la nuit, pas de contacts, je suis sale et mal peigné et, après une rapide évaluation de la situation, décide de poursuivre ma route vers Ouagadougou où j’espère « poser » quelques jours pour réviser le camion, me reposer de mes récentes aventures, prendre mes visas pour le Niger et Centre Afrique, et peut-être me refaire une santé financière vu que mon budget n’a pas trop aimé les ponctions relatives aux différentes pannes et conséquences d’icelles.

J’ai bien sûr raconté cela au Seigneur en Lui demandant de me préparer une place à Ouaga distante seulement de 400 km. La moitié du parcours est maintenant couverte et le plus dur semble fait. J’ai bien besoin d’un peu de repos et de me changer les idées. La route Bobo Ouagadougou, naguère si facile et bien bitumée est maintenant pleine de trous. Bonjour les sueurs froides et coups dans les pneus et devinez quoi, quelques crevaisons dont une qui m’a valu une attente de 7 heures pour faire réparer les 18 trous présents dans la chambre a air. Plus long qu’un parcours de golf.

Le camion boit plus d’eau que de gaz-oil et en fin de journée, à 150 Km de la capitale, un sixième ange est venu à ma rencontre et m’a escorté jusqu’à destination.
Une petite voiture m’a doublé et calé sa vitesse sur la mienne pendant quelques kilomètres. Allez savoir comment, j’ai tout de suite compris que c’était pour moi.

Effectivement, quand je me suis arrêté pour remettre de l’eau, L’auto a reculé et le conducteur m’a demandé si j’avais des problèmes.

C’est comme cela que j’ai rencontré Théophile, son épouse et leur petite fille qui m’ont escorté jusqu’à Ouagadougou, trouvé un hébergement au siège de la mission des Assemblées De Dieu du Burkina, présenté a des amis, lesquels amis déménageaient quelques jours plus tard en me laissant la maison familiale à disposition pour le temps de mon séjour ici.

Patrice, mon hôte, est un chrétien engagé, fils de pasteur, beau fils du pasteur responsable de la mission où j’ai dormis la veille, producteur de spots vidéo et très implanté sur la place, féru d’informatique et entouré du gratin artistique de la ville. Tout ce qui chante, produit de la musique, de la vidéo, du cinéma, de la TV, publicité etc passe dans la maison qu’il me prête et où sont installé ses studios d’enregistrement et de production professionnel. Il ne manquait plus que Jack Paloque-Berges au milieu de tout cela. Il y est ! :-)))

Il se prépare à renouveler son budget en donnant des cours d’initiation à l’informatique, Internet et fabrications de sites. Coté spirituel, l’évangile est bien sûr annoncée et des contacts se prennent avec les églises qui devraient être enchantés de me recevoir. Mon prochain message vous dira comment cela se passe. Quand je vous disais que le Seigneur m’a encore envoyé un ange pour me conduire……..

Mercredi 17 Janvier 2001

Une merveilleuse paix règne ici et je suis très confiant pour la suite de mon voyage. Tout se déroule selon un plan établi par Dieu et vous avez eu raison de me faire confiance. Je sais que vous recevez en ce moment même votre part de la bénédiction qui m’environne.

Faites en bon usage, c’est un don précieux de notre Dieu qui nous aime. Rendez Lui grâce et chantez Ses louanges. Il est vivant !!! Il est Vivant !!!

Mardi 13 Février 2001

Très cher tous, Les mails que j’ai relevés hier soir m’ont apporté de votre part joie, satisfaction et bien des encouragements. Il y en avait bien besoin !

Comme vous le verrez en suivant la suite du récit du voyage vers Bangui, rien n’est facile en ce bas monde et si je n’aurais pas l’outrecuidance de me plaindre de mon sort somme toute béni, je dois avouer que certains moments sont vraiment difficiles; Jugez plutôt.

Après avoir essayé de m’arrêter en Espagne, au Maroc, en Mauritanie et au Mali, notre ennemi commun a provoqué quelques misères au Burkina-Faso pensant sans doute qu’il suffit de me cogner sur la tête pour se mettre en travers de l’ouvre de Dieu.

Que nenni ! La vie et le voyage continuent, bravant la tempête et les oppositions de toutes sortes. Notre Dieu est puissant et si je ne comprends toujours pas pourquoi le Roi permet les retards sur le programme élaboré par votre serviteur, j’ai le privilège d’avoir la certitude que rien ne pourra nous nuire et que la délivrance approche.

Je devrais d’ailleurs reprendre la route ces jours-ci en direction du Niger bien qu’il soit impossible à Ouaga d’obtenir un visa pour ce pays, mais cela, c’est une autre histoire. Récapitulatif donc des trois dernières semaines de résidence au pays de l’homme intègre (Burkina-Faso).

Comme annoncé dans mon dernier message, j’ai mis en place, dans la maison prêtée par un frère local, un institut d’initiation et de formation à l’informatique.
Mes premiers (et derniers) clients étaient un pasteur et l’épouse d’un pasteur de l’institut biblique supérieur de Ouagadougou, lesquels veinards viennent de recevoir des chrétiens américains trois Pentium dernier cri bourrés jusqu’aux yeux de logiciels Microsoft. Voilà que Bill Gates travaille maintenant pour le Royaume de Dieu; On aura tout vu !

Quatre jours bénis, vous vous en doutez, simple prélude à 15 jours d’enfer à me balader sur les routes du Burkina avec une troupe de chanteurs qui avaient loué le camion pour la semaine.

L’opportunité de gagner quelques sous en accompagnant la troupe en transportant leur matériel de sonorisation s’étant offerte(1250 FF à la clef), j’ai niaisement pensé qu’accepter me ferait des vacances après les pérégrinations sur les pistes maliennes. En fait de vacances, plus d’une semaine d’horreur tant pour mon fidèle compagnon qu’est le camion que pour moi-même qui avait complètement oublié que je n’avais rien a faire avec le « monde », en particulier avec le monde artistique qui, comme chacun le sait est composé de drogués, soûlards, menteurs et j’en passe.

J’ai fais faire la révision du véhicule comme prévus et le périple a commencé avec la rupture d’une durite (tuyau) d’eau au kilomètre deux. Pour la petite histoire, sachez que ce tuyau (ou durite) avait été changé la veille par l’as de la mécanique qui avait aussi débranché quelques fils, et trafiqué je ne sais quoi dans le moteur de telle manière que maintenant, ça fume, empeste, n’avance, pas et te rappelle l’angoisse.

Bref, après avoir mangé une partie du bénéfice en réparation, nous sommes vaillamment repartis pour remplir notre contrat si imprudemment signé.

Les voyants d’alerte s’allument donc, on voit un autre mécanicien en route qui mélange quelques fils, poussons la bête qui ne veux plus démarrer, affrontons le courroux des show-business mens qui craignent pour leur spectacle, tout le monde s’énerve, on passe sur une bosse, le fond racle et ……le carter pète pour la troisième fois. Bonjour les dégâts !

Comme les artistes étaient un peu cons (faut-il un s quand il y a plusieurs con), je leur laisse régler la facture, il faut dire qu’ils n’avaient pas le choix. Bonjour l’ambiance !

La tournée a continuée, de spectacles en spectacles, de garagistes en garagistes, et nous sommes finalement rentré à la capitale eux avec leurs problèmes et moi avec les miens.

Vous parler de leurs problèmes est parfaitement inintéressant, par contre, les miens….

Après avoir déchargé le véhicule, Messire camion refusant une fois de plus de démarrer et la nuit étant déjà tombé, j’accepte l’hospitalité d’un habitant du quartier qui m’héberge dans sa maison fréquentée exclusivement par des ivrognes, drogués et voleurs (ça me rappelle le bon temps). Ils m’ont présenté à tous les mécaniciens du quartier, volé quelques outils, écouté l’évangile (comme les artistes et consort d’ailleurs) et nous pouvons écrire quelques pages de plus dans le grand livre au chapitre de la souffrance.
Quelques jours plus tard, retour au bercail en me demandant quelle galère pourrait encore arriver et si je pourrais un jour quitter Ouagadougou pour le doux pays remplis de miel et de lait qu’est le Centrafrique.

Pas de surprises majeures si ce n’est un contact avec un responsable local de Jeunesse en mission qui m’invite à les accompagner dans une …….tournée…..d’évangélisation. Enfin, des vrais vacances ! Ce que nous avons fait.

Une dizaine d’étudiants de l’école de disciples de Saint Paul trois châteaux (JEM) France, La sono, vidéo, génératrice et la gloire de Dieu. Le Seigneur m’avait parlé entre temps en me faisant remarquer que je n’avais pas à courir après les richesses injustes des païens, et que mon boulot était d’évangéliser. Lol !

Rien en particulier a raconter sur ces quelques jours; Vous savez tous ce que c’est que la grâce et, si le camion est resté en panne dans l’enceinte de l’église apostolique qui nous recevait, le royaume de Dieu s’est agrandi de quelques âmes et nous sommes rentré hier fatigués mais le coeur en joie.

Nouvelle escale chez un électricien parait-il plus compétent que les autres ce qui a fait dire a quelqu’un que mon camion était comme une prostitué: Tous les mécanos de la région y sont passés dessus. Ce matin, miracle, le moteur a démarré sans faire d’histoire.
En contrôlant le travail du dernier réparateur, j’ai bien constaté que certains fils n’avaient pas été rebranchés, mais me suis vite consolé en pensant que nous allions faire encore travailler quelques types sur la route. A propos de route, normalement, je ne devrais pas savoir laquelle prendre pour aller à Bangui.

Il n’y a pas ici de consulat du Niger et il faut aller à Abidjan (2000 Km aller retour) pour en trouver un.

Pas d’ambassade du Togo, ni du Bénin ni rien du tout. L’employée revêche du consulat de France a qui j’ai confié ma problématique m’a dit de derrière sa vitre blindée que les visas n’étaient pas délivrés aux frontières et qu’il fallait que je me débrouille. Bref, je suis dans le caca.

Heureusement, j’ai reçu une invitation pour aller évangéliser dans un village de brousse justement en direction de ladite frontière. Cela m’a tout l’air d’être la voie à suivre. Si mes prochaines nouvelles vous arrivent d’Amérique du sud, prière de ne pas vous étonner. Voilà mes amis pour aujourd’hui.

Je sais que certains (nes) d’entre vous prient quotidiennement pour cette oeuvre. Un seul mot: Continuez.
A travers ces quelques lignes, vous avez compris que votre combat n’est pas vain et je ne sais pas ce que les Banguissois en pensent car je n’ai plus de nouvelles depuis quelque temps. Il faut dire que les messages par Internet ne passent pas toujours. Les derniers me sont carrément revenus.

Ci dessous quelques adresses de ces frères que je n’arrive plus a joindre. Si il vous plaît, envoyez leur de mes nouvelles et quelques encouragements.

Sur les 45 messages que nous avons téléchargés hier soir, je n’ai pu en lire qu’une vingtaine; Ne vous étonnez pas si je ne réponds pas toujours. Merci de votre compréhension. Que le Seigneur vous bénisse.

Bangui le 16 Avril 2001

Très chers amis,

La victoire est enfin là. Bangui !!!!
Avant de vous raconter notre arrivée en terre promise, je vous laisse déguster le dernier message que je n’ai pu envoyer ni du Niger, ni du Tchad que nous avons traversé ventre à terre et pot d’échappement sur le toit, pour arriver en Centrafrique sous un soleil radieux comme mon cœur vous pouvez l’imaginer.

Le voyage à Bangui: Dernier épisode.

N’Guigmi, Niger le 21 Mars 2001

Les dernières nouvelles datent de Ouagadougou, au Burkina Faso et pour les plus chanceux de Niamey, capitale du Niger.
Ces derniers ont eu droit à un très petit message leur signalant que je j’étais vivant.
Les connections Internet étant ce qu’elles sont, il ne m’est pas toujours facile de communiquer avec vous et je n’ai même pas pu lire les 21 derniers courriers que vous m’avez envoyé. Quand vous recevrez ce message, peut-être aurai-je pu enfin lire votre prose.
Quoi qu’il en soit, n’hésitez pas à répercuter mes lettres autour de vous à nos amis commun et a me répondre même si je reste dans le silence pendant plusieurs semaines.
En lisant la suite du message, vous comprendrez sans peine que rien n’est facile sur cette route et me pardonnerez si je ne vous réponds pas (tout de suite).

En avant donc pour la relation de la suite de ce que vous trouvez être une belle histoire.

En avant est une façon de parler, car je suis actuellement complètement bloqué dans une ville au confins du désert à mi chemin entre Niamey et Bangui.
Après les douaniers, les cailloux, les ennuis mécaniques, électriques et le reste, c’est maintenant le sable qui veut me faire faire demi tour. Situation dramatique que je vous conterais tout à l’heure quand nous arriverons à cet endroit.

Pour le moment, revenons à Ouaga où je vous ai laissé il y a quelques semaines.

Mon dernier message devait vous raconter comment j’ai été « embauché » par le responsable d’une équipe de « Jeunesse En Mission » en stage pratique au Burkina pour assister tout ce petit monde sur le terrain. Semaine bénie. Nous avons évangélisé plusieurs villages, école, églises etc., poussé un peu le camion et sommes rentrés fourbus mais contents.
Le véhicule est une fois de plus entré au garage pour réparation du système électrique, toujours lui, et j’ai quitté Ouaga le cœur content et le camion en bon état.
Pas pour longtemps d’ailleurs car, 50 Km plus loin, tous les voyants du tableau de bord se rallument. Température d’eau, huile, stop, bref, arrêt total. Me voilà joli !

Une rapide inspection me rassure sur la bonne santé du moteur et c’est l’angoisse au cœur que j’ai continué la route jusqu’au prochain mécano qui, comme ses collègues, aurait la joie de travailler pour le royaume de Dieu par véhicule interposé. N’avais-je pas prophétisé qu’il y en aurait d’autre ?
5 Km avant le village, il fallait tourner à droite et faire 15 Km de piste dans la brousse pour honorer l’invitation d’un pasteur local. Que faire, limiter les risques de casse ou aller évangéliser la campagne ?.
Partant du principe que Dieu veut que nous évangélisions, j’ai choisi la brousse (et les risques) pour arriver à la tombée de la nuit devant la porte de la maison de la famille du dit pasteur.
Il était temps d’ailleurs, car Camion est tombé en panne à cet endroit et n’a accepté de re-démarrer que quatre jours plus tard une fois la campagne d’évangélisation et le séminaire terminés. Nous verrons que la même chose s’est produite quelques jours plus tard.

Niodogo, c’est le village en question, est un lieux réputé pour ses sorciers et ses fétiches.
L’église est implantée au centre d’un triangle délimité par trois lieux de sacrifice et je ne vous dis pas les oppositions au « plein air » que j’ai organisé au village le Dimanche après midi, jour de marché. Même le pasteur, interprète patenté, avait les chocottes, mais la victoire était à porté de main puisque nous avons eu plusieurs conversions et des guérisons.
Le père du pasteur est un ancien féticheur converti à Christ qui a implanté 7 églises dans la région, et ces gens m’ont laissé toute latitude pour travailler pour la gloire de notre Dieu. L’église à été très encouragée et moi aussi.

Le Lundi matin, jour du départ, plus de contact, plus de batterie et le premier garagiste à 20 Km.
La femme du pasteur dit: Faut pousser !
Je dis : Pas la peine, y a pas de contact.
Elle insiste : Faut pousser
Je redis que « c’est pas la peine car il n’y a pas de contact ».
Elle insiste encore : Faut pousser.
Alors, on a poussé et Camion a démarré. Même dans la brousse africaine il y a des paroles prophétiques. :-))

Étape suivante; Zorgo.

Aucun mal pour trouver le mécano et l’électricien du village. Le tripotage continue et les regarder travailler, c’est un peu comme observer un charcutier opérer un malade en l’absence de chirurgien.
Ils n’y connaissent absolument rien mais démontent, opèrent (c’est leur expression favorite), soudent, collent, ficellent, fildeferisent en prétendant avec assurance : ça va aller !
Avant de s’apercevoir que les fils (amoureusement conditionnés par le dernier électricien à Ouaga) étaient brûlés (en fait c’est moi qui ai trouvé la panne), ils ont « opéré » l’alternateur; soudé les diodes(??!!), changé le régulateur interne par un régulateur externe qui ne marchait pas, refait les câblages qui brûlaient infailliblement à chaque tentative de démarrage, et maculé la cabine du camion de graisse de telle manière que j’en suis dégoûté de dormir dedans.

J’ai eu une pensée perfide en direction d’un certain frère Suisse de ma connaissance dans le sud de l’Espagne qui, si il eut été à ma place, serait sorti de sa neutralité et aurait déclaré la guerre au Burkina Faso et à l’Afrique entière.

La petite histoire a durée une bonne semaine que j’ai mis a profit pour évangéliser Alilou, mon électricien du moment, musulman pratiquant, belle âme et très sensibilisé aux choses de Dieu.
La carrosserie de Camion étant maintenant agrémentée d’un verset biblique à l’arrière (Ro 1:16) et d’un magnifique « L’évangile » à l’avant, les chrétiens du cru n’ont pas tardé a se manifester et un pasteur local m’a rendu visite une première puis une seconde fois pour une réunion improvisée autour du camion.
Réunion bénie qui m’a valu d’être invité par l’église pour animer un séminaire le temps de la réparation de mon fidèle coursier.

A propos de réparation, ça traîne, et Alilou et ses pairs sont complètement dépassé ce qui lui fait dire que « Dieu ne veut peut-être pas que je parte tout de suite »(parole prophétique ou excuse pour son incapacité ?).
Toujours est-il que nous avons garé la bête dans la cour de l’église au grand dam du patron du garage qui prétends que « …si lui n’arrive pas à réparer le véhicule, on verra bien si ce sont les prières qui le feront démarrer ». Quelques jours plus tard: quand nous sommes triomphalement passés devant son établissement, la gloire de Dieu a été une fois de plus manifestée.

Quelques jours de travail donc pour le royaume au sein des « Assemblés de Dieu » locales avec beaucoup d’oppositions et de combats spirituel. Nous sommes là aussi dans le fief du diable qui se manifeste de façon violente quand on jette nos filets et lui arrachons ses proies.
Encore plein de bénédictions, guérisons et croissance. Les frères et soeurs en redemandaient mais il a fallu partir.

Entre temps, désespéré, l’électricien avait démissionné, me désespérant moi-même, et j’ai crié à mon Dieu d’intervenir car il n’y a pas d’autres mécanos dans les environs. J’ai ainsi rencontré un musulman (féticheur de son état) qui me trouvait sympathique puisqu’il a été intercéder auprès d’Alilou pour qu’il revienne travailler à faire repartir Camion décidément bien bricolé.
Des fils traînent partout, le tableau de bord est détruit, les fils cramés de tout les cotés, la batterie vide, l’alternateur définitivement hors service et bien sûr pas les moyens d’en acheter un autre.
La situation est terrible et notre seule chance est de rejoindre Niamey, au Niger, distante de 250 Km par une route a peu prés aussi carrossables que les pistes du mali. Nous sommes donc partit…par la foi. (!)

Je dis nous car Alilou, touché par le message et la grâce de Dieu, a demandé à m’accompagner sous prétexte qu’il voulait servir Dieu et que c’était une bonne occasion pour commencer car il savait que j’aurais quelques difficultés pour rejoindre la capitale du Niger (il ne croyait pas si bien dire).
D’habitude en Afrique, il y a au moins trois personnes par jour qui se proposent de m’accompagner dans mon voyage et je décline comme vous vous en doutez ces demandes car comme chacun le sait nous ne sommes pas en vacance.
Allez savoir pourquoi, cette fois ci, après 24 h de réflexion et de prière, j’ai eu le sentiment qu’il fallait accepter et, après avoir convenu que je lui payais le fruit de son travail (et quel travail !) et son ticket de retour, Camion est reparti vers sa destinée avec un disciple de plus a bord. Comme si l’on avait besoin de ça !

Donc, la seule chose qui fonctionne maintenant dans ce véhicule est le moteur (encore heureux !) et l’absence de voyants d’alerte d’un éventuel manque d’huile ou de surchauffe me font angoisser plus que de coutume.
Il fallut brancher le groupe électrogène (qui donne aussi du 12 volt) pour alimenter la batterie (merci l’Espagne), pousser plusieurs fois, nous faire dépanner en route et, clopin clopant (surtout clopant), nous arrivons à Fada (ville de l’est du Burkina pour ceux qui suivent sur la carte), et tombons une nouvelle fois en panne devant une église et la mission d’une dénomination créée par les américains il y a quelques 70 ans.
L’accueil ne fut ni chaleureux ni spirituel, mais ces frères, américains vous dis-je, nous ont hébergé moyennant finance les quelques jours nécessaires au mécanicien qu’ils nous conseillent pour essayer de réparer les dégâts d’Alilou (ce qu’il ne fera pas d’ailleurs malgré le montant exorbitant de la facture).

Rien à dire de ce séjour car il ne s’est rien passé d’intéressant; Un vrais désespoir.
Nous ne sommes pas fâché de repartir, toujours clopin clopant vers le Niger avec comme problème supplémentaire le fait que je n’ai pas de visa et vous savez, moi, les douaniers…..
En plus, maintenant, je n’ai plus d’argent, et passer une frontière sans visa et sans argent, même en Afrique c’est quelquefois difficile. J’ai juste assez de carburant pour rallier Niamey, une fuite d’huile se déclare, la route est de plus en plus défoncé et ne croyez surtout pas que j’exagère. Je rassure Alilou en lui parlant de la gloire de Dieu et lui explique qu’il va maintenant être le témoin de Sa magnificence. Il la verra.

La frontière donc et les miracles succèdent aux miracles.

Non seulement ils me laissent passer, ne fouillent pas le véhicule, sont très aimables avec moi et en plus me font grâce du prix du laisser passer obligatoire pour traverser le pays. Alilou n’en croyait pas ses yeux.
Il nous restait plus qu’à arriver à Niamey sans nouvelle panne, avec le carburant qui nous reste et en achetant l’huile moteur et le casse croûte avec les quelques francs CFA que mon compagnon avait dans sa poche.

Niamey, Niger quelques heures plus tard.

Ok, maintenant, on fait quoi ?

Pas de point de chute, on ne connaît rien de la ville, plus d’argent, Camion souffrant, panne sèche de gaz-oil en plein centre ville et bien sûr plus de batterie pour redémarrer quand cela sera le moment. On aurait pu espérer une arrivée plus glorieuse. Je dis à Alilou: Nous allons attendre que Dieu nous bénisse. Restons là et patientons.
Un passant nous donne le téléphone d’un pasteur Européen de la ville. Je l’appelle, lui raconte mon histoire et lui dis que j’ai au moins besoin d’un peu de gaz-oil, d’un coup de main pour redémarrer le camion pour le garer ailleurs et de l’adresse d’un vrai garagiste pour réparer mon véhicule.
L’homme n’a pas l’air content d’être ainsi sollicité, hésite un chouia, promet sur le bout des lèvres de venir dans une demi heure (malgré ses petits moyens)(sic), et, trois heures après, ne l’ayant pas vu se manifester, je suis partit en quête d’un autre secours évangélique.

J’avais repéré une mission de ma même dénomination (La SIM) que celle de Fada qui nous avait si peu chaleureusement accueilli. Rassemblant les derniers francs d’Alilou et tout mon courage, ravalant mon orgueil et mes préjugés, j’ai donc pris un taxi en direction de ces « chers frères » qui, vous l’avez déjà compris ne m’ont pas reçu et m’ont laissé à mon triste sort.
Je suis en fait tombé sur l’épouse (Américaine) du responsable de l’école biblique qui, prétextant que son mari n’était pas là, ne pouvait rien faire et patati et patata.
Je lui ai bien fait remarquer qu’il devait bien y avoir à Niamey un frère qui pourrait me dépanner (la SIM est une dénomination très importante dans le secteur) mais rien n’y fit et je suis reparti en ravalant mon amertume et retrouvant mes jugements à propos de ceux qui enseignent la Parole de Dieu aux foules et ne la mettent pas en pratique.

Rentré au camion, je déjeune d’une glace a 50 centimes, démarre le groupe électrogène pour recharger une fois de plus la batterie et me dirige vers le dernier endroit auquel j’aurais pensé: Le consulat de France.

Les enfants du monde ont une fois de plus été plus efficaces que les enfants de lumière (Luc 16:8). Le consul, si il ne m’a pas lui non plus embrassé à mon arrivée, m’a permis de téléphoner en Europe chez un frère qui m’avait prévenu par émail qu’un don d’un membre d’église m’attendais (providentiellement) à son domicile, m’a prêté son chauffeur et une voiture pour m’aider à faire mes démarches urgentes (Garage, banque, gaz-oil etc.) et aidé a obtenir les visas pour le Tchad et le Centrafrique.
Le garagiste conseillé par le consulat m’a prêté 5000 F CFA(50 ff) pour le carburant et le dîner et, toujours avec l’aide du chauffeur de l’ambassade, nous avons emmené Camion à l’atelier qui nous servira de domicile pendant la semaine qu’il a fallu pour réparer les dégâts. Encore une fois, Alilou a été témoin de la célérité avec laquelle notre Seigneur assiste ses enfants dans la difficulté.

Les 7 longs jours de notre repos forcé ont été utiles pour réviser le camion de fond en comble.

Les ouvriers du garage nous ont bien aidé d’autant plus que plus on inspectait, plus on décelait des pannes par exemple un cardan (transmission) qui « tapait » dangereusement et qu’il a fallu « reconditionner ».
Cette nouvelle affaire aurait pu d’ailleurs me coûter bonbon si un véhicule conduit par un ivrogne n’était pas venu s’encastrer violemment dans l’arrière de Camion qui n’avait certes pas besoin de cela.

Je m’explique. Le chauffard a en fait percuté un véhicule du garage qui a son tour a escagassé le mien (escagassé=mot français voulant dire abîmé). L’ivrogne n’ayant pas de permis et conduisant illégalement un véhicule des télécoms locaux et le garagiste n’étant pas assuré ni pour son véhicule ni pour son garage, il valait mieux régler cette affaire a l’africaine(entendre a l’amiable). L’assurance de la société paiera tout de même quelque chose au mécano, lequel m’offre la réparation de mon véhicule, le cardan reconditionné, sa sympathie, plusieurs Coca-cola et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Précisons que ce patron (Franco-algérien) a été touché par mon témoignage et par la prédication.

Une semaine de garage ne m’on en fait coûté qu’un peu de peine, le prix d’un alternateur, quelques billets aux ouvriers du garage et deux jours d’attente en plein soleil sans rien faire vu que nous étions en pleine fête musulmane de la tabaski qui, comme chacun le sait est la célébration du souvenir du jour où Abraham voulait égorger son fils au pays de Morija.
Ce jour là, on tue le mouton partout chez les musulmans et mon ami Alilou attendait avec impatience cette festivité pensant être invité par ses coreligionnaires, car c’est une tradition d’inviter ses voisins et amis pour partager ce jour exceptionnel.
Que nenni ! Alilou a pu constater que ses chers frères n’étaient guère plus hospitaliers que certains chrétiens bien pensant, et a eu a méditer sur l’enseignement que je lui donne sur la religiosité et l’expression de la foi en un Dieu véritable.

Question spirituel, à part l’électricien qui a travaillé sur la voiture qui est un authentique chrétien et les quelques conversations et témoignages autour du garage, rien de folichon.
Il faut dire qu’après mes désillusions à mon arrivée dans la ville, je n’ai pas essayé de nouer des contacts fraternels de crainte de tomber encore sur des gens qui se disent frères et qui ne le sont pas(en pratique du moins).
Tout juste rencontré une dame bretonne catholique (et son curé Carcassonnais, comme moi) qui venait me faire la causette et me porter de quoi boire et de délicieuses pizzas et tartelettes a l’oignon.

Nous avons repris la route une fois le camion réparé et, chose jamais vue, avons parcouru 1300 Km sans le moindre problème malgré une route parfois pleine de trous.
L’ambassade du Nigeria m’ayant refusé le visa pour rentrer dans ce pays (ils ne le donnent qu’aux autochtones), nous avons essayé de passer la frontière au flan en pensant qu’un billet doux nous ouvrirait la porte du meilleur chemin pour Bangui.

Niet ! la négociation s’élevait a 45000 Naira soit 2500 Francs des Pesetas locales. Il n’y a rien eu a faire pour fléchir les sbires de l »immigration qui en fait faisaient leur travail correctement.
Le Seigneur ne voulant pas bénir une tentative de corruption, nous sommes revenus au Niger en pensant sereinement prendre la route du Tchad bien qu’elle ait la réputation d’être d’une grande difficulté.

Ne connaissant personne dans la ville frontalière (Diffa), nous nous sommes installés sur la place principale pour attendre de voir comment allaient se présenter les choses.
Un membre de l’église locale nous a mis en contact avec le pasteur qui nous a hébergé une bonne semaine le temps que nous prenions la décision soit de tenter l’aventure par le sable (très risquée), d’attaquer la frontière Nigériane a la roquette, ou de faire demi tour sur 2300 Km pour rejoindre le Togo et essayer de négocier un visa pour traverser ce foutu pays anglophone ce qui est loin d’être gagné.

Le problème de l’argent recommençant (déjà) a se faire sentir, les six mois de voyage ayant usé le bonhomme et l’honnête répulsion à l’idée de faire machine arrière font que après ces quelques jours d’hésitations, nous avons pris l’horrible route de N’Guigmi connue pour ses trous si larges que même les 4×4 ont du mal a passer.

Vous raconter ces 2 jours de calvaire serait encore me faire mal et ne vous apprendrais rien de plus sur la difficulté du voyage. Heureusement, les autres véhicules souffrant autant que nous ont laissé jouer la solidarité et, la douleur passée, nous sommes arrivé au bout du monde.

N’Guigmi est une ville du désert.

Capitale du chameau, N’Guigmi est le carrefour entre la Libye, le Tchad, le Niger et le Nigeria.

Seuls, a part les chameaux et chevaux, les camions et 4×4 fréquentent le lieux et les gens d’ici vivent une petite vie tranquille en buvant du thé, mangeant des dattes et commerçant entre eux de la meilleure façon.
Bien sûr, comme c’est le bout du monde, tout est cher et le mot cadeau n’existe pas. Le prix d’un véhicule pour transporter mes deux tonnes de matériel (pour alléger le véhicule) vers la ville Tchadienne après la dune est prohibitif et il est clair que mon fidèle camion(qui recommence a refuser de démarrer après les maltraitances de la piste) ne peut absolument pas aller plus loin sous peine de s’ensabler jusqu’aux yeux et de casser quelque chose comme
l’embrayage, un cardan ou quelque pièce utile a son bon fonctionnement. De toute façons, la batterie a rendue l’âme et si vous avez déjà poussé la chose dans le sable pour la faire démarrer, vous avez compris sans explications qu’il est hors de question de faire 250 Km de hors piste dans les sables du Sahara. Blocage intégral. :-//

La solution serait de mettre le véhicule sur un gros porteur en direction de N’Jaména au Tchad mais je n’ai pas les 25000 FF demandés par les camionneurs.
En vendant le caméscope et….l’ordinateur, je pourrais peut être réunir une somme suffisante pour passer de l’autre coté de la dune mais me retrouverais encore fauché avant d’arriver dans la capitale du Tchad et il restera encore plus de 1000 Km a parcourir. Faire demi tour est impensable et vendre le camion dans le coin comme me le suggère le Diable ne m’intéresse pas outre mesure.

Par la grâce de Dieu, encore Sa grâce, nous sommes logés dans une mission évangélique qui oeuvre courageusement dans la ville en faveur des peuples non atteint. Ils ont une école missionnaire (hé oui, dans ce coin perdu) et parlent couramment la langue du pays.
Ils ne peuvent pas faire grand chose pour nous aider a part nous loger et prier pour nous. La prière de ces frères m’a fait hier beaucoup de bien car, comme vous le pensez, je suis un peu a cran et fatigué de toutes ces déconvenues retardant d’autant mon arrivée à Bangui qui n’est maintenant plus qu’à moins de 1800 Km. Une paille.

En plus, je suis malade (grippe) et n’ai aucune idée comment cette fois nous allons nous en tirer.
Ceux qui d’entre vous donnent de mes nouvelles à ma mère sont priés de ne pas imprimer ce passage. Pas la peine de l’alarmer, on le lui racontera après.
J’ai tout de même la foi que l’Éternel veille et qu’Il a la solution. Je suis en ce moment dans le jeûne et la prière pour lutter dans ce que je considère n’être un simple combat spirituel. Satan m’a retardé en me bloquant au Maroc, au Mali, au Burkina faso, maintenant au Niger mais mon Dieu est tout puissant et, si il m’a laissé mon dépôt et revigoré mon courage, c’est qu’Il va encore intervenir et glorifier Son nom dans cette affaire. C’est Alilou qui va en être épaté !

Alilou est toujours avec moi, malgré les contretemps, la dureté du voyage, et ma mauvaise humeur quand je le houspille après ses nombreuses petites bêtises.
Il a une tête en bois, un esprit de rébellion (il n’écoute rien) et si ce n’était pas sa bonne volonté et la main de Dieu qui est visiblement sur sa tête, je serais complètement désespéré autant pour lui que pour moi.
Sa présence m’est précieuse et, si je ne sais pas où finira son aventure avec Le Camion pour Bangui, je lui souhaite de recevoir le salut en rencontrant Celui qui est l’auteur de toutes choses.

Un habitant du pays m’a dit hier : « Donc, tu est bloqué. La dune devant, la distance en arrière? C’est un peu comme si une force te poussait en arrière. »
Comment a t’il deviné ?

Dimanche 25 Mars 2001

Rien de changé.

Cet émail n’a pu partir selon mes prévisions vous laissant dans l’incertitude. Le suspense doit vous être insoutenable; Veuillez me pardonner.
En ce qui me concerne, la paix est là malgré les 3 derniers jours au lit avec une fièvre de cheval et un abcès gros comme un oeuf sous la gencive suite à l’infection d’une dent que, je dois bien l’avouer, j’ai renoncé a me faire soigner.
Déjà, pendant l’évangélisation à Niodogo, j’avais souffert le martyr et passé la nuit sans dormir a cause d’icelle, et cette fois-ci, c’est pour de bon, et la soeur de la mission qui nous accueille m’a forcé a me soigner et me traiter aux antibiotiques ce dont j’ai absolument horreur. Enfin, cela m’a au moins évité de mourir, ce qui eut été fort dommage si prés du but.

Le but, lui, est toujours droit devant empêché par une montagne de sable (la fameuse dune) qui ne veut se laisser franchir.

Elle se laisse cependant déguster dans le pain local, les macaronis et l’eau potable dont on fait ici une grande consommation vu la chaleur. Quand je pense que la plupart d’entre vous se caillent en ce moment …..!
J’essaie de rigoler un peu car ces derniers jours ont été particulièrement pénibles quoi que couché et servi par mon majordome Alilou qui dévore les films vidéo chrétiens et le nouveau testament que je lui ai remis. Quand je vous disais que c’est un bon petit. 😉
Nous attendons un hypothétique camion qui viendrait du Togo et accepterait de nous embarquer sur N’Djaména (Tchad) si il a de la place et si l’on s’entends question finances. Celui qui nous a donné le tuyau n’étant pas un homme sûr, nous nous préparons a envoyer le camion par le Nigeria avec un Français travaillant dans le coin au volant ou à payer le prix fort pour le passage par camion « 10 roues », ce qui nous obligerait à brader sur la place publique le contenu du véhicule que nous avons eu tellement de mal à convoyer jusqu’ici.

J’ai une fois de plus crié à mon Seigneur et mon Seigneur m’a entendu. 🙂

Le camion « 10 roues » est arrivé chargé de ciment mais le chargement a été vendu par miracle dans la localité laissant la place a Camion tout heureux de se laisser transporter enfin a son tour.

La négociation a été sévère et nous sommes finalement tombé d’accord a 4000 FF pour les 600 Km qui nous séparent de La capitale du Tchad.

Quand on traverse les étendues de sables et la distance, on se réjoui du prix payé en se disant que c’est vraiment donné. Si nous étions partit seul, nous y aurions laissé à coup sur le véhicule, le chargement et bien sur nos carcasses qui auraient accompagné les multiples ossements de chameaux qui jalonnent la piste.

Cela m’a coûté en fait la caméra et les presque derniers 1000 FF qui attendaient au fond de ma poche une meilleure utilisation. En échange, nous sommes arrivés à N’Djaména en bonne santé et presque assurés, après un coup pareil, de la victoire.

Bangui

Il est minuit. J’envoie ce message demain d’un cyber café de Bangui.

Dans quelques jours, je vous raconte la traversée du Tchad ( il y a de quoi dire) l’entrée en Centrafrique, et l’arrivée glorieuse il y a deux jours à la destination de nos rêves. Merci encore de m’avoir soutenu dans vos prières.

France le Samedi 19 mai 2001

Hé oui, je suis de retour et c’est de la mère patrie que je vais vous raconter la suite et la fin du voyage.

Les connexions Internet étant ce qu’elles sont à Bangui, c’est tout juste si j’ai pu aller une fois relever mon courrier.
Là bas, seul un cyber-centre fonctionne avec une ligne dédiée ce qui explique les 4 heures d’attente pour avoir le droit (et le privilège) d’envoyer nos poulets si nous n’avons pas de connexion à domicile.
Oh, pas que cela soit impossible, mais les lignes téléphoniques ne fonctionnent pas toujours et vous restez quelque fois plusieurs mois avec votre ligne coupée.
Les officines qui proposent de naviguer sont souvent a ce régime ce qui explique que le tout Cyber-Bangui se retrouve au même endroit (et au même moment) pour envoyer le courrier.

Bref, m’y voilà arrivé à Bangui.

Non sans peine remarquez et je vais maintenant vous relater la suite des évènements à partir de N’Guigmi au Niger où nous avions enfin trouvé un transport pour tout l’équipage c’est à dire votre serviteur, Alilou et le fidèle Camion et son chargement.

Il est dit quelque part dans La Bible : « Je vous porterais sur mes ailes. » et c’est a peu près comme cela que nous avons survolé la montagne de sable qui ne voulait pas nous laisser continuer notre voyage.

A partir de là, tout a été très rapide car, sitôt le prix négocié, nous avons chargé Camion sur le camion benne (dix-roues) en utilisant une carrière et ses trous comme pont transbordeur. La manœuvre étant un peu compliquée, je vous l’expliquerais un autre jour.

Nous voilà donc partis après un bisou à toute l’équipe de la mission qui nous a si opportunément accueilli durant ces trois semaines de douleur et , fouette cocher; direction de N’Djaména capitale du Tchad.

Le véhicule est donc sur un camion, nous sommes dans le véhicule et profitons du paysage sans pour une fois nous préoccuper d’une éventuelle panne, fuite d’huile ou crevaison.

Le camion roule à vive allure, nous devrions dire à tombeau ouvert, et quand nous découvrirons quelques heures plus tard que le chauffeur est un drogué a moitié fou, l’angoisse reviendra et la peur de mourir en plein désert sous un amas de tôles viendra chatouiller notre estomac et il faudra bien lutter pour résister à la panique à certain moments.
Là encore, notre Dieu, qui sait compatir a nos faiblesses, viendra à notre secours et apaisera les craintes même si elles sont cette fois justifiées.

L’avantage est que quand le monstre s’enlise (malgré sa puissance et ses dix roues), je reste confortablement installé dans ma cabine en regardant les aides gratter le sable et pousser la chose. Cynique hein ?

Nous arrivons à la frontière du Tchad.

Les douaniers et policiers de l’endroit ont la réputation d’être particulièrement corrompus.

C’est vrais, et si je n’ai eu personnellement à subir que quelques petites tracasseries on peut dire… »normales », il n’en a pas été de même pour mon transporteur qui, bien que commerçant parfaitement en règle, a vu son convoi bloqué (trois camions) pendant deux jours, temps relativement normal pour négocier 15000 FF de bakchich obligatoire.
A ce poste, rien de caché. Les petits et grands cadeaux se négocient sur la table et la corruption ne se cache pas. Il faut dire que perdu en plein désert, ce poste frontalier…
En ce qui concerne Alilou, son passage sans passeport s’est négocié selon les coutumes du coin, mais je me suis arrangé pour ne pas participer à la négociation ; On a des principes quoi. 😉

Nous voilà reparti pour de longues heures de calvaire et d’angoisse sur ce camion qui menaçait de se renverser à chaque virage et c’est avec un grand ouf que nous sommes enfin arrivé à destination à N’Djaména où nous avons dormis quelques heures avant de procéder au déchargement.

Alors là, cela devient gratiné ; Merci de coucher les enfants et d’attacher vos ceintures.
Si il fut dans ce voyage des moments pourris, et dangereux, ce jour là est a marqué d’une pierre noire et à ranger au chapitre des souvenirs que l’on a envie d’oublier. Allons y, expliquons.

Il était dans le convoi un homme, le frère du propriétaire, qui faisait toujours des histoires et essayait toujours d’arnaquer celui-ci ou celui-là.
Nous étions (les blancs) particulièrement visés, et si j’avais échappé élégamment jusqu’ici à ses coups fourrés, cette fois, il a tapé d’un coups bas comme vous allez le voir.

Il avait voulu me faire payer en supplément le chargement du véhicule ce que j’avais au départ refusé catégoriquement. A l’arrivé, même histoire et même refus de ma part pour le déchargement. Je ne vous donne pas les détails de la querelle, juste la fin.

Il a fait croire aux jeunes qu’il avait recruté pour aider au déchargement que c’était le blanc qui payais, et je me suis retrouvé avec une meute de gamins avides de sang autour du camion bloqué dans le sable sur lequel nous avons déchargé (dans des conditions abracadabrantes), et sans l’intervention des anges policiers du commissariat du quartier, le véhicule aurait été pillé par une meute en colère et les occupants découpés en rondelle ce qui m’aurait bien fâché.

La situation était dramatique. Le camion bloqué les quatre roues dégonflées, les clefs de contact volées, 150 gosses menaçants autour de nous et la certitude qu’une étincelle pouvait déclencher la guerre. On a souvent vu cela à la télé.

Hé bien, une seule chose à faire : Prier.

« L’ange de l’Eternel campe autour de ceux qui le craignent. »

Oui, c’est vrai. Malgré la peur, une paix qui surpasse toutes les paix est venue s’installer et je me suis senti protégé. L’affaire s’est réglée avec la douceur et la patience, vertus qui chacun le sait ne m’étouffent pas, et nous avons pu regonfler nos pneus, bricoler le contact et démarrer le camion qui, sans doute par miracle, n’a cette fois ci pas fait d’histoires.
Le commissariat nous a offert l’hospitalité, retrouvé les camionneurs qui bien sûr s’étaient fait la belle et « persuadé » le patron de remplir ses engagements et payer les petits qui réclamaient leur dû.

De mon coté, je renonçais a déposer un plainte et une demande de dédommagement pour les avaries subies par Camion pendant l’opération (Phare brisé, carrosserie abîmée, pot d’échappement arraché et autres). Bref, tout est bien qui fini bien et nous avons fini notre séjour à N’Djaména dans l’enceinte de la cour d’une dénomination chrétienne locale le temps de faire les démarches nécessaires à la poursuite de notre voyage.

Quelques jours plus tard, départ pour Bangui qui n’est plus maintenant qu’à 1500 KM.

A part quelques arrêts pour resserrer les boulons du support moteur qui ne veut plus tenir en place, contrôler le cardan qui recommence a taper dangereusement, l’absence de voyants d’alerte d’huile et de température d’eau qui décident de m’embêter encore et le bruit infernal du moteur vu que le pot d’échappement est désormais attaché sur le toit avec de la ficelle, tout va bien Madame la marquise et nous voilà à la frontière de Centrafrique. Si nous la passons, nous sommes (presque) arrivés.

Alilou serre les fesses (cause manque de passeport), je joue les hommes heureux, le camion et son chargement de traités évangélique fait son petit effet et nous voilà passé ; Je ne sais pas comment.

Gloire à Dieu. Quelques centaines de Km et c’est l’arrivée ! Je n’ose pas y croire. Il nous faudra encore quelques pannes de gas-oil (denrée rare dans le coin), quelques crevaisons et de longues montées et descentes (pas mal de montagne) pour arriver à destination.

Dernier point noir, PK 12 . C’est le dernier poste de police, douane, sûreté etc qui régente tout dans la ville. Une vrai frontière infranchissable pour celui qui n’est pas tout blanc et encore.
Entre mon chargement et passager clandestin, je n’étais pas vraiment tranquille mais mon Seigneur veillait et avait déjà pourvu.
J’avais pris en stop un militaire 200 Km avant Bangui et cet ange (c’en était un déguisé cette fois en militaire), m’ouvrait les portes de TOUS les barrages de police au fur et à mesure que nous les rencontrions. Un peu comme celui qui a libéré Pierre de sa prison.

C’est dingue ça. Tous les postes ! Même à l’arrivée, le terrible PK 12 a été passé en ¼ d’heure et même que le douanier sensé visiter le chargement a fait semblant de le regarder. Ces gens sont bénis. Le royaume de Dieu s’est approché d’eux.

J’ai même pu utiliser le téléphone du poste de police pour prévenir un frère de mon arrivée.
Ce dernier, vint dare-dare me chercher pour me guider les derniers kilomètres qui me séparait de mon point de chute.

Enfin Bangui !

Enfin, 9 mois de voyage (et de souffrances) et nous voici arrivé.

A quelques petites exceptions prés (quelques outils et une radio volés), le matériel est complet. C’est un miracle. La première chose que j’ai dite à Alilou en arrivant est que ma foi n’avait jamais été aussi haute que ce jour là.

J’ai dormi à la mission Apostolique et le lendemain été rejoindre le culte à l’église Pain de vie qui m’a reçue comme on s’en doute avec beaucoup de joie d’autant plus qu’ils commençaient a douter de me revoir un jour.
Nous avons emmené le camion à « la chambre haute », maison du pasteur, et je me suis installé avec le matériel qui commençait à en faire rêver plus d’un.

Malheureusement, le voyage n’était pas terminé.
L’église quelques mois plus tôt s’étant divisée, ce que je ne savais pas, les meilleurs(comme on dit) sont partis et sont restés les autres, justement ceux à que je n’ai jamais eu a faire et que je ne connaissais pas (ou du moins certains d’entre eux). Très vite, nous avons sentis que cela « ne passait pas » et des tensions sont vite apparues.

Les principaux collaborateurs avec qui je venais travailler n’étant plus là et les autres hors du coups, je ne savais plus trop quoi faire, et, heureusement que, mon Dieu veillant, j’ai pu m’appuyer à l’extérieur sur un comité d’accueil (et de soutien) qui en fait m’attendait et s’est occupé de moi tout le temps que je suis resté à Bangui.

Merci donc à Abed négo, Jean Diboski, Achille, Jacques Yantia et les autres qui avez si bien su m’assister lors de mon arrivée, mon séjour et mon départ pour le retour. Je vous dédie ces lignes et souhaite que votre travail porte le fruit pour lequel Le Seigneur vous a engagé. Quelque chose me dit en écrivant ceci que nous allons encore travailler ensembles.

Pain de vie

Donc, à Pain de vie, cela n’allait pas du tout.

Je ne vais pas raconter les détails parce que ce n’est pas utile sinon qu’au bout d’une semaine, j’ai décidé d’aller habiter ailleurs au moins le temps que Stanislas Bassila (celui sur qui je comptais le plus) revienne du Cameroun où il est partit m’attendre il y a six mois, croyant que j’arriverais par là bas (nous verrons plus tard que c’était une excuse).

Je commence donc a chercher une autre maison et les esprits s’échauffent car il paraîtrait que le matériel doit rester à Pain de vie et il aura fallu l’intervention « d’un vieux » (sage coutumier) pour remettre les idées en place et retrouver la paix pour que je puisse quitter le lieu encore une foi sans l’intervention de la maréchaussée.

Les frères aimants de mon groupe de soutien m’ayant accueilli, j’ai passé une bonne semaine à me demander ce que j’allais pouvoir bien faire maintenant que les bénéficiaires du matériel n’étaient soit pas là ou pas dignes et bien sûr crié à mon Dieu de me donner la direction.
En ce qui me concerne, j’étais un peu (et beaucoup) fatigué de toutes ces histoires et de mon voyage aussi longuet que mouvementé.

Je n’avais à cœur ni de partir tout seul évangéliser l’Afrique, ni d’implanter une antenne de l’Action Sociale Missionnaire et que faire avec tout ce matériel qui, il faut le dire, représente ici une certaine valeur.
Mon vœu le plus cher était alors de rentrer chez moi et me reposer, surtout, ne pas me prendre la tête, et nous avons avec les amis passé au peigne fin toutes les possibilités qui s’offraient a nous pour résoudre ce nouveau problème.
Il en ressortait que je pouvais vendre le camion (puisque personne ici n’avait la capacité de gérer un tel matériel ou de le voir finir en taxi-brousse), certaines bricoles et organiser quelque chose avec ce qui restait.

Dans mon cœur, disperser le tout était un crime et, même si financièrement la question était jouable, il y avait en moi quelque chose qui disait « non ».
Il faut savoir qu’en Afrique, les choses ne se gèrent pas tout a fait comme en Europe et, les espèces sonnantes corrompant les bonnes mœurs, quand il y a quelques valeurs en jeu, il est parfois très difficile de gérer les situations.

J’ai été prendre le conseil de mes frères blancs et ai eu la joie de rencontrer à la Mission Apostolique (AAA) des frères connus, aimés, et en tout cas de toute confiance.

J’avais secrètement confié au Seigneur que j’aimerais assez trouver un repreneur qui prendrait en charge la totalité du matériel et l’utiliserait comme prévus pour l’évangélisation, entre autre dans la brousse où les frères n’ont pas toujours les moyens techniques (et financiers) de travailler alors que ces moyens existent ; Il suffit juste de les y emmener.

Il s’est trouvé parmi ces frères un nommé Raymond qui avait depuis trois ans la vision d’un tel équipage et qui se contentait d’aller avec son vélo et un stand biblique évangéliser dans la brousse justement, et qui serait fort content de…

Là aussi, je vous fait grâce des détails mais sachez que l’impossible s’est réalisé (encore une fois) et que les frères sont repartit en brousse (400 Km de Bangui) vers leur mission avec le camion et son contenu, et moi vers la douce France avec, bien que rien ne se soit passé selon mes plans, le sentiment du devoir accompli.

Financièrement, les frères se sont « cotisés » pour me payer le billet d’avion de retour, le camion, et un pécule qui me permet de redémarrer dans une autre direction. Encore une fois, que la gloire soit rendue à Dieu qui pourvoit abondamment quand nous lui sommes fidèles.
Au grand dam de mes amis locaux qui voient leur « échapper » une partie du matériel tant convoité (malheureusement, on ne peux pas faire que des heureux), j’ai pris l’avion pour Paris, puis le train pour les Pyrénées où je me suis reposé une quinzaine de jours dans ma famille.

Passé mon temps à dormir, manger et regarder la TV. Ah ce besoin de repos !

Les vacances ont été de courtes durées car , invité par une église(dont les membres m’ont porté pendant tout le voyage et avoir été visité par une soeur membre de mon fan club comme elle aime a le dire, j’ai repris la route pour une rencontre fraternelle dans le sud de la France et suis maintenant dans la maison de frères aimants dans le cour de l’Ardèche d’où je vous écris et envoie ces quelques lignes.

Demain, je ne sais pas. J’irais où je Seigneur par Son Esprit me poussera.

Alilou est resté à Bangui. J’ai pourvu à ses besoins en lui laissant un peu d’argent et les moyens d’en trouver d’autre en négociant deux ou trois choses que je lui ai confié. Je sais que la graine qu’il a reçue portera du fruit. Ne priez pas pour moi, je suis déjà béni, priez pour lui.

Il ne me reste plus qu’a remercier chacun de vous pour m’avoir soutenu ainsi durant toute cette expédition. Je sais que notre Seigneur vous a fait du bien à vous aussi pendant ce voyage. Continuons-le ensemble jusque dans l’éternité.

Jack Paloque-Berges

 

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Un commentaire pour Un Camion pour Bangui

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