Les aventures du Pasteur Jo


Beaucoup de scènes relatées dans cet ouvrage sont authentiques, et quelques lecteurs se reconnaîtrons de prés ou de loin. Par souci de discrétion, tous les noms ont bien sûrs été changés.

Cette édition est proposée en forme de feuilleton.

Pour respecter au mieux l’intrigue qui se déroule sous vos yeux, elle est écrite au jour le jour, et ceux qui veulent savoir la suite peuvent revenir voir de temps en temps où en est Jo avec ses histoires ou simplement s’inscrire sur le site en bas de cette page ou envoyer un message ici.

Cela leur donnera le privilège d’être prévenus dés qu’un nouveau chapitre sera mis en ligne. Un par semaine en général selon l’humeur du poète.

Vivez avec nous l’aventure spirituelle avec le Pasteur Jo et la construction de l’Eglise dans la ville. 🙂

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Chapitre 1 ou la guérison d’un pécheur

Pasteur Jo gara sa petite auto sur le trottoir d’en face.

La Lumière diffuse, derrière les carreaux, indiquait une présence dans la maison du chrétien, et c’est avec joie que le ministre releva le col de sa veste pour se protéger du vent. Ce mois de décembre était particulièrement frisquet.

Le charbon du bougnat n’ayant pas été réglé le mois dernier, Jo pensa qu’il serait utile de faire encore un appel à l’offrande du culte de dimanche.

– Enfin, pensa-t-il, si le Seigneur est bon, les enfants seront chauffés. Mais, avions nous tant besoin de cette nouvelle chaire ? Et puis, il va falloir encore que je me dispute avec Madame Schneider pour qu’elle m’avance trois sous pour payer le libraire. Il traversa la rue.

La porte des Jiménez était fièrement décorée d’un poisson multicolore qui faisait un peu tâche quand on savait ce que Louis faisait endurer à sa femme.
Heureusement que ses voisins ne savent pas ce que cela veut dire, pensait Jo, et notre homme se garde bien d’aller leur prêcher l’évangile; Finalement, c’est peut-être mieux comme cela. Il frappa du heurtoir.
Les pleurs d’enfant cessèrent et la porte s’ouvrit.

– Pasteur Jo, on ne vous attendait plus , mentit Louis avec son plus beau sourire. Passez donc et ne laissez pas le froid entrer; Le charbon est hors de prix cette année, et nous sommes si pauvres.

Je le sais, pensa Jo humblement, si encore il savait avec quoi je me chauffe…

Madame Jiménez, Maria, avait les yeux rougis. Son mécréant l’avait encore battue mais, que fallait-il faire, que dire, comment le lui dire ?
Maria avait rencontré le Pasteur il y a quelques mois. Elle avait confié sa peine, versé des larmes, raconté sa vie, mais la compassion ne répare pas toujours une existence brisée. Elle avait confié sa fatigue, son désespoir, parlé de s’en aller mais, séparerons nous ce que Dieu a uni ? Jo s’était détesté de ne pas lui dire ce qu’il avait sur le cœur. Il en avait parlé à l’évêque, mais l’évêque ne voulait pas entendre parler d’un divorce dans l’église; Il fallait patienter.

– Asseyez vous donc Pasteur, donnez moi votre veste. Vous prendrez bien quelque chose de chaud. Jo se posa.

Une tête d’enfant parut à l’encoignure de la porte. Le ministre sourit. Un rayon de soleil, un peu amer, traversa son âme. Qu’allons nous faire de lui ?
Le père chassa le gosse d’un regard. Le Pasteur allait encore le sermonner, comme à son habitude, et il n’avait pas besoin de témoin. Comment allait-il s’en tirer cette fois.
Maria posa les verres sur la table, et « le quelque chose de chaud », vin rouge de piètre qualité, fut servi aux deux hommes qui, gênés autant l’un que l’autre, ne savaient quoi se dire ni par où commencer.

– Avez-vous lu le dernier bulletin paroissial risqua Jo sans conviction.
– Ma femme m’en a parlé répondit l’autre, finaud, sans trop s’avancer et redoutant la suite des événements.

Jo, encore se détestait. Il pria le ciel de lui accorder une chance. Jésus, aide moi, aide moi si il te plaît. Jésus resta muet.
Ils parlèrent de tout et de rien, surtout de rien, et Jo décida brusquement de passer à l’offensive. Cette fois, il ne faiblirait pas. Bien que le diable lui souffla que l’enfant et Maria trinqueraient après son départ, il dit mine de rien:

– Alors Louis, et ce nouveau boulot?

Il n’écouta pas la réponse, il la connaissait par cœur, et il se demandait encore comment il poursuivrait l’estocade quand Dieu enfin vint à son secours.

– Voilà ce que nous allons faire. Tu te mets au travail, et je dis à ta femme de ne pas s’en aller.

Ils se regardèrent tous les trois ahuris. Comment ai-je pu dire une chose pareille pensa Jo affolé par tant de hardiesse jamais préméditée. Seigneur, si c’est toi, gagnons la bataille, sinon, sauve moi.
Louis soudain réalisa sa vie. Il ne pensait plus, il ne savait plus, il avait pris une vérité en plein cœur et déjà n’était plus le même. Jo, conscient de son avantage, exigea. Prions !

Le St Esprit fit le reste et visita l’homme convaincu de péché avec douceur.
Nos trois amis, courbés sous la puissante main de Dieu firent silence, et laissèrent le mal s’en aller.
Mille anges dans le ciel chantèrent la Louange du Seigneur, une joie impossible envahit la maison, et quand enfin l’onction de Dieu passa, trois frères et sœur se trouvèrent unis dans une même paix. Celle qu’ils n’avaient encore jamais connue ensemble.

Plus tard, Jo quitta la demeure et remercia son Seigneur avec des mots qu’il était le seul à savoir prononcer. Oh Jésus, encore un dans ta maison. Merci pour cette grâce. Merci de l’avoir fait. Jésus Lui répondit.

– Non, tu l’as fait
– Je l’ai fais ?
– Oui, tu l’as fait. Tu as parlé; C’est que je te demande.

Jo rentra chez lui intrigué.

Quelque chose de nouveau s’était manifesté dans son existence.
D’abord, cette guérison quasi miraculeuse. Jiménez était un sacré bonhomme.
Mais moi, se dit-il, que n’est-il arrivé ? Le plus touché des deux, n’est pas celui qu’on pense. Jamais je n’ai parlé à un de mes paroissiens comme cela. Si l’évêque savait…

Il avait bien entendu parler ci et là, au grès du ministère, de guérison intérieure, de cure d’âme, d’imposition des mains, de vies changées mais, si du haut de la chaire on causait de cela, il était bien rare de voir, dans son église, des gens changer de si simple façon.
Certes, lui aussi il imposait les mains, il chassait les démons tous les dimanches, au nom de Jésus, comme on lui avait appris à l’école pastorale, mais ça ne marchait jamais. Il se gardait bien d’en parler à quiconque et voyait bien toujours les mêmes revenir. Lors des rencontres, entre pasteurs, on disait que c’est à cause du péché.

En tout cas, Jo était bouleversé au point qu’il n’en dormit pas de la nuit. Il ne s’expliquait pas pourquoi cette fois-ci tout avait marché à merveille et il avait entendu Le Seigneur lui parler d’une chose nouvelle.

– Oui, tu l’as fait, c’est ce que je te demande.

Il chercha la face de Dieu. Un verset, sans cesse répété, lui disait: « Je veux l’obéissance plutôt que le sacrifice. »

– Mais Seigneur, je t’obéis depuis ma conversion, vois, j’ai laissé mon métier pour te servir, j’ai fait ceci, j’ai fait cela et encore…
– Je veux l’obéissance plutôt que le sacrifice dit le Seigneur.
– Je ne comprends pas

Jésus lui dit: « Cherche plutôt dans ce que tu ne fais pas »
Jo réalisa alors qu’à propos de Jiménez, il aurait du se décider bien plus tôt. Les mois passèrent.

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Un jour de grande convention, Jo fut mandé pour un court témoignage devant l’assemblée des frères et, sans citer aucun nom, raconta son miracle sans trop oser croire que ses pairs entendraient. Il finissait son discours quand Jésus lui parla.

– Tu ne leur a pas dit comment tu avais fait
– Co-comment j’ai fait ?
– Oui, c’est en disant la vérité à Jiménez que tu as obtenu la guérison. La Vérité vous rendra libre !
– Mais Seigneur, ils ne font pas comme cela, ils n’écouteront pas…
– Je veux l’obéissance plutôt que le sacrifice.

Notre ami Jo parla.

Non seulement il ne fut pas écouté, mais un malaise semblait s’être emparé de la congrégation, et les Serviteurs eux mêmes évitaient ses regards sans cacher leur animosité envers les techniques un peu particulières de ce blanc-bec prétentieux qui se prenait pour Billy Graham.
Jo se sentit attristé. La suite de son histoire nous montrera qu’il n’était pas au bout de ses peines.

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Le printemps, puis l’été remplacèrent la grisaille dans le cœur du Pasteur Jo qui avait repris l’étude de sa Bible qu’il connaissait pourtant si bien. L’obéissance. Cela le tracassait.

Il rencontra encore son évêque qui le rassura en lui disant que la théorie et la pratique étaient deux choses bien différentes, et, que si il exigeait l’obéissance de ses ouailles, elles auraient tôt fait de se tourner vers la concurrence. Non, il fallait de l’amour et de la patience. Le Seigneur arrose ce qu’Il a planté, et Il est souverain pour la croissance de Ses petits qui ne peuvent grandir trop vite au risque de devenir trop spirituels et de tomber sous le jugement du diable.

– Vous êtes jeune mon garçon, vous avez l’avenir devant vous. Ecoutez vos anciens et vous verrez, tout ira bien.

A demi convaincu, Jo regagna sa paroisse.

Madame Schneider, diaconesse, tenait les cordons de la bourse. C’est elle qui décidait les sommes à allouer au groupe de jeunes, à la chorale, à la librairie et régnait en maître sur l’organisation matérielle de la communauté.

Il y a quelque temps encore, Jo était enchanté de ce cadeau du ciel qui prenait en charge une bonne part de son travail et lui évitait de prendre des décisions quelquefois pénibles quand on sait que dans une église tout le monde n’est pas toujours d’accord, et il y a souvent quelques tiraillements pour ne pas dire des grincements de dents.
Se retrancher derrière Madame Schneider était bien pratique et, comme elle est généreuse donatrice, mieux vaut peut-être ne pas la fâcher.

Une dissension apparut pourtant quand il fallut décider des crédits pour un nouvel exercice. Nous ne raconterons pas la querelle, car querelle il y eut.
L’ambiance de la paroisse, d’habitude si tranquille, fut troublée par le soudain besoin du groupe de jeunes, managé de main de maître pas un Louis Jiménez méconnaissable, d’aller évangéliser sur les plages, et qui demandait une obole pour acheter quelque matériel utile à la propagation de la Bonne Nouvelle.
Prétextant qu’ils y allaient pour se dorer au soleil, ce qui n’était pas tout à fait faux, et que les églises de la côte n’avaient qu’à évangéliser elles mêmes, la pingre refusa tout net de débloquer les sous malgré l’avis des frères qui, d’après elle, n’avaient pas leur mot à dire sur la question.

– Jésus, quelle est ta volonté demanda le Pasteur
– Mais que vous alliez évangéliser, pardi !
– Elle ne veut pas
– Mais, qui est ce qui commande ici ?
– Pour ça, c’est elle
– Bon, va lui dire que c’est terminé !

Jo avait maintenant appris à obéir à son Seigneur.
Personne ne sut ce qu’ils se dirent dans le petit bureau à droite de l’estrade ce dimanche-là après le culte. Par contre, quelques heures après, tout le village savait que le Pasteur Jo était devenu fou, qu’il voulait dépenser l’argent de l’église pour des bêtises et qu’on ne pouvait plus lui faire confiance et, et…

– Seigneur, tu vois, j’ai obéi, elle les dresse tous contre moi, aide moi, sinon, nous allons vers la division.

C’est ce qui arriva.
Nous vous faisons grâce de la relation de la bataille peu glorieuse qui suivit cette mémorable décision. Toujours est-il que l’évêque avisé, très avisé même, somma notre ami Jo de se rétracter, de s’excuser, et de redonner la place à notre trésorière. Elle n’en voulait d’ailleurs plus tant que le Pasteur serait là. Qu’allons nous faire ?

– Penchons nous dans la prière proposa niaisement Jo qui n’avait rien compris.
– Mon frère, ce n’est pas l’affaire de Dieu, c’est une affaire d’homme à régler entre nous. Nous ne pouvons perdre en ce moment une partie de l’église, vous comprenez, les finances de la fédération…

– Jésus, que dois-je faire pria Jo tout seul ?
– Débrouille toi fit le Christ plein d’amour.

Le partage reprit entre les hommes de Dieu.

– Si je comprends bien, dit Jo à son supérieur, elle dit: C’est Madame Schneider ou moi !
– C’est à peu près cela répondit le prélat.
– Que préférez vous frère; Elle ou moi ?

Nous avons tous déjà compris le choix de l’autorité, et le Pasteur Jo, maintenant soumis à La Grâce, quitta sa charge pour une autre paroisse de la fédération; Avec mille regrets.

Chapitre 2 ou le malaise de Jo

Jo dans sa détresse avait au moins une consolation.

Le départ de son prédécesseur avait été un peu précipité, comme le sien, et dans des conditions assez troubles. La hiérarchie n’avait pas vraiment expliqué ce déplacement impromptu ou du moins dans des termes bien vagues qui ne trompaient personne. De toutes façons, cela lui était égal. N’avait-il pas assez à faire avec sa propre désillusion ? Il saurait bien assez tôt les dessous de l’histoire; Rien n’échappe à Radio-clocher.

Il su rapidement qu’il était là aussi question d’argent; Cela ne l’intéressait pas. Il pensait plus aux âmes qu’à leur porte monnaie et s’occupait le moins possible des questions matérielles, ce qu’il savait d’ailleurs être un défaut, mais prétextait volontiers que dans l’église, chacun a des talents et que la gestion n’était pas le sien. Madame Schneider n’avait jamais prétendu le contraire.

Sa nouvelle communauté ne différait en rien de la précédente. Qu’est-ce qui ressemble plus à une église qu’une autre église, un chrétien qu’à un autre chrétien.

La dénomination étant de tendance « apostolique », les membres n’avaient rien à dire sur le choix et la nomination de leur nouveau pasteur et l’évêque est tout puissant. Il fut accueilli sans joie, malgré les apparences, avec de la méfiance, mais Jo savait que cela était un peu normal. Il ne se formalisa pas; Jésus le regardait.

Les présentations ne furent qu’une formalité. Jo repéra du premier coup d’œil qui l’était et qui ne l’était pas. Les spirituels devant, les timides derrière, et ça et là, disséminés dans la salle, les visiteurs un peu craintifs qui faisaient semblant de chanter. Il faudra des carnets de chant songea Jo.

Les membres du conseil l’entourèrent après la réunion. Ils voulaient le connaître, le sonder, le jauger, pensant sans doute aux prochaines élections presbytérales. Jo fut aimable avec tous. Il faut être aimable avec sa nouvelle famille. Ses expériences passées, et surtout la dernière, lui avaient appris à garder quelque distance entre lui et le peuple qui ne pense qu’à soi. Le « Bon Dieu » vient après.
Il remarqua les quelques uns se tenant à l’écart qu’il aimerait connaître mais ce n’était pas encore le temps.
Sans vraiment trop y croire, Jo décida de les aimer, tous, sans faire de distinctions. C’était son église, son troupeau, et il fallait les prendre comme l’autre les avait laissée. C’est chaque fois  pareil, tout reprendre à zéro soupira-t-il.

Enfin seul dans sa chambre, Jo appela Jésus.

– Seigneur, je ne sais pas pourquoi, il y a un malaise.
– De quel malaise parles-tu ? dit Jésus souriant.
– Je ne sais pas, ce n’est pas eux, c’est moi qui me questionne. J’ai changé, pas eux, je ne sais plus comment les mener. Jésus ne répondit pas.

Le travail n’était pas difficile. Les visites suivaient les réunions et le niveau spirituel de ses ouailles n’était ni plus ni moins élevé que celui des précédentes paroisses où il avait officié. Les problèmes d’église étaient les mêmes, les diacres étaient les mêmes, les donateurs aussi, et il était presque désespérant de raconter, à chaque réunion, la même chose et ils disaient tous « Amen ».
Jo eut préféré qu’il y en eut un qui se lève et crie qu’il n’était pas d’accord. Il se rendit compte que les disciples, dans le nouveau testament n’avaient pas ce problème. Leurs prédications se terminaient souvent sous les crachats, jets de pierres et quelquefois la prison. Le monde de l’époque n’était pas plus incrédule qu’aujourd’hui et adorait les mêmes idoles. Pourquoi diantre ne réagissent-ils pas ?

– Je veux l’obéissance plutôt que le sacrifice lui dit Jésus.
– Hein !
– Tu as très bien compris rétorqua Jésus d’en haut du ciel. Es-tu sûr que tu fait vraiment bien ce que je te dis; Tu as déjà oublié Louis et la Mère Schneider ?

Jo ne répondit rien et alla se cacher dans son bureau. Le St Esprit l’y avait précédé et il ne pu rester tranquille. Cédant soudain à la pression, il dit, à voix haute: Ça va, j’ai compris, tu verras Dimanche prochain ! Il ne fit pas de programme.

– Seigneur, c’est toi qui parleras et je m’engage à répéter ce que tu me souffleras, mais je t’avertis, si je me fais encore virer…..

Jésus riait sous cape. Lui, savait bien ce qui allait se passer.

La prédication suivante, Jo exposa ses projets. Tout d’abord, on allait renouveler les carnets de chant car nos visiteurs ont de la peine à suivre. Sans applaudir, le peuple acquiesça.
Il parla des âmes perdues dans sa nouvelle paroisse; Il fallait aller les chercher et ne pouvait y aller tout seul. Après le culte, il recueillerait les candidatures de ceux qui voudraient se joindre à lui, et annonça que des cours de formation de disciples étaient en préparation. La prochaine réunion, il expliquerait ce que sont des disciples.

Question relationnel, il remarquait que certains frères se tenaient à l’écart dans l’église.

Sans citer personne, il voulait savoir si cela venait de leurs problèmes personnels ou des problèmes des autres qui ne savent pas ce qu’ils font.
Enfin, bien que ses propres responsables n’y tiennent pas trop, il proposait de communier un peu avec l’assemblée voisine. C’est tellement dommage de ne pas fréquenter aussi les amis (Jo n’osa pas dire les frères) des autres dénominations.

Après quelques instant de stupéfaction, les fidèles médusés commencèrent à remuer sur leurs chaises et le pasteur Jo se demanda si il n’avait pas été trop loin. Il imaginait son évêques lui dire :

– Mais vous voulez vider l’église ou quoi ?

Il n’osait pas regarder à Jésus.

Les habitués entourèrent Jo après le culte et lui firent maintes promesses. Jésus ricanait en douce car il savait que chacun aurait son prétexte dés le lendemain. Seul, un homme s’approcha et demanda un rendez-vous. Il voudrait bien, lui, être formé comme disciple.
A écouter Jo, Roger avait senti son cœur tressaillir de joie.

Quelque chose lui disait que ce pasteur-là n’était pas comme les autres.
Il lui trouvait un je ne sais quoi en plus dans les yeux qui le mettait à l’aise. Son visage reflétait une tranquillité difficile à comprendre dans un lieu comme celui-ci.
Il fut lui aussi surpris par la prédication d’ordinaire si conventionnelle. C’est comme si le Pasteur prêchait aujourd’hui en « français courant ». Tout le monde avait compris et se sentait concerné par ce qui avait été dit.

Roger, chrétien, dans cette assemblée depuis seulement quelques semaines, était déterminé à en « essayer une autre » mais n’arrivait pas à se décider. Ce sont les mêmes partout se disait-il; Ils parlent, ils parlent, mais on ne voit rien venir. Ils viennent écouter comme on va au concert; les habitués se saluent, parlent de la pièce, et retournent chez eux sans vraiment seulement en connaître l’auteur. En plus, ils me regardent comme si je suis un extraterrestre. Je n’aime pas beaucoup cela, mais que faire, c’est peut-être moi qui ne vais pas.
Il avait partagé ses difficultés avec un ami, dans la ville voisine, et ils avaient convenu ensemble qu’il y a parfois des problèmes d’intégration. Son ami Luc lui avait dit en confidence :

– Tu sais, je fréquente la mienne depuis dix ans et je ne me sens pas encore intégré.

Désolant.
Luc est pourtant la crème des hommes. Un de ces frères vraiment converti qui, si il rencontre encore quelques menus problèmes personnels, est très sociable et un de ceux justement qu’on ne peut appeler « rebelle », expression favorite des hommes d’église qui veulent faire taire les contradicteurs.

– Ce nouveau Pasteur est bien téméraire pensa-t-il; j’ai vraiment envie de le rencontrer et de voir avec lui si il ne serait pas possible de ….

De faire quoi au juste ?
Dans ma dernière église, j’ai voulu, au bout de six mois, m’intégrer dans le groupe de diaconat, qui s’occupe des pauvres, et ils m’ont répondu qu’ils étaient bien comme ça dans leur équipe et qu’ils n’avaient besoin d’aucune autre aide. Sur le coup, je n’ai pas très bien compris mais là aussi il a fallut faire avec; Je ne leur en veux pas.
Le groupe de jeunes, lui, se disputait tout le temps pendant les sorties et l’ambiance était limite; J’ai préféré renoncer.
Roger, un peu triste, repoussa ces pénibles souvenirs et nota discrètement sur son cahier les propositions du pasteur qui toutes lui paraissaient acceptables.

– Oh ! Seigneur, bénis cet homme et donne lui le succès dans ses entreprises.

Jésus, méditatif Lui aussi, ne disait rien.

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Le mardi du rendez-vous arriva enfin.

Un peu comme un voleur, Roger pénétra dans l’église et retrouva le pasteur dans son bureau. Jo le fit asseoir.

– Alors, jeune homme, qu’est-ce qui vous amène lui dit le Ministre après quelque banalités.

Roger était confus. Ce qu’il avait dans son cœur ne pouvait pas se dire.
Parler, c’était dénoncer les manquements bien tristes des soi disant Enfants de Dieu et accuser leurs dirigeants d’inconséquence. La Parole enseigne de belles choses mais qui était-il pour en parler, lui, simple chrétien, face à la science des responsables religieux à qui il devait respect, soumission et humilité comme on le lui avait appris.
Il ne se demandait même pas si l’autre l’entendrait. Il y aurait-il une chance qu’il l’entende ? Son malaise dura.

Pasteur Jo avait déjà compris.
Il avait devant lui un frère inquiet, blessé, une créature asservie qui cherchait délivrance. Un Enfant de Dieu malmené par des frères indignes qui n’ont pas su l’aimer.

« Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantes plus! Fais éclater ton allégresse et ta joie, toi qui n’as plus de douleurs! Car les fils de la délaissée seront plus nombreux que les fils de celle qui est mariée, dit l’Eternel. » Esaie 54:1

Jo sentit la compassion envahir son cœur.
Il refoula ses larmes en face de la détresse de cet homme qui ne pouvait comprendre ce que lui savait. Il revit ses début.

Jeune chrétien, il fut souvent choqué par le mirage d’une foi dévoyée, et acceptait sans bien entendre les mensonges des faux qu’on appelait les vrais. Ce n’était jamais lui qui avait raison. Oui, les responsables savaient, eux; Il fallait écouter, ne rien dire, se taire. Roger non plus ne pouvait pas parler.
Un instant, il eut la tentation de prendre la parole, expliquer, dire la vérité, mais sa charge, bien lourde en ce moment, lui faisait plier l’échine comme un fardeau trop pesant. Il décida d’être hypocrite et de rassurer le jeune avec les mots habituels. Qu’il est plus facile de mentir, de se dédouaner, d’expédier une affaire !
Il allait ouvrir la bouche et faire son métier quand Jésus frappa deux petits coups discrets à la vitre en disant :

– Je suis là. La vérité vous affranchira.

Jo se trouva encore coincé. Il ne pouvait plus faire marche arrière, ni marche avant d’ailleurs. Encore une fois, il était piégé et il lui fallait faire un pas. Un pas vers le Royaume. Il baissa la tête et demanda pardon.

Le jeune homme ne comprenait pas mais le silence de son aîné lui faisait du bien.

Il devinait, allez savoir comment, qu’un ange combattait pour lui dans les ténèbres. Qui serait le vainqueur ? Il n’eut pas à réfléchir bien longtemps car, de Sa voix douce, le St Esprit l’assura qu’Il travaillait en ce moment pour Son Église, que Jésus était venu pour nous délivrer du Malin et que seuls les petits enfants hériteraient du royaume de Dieu. La porte est ouverte, il n’y en a pas beaucoup qui la franchissent, et ce pasteur-là vivrait et montrerait le chemin à beaucoup d’autres. Laisse-le. J’ai du travail pour lui. Toi, regarde à Jésus, et suis-Le.

Roger partit rassuré. Il avait sa réponse. Désormais, il ne souffrirait plus de la misère du monde. Il annoncerait la paix.

Pasteur Jo resta longtemps, sans penser, dans l’intimité de son bureau.
Le téléphone ne sonnait pas, l’agitation de la rue ne le dérangeait pas, les affaires courantes attendirent discrètement que l’âme touchée par Dieu émerge doucement de la langueur profonde qui s’était maintenant emparée de l’homme de Dieu repentant. Un verrou s’était brisé, un autre, et une aimable lumière inondait son cœur mettant à jour ses fautes du moment. Qu’il est doux, qu’il est bon de se laisser emporter par la vague de Dieu !

« Et il m’a dit: Ma grâce te suffit,
car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » 2Co 12:9

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Jo avait dit qu’il allait former des disciples. Il en fut le premier.
Le jeune Roger fut le deuxième et les suivants, bien rares il est vrais à tenter l’aventure, rencontrèrent l’amour que Dieu a déjà distribué. Quelques critiques, au sein de l’assemblée racontait qu’on voulait former des super chrétiens, des héros spirituels, qu’il eut mieux valu attendre la volonté de Dieu et que son orgueil perdrait le romantique. Jo continua sa mission.

L’ambiance, jusque la bon enfant, se gâta le jour où il fut décidé qu’on irait sur la place du village chanter un chant ou deux. Il y eut des pour et des contre; Surtout des contre.
Il n’était pas question de se donner en spectacle devant la population qui ne manquerait pas de se moquer, et cela ne serait certes pas un bon témoignage que de s’exhiber ainsi devant tout le monde qui ne comprendrait rien.
Jo, du haut de sa chaire répliqua qu’en effet il préférait que la plupart de la congrégation reste à la maison.

– Vous avez raison, c’est un bon témoignage qu’il faut donner. Si vos voisins savaient ce qui se raconte ici, ils n’auraient aucune envie de venir et ce n’est pas le but. Que ceux qui d’entre vous qui ont honte de l’évangile restent chez eux; De toute façon, Jésus a honte d’eux et ils ne rentreront pas dans Sa maison.

Si il est parfois des bonnes occasions de se taire, le Pasteur Jo venait d’en manquer une.

Madame Jolie, c’est son nom, se leva offusquée, et quitta la salle bientôt suivie de son club attitré qui ne venait d’ailleurs que pour lui faire plaisir. La révolution était à la porte, la guerre fut déclarée.
L’église perdit coup sur coup son diacre, quelques membres et son prophète qui n’avait pas prophétisé cela. D’ailleurs, à propos de prophètes, la dernière étude biblique traitait justement de la question, et Jo s’était réjoui que les plus spirituels de l’église ne fréquentent jamais les réunions dans la semaine. C’était plus facile pour lui de parler librement.
Il avait expliqué qu’il y a trois sortes de prophéties le dimanche à l’église.

La première, celles inspirées par Dieu, il n’y avait rien à redire.

La seconde, celle charnelle, qui raconte n’importe quoi et et n’édifie le Peuple en aucune façon.

La troisième, plus subtile, est inspirée par le diable qui sait se déguiser en ange de lumière et sert surtout à entraîner la troupe sur des fausses pistes telles que le réveil imminent, la paix dans le monde ou d’autres fariboles de ce genre qui n’ont d’autres effets que de diviser l’Armée du Seigneur et la faire se disputer alors qu’elle a autre chose à faire.

Jo avait poussé la malice jusqu’à questionner:

– Mon frère, ma sœur, quand tu prophétises, es-tu vraiment sûr que c’est le Seigneur qui parle par ta bouche ?

Les « disciples » se sont bien gardé de commenter la demande et nous n’en avons plus entendu parler.
Une autre fois, Pasteur Jo, très en forme ce jour-là, avait demandé à toute l’assemblée que ceux qui avaient l’assurance de leur salut lèvent la main. Un ange est passé.
On raconte que, la stupéfaction éteinte, le messager apposa vite sur le front des élus une marque discrète qui les encourageât à se manifester. Goguenard, du haut des cieux, Jésus approuva.

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Il est évident que notre Jo devenait de moins en moins populaire.

Les âmes, reprisent dans leur courroux, se singularisèrent par toutes sortes de réaction.
Monsieur Norbert, l’instituteur, confessa en privé qu’il ne tarderait pas à retrouver la laïcité. Jeanne, très connue dans les boites de nuit de la région, changea de boutique et on ne la vit plus. Germaine, personne âgée de la congrégation priait. Le groupe de disciples, à défaut de grossir grandissait.
Les larmes coulaient souvent dans les chaumières quand les prosélytes se retrouvaient seuls devant leur Dieu. Jésus, Lui, ajoutait à l’Eglise tous les jours ceux qui étaient sauvés.

La guerre était donc déclarée.

L’évêque s’inquiéta encore de cette agitation et débarqua un dimanche matin sans prévenir. Un froid glacial envahit les travées de l’église et le pasteur, si il n’avait pas eu ses disciples dans la salle, aurait paniqué à bien juste raison.
Après les salutation d’usage, on installa le surveillant sur son trône à droite de l’estrade. Il croisa ses genoux et attendit comme les autres la prédication.

Jo avait prévu, dans l’urgence, de faire un peu de morale les événements de la semaine n’indiquant pas un discours trop ourlé. A fièvre de cheval, remède de cheval; Son pensum était prêt et il était déterminé à affronter le diable, seulement voilà, c’est l’évêque qui s’est présenté.
Il fallut faire un choix. Le problème de Jo était qu’il ne savait pas lequel. Il n’eut même pas l’idée de crier à son Père; Il était tétanisé, il n’avait plus de mots.

– Mes bien chers frères…

Un silence de plomb écouta la suite de la phrase qui ne venait pas. Le prélat souriait doucement, les disciples retenaient leur respiration pour aider leur pasteur et ami, et le reste de l’assemblée guettait le cœur serré les mots qu’il ne prononçait pas.

Je lève les yeux vers les montagnes, d’où me viendra le secours…

Le Pasteur Jo, livide, parcouru des siens les gens de son église, le visage de son troupeau. Son regard dévisagea chacun, et se posa, comme par inadvertance, sur une chaise du premier rang. Assis là, calme, serein, tranquille, ne faisant pas de bruit, il y avait Jésus.
Jo le pasteur ouvrit la bouche et Dieu parla

Il raconta leurs haines, leur paresse, leur incrédulité, il conta son angoisse, sa tristesse et leur iniquité. Il dénonça la honte, la misère, le péché, il leur montra leur lèpre et dit vouloir la soigner.
Le sermon dura une heure. Personne n’osait s’en aller; l’évêque, calculait.

A la fin de l’homélie, Jo donna le coup de grâce, son coup de grâce. Il invita à la Sainte Cène seuls les disciples qui avaient donné leur cœur à Jésus, ceux qui étaient sauvés, ceux qui suivaient la formation; Les autres, il les renvoya à la maison en précisant qu’aujourd’hui, il n’y aurait pas d’offrande. Leur or est rouillé, pourri, Dieu n’en veut pas, il n’en veut plus, même les pauvres n’en ont pas besoin. Au revoir à ceux qui s’en vont, je ne vous dis pas Adieu, simplement au revoir….peut être.

L’évêque, cramoisi, tenta de se lever, rappeler les « fidèles », mais, dans une retraite bien désorganisée, le peuple était déjà sorti. Jésus resta et partagea le pain.

Chapitre 3 ou Le désert

Le Pasteur Jo avait signé son arrêt de mort. La mort à lui même.

Comme Jésus en son temps, il avait dit la vérité et ils l’avaient crucifié.
Dans quelque publication chrétienne, Jo avait lu qu’en s’élevant contre les Pharisiens Jésus  s’était suicidé politiquement. Notre ami n’avait alors pas vraiment porté attention à cet article. Maintenant, la même chose lui arrivait à lui mais le jeune pasteur le réalisait-il encore ? Il faudrait des mois, des années, avant qu’il ne comprenne l’enjeu de cette guerre ouverte entre Satan et Dieu. Jésus est vainqueur disait-on; le Pasteur Jo, ce jour là, se retrouva vaincu.

La fédération qui lui versait son salaire le remercia. C’était bien fait pour lui.

La chrétienté, naguère qui l’aimait, ne le connaissait plus. Des bruits cachés disaient qu’il était devenu fou et qu’il se reposait; publiquement, on évitait son nom.
Ses amis ne lui dirent rien, ils n’en pensaient pas moins, et les invitations n’étaient même pas rares, elles n’étaient plus du tout. Son téléphone, muet, ne voulait plus sonner.
Il cria à Jésus. Triste, aussi, Jésus se taisait.

Période de désert, période de silence. Jo savait que rien ne serait désormais plus comme avant. Il y avait de cassé on ne sait quoi dans son âme et même le doute le laissait en paix. C’est comme si il avait pris un coup, et tout son corps, son être, ses pensées, brutalisés par la souffrance, le déchiraient d’une douleur qu’il ne pouvait sentir.

Assommé, Pasteur Jo resta quelques mois sans rien faire.

Un jour, il décida que cela avait assez duré et, son pécule épuisé, pensa qu’il serait temps de réagir et d’émerger de nouveau. Il émergeas.
La situation n’était pas dramatique; Il avait le ciel pour lui. Jésus, de temps en temps, faisait une petite apparition dans sa chambre, déposait sur une chaise de l’eau fraîche et des gâteaux, et se retirait aussi discrètement qu’Il était venu. Jo n’a jamais su que le Maître en personne l’avait visité quoi qu’Il le sache tout proche.
Tout de même un jour, en fin de solitude, traversé le désert vint le beau temps.

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Ses frères l’ayant rejeté, il chercha et trouva d’autres Enfants de Dieu. Ce ne sont pas les dénominations qui manquent.

Après deux ou trois essais infructueux, il se lia avec l’église M…… qui l’accueillit un peu comme s’il sortait de prison. J’étais au purgatoire se disait Jo mi souriant.
Son histoire, en fait, n’était connue qu’à moitié. Ses responsables savaient, bien sûr, qu’il avait eu des problèmes, mais ils avaient besoin d’un pasteur. Jo était consacré, il parlait en langue, était bien habillé, et cela suffirait. On verrait à l’épreuve si ça pouvait aller.
Afin de ne pas prendre trop de risque, on le nomma vice pasteur, pasteur adjoint, dans une communauté de campagne prés de la ville de Sens où il y avait du besoin.

Ici, on ne disait pas paroisse mais communauté.

Cette vocable sentait bon le réveil et on ne parlait que de ça. C’est d’ailleurs pour cela qu’on avait tant besoin de serviteurs; La croissance.
C’était le temps ou les guérisons et les miracles faisaient tant de bruit et que les chrétiens des églises plus traditionnelles voisines venaient quelque fois voir ce qui se passait. Souvent ils restaient, ce qui faisait dire à leurs prêtres que le diable les avait enlevé. Mais où est donc la vérité se demandait Pilate.
En tout cas, Les témoignages témoignaient, les chrétiens étaient fous de foi, les églises prospères et les prédicateurs toujours plus entreprenants.

– Dieu est avec nous, Qui sera contre nous ? clamaient dans leurs micros les pasteurs avec autorité.
– Amen répondait le peuple d’une seule voix.

Jo découvrit cette ambiance avec étonnement.
Certes, pentecôtisant lui-même à ses heures, il connaissait les pentecôtistes mais ce qu’il avait vu jusqu’alors de l’extérieur, il le découvrait maintenant du haut de l’estrade et se laissait griser par cette puissance qui habitait le lieu.

Cette puissance, il ne l’imaginait pas comme cela.

Ses expériences récentes dans ses dernières églises lui avaient laissé un goût de ciel, et, allez savoir pourquoi, un quelque chose lui disait que ce n’était pas ça. Il chassa ces vilaines pensées et regarda les lumières de la salle.

Le peuple chantait à tue tête et criait ses prières et adorations. On l’assura que c’était sa façon de s’exprimer. David ne dansait-il pas  avec le peuple sous le regard de son épouse courroucée ? Non frère, ouvrez vos yeux et louez le Seigneur ! A voix haute, aussi, Jo loua le Seigneur.

Dans sa chambre, le soir, il ne rencontrait plus son Ami. Le vide avait remplacé la douce voix du Maître qui lui parlait si personnellement.
Bien sûr, il passait de longues nuits en prières, bien sûr, il chantait les cantiques de tout son cœur, bien sûr, il prêchait la parole et se faisait du bien, mais, il y avait un mais, une solitude pas commune le torturait au point qu’il ne comprenait plus.

– Jésus, j’ai besoin de toi, maintenant, se surprit-il à dire un soir qu’il doutait trop.
– Je suis là fit le Christ. Une immense joie envahit tout son être.
– Mais où étais-tu donc, depuis le temps…
– Je te regardais dit Jésus
– Que veux-tu de moi, Seigneur fit Jo presque en colère.
– Je veux que tu ouvres tes yeux dit Jésus en s’en allant.

Bien qu’ayant l’assurance certaine de savoir en qui il avait cru et la paix retrouvée, Jo n’était pas plus avancé. Il trouvait son Maître bien mystérieux pour une fois et restait circonspect sur la mission qui lui était dévolue.

Dans ce nouveau lieu de travail, tout allait à merveille. On n’avait presque pas besoin de lui.
Tout le monde connaissait sa bible par cœur, tout le monde prenait la Sainte Cène, tout le monde chantait à tue-tête, et le niveau spirituel était bien plus élevé que…
Mais Jo ne voulait plus y penser. Que pourrait-il faire de plus ?

Il avait quelques scrupules car il n’avait pas osé recontacter Louis, Roger et ses autres disciples; Ses ex-disciples.
Que devenaient-ils, quel était leur pasteur, continuaient-ils à grandir, à servir, a vivre ?
Il ne pouvais décemment leur téléphoner ou leur écrire. Que penseraient leurs responsables d’une telle démarche, ne serait-il pas accusé de vouloir faire une tentative de récupération ? Serait il un loup ravisseur ?

– Oh seigneur, garde-les comme tu m’a gardé implora-t-il. Jésus accepta.

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Jo avait retrouvé la paix. Son appétit revint.
Profitant de la rencontre de l’équipe pastorale, il proposa ses services.

– Nos fidèles se rencontrent trois fois par semaines à l’église lors des différentes réunions dit-il, si nous organisions quelques sorties à l’extérieur
– Que voulez vous dire ?
– Ben, des sortie de jeunes par exemple, à la plage, au cinéma
– ???!!
– Nous pourrions aussi encourager les chrétiens à se rencontrer chez eux, prier ensemble, travailler dans leur quartier.
– ???!! Mais, ils le font déjà !
– Ah oui ,? Je ne le savais pas.
– C’est vrais, cher frère que vous êtes nouveau dans notre communauté. Nous avons un programme bien établi par les dirigeants de la fédération et qui marche très bien. Les jeunes font une sortie une fois par an à la plage, et, une fois par mois, Monsieur Delmas, notre diacre, reçoit chez lui ceux de notre assemblée qui ont à cœur de prier pour la région et nos autorités.

– Merveilleux répondit Jo piteusement, je n’ai pas encore lu le bulletin paroi…, de la communauté.
– Cela fait plusieurs mois qu’on parle d’en éditer un et nous ne tarderons pas à le faire répondit le Pasteur en titre un peu irrité, mais parlons d’autre chose; Que pensez vous de ……..

Jo n’entendit, ou plutôt n’écouta pas la suite.

Un malaise l’envahissait et il était incapable de se de dire d’où cela provenait.
Ces frères, très gentils au demeurant bien qu’un peu distants l’ennuyaient, et cette rencontre ne lui apportait pas cette intimité qu’il pensait être en droit de partager avec des collègues dans le service du Seigneur. Bah ! pensa-t-il, peut-être ne suis-je pas encore habitué à leurs coutumes. Il faut du temps pour se faire accepter.
Il pensa à la rencontre de Jésus avec ses disciples et se dit qu’Il faisait alors moins de manières. Viens et suis moi ! L’autre laissait là ses filets, son péage, sa boutique, ses amis, et rentrait immédiatement dans la faveur du Maître qui savait si bien se faire aimer. Jo se dit qu’il faudrait attendre.

– Jésus, pourquoi je ne suis pas heureux ici ? demanda-t-il un soir à son conseiller. Jésus songea qu’il comprendrait bien assez tôt

Chapitre 4 ou Les questionnements

Jo prit le parti de laisser faire et surtout voir venir.

On lui avait appris, et il l’apprenait à son tour à ses ouailles, à être soumis à ses supérieurs en toutes choses. Même à leurs idées.
Il aurait bien encore voulu faire un peu de révolution, mais ses nouveaux amis lui avaient assuré qu’il ne gagnerait pas grand chose en sortant du rang. « On ne change pas une institution » déclaraient-ils sagement.
Nos églises sont pleines, et, si il en est quelques uns qui n’ont pas très bien compris la foi, le Seigneur les éclairera. Ils sont bien mieux sur les bancs de l’église qu’au bistrot, et, tu sais, il faut bien se garder de ne pas séparer le bon grain de l’ivraie. Tout pousse en même temps et Dieu connait les cœurs.
Ces leçons ne profitaient guère à Jo qui n’était pas convaincu. Il se réfugiait le soir auprès de Jésus qui se taisait toujours quand on abordait ces sujets sensibles.

– Obéir, c’est ce que tu veux non ? Alors, j’obéis.

Le temps arriva où le Pasteur principal commença à confier à Jo quelques petites tâches, et il put enfin aller discuter un peu avec les gens la communauté. Après deux ou trois rencontres, il savait tout des cancans habituels aux assemblées de ce type.
Les petites histoires, fausses ou vraies ne l’intéressaient pas vraiment, mais il fallait les écouter ne serait-ce que pour faire plaisir aux fidèles qui, d’après ce qu’il entendait à droite et à gauche ne l’étaient pas toujours.

Il était tout de même étonné, car sa nouvelle église avait la réputation d’être une des plus éveillée de la région . Le réveil ! Ce mot était celui qui était le plus prononcé dans cette dénomination.
Désormais bien au clair des faits et gestes de la plupart des membres de la congrégation, Jo pouvait les voir maintenant d’une autre manière et, s
i il ne les comprenait pas, ne les jugeait pas, ne les condamnait surtout pas, il ne pouvait s’empêcher de penser que certains étaient bien gonflés de jouer les spirituels le dimanche car fréquentant pour certains le samedi des gens et des endroits fort peu recommandables.
Enfin ! se disait-il, on voit cela dans les meilleures assemblées.

Ce qui le gênait, c’est que le diacre, alcoolique notoire qui battait sa femme, était si bien habillé. L’habit ne fait pas le diacre ironisait-il un peu piteusement.
Le chef des chantres, lui, virtuose de la guitare électrique, jouait en semaine dans un groupe de rock très réputé dans la région. Il disait évangéliser ses copains mais on ne les voyait pas souvent à l’église et un mini scandale éclata quand ce petit monde fut impliqué dans un trafic de drogue mais à l’office on n’en parla point. C’est comme si rien ne c’était passé.

Madame Lelouis, fervente et assidue aux réunions de prières, avait dans son salon des reliquats de son Catholicisme passé. Statues de la vierge, crucifix dorés et autres angelots de pacotille qui, si ils n’eussent été évangéliques auraient bien fait rougir un saint. Il n’avait pas osé aborder la question.
Question concubinage, trois couples au moins dans l’église vivaient heureux comme ça et personne ne leur disait rien.

– Il faudrait en parler au Pasteur, se dit Jo avec tristesse.

Bref, les réunions succédaient aux réunions, toujours le même rite, et il n’était pas question d’en changer parce que c’était bien comme cela.

Quatre ou cinq chants pour mettre l’ambiance ou pour chauffer la salle comme disaient les pasteurs entre eux, une longue prière, toujours la même, quarante minutes de prédication mais pas plus pour ne pas abuser.
Les rencontres se terminaient toujours par un appel. Appel à la repentance, appel à la conversion, appel à la guérison et à tout autres problèmes que Dieu peut traiter à notre place; Ce qui ne marchait pas d’ailleurs car c’était toujours les mêmes personnes qui se présentaient à l’imposition des mains. On se demande ce que fait Jésus soupira Jo. Jésus, aussi soupirait mais notre ami ne le savait pas.

Un jour, pourtant,il se passa quelque chose.
Mireille, la fille d’un ancien, se trouva enceinte d’un galopin de la bande de drogués qui avaient fait parler d’eux quelques semaines auparavant. Aie ! En voilà un problème.
C’eut été dans « le monde », la chose serait passée inaperçue, mais dans l’église…
On réfléchit aux diverses possibilité de régler cette affaire en urgence car cela ne pouvait attendre. Personne ne savait rien mais tout le monde en parlait. Allait-on avorter ?

Cette solution, préférée cela s’est dit par les parents de la belle, ne pouvait convenir. La fille tenait à son amant et un mariage impie ne pouvait se célébrer dans ce lieu de culte connu dans toute la région. Les pasteurs, réunis en synode débattirent de la question.

– Si encore il venait à l’église dit le Pasteur en chef.
– Oui, mais il ne vient pas dit son second prudemment, qu’en pensez vous Jo ?

Jo, pasteur en son âme et fidèle à son Seigneur se trouva bien embêté; Que fallait-il répondre ?

– Nous pourrions, hasardât-il humblement, attendre un peu voir comme se font les choses…
– Mais vous n’y pensez pas, gronda le Pasteur Principal, elle sera bientôt grosse, et, si nous attendons trop, il ne sera plus possible de la faire avorter.

Le Pasteur avait dit une bêtise. Il se mordit les lèvres et on ne l’entendit plus. Jo, secrètement, sentit son cœur saigner.

– Prions, mes frères s’entendit-il proposer. Jésus ne voulut pas répondre. Il resta silencieux.

Finalement, il fut décidé que le pasteur Jo parlerait au jeune homme. Qu’allait-il lui raconter ?
Mission délicate si il en faut, il fallait qu’il sauve le monde. Il parlerait de Jésus, de la foi, du Paradis et obtiendrait peut-être que l’autre se convertisse. Tout pourrait s’arranger. Il demanda à son Seigneur de faire ce miracle.

– Non répliqua Jésus.

Devant son air interrogateur, Jésus expliqua qu’il ne répondait pas à ce genre de prières.

– C’est pour la Gloire de mon Père que j’ai tout pouvoir; pas pour dissimuler le péché et la folie des hommes. Cette fois, je ne ferais rien pour toi.

Jo revint presque bredouille de son entrevue.
Prétextant l’hypocrisie des membres du clergé et de certains paroissiens, le gars ne rentrerait jamais dans cette église; Comme il avait raison !
Jo insista et gagna le garçon par les sentiments; Il risquait de perdre la fille. Le marchandage débuta.
Après un long combat, des transactions secrètes et des concessions de part et d’autre, une solution fut trouvée. Jo regagna l’église et et parla au Pasteur.

– Alors, quelles nouvelles ?
– Il accepte de se faire baptiser fit Jo en espérant.
– Mais nous sommes sauvés ! Se réjouit le Pasteur en chef oubliant que l’autre était un garnement.
– Mais, connaît-il Dieu au moins ? tenta encore Jo dépité.
– Il sera toujours à temps de se convertir par la suite termina l’homme d’église avec autorité. Bravo Jo, vous avez fait du bon travail. Vous êtes des nôtres à présent.

Oui, je suis des vôtres pensa Jo amèrement.

Chapitre 5 ou La souffrance

Le pasteur Jo ne se sentait pas très bien dans sa nouvelle peau.

De la même manière qu’un ouvrier d’usine souffre sans le savoir des gestes répétitifs devant une machine sans vie, toujours la même, Jo se sentait mal à l’aise dans un univers étriqué où il ne se passait rien.
Bien sûr, ce n’était pas les histoires qui manquaient, et ses journées se trouvaient bien remplies à courir à droite et à gauche à rechercher les solutions des multiples problèmes que posent une communauté de deux cent quarante trois âmes recensées dans le cahier de l’église. Une vie de ministre bien remplie et, quand il se couchait le soir, il pensait qu’il n’avait pas volé le salaire que lui versait la fédération. Néanmoins, la routine et ce confort lui paraissait pesants.

En lisant sa bible et surtout le Nouveau Testament, il voyageait avec les apôtres, souffrait avec les disciples, se réjouissant avec les repentants, et son cœur criait de joie quand une âme se convertissait et devenait Lumière.
Tout ce petit monde était en mouvement et il n’entendait pas parler d’histoires stériles du genre de celles qui faisaient son quotidien et pourrissait son environnement immédiat. Jo se surprit à rêver.
Les disciples s’aimaient entre eux et, si ils se disputaient parfois, exprimaient leur attachement à Jésus prêchant la Parole de vérité et en dénonçant les pratiques religieuses que lui-même vivait parfois comme si c’était tout à fait normal. Mais pourquoi donc cette différence entre l’ambiance vécue dans leur Eglise, celle des premiers croyants, et la sienne, qu’il aimait de tout son cœur parce que qu’on lui avait appris à le faire et qu’il était bien obligé. La vérité vous affranchira.

– Je dois avoir un problème se redit Jo tristement. Jésus ne le contredit pas.

Il s’ouvrit de ses états d’âmes au Pasteur en chef qui était là pour cela.

– C’est que vous n’êtes pas assez sanctifié, lui dit l’autre avec componction. Voyez vous, cher ami, il faut vous examiner vous même pour voir si vous êtes dans la foi. Les frères et les sœurs qui fréquentent nos assemblées sont faibles et vous ne devez pas chercher dans leurs comportements des explications à « vos » problèmes. Repentez vous de vos péchés et tout ira bien. Croyez moi !

Pourquoi sont-ils si faibles avec toutes les bénédictions qu’ils reçoivent ? Pensa Jo, et moi, pourquoi est-ce que je me pose toutes ces questions; Dieu ne me suffit-il pas ?

Jésus, là encore, ne fit rien pour l’aider.

Le jour tant attendu des baptêmes arriva.
C’était un jour de fête. La communauté se rassemblait en force et allait montrer au monde ce qui faisait sa foi.
Une table avait été dressée dans le jardin, et les nappes blanches souriaient à un jour nouveau. Les sœurs cuisinières avaient honoré les convives. Seuls, les pauvres n’étaient pas invités; C’est dommage pensa Jo.

Le culte du matin avait été vite expédié comme pour laisser de la place à la manifestation de l’après midi qui allait introduire des amis dans l’Eglise et aussi, idée perfide de quelques uns, augmenter les statistiques de la fédération.

Le repas fut joyeux; les futurs baptisés aussi.

Le diacre était un peu pompette mais ce jour là était spécial et on pouvait bien le lui pardonner. Dieu connaît son cœur.
Les chants d’introduction s’entendaient au delà de la rivière car on avait poussé le son de la sono. Tout le monde était content et il y avait de quoi. Plusieurs âmes étaient passées de trépas à la vie et on célébrait la victoire.

Les baptisés avaient été préparés le matin même, après le culte, par une étude d’une heure et demi. Ils avaient répondu oui aux questions posées, et on s’était assuré qu’ils connaissaient cela par cœur et feraient sans doutes de bons et fidèles enfants de Dieu. On allait maintenant les immerger dans l’eau du baptistère, noyant leur vielle nature et les péchés passés. Toujours émouvant.
A chacun, il était demandé un court témoignage et c’est un peu hésitants, intimidés par la foule et leur grande émotion, que les candidats expliquaient pourquoi ils avaient accepté de s’engager dans les eaux et de suivre Jésus.

Quelques témoignages furent bouleversants.

Jean, alcoolique sauvé, raconta comment il avait abandonné la divine bouteille. Le peuple applaudissait. Laure, fille perdue devant l’Éternel, raconta que dans l’assemblée, elle avait trouvée une nouvelle famille, et le punk amoureux s’en tira en disant qu’il avait rencontré ici la femme de sa vie.

Un, seulement, dit en quelques phrases qu’il avait compris que sa vie est ténèbres. Il voulait, par ce geste, rejoindre la maison de Dieu. Le cœur de Jo s’émut; Enfin, en voilà un qui a compris quelque chose.
La cérémonie prit fin. Le peuple était content; Demain, une nouvelle semaine commencerait.

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Cette semaine, d’ailleurs, devais s’annoncer décisive pour la vie spirituelle du Pasteur Jo qui n’était pas satisfait de la cérémonie des baptêmes.

En fait, c’est lui qui avait dirigé la petite étude biblique imposée aux nouveaux chrétiens avant le plongeon dans le baptistère. Il s’était bien rendu compte que la plupart des candidat n’étaient pas prêts, ou du moins, étaient loin de comprendre ce que voulait dire « nouvelle naissance » et « engagement pour Christ ».
Nous en étions revenu à l’automatisme des religions mortes qui baptisent les bébés sans leur demander leur avis, ou autres « communions solennelles » qui ne veulent rien dire si ce n’est que ce jour là, on reçoit des cadeaux.

Vingt ans auparavant, le prêtre de la paroisse que fréquentaient épisodiquement ses parents était venu à son école et avait proposé aux élèves en âge de « communier » un week-end de rêve avec goûter et jus de fruits pour les retraitants qui en feraient la demande. Jo aimait le jus de fruit et, voulant faire plaisir à sa tante qui serait sa marraine, s’était inscrit.
Le punk, voulant garder son amie, s’était fait baptiser. La dépressive aussi. Avaient-ils compris la signification de cet engagement de prise de bonne conscience devant Dieu ? De rejet du péché, de repentance ? Non, certainement pas.
Jeanine, il le savait, vivait toujours sa vie dissolue et ne se préparait pas à en changer, le jeune couple qui allait maintenant pouvoir « se marier à l’église » continuait à se droguer et seul, le monsieur qui avait parlé de ténèbres et de lumière avait l’air d’être de bonne foi; Au sens réel du mot.

Entre Pasteurs, on ne discutait pas de ces choses; Dieu reconnaîtra les siens.

Du fond de son cœur, une voix criait au mensonge, et Jo savait qu’il y avait aussi participé. N’était-ce pas lui qui avait conclu l’affaire du bébé, n’avait-il pas signé les cours sur le baptême en fermant les yeux sur les réponses erronées des candidats que cela n’intéressait pas, n’était-il pas sur l’estrade dimanche dernier félicitant les champions hypocritement ? Ce n’était même pas la peine de lever les yeux vers le ciel et implorer Jésus. Jésus savait. Il lui fallait maintenant assumer sa trahison.

Sa première pensée fût d’aller vers ses collègues mais il savait qu’il ne serait pas reçu. On ne change pas une institution; Où avait-il entendu cela ?
Encore une fois, Jo se reconnu pécheur. Il demanda pardon à son Maître. Jésus souriait. Il accorda le pardon.
Un immense poids libéra le pasteur de son pesant fardeau, un rayon de joie illumina son cœur et soudain, une vive espérance s’empara de son âme; Il se mit à chanter.

Le lendemain, il rencontra ses frères qui lui dirent en clignant de l’œil:

– Vous voilà bien joyeux !
– Oui, Jésus m’a visité.
– Gloire à Dieu ! Vous êtes un homme heureux.

Jo savais intimement qu’ils n’avaient rien compris.
Dans cette mouvance, dire « Gloire à Dieu ! » ou « Vous êtes bénis ! » était un lieu commun. Presque des mots ordinaires, des mots au singulier. Que Jésus vous visite n’était pas un scoop. Cela leur arrivait tous les jours; C’était d’ailleurs leur métier que de le dire. Jo, pour la première fois, commença à douter.

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Jo traversa la ville. Il croisait des pécheurs non sauvés et d’autres pécheurs qui se croyaient sauvés, saluait ses frères en Christ et aussi ceux qui ne l’étaient pas.
Il rencontra José, fils du boulanger du quartier des écoles qui lui raconta dans un souffle comment la nuit dernière le Saint Esprit l’avait visité et lui avait fait certaines révélations qui réjouiraient l’église entière. Un fort réveil allait se produire et il faudrait se tenir prêt; Lui, Jo, et les autres Pasteurs, devaient préparer l’assemblée et organiser une réunion de prière pour demander au Seigneur Sa volonté.

Normalement, Jo aurait proposé d’en parler au Pasteur principal et on aurait bien vite oublié l’affaire. Ce genre de révélations étant très nombreuses dans les églises, on ne les prend jamais au sérieux. Le peuple vit dans ses illusions et les prophéties maison tardent à s’accomplir, ce qui n’est pas plus mal quand on sait les petits règlements de compte qui se règlent par voix de Dieu interposée.
Cette fois, notre ami ne laissa pas faire.

– Cher José, lui dit Jo; Est-ce bien la voix de Dieu que vous avez entendu ?
– Bien évidement, pourquoi, fit l’autre interloqué.
– Parce qu’il ne m’a pas parlé à ce sujet fit le pasteur avec son plus grand sérieux. Il faudra confirmer votre révélation.
Il continua son chemin; Jésus le sermonna.

– Qu’est-ce que tu as voulu lui prouver ? fit-il réprimant un éclat de rire.
– Oh, rien s’échappa Jo en continuant son chemin . Jésus, méditatif, le regarda partir.

Mine de rien, Jo venait de déclarer la guerre à lui même.
Il avait brusquement décidé qu’il ne mentirait plus. Les menteurs n’hériteront pas du royaume de Dieu.
Il s’était rendu compte que la très grande spiritualité de ses amis ne ressemblait pas à grand chose. Prophéties, par ci, révélations par là, et tout le monde arrangeait sa sauce en faisant dire à Dieu des mots qu’il ne prononçait jamais. Ce n’est pas très juste cela. « Je vous vomirais de Ma bouche » disait ce dernier à ceux qui disaient et ne faisaient pas. Nous avions assez d’exemples dans la Bible pour en tenir compte. Faux prophètes, faux docteurs, faux enseignants, Parole révélées, prières au nom de Jésus, et nous organisons des faux baptêmes et trichons sur le devenir éternel des gens. Il se rappelait une histoire qui était arrivé il n’y a pas si longtemps que cela.

Madame Lebranchu, bigote vénérée d’une assemblée qu’il ne nommerait pas, passait son temps en prières et en bondieuseries tout en tirant les cartes à ses voisines le soir au coin du feu.
Dans ce cas là, on dit: Oh, ils manquent d’enseignement !
Mais non, dans ce cas bien précis, la dame savait puisqu’elle enseignait elle même les choses sur le diable et les dangers de l’occultisme qui font tant de ravages chez les ignorants. Jo, pour avoir partagé le sujet avec son collègue, était bien placé pour savoir que la dame gagnait sa vie avec ses divinations, et que rien ne pouvait lui faire entendre raison. Mieux, il était de notoriété publique que les membres de l’assemblée venaient chez elle pour se faire prédire l’avenir. Un peu comme ce curé qui jouait du pendule dans sa sacristie. Son église était pleine à craquer dés six heure du matin et, avant de savoir la vérité, Jo s’était étonné de la ferveur de ses fidèles. Tu parles, Un pendule….

Madame Lebranchu, donc, était la prophétesse. Non pas officiellement, bien sûr, mais le clergé de l’endroit faisait comme si il n’y voyait rien. Quand on sait qui inspire les révélations des occultistes, il y a de quoi avoir froid dans le dos, mais, la dame était fort riche et il était délicat de lui dire la vérité.

Pourquoi Jo pensait-il à tout cela ? Il ne le savait pas lui même. Ce qui était sûr, c’est qu’il ne voulait plus participer aux faussetés de son entourage.
Ce jour là, il rencontra aussi Georges, qui trompait sa femme avec l’épouse de son voisin. Les anciens attendaient patiemment que le Saint Esprit lui révèle son péché. Le voyant approcher, Jo souffla rapidement au Christ.

– Merci Jésus de m’avoir donné ton Esprit. Dieu va parler. Et Dieu parla.

En pleine rue, comme cela, Georges s’entendit raconter par le pasteur sévère qu’il était bon pour l’enfer si il n’arrêtait pas de se moquer de Dieu et du monde. Il pouvait continuer à forniquer si il le voulait, mais pas venir souiller l’Eglise le dimanche matin avec ses mensonges et son iniquité. Les adultères sont en abomination devant l’Éternel et il lui parlait, lui, Jo, aujourd’hui seul à seul. Demain, si besoin était, il reviendrait avec un frère et si dimanche tout n’était pas rentré dans l’ordre, il parlerait à l’Eglise et il serait mis à l’écart de l’assemblée ainsi qu’il est écrit. Jo tourna les talons et laissa l’autre avec son problème.

– Tu n’osera pas lui souffla le diable discrètement.
– Tu va voir si je n’oserais pas répondit Jo sans se retourner. Maintenant, fini les sacrifices et on va obéir. Il n’en fallut pas plus au diable pour qu’il s’inquiète.

Si jusque-là il s’était tenu à l’écart de la vie du jeune pasteur car il ne croyait pas que son prisonnier irait jusqu’au bout de ses folles idées, le diable le tenait à l’œil. Il avait juste envoyé quelques esprits de division le jour de l’affaire Schneider, et ses serviteurs incrédules avaient bien fait leur travail lors de la destitution. Il avait lié Jo avec un esprit d’obéissance, à sa volonté, quand il avait rejoint sa nouvelle affectation. Voilà qu’il recommençait avec ses histoires. Il ne pouvait pas l’empêcher de parler avec Jésus, mais saurait bien le contraindre à n’écouter que lui. Il décida une autre tactique.

Satan avait parmi ses serviteurs une fille peu farouche, spirituelle à souhait, et, en la poussant un peu, il obtiendrait bien d’elle quelques menus services; elle lui devait bien ça.
Comme toutes les chrétiennes délurées, elle rêvait d’épouser un pasteur car, croyait-elle, c’était la belle vie. Considération, bons gages, avenir assuré, pas d’autres préoccupations que de préparer l’office, et par dessus tout, la promotion de simple chrétienne à conseillère et peut-être même plus si son mari était un peu connu. Anita allait faire l’affaire.

Le Pasteur Jo n’était pas vilain garçon et ses trente ans et sa gentillesse faisaient rêver bien des jeunettes qui, si elles ne disaient rien, n’en pensaient sans doute pas moins.
Le contact fut facilité un soir d’orage quand la mobylette d’Anita tomba providentiellement en panne. Le diable a la réputation d’employer souvent les mêmes trucs et, comme il dit perfidement, ce sont les vielles ficelles qui attachent le mieux.
Jo fut donc sollicité pour reconduire la jeune fille e. En auto. Elle ne dit rien ce soir là si ce n’est qu’elle parla un peu des chagrins de sa mère. Jo pourrait peut-être la visiter un jour, et lui apporter un peu de religion, ce qui fui ferait certainement du bien. Le pasteur acquiesça; Un rendez-vous fût pris.
Bien sûr, le jour de la rencontre, la souffrante maman était sortie régler quelques urgences et s’excusait bien auprès de Monsieur le Pasteur. Elle viendrait à l’église, plus tard, merci de la pardonner.
La donzelle manœuvra si bien que Jo, libre cet après midi là, accepta de l’accompagner faire quelques courses; La mobylette était toujours en panne.
Anita, charmante enfant au demeurant, savait jouer l’ivresse. Jo ne se méfiait pas. Ce qu’une fille veut, Dieu le veut, et un autre rendez-vous fut pris allez savoir comment.
Le diable envoya quelques pensées malignes, et dit à Jo qu’il était temps qu’il songe à faire sa vie. Spirituellement avancé, stable dans son labeur, assuré de son Dieu et de son avenir, il avait maintenant besoin d’une compagne. Jo avait déjà oublié son combat pour la vérité.

Il avait parlé à Anita de ses préoccupations en ce qui concerne les dérives charismatiques de leur milieu et la fille encourageait le frère dans cette recherche. Elle disait qu’il était en pleine croissance, comme lui, et qu’ils s’entendaient bien; Le nigaud la croyait.

Jo n’était pas amoureux; Ça viendra dit Satan à son équipe. Objectif, faire tomber ce pasteur; Il devient gênant. Toi, Luxure, tu me l’attaques en douceur, toi Impudicité, tu lui donnes des idées et ne me le lâches pas; Vous, les esprits de critique, vous attaquez l’assemblée et faites en sorte que toute la ville croit qu’ils font des choses ensemble. Nous allons nous le cueillir en douceur et définitivement. Satan ricana; du souffre sortait de ses oreilles.
La mise en place du plan d’attaque ne pris que quelques jours. Cela suffit à Jo pour avoir quelques rêves. Rêves de jour, rêves de nuit, le pasteur avait mordu et il ne le savait pas. Ces quelques pensées fugaces ne pouvaient durer et Jo, professionnel éclairé, mettait cela sur le compte de la fatigue et de la proximité d’Anita qui maintenant lui téléphonait quotidiennement.

– Non, je dois faire attention confia Jo à Jésus; Protège moi si je me trompe, cette fille…..

Déjà, il pensait au prochain rendez-vous.

Les gens de l’assemblée, bien sûr, avait remarqué la chose.
Anita, d’ailleurs, racontait volontiers que le pasteur Jo ne lui déplaisait pas. Ses consœurs, jalouses un petit peu, firent courir la légende. On maria le couple dés leur troisième rencontre.
Le Pasteur Principal et les anciens encourageaient Jo par des allusions égrillardes. Le principal se voyait déjà présider une cérémonie de plus qui, elle aussi, ferait gonfler les statistiques. Jo est un bon petit, il a le droit d’être heureux et Anita est de l’assemblée; Nous y gagnerons sa famille.
Le pasteur Jo ne tarda pas aussi à se voir marié. Toutefois, la paix n’était pas dans son cœur. Il avait appris à demander à Jésus et Jésus lui disait:

– Tu vas faire une bêtise
– Mais Seigneur, cette fille….
– Je te dis que tu vas faire une bêtise
– Que me conseilles-tu Seigneur
– C’est un piège; jeûne et prie
– Mais je pris pour elle (il n’osait pas dire pour nous) tous les jours
– Prie et jeûne pour que la vérité se dévoile
– Mais quelle vérité ?
– Je vais te révéler des choses cachées que tu ne peux pas voir quand tu es préoccupé par les affaires du monde.
– Oui Seigneur, j’obéirai dit doucement le pasteur résigné.

Et Jo jeûna.
Non qu’il soit persuadé à ce moment qu’il eut besoin de se persuader de quoi que ce soit, mais il se rappelait ces paroles: « Priez afin de ne pas entrer en tentation« . « Priez sans cesse« .
De toutes façons, Jo savait intimement qu’on ne lutte pas contre la chair et le sang, mais contre des autorités célestes qui, si on ne les voyait jamais, comme les anges, n’en étaient pas moins réelles. Il avait pris cette habitude quand il discernait que cela n’allait pas très bien dans sa vie ou qu’il avait une décision à prendre de « monter sur la montagne » et de chercher la face de Dieu.
Quand nous prions, se disait-il, rien ne nous échappe. Celui qui est capable de prier et jeûner ainsi pour quelqu’un montre qu’il est capable de l’aimer de l’amour du Seigneur. L’amour est une puissance contre le démon qui se verra débusqué et lâchera sa proie car chacun sait qu’il n’y a rien de commun entre les ténèbres et la lumière. Il avait expérimenté cela à de nombreuses reprises.

Un jour, il avait ainsi rencontré un frère très gentil, serviable, bien sous tous rapports, qui devait prendre une responsabilité dans l’église où il officiait comme pasteur stagiaire.
La tâche était importante, et son pasteur à l’époque lui avait enseigné qu’il ne faut pas se fier à tout esprit, car, même si la personne qui nous sollicite nous parait quelqu’un de bien, il n’est pas inutile de se pencher dans la prière et examiner plus avant quelles sont ses réelles motivations. Éprouver les esprits.

Quelques jours ont passé.
La personne en question, appelons-là Paul, dont la douceur était connue de tous, ne savait pas que les deux hommes de Dieu assiégeaient le ciel pour avoir confirmation de la décision à prendre.
Que se passa-t-il ? Toujours est-il, que d’heure en heure, une nervosité, bien exceptionnelle, s’empara de Paul qui se mit à douter de l’intégrité des ses dirigeants spirituels. Il parla à divers membres de l’église, et commença à dénigrer les pasteurs qui eux, ne disaient rien mais continuaient leur combat.
Les membres ne tardèrent pas à remarquer ce brusque changement. Ils parlèrent avec lui, et un mouvement de fronde agita l’église sans aucune raison. Les pasteurs, eux, continuaient à prier.
Finalement, une querelle éclata entre un ancien qui n’avait rien compris et Paul, maintenant déchaîné, qui força la porte du bureau pastoral et se mit à insulter les frères à genoux. Des démons s’étaient manifestés.

« Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » Mt 10:8

Jo, dans ses pensées, n’oubliait pas que le diable est un sacré malin. Quelques jours de « mise à part » ne feront toujours pas de mal, se disait-il, et on va bien voir ce qu’il en sortira. Il n’avait pas dit à Anita de faire de même; Quelque chose le retenait. Anita, pendant se temps, continuait sa campagne de promotion auprès des amis de la ville.

– Oh, rien n’est encore officiel, il ne m’a pas encore demandé, mais cela ne saurait tarder. C’est un timide, il faut lui laisser le temps.

Les habitants de son quartier n’en jasaient que de plus belle. Tous, à part le pasteur, connaissaient la vie dissolue de la belle et ne croyaient pas vraiment à une subite conversion. Les gens de cette église sont un peu fous, racontait-on sur les places, ce pasteur s’est fait avoir ou c’est un moins que rien. La sagesse populaire a parfois ses raisons.

Pasteur Jo disparu pendant une semaine. Anita commença à s’inquiéter, et sa mère sentant le vent venir, rencontra le Pasteur principal et laissa entendre que sa fille avait été déshonorée. Ce qui n’était pas vrai.
Le Pasteur écouta avec indulgence. Si la chose était vraie, elle avait raison et il fallait précipiter les choses; La rumeur publique pourrait porter atteinte à l’image de la fédér…., de l’Eglise. Nous allons aviser.
L’homme de Dieu, toutefois, respecta Jo dans son face à face avec le ciel. Il attendrait que le jeune sorte de sa chambre et Jo, inconscient du complot qui se tramait autour de lui, priait et cherchait la face de Dieu.

Un galant d’Anita éconduit par le prince, du moins le croyait-il, vint un soir jeter des cailloux contre les volets de l’homme de Dieu. Il creva les pneus de sa voiture et s’enfonça dans la nuit. Une guerre, sans qu’on l’ait déclarée, enflamma de ses feux les habitants de la terre. Jo, lui, innocemment criait à  son Seigneur.

Ces quelques jours de joie et de solitude avaient encore rapproché Jo de son Ami.
Bien que ne comprenant pas encore pourquoi, il savait maintenant que Jésus lui déconseillait formellement de poursuivre une relation avec Anita. Le Seigneur lui montra aussi sans trop bien l’expliquer, à moins qu’il ne comprenne pas, que l’ennemi le criblait et qu’il y avait danger pour son ministère.

– Satan ne s’intéresse pas à toi, mais à ce que tu fais. Il sait que tu as pris des décisions importantes ces derniers temps; Il veut te détourner de ta vocation et t’empêcher de parler. Il va essayer de te nuire mais ne crains pas; Je t’accompagnerai partout où tu iras.

Jésus avait parlé. Jo put rejoindre le monde.
Il ne fut pas accueilli chaleureusement. Jo pensa qu’ils le trouvaient peut-être un peu trop spirituel; Cela ne fait rien, se consolait-il, après tout, c’est moi que ça regarde.
D’autres regards, hostiles lui furent lancés quand il pénétra la salle de réunion pour la réunion du samedi. Là, il ne comprenait carrément pas pourquoi.
A la fin de la rencontre, longue, très longue, il fut convoqué dans le bureau pour une entrevue importante qui ne souffrait l’attente, et le Principal lui dit sèchement en guise d’introduction.

– Pourquoi ne voulez vous plus l’épouser ?
– Vous parlez d’Anita ?
– Oui, vous le savez bien, ne faites pas l’innocent.
– Mais, Monsieur, il n’en a jamais été question…
– Ne me dites pas que vous n’y avez pas pensé
– Pensé, certainement, concéda Jo mal à l’aise, mais l’épouser n’est pas encore d’actualité.
– Vous vous êtes bien amusé avec elle pourtant, accusa l’autre rageusement; Vous ne savez pas dans quelle situation vous m’avez mis. Il faudra réparer !
– Quelle situation, réparer quoi ? Demanda Jo qui commençait à comprendre.
– Ne faites pas l’andouille; vous ne seriez pas le premier. J’exige des explications.
– Mais il n’y a pas d’explications rétorqua Jo un peu abruptement. Cette fille n’est rien et ne sera jamais rien; Ni pour vous ni pour moi.
– Comment me parlez-vous ? cracha le Pasteur Principal menaçant
– Comme on parle à un imbécile, pensa Jo sans oser prononcer, reprenez vous Pasteur, il n’y a rien qui vaille que nous nous querellions.

Le Pasteur principal traita Jo de petit jeune homme et d’autres qualificatifs ecclésiaux qu’il n’est pas utile de commenter ici. Sa colère injuste aveuglait l’homme qui perdait son sang froid Jo leva les yeux vers le ciel.

– Jésus, fait un miracle implorait-il
– Je vais en faire un, dit Jésus avec autorité; Que tes yeux s’ouvrent et voient !

Et Jo compris l’enfer.
Il avait devant lui le démon hideux de la colère. Derrière lui, penché sur son oreille, un esprit mensonger susurrait on ne sait quelles inepties. Dans un coin du bureau, un esprit de division souriait tendrement, tandis qu’une puissance, invisible à ses yeux, enserrait la pièce dans un étau serré . Une odeur fétide envahit le bureau et Jo, distinctement entendit une voix crier:

– Ne le lâchez pas, on le tient, il est à nous !

Jo, ne savait comment réagir.

Déjà, dans son ministère, il lui était arrivé,  de chasser des démons mais ne les voyait pas. Cette fois-ci, impressionné, il ne savait que faire. Jésus, solidaire, devinant ses pensées lui dit de ne pas s’effrayer.

– Ne crains point, car ceux qui sont avec vous sont en plus grand nombre que ceux qui sont avec eux.Toi, loue le Seigneur ton Roi !

Un esprit de louange venant de Dieu posa sur Jo sa présence bénie. Un chant ouvrit sa bouche et proclama la puissance, la grâce, l’amour, le salut et la victoire du nom de Jésus. Le sang de l’agneau a coulé, elle est vaincu Babylone la grande, Il est sortit du tombeau, la mort a perdu sa puissance, Il est sortit du tombeau, aujourd’hui j’ai l’espérance.

– Arrête, arrête de chanter, criaient des voix par la bouche du Principal,
– C’est pourquoi j’ai l’espérance,
– Arrête, j’ai mal, ne dit pas ça…
– Alléluia, Alléluia !
– Non, non,
– Il est sortit du tombeau !
– Il est à moi, nous ne partirons pas, au secours…!
– Jésus est vainqueur !

Le combat dura plusieurs heures. Plus Jo chantait la magnificence de Dieu, plus les démons criaient, sifflaient, rampaient, tortillaient, menaçaient et piaffaient des injures. Jo chantait la gloire du crucifié. Dans la pièce, tout n’était que ténèbres, on se serait cru dans la géhenne. L’enfer lui, tremblait à cause des prières, bouillonnait, sentait la peur et l’angoisse, déchiré qu’il était par la victoire de Jésus.

– Il est venu délivrer les captifs, soulager les opprimés, rendre libre les prisonniers. Tout est accomplit, la mort a perdu sa puissance.

Plus tard, quand le Principal se releva de sa peine, Jo compris qu’il fallait l’emmener à Dieu. Doucement, très doucement, il lui annonça le Seigneur, lui dit l’amour de Jésus pour lui et l’encouragea à crier grâce pour ses péchés présents. Dieu déteste le péché; il aime Sa créature.
La porte du ciel s’ouvrit cette nuit-là, et accueillit un nouvel invité.

Chapitre 6 où cela commence à bouger

Le lendemain, dimanche, tous allèrent au culte comme si rien ne s’était passé.
Les troubles occasionnés par l’affaire Anita qui avaient occupé les membres de la congrégation pendant une bonne semaine avaient disparu comme par enchantement. Cette dernière n’était d’ailleurs pas dans la salle et on ne la revit plus.

« Soumettez-vous donc à Dieu; résistez au diable, et il fuira loin de vous. » Jacques 4: 7

Le Pasteur Principal prêcha ce jour-là comme jamais il n’avait prêché. Les ouailles remarquèrent que cette foi-ci, il avait l’air de penser ce qu’il disait, ce n’était pas coutume, mais laissons les mauvaises langues dire ce qu’elles veulent et laissons parler le prédicateur.

Il parla du ciel et de l’enfer. Il décrivit cela comme si il y avait été, ce qui fit dire plus tard à la libraire qu’il avait du lui faucher un bouquin.
La réalité des descriptions des choses des ténèbres firent trembler et réfléchir l’assemblée, et, si il n’y eut pas ce jour de grandes révélations, on devina bien vite que le Pasteur Principal avait quelque chose à dire.
Le bougre hésitait. Seulement, une partie du message avait été divulguée et les fidèles se demandaient quel était ce mystère. Il en oublia même l’appel à l’imposition des mains. On remplaça la traditionnelle bénédiction de la fin par une louange qui ressemblait à s’y méprendre à de l’adoration . Pensif, le cœur en joie, Jésus baissa les yeux et regarda ses enfants.

Les commentaires allaient bon train et chacun se demanda ce qui se passait chez les pasteurs.
Certains témoignaient avoir entendu des cris et des gémissements dans l’église, d’autres dirent tout bas qu’on se serait battu. Les deux pasteur, pourtant, n’avaient pas l’air fâché. Les bruits cessèrent d’eux mêmes quand on vit les deux frères se retrouver souvent au repas, ce qu’ils ne faisaient jamais.
On dit que la grâce de Dieu était tombé sur eux: Le réveil.

– le réveil ?
– Le réveil !

Le réveil, encore, on ne parlais plus désormais que de cela.
La rumeur parcourut la cité comme une traînée de poudre; Un pétard mouillé. Il n’y aurait pas cette fois encore de réveil dans cette ville.

« Malheur à toi, Chorazin! malheur à toi, Bethsaïda! car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties, en prenant le sac et la cendre. » Matthieu 11:21

Les derniers événements forcèrent le Pasteur Principal à changer encore son programme.

Suite à ce mémorable samedi soir, il avait décidé d’enseigner ses fidèles sur les réalités spirituelles, cent fois prêchées il est vrai, mais pas bien comprises apparemment puisque lui-même……
Non, ce qu’il avait découvert, et expérimenté dans le bureau avec le jeune pasteur Jo devait être examiné avec soin, annoncé au peuple ignorant, et il comprenait maintenant les nombreux problèmes irrésolus qui empêchaient ses ouailles d’avancer dans la foi et les maintenaient liés dans leur pauvreté coutumière malgré leurs alléluias.
Il s’était profondément repenti devant son Dieu de sa propre incapacité à vivre l’évangile bien qu’il fasse profession de l’enseigner. Sa propre cécité et son orgueil avaient conduit à la tombe nombre de ces petits. A présent, il allait travailler vraiment à leur salut et ne plus se contenter de les faire manger.

Il avait déjà préparé son étude quand vinrent à ses oreilles ces clameurs imbéciles de réveil. Il allait protester quand il entendit une voix, qu’il sut être du Christ, lui dire d’un doux ton de reproche :

– Mais, tu leur as appris
– Appris quoi, commençait-il à se rebeller
– Appris à attendre le réveil lui dit Jésus sans penser à mal
– Oui, Seigneur, c’est moi qui l’ai enseigné; Que dois-je faire ?
– Parlez-en avec Jo et priez.

A première vue, cela ne plaisait pas trop à l’homme d’église de converser de ses manquements avec son subalterne. Bien sûr, Jésus lavait les pieds de ses disciples mais c’était une autre époque. Les temps avaient changé. Toutefois, l’Esprit qui vivait maintenant en lui le poussait à laisser de côté sa susceptibilité et il rencontra son confrère qui l’accueillit avec joie.
Ils parlèrent encore un peu de la pluie et du beau temps; Le Principal ne voulait pas demander un conseil et Jésus, comme à son habitude, vint à leur secours et dirigea la conversation.

– Oui, cette histoire de réveil me tracasse un peu moi aussi confia Jo sérieux; Je n’y crois pas vraiment.
– Moi non plus avoua l’ancien, mais pourquoi finalement n’aurait-il pas lieu ?
– Le péché révéla Jo.

 « Si mon peuple sur qui est invoqué mon nom s’humilie, prie, et cherche ma face, et s’il se détourne de ses mauvaises voies, je l’exaucerai des cieux, je lui pardonnerai son péché, et je guérirai son pays. »

– Vous connaissez ce texte Robert. Le Pasteur Principal se nommait Robert.

– Oui Jo, mais les réveils du siècle dernier se sont produits avant que le peuple ne s’humilie. Ils se sont convertis après non ?
– Je ne le pense pas, dit Jo inspiré, je crois qu’ils ont entendu La Parole, se sont courbés sous la puissante main de Dieu, et ensuite, la gloire est descendue.

– Frère, que ferons nous ?
– Il faut leur parler du péché.

Jo rentra en lui même et se souvenait d’un jour où, très jeune pasteur, alors qu’il avait été invité à prêcher dans une petite église, l’ancien l’avait pris à part et lui avait dit: « Il ne faut pas leur parler du péché ». Jo s’était dit: De quoi vais-je leur parler alors ? Jésus avait du penser qu’il était mort pour rien.
Le Pasteur Principal, devenu lui aussi obéissant, avait donc revu sa copie. Il parlerait au peuple. Lui dirait……

Jésus devisa avec Le Père; Ils ne purent cacher leur satisfaction.

« De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentante. » Luc 15:7

On mit en place un séminaire d’étude biblique concernant le péché.
Les inscrits furent rares. Seuls, quelques habitués firent mine de s’intéresser à la chose.

– Si nous avions annoncé une étude sur les dons spirituels, vous les auriez vu accourir grommela le Pasteur Robert de mauvaise humeur. Jésus le savait.

Ils interviewèrent discrètement les membres de l’assemblée pour savoir ce qu’ils pensaient du sujet.

– Mais, nous sommes tous pécheurs dit le diacre qui en savait quelque chose
– Oui, des pécheurs sauvés par grâce affirma le recteur de l’école du dimanche. Dieu connait les cœurs.
– Mais, que faites vous du verset qui dit que les pécheurs n’hériteront pas du Royaume proposa Jo
– Dieu nous aime voyons, nous sommes sous le sang de Jésus.
– Oui, le sang de Jésus nous purifie de tout péché.

C’était net, sans bavure et sans tâches; Si on peut dire, pensa Jo.
Ces braves gens étaient persuadés que le sang de Christ nous purifie de tout péché. Pourquoi s’en priver ?

Un jour, il demanda en chaire quelle était la différence entre un païen pécheur du monde et un chrétien qui vit volontairement, dans le péché. Il proposa aux membres de venir lui donner la réponse après le culte ou dans la semaine; Il attend toujours celui ou celle qui viendra combler son ignorance.

Pasteur Robert, lui, était désespéré.
Il se rendait compte que ce qu’il avait appris jusqu’à maintenant aux autres ne tenait pas debout, et que c’était un petit peu de sa faute si ses infidèles n’avaient rien compris. Comment réparer cette bévue, comment faire machine arrière ? Il entendait lui aussi cette voix qui disait : « On ne change pas les institutions ! ». Il se trouvait devant un mur. Un mur infranchissable.
Il entrevoyait la possibilité d’une opposition spirituelle, il avait fait une expérience assez réaliste, mais il ne pouvait pas imaginer que son assemblée puisse être contrôlée par une possession démoniaque.

« Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes ». Ephésiens 6: 12

Il ne pouvait pas accepter une évidence. Il ne pouvait pas croire que La Bible puisse dire vrai. Il parla encore avec son ami.

– Jo, pouvez vous croire que nous puissions être aveuglé ?.
– J’en ai bien peur répondit le pasteur Jo sans trop savoir.
– Mais vous vous rendez compte, toutes nos églises fonctionnent selon le même principe; Nous avons tous ces difficultés, le peuple chante et reste païen malgré nos efforts. Ce sont des milliers de gens qui sont concernés, des millions qui doivent revoir leurs pratiques et les enseignements. Tous seraient perdus et iraient en enfer ?

– C’est difficile à croire répondit Jo en remerciant le ciel de pouvoir enfin partager librement.
– Non, non, je ne peux pas y croire, je ne veux pas y croire; Nous devons nous tromper. Jésus, entendit avec ravissement que Robert avait dit « nous ».
– Prions, vous le voulez ? proposa Jo.
– Ça me dépasse, oui, prions et consultons Jésus.

Jésus leur dit que c’était comme cela avant qu’il ne vienne sur la terre pour les sauver.

Les hommes ont toujours été religieux pour se couvrir et bien cacher la dureté de leur cœur. Ils ont toujours préféré le péché à la douce voix de Son père, ils ont préféré leurs traditions à la Vérité; Ils sont morts dans leur péché, religieux ou non. Dieu les a pourtant aimés. Il a tant aimé ce monde, Sa créature, Ses enfants, qu’Il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en Lui, ne périsse pas mais ait la vie éternelle.

– Combien de fois ai-je voulu rassembler mes petits, mais ils ne l’ont pas voulu; Ils ont tué les prophètes, ils ont rejeté Celui qui leur parle, ils ont fait l’injure à Dieu de tuer son fils, son propre fils. Ils sont maudit, ils se sont maudit eux même. Ils sont perdus.
Moi Jésus, je suis venu chercher ceux qui était perdus, je suis venu les réconcilier avec mon Père. Ceux qui me rejettent, je ne peux pas faire autrement que de les rejeter aussi. Il n’y a pas de place dans la maison de mon Père pour les Justes et les injustes. Papa est bon et droit. Il les a assez avertis, ils ont préféré la perdition.

De toutes façons, celui qui n’a pas revêtu la robe blanche ne peut souiller un lieu très saint n’est ce pas ?
Nous avons tellement pleuré pour ceux qui se perdent. Je vous ai personnellement envoyé le Saint Esprit de mon Père pour vous conseiller, pour vous aider à discerner ce qui était bon et ce qui ne l’était pas. Vous avez profané la Parole de mon Père. Voulez vous aussi salir Sa demeure ?
Désolé, cela vous ne le pouvez pas. C’est écrit depuis longtemps déjà, et vous connaissez la suite.

Vous, Robert, Jo, et vos frères, le reste, ceux qui ont revêtu l’habit de noce, ceux qui ne sont plus prostitués à d’autre dieux, je vous ai accueillis. Travaillez pour moi tant qu’il fait jour jusqu’au temps ou je viendrai en personne vous chercher. Jour de gloire pour vous emmener avec moi dans la maison.

Jo, Robert, vous êtes mes serviteurs. Faites ce que je vous demande. Sonnez la trompette et avertissez le peuple.
Si le peuple vous écoute, vous m’aurez gagné des âmes et nous nous réjouirons ensemble, les autres, les incrédules, laissez les avec leur père le diable; Ils finiront avec lui dans l’étang ardent de feu où il y a des pleurs et des grincements de dents.
Paissez les brebis, pas les rebelles, vous ne pouvez paître ceux qui ne m’appartiennent pas. Allez sur les places, allez sur les parvis, allez leur dire que je les aime et dites-leur de revenir à moi.

Jésus reprit sa respiration et poursuivit…

Mes amis, je connais votre problème.
Vous avez devant vous une foule de gens incrédules qui se croient religieux. Ils sont religieux, mais pas de la bonne manière. Ils sont comme les pharisiens, les saducéens, les sicaires et autres rebelles qui m’ont crucifié. Je vous l’ai déjà dit; ils vous feront mourir aussi, mais avant qu’ils vous sacrifient, croyant offrir une oblation à Dieu, vous devez leur dire la vérité et en sauver malgré tout quelques uns.
Oui, je sais la tâche est ardue, pénible, vous pensez que l’on ne change pas une institution.
Sur la terre, c’est vrai, mais, à mon Père, tout est possible. Je l’ai fait il y a deux mille ans; Vous, poursuivez mon œuvre et continuez à libérer les captifs. Ceux qui sont retombés dans les griffes de l’ennemi, sous la loi, avertissez-les de ma part. Ceux qui voudrons rester comme cela sont ceux qui préfèrent leurs traditions à la grâce. Laissez les mourir; c’est moi qu’ils n’écoutent pas. Ils sont perdus.

Au revoir mes amis, j’ai à faire, je dois m’occuper des affaires de mon Père. Mais ne vous inquiétez de rien; Quels que soient vos besoin, appelez moi. Je veille sur vous; Je suis là, je travaille avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Allez en paix !

Les deux pasteurs se regardaient sans se voir.
Ils voyaient la gloire de Dieu encore présente dans la pièce et leur cœur battait fort le bonheur. Jésus les avait appelé « mes amis », « mes frères ». Abraham aussi était l’ami de Dieu.

Ce soir, Jésus avait fait un miracle. Les deux hommes n’oublieraient plus le ciel.

Chapitre 7 ou la remise en question

Les deux pasteurs se trouvaient maintenant devant un problème.

Pour Robert, il devenait clair que ce qu’il avait appris à ses ouailles n’avait servi à rien et qu’il n’en était pas une à regarder vers Christ sauf quand elle en avait bien besoin.

Oui, c’est lui qui leur avait dit : Viens à Jésus et il te rendra célèbre.

Viens à Jésus et tes ennuis disparaîtront.
Viens à Jésus et tu trouveras une famille.
Viens à Jésus et tu en seras plus jamais seul.

Bien sûr, il leur avait aussi parlé du péché, de la repentance, mais cela était un fait acquis, une leçon apprise, qu’on serinait aux autres sans même y penser à défaut d’y croire. Nous étions sauvés une bonne fois pour toutes, et les petits péchés n’avaient pas d’importance car Dieu nous aime et nous nous l’aimons.

Un petit péché en emmène un grand mais Dieu est si bon. Nous sommes les Elus.
Dieu pardonne même si nous ne pardonnons pas à nos frères et, puisque « le pasteur » ne dit rien…

D’ailleurs, le pasteur ne pèche-il pas en baptisant n’importe qui et en laissant le diacre piquer dans la caisse ?

Peu à peu, la religion a remplacée le Salut et nous avons oublié que le salaire du péché c’est la mort. Nous ne voyons d’ailleurs plus ce dernier que dans la peau des autres et sommes petit à petit revenus à nos vomissures que nous cachons bien le dimanche.
C’est pour cela que nous ne venons aux réunions de prières que contraints et forcés, que nous donnons la dîme pour s’assurer une chaise dans l’église et un semblant de probité et que nous critiquons si fort celui qui veut nous sauver.

Le Pasteur principal Roger, tout triste, réalisa alors ce qu’était le péché et qu’il n’avait enseigné aux autres que comment le garder. Misérable que je suis ! Qui nous délivrera et comment leur parler ?

Seulement, il avait maintenant été touché par Jésus et avait décidé qu’il serait désormais autrement, et il fallait expliquer cela aux membres de son église. Ils ne le comprendraient jamais.

En fait, ce n’était pas les membres qui le tracassaient car, prêcher cela à eux ou à d’autres, ce serait toujours des âmes à sauver. Il se rendait compte qu’en fait il ne les avait jamais aimés.

Ceux qu’il faudrait convaincre, ce sont les gens de sa dénomination, sa couverture spirituelle, ceux qui lui versaient son salaire, ceux sans qui il n’existait pas.

Il lui apparaissait très clairement que si il disait la vérité à ses « fidèles », ils quitteraient l’église pour une autre plus tolérante, il y en a tant, et que la baisse des statistiques le condamnait à échouer.

Son frère Jo n’avait-il pas eu déjà ces problèmes ?

Sans s’avouer laquelle, il savait qu’il avait à prendre une décision mais ne voulait pas adhérer. Le dilemme était là.

Les murs de l’église ne lui appartenaient pas, ils n’appartenaient pas aux fidèles, ils n’apparentaient pas à Christ ni à quiconque de la ville. Ils étaient la propriété de la fédération qui gérait les comptes et ne pouvait accepter qu’on prêche un autre évangile que le sien au risque de perdre la popularité et les dîmes.

Et puis, le scandale….

Il pourrait ouvrir une salle et inviter les gens qui l’écouteraient à le rejoindre mais gare aux voleurs de brebis très mal perçus dans la profession. Et qui verserait son salaire ?

Quoi que pour ce détail, il ne s’inquiétait pas.

« Cherchez plutôt le royaume de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.
Ne crains point, petit troupeau; car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume.
Vendez ce que vous possédez, et donnez-le en aumônes. Faites-vous des bourses qui ne s’usent point, un trésor inépuisable dans les cieux, où le voleur n’approche point, et où la teigne ne détruit point.
Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.»

Luc 12:31-34

Il avait la sensation d’appartenir complètement à Dieu et il comprenait maintenant un chrétien de passage qui lui avait dis un jour…

Vous voyez pasteur.
Quand j’ai un problème, ce n’est pas « mon » problème mais celui du Seigneur.
A ma conversion, je lui ais donné ma vie entièrement ; Alors….

Le Pasteur Robert avait trouvé ce jeune un peu trop spirituel à l’époque et l’avait sans doute envoyé promener mais maintenant, il savait ce que ce gars voulait dire. S’en remettre totalement à Dieu.

Seule, sa dénomination le gênait présentement.

Il avait toujours été plus ou moins conscient que cette histoire de dénominations était surtout utile à diviser le Peuple de Dieu, et le seul fait d’appartenir à l’une d’elles était source de querelles et de mépris par rapport aux adeptes d’une autre.

En plus, c’était la sienne « qui avait raison » et, comme il ne connaissait pas autre chose, il se serait trouvé bien dépourvu si il y a encore huit jours il avait dû la quitter pour une raison ou pour une autre. En fait, il n’y avait jamais pensé.

C’est drôle mais à l’heure actuelle, il ne ressentait rien et, sans mépriser pour autant ses évêques, ne se sentait plus solidaire de la ligne de pensée impérative dans ce milieu-là et se sentait libre de penser ce qui ne lui était jamais arrivé jusqu’ici.

– Décidément, bien des choses ont changées depuis l’autre soir se dit-il en pensant à la nuit mémorable où les démons auxquels il ne croyait pas vraiment s’étaient manifestés.

Je suis maintenant si léger et si tendre. Quelque chose ce serait-il passé que j’ai encore du mal à comprendre ?

Pasteur Roger ne croyait pas si bien dire.

Il apprendra plus tard que la plupart des problèmes, batailles, incompréhensions et querelles, sont l’œuvre de démons, ou d’esprits mauvais, bien cachés dans les êtres surtout des plus religieux.

Ces histoires de doctrines, de guerres entre chrétiens, de mensonges éhontés et de trafics en tout genre sont générées en douce par l’ennemi commun au travers de ses sbires qui prennent possession des corps quand on veut bien les laisser entrer.

Qu’un chrétien puisse ou non héberger des démons, ça se discute.
Qu’on en voit partout ou nulle part, ça ce discute aussi.

Que l’un prêche ceci et l’autre cela, on en a l’habitude, et Roger comprenait qu’on ne se rend finalement compte du départ d’un esprit mauvais dans sa vie que quand il est parti justement. C’est bon quand ça s’arrête.

Ce qui est certain, c’est que par rapport à cette fameuse soirée, il y avait pour notre Pasteur en chef un « avant » et un « après ». Aujourd’hui le ciel était bleu malgré ses états d’âmes et ce qu’il pressentait avoir à endurer.
On ne quitte pas un enseignement et un environnement de toute une vie comme cela.

Ce qui est extraordinaire, c’est que Roger se surprenait à penser à quitter sa fédération (et son job) sans que personne ne lui ait fait de leçon si c’est le Sait Esprit qui apparemment désirer le voir en changer.

Oui mais pour laquelle ?

A cela non plus Roger n’avait jamais pensé, et cette idée saugrenue envahissait son cœur un peu comme un lait additionné de miel. C’est à n’y rien comprendre.

Et que va dire ma femme ! S’inquiéta le pasteur subitement un peu horrifié.

Jo, lui au moins, il n’est pas marié, et il a une certaine expérience. Mais moi que vont dire « les gens » et que vont-ils penser ?

Quoi que les gens, ils peuvent bien causer mais Martine ma femme……

Chapitre 8

Laissons là notre Pasteur Principal aux prises avec ses objections de conscience et frappons à la porte de la chambre de Jo qui lui non plus ne savait plus trop quoi penser.

Pour lui, c’était réglé d’avance.

Sa première expérience dans sa dénomination passée lui avait montré que quoi qu’il fasse, il allait se faire jeter.

Ici, « les chrétiens ne peuvent pas héberger des démons ». Point.

Bien sûr, le petit peuple de l’église ne savait pas ce qu’il s’était réellement passé dans le bureau du Pasteur, mais les informations allaient filtrer et nous saurions bientôt que l’équipe pastorale donnait subitement dans la démonologie. Nous serons vite taxé de secte.

Le pasteur Jo était un peu inquiet.

Pour moi, pas de problème, Je suis jeune, pas de famille à charge et je peux travailler des mes mains.

Mais pour Pasteur Roger, il n’est pas encore à le retraite et, étant né dans sa dénomination, il va être difficile pour lui de vivre une foi exemplaire maintenant qu’il a été touché par la grâce de Dieu.

Comment concilier ce qu’il a appris avec ses membres qui n’en veulent pas plus et ses autorités qui n’aiment pas la houle. Peut-il se taire maintenant qu’il a vu Jésus ?

A moins qu’il essaye de ménager la chèvre et le chou et s’enfonce dans un compromis dans lequel il ne sera plus jamais à l’aise.

Je ne sais pas si il aura le courage de parler car les gens qui peuplent son église ne peuvent pas comprendre que Dieu existe et qu’Il est présent parmi nous. Leur foi est superficielle et il est impossible dans ce lieu de faire des disciples. Des disciples de quoi ?

Jo ne savais pas que de son coté Roger avait déjà pris sa décision même si il ne savait pas encore comment faire. Notre jeune pasteur s’agenouilla au pied de son lit.

Dans la maison du pasteur Principal, Martine, son épouse, était aussi en prière.

Venant d’une autre dénomination un peu plus spirituelle que celle de son mari, elle avait gardé la pureté et la simplicité de l’évangile.

Ici, on prêchait la soumission de la femme vis à vis du mari, le foulard à l’église sur la tête, la suprématie du Pasteur sur ses ouailles et son rôle était d’être effacée et de n’avoir la parole que si on lui en concédait. Une vie de silence.

Elle n’en vivait pas moins une foi simple et profonde et, si elle criait des alléluia comme les autres et parlait le jargon évangélique couramment, elle avait une limpidité de cœur peu commune et persévérait dans la prière tous les jours en demandant à Dieu sa grâce et le Salut pour son mari. C’était son secret.

Ce jour-là, son intuition féminine ou le Saint esprit, allez savoir, lui avait bien montré que son cher et tendre un peu sévère d’habitude avait un je ne sais quoi de changé et n’osait croire à un coup de théâtre. Nous sommes parfois bien résignés.

Et Jésus lui parla.

Ce qu’il lui dit, personne ne le saura jamais et elle se leva rayonnante. Elle sut son mari sauvé.

Elle prépara vite la table, la garnit d’un bouquet de fleurs rieuses et colorées , alluma des chandelles comme pour un repas de fête et attendit son homme le cœur plein d’une joie qu’on ne saurait exprimer.

Roger rentra pour le souper.

Tout de suite méfiant, il se demanda si il avait oublié quelque chose. Un anniversaire peut-être, une occasion de festoyer ?

Comme il ne savait pas, un peu penaud peut-être, il fit comme si de rien n’était mais remarqua l’allure de sa femme qui le regardait comme si il rentrait de voyage.
Allez savoir pourquoi, il pensa au fils prodigue de la Bible et se dit que Dieu était bon parce que la bonne humeur de sa moitié allait lui faciliter la tâche. Il devait lui parler.

Ce qu’il ne savait pas, c’est que Martine était en louange et se préoccupait plus à ce moment là de la Gloire de Dieu que des difficultés de son mari, emprunté, qui cherchait encore comment aborder une conversation qui risquait de faire des étincelles. Sa femme n’était-elle pas la fille d’un pasteur reconnu de la dénomination d’en face ?

Roger, c’était nouveau pour lui, plutôt que de prononcer l’habituel bénédicité demanda à Jésus.

Je t’aie confié ma vie Seigneur, maintenant, il va falloir assurer. Ouvre une porte que je lui parle STP.

Jésus, riant sous cape, rompit le pain.

En fait de pain, c’est la glace qui fut rompue

Roger fondit en larme et raconta à Martine son bonheur. Il lui dit tout.
Comment il avait méprisé les fidèles infidèles, comment il préservait sa hauteur, la soumission coupable à des autorités qui ne l’étaient pas, comment Jésus parle quand on s’adresse à lui et enfin, il conta la vison du paradis et des ténèbres.

« De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance. » Luc 15:7

L’épouse, pour ne pas gêner son bien aimé ne dit rien et pris sa main. Ils restèrent longtemps sans mot dise et dans la plénitude de Dieu. Roger savait déjà que sa femme le comprenait et adhérait à sa nouvelle conviction.

La fin de la soirée ne nous regarde pas mais nous savons que dans le ciel, la trinité buvait le champagne. Le diable, vaincu, se retira dans sa caverne en jurant qu’il reviendrait encore plus méchamment et les anges chantaient « Après moi le déluge » et reprenaient en cœur ce couplet qui avait encore une fois sauvé une âme…

Il est sorti du tombeau,
la mort a perdu sa puissance,
Il est sorti du tombeau,
C’est pourquoi j’ai l’espérance,
Il est sorti du tombeau.
Alléluia !

Le lendemain, Jésus trouva tout le monde endormi alors que matines avaient déjà sonnées.

Il faut dire que le nuit avait été bonne et l’anxiété de ces derniers jours avait mis les cœurs  à dure épreuve et tout le monde avait besoin de repos.

Nos amis se retrouvèrent dans le bureau du Pasteur sans formalité cette fois, et Madame Martine s’était invitée sans qu’on ne lui demande rien ni qu’on la repousse ce qui aurait été ainsi d’habitude.

Sans se concerter, ils se retrouvèrent à genoux dans un temps de louange et Jésus remarqua qu’ils avaient oublié de prendre les livres de cantiques. Il semble qu’ils n’en aient plus besoin se dit-il plus joyeux que d’habitude.

Puis, on pria.

Ils ne prièrent pas pour eux, ils n’en avaient nul besoin, mais intercédèrent pour la ville, pour les membres de leur assemblée qu’ils savaient devoir hélas abandonner, ils prièrent pour les califes de leur dénomination et demandèrent à Dieu de leur montrer le chemin. Et les heures ont passé.

ichtus-mini

Devant le bâtiment de l’église, les âmes attendaient et s’inquiétaient que les portes n’ouvraient pas comme d’habitude. Il y avait les chaises à ranger et la salle à préparer pour la cérémonie du soir.

De plus, une réunion des anciens, le comité d’église, devait se tenir cet après midi là et nous ne pourrions souffrir d’aucun retard. Ces dames du comité voulaient savoir si la rencontre était remise et quelles dispositions prendre si c’était reporté.

En fait, elles savaient que ça bougeait dans l’église et étaient vexées de n’être pas invitées.

A l’intérieur, répondant à la demande de deux ou trois réunis, le compte y était, Jésus avait déjà accordé la demande. Il allait aujourd’hui même montrer la route à ses pèlerins.

Chapitre 9

Laissons là notre Pasteur Principal aux prises avec ses objections de conscience et frappons à la porte de la chambre de Jo qui lui non plus ne savait plus trop quoi penser.

Pour lui, c’était réglé d’avance.

Sa première expérience dans sa dénomination passée lui avait montré que quoi qu’il fasse, il allait se faire jeter.

Ici, « les chrétiens ne peuvent pas héberger des démons ». Point.

Bien sûr, le petit peuple de l’église ne savait pas ce qu’il s’était réellement passé dans le bureau du Pasteur, mais les informations allaient filtrer et nous saurions bientôt que l’équipe pastorale donnait subitement dans la démonologie. Nous serons vite taxés de secte.

Le pasteur Jo était un peu inquiet.

Pour moi, pas de problème, je suis jeune, pas de famille à charge et je peux travailler des mes mains.

Mais pour Pasteur Roger, il n’est pas encore à le retraite et, étant né dans sa dénomination, il va être difficile pour lui de vivre une foi exemplaire maintenant qu’il a été touché par la grâce de Dieu.

Comment concilier ce qu’il a appris avec ses membres qui n’en veulent pas plus et ses autorités qui n’aiment pas la houle. Peut-il se taire maintenant qu’il a vu Jésus ?

A moins qu’il essaye de ménager la chèvre et le chou et s’enfonce dans un compromis dans lequel il ne sera plus jamais à l’aise.

Je ne sais pas si il aura le courage de parler car les gens qui peuplent son église ne peuvent pas comprendre que Dieu existe et qu’Il est présent parmi nous. Leur foi est superficielle et il est impossible dans ce lieu de faire des disciples. Des disciples de quoi ?

Jo ne savait pas que de son côté Roger avait déjà pris sa décision même si il ne savait pas encore comment faire. Notre jeune pasteur s’agenouilla au pied de son lit.

Dans la maison du pasteur Principal, Martine, son épouse, était aussi en prière.

Venant d’une autre dénomination un peu plus spirituelle que celle de son mari, elle avait gardé la pureté et la simplicité de l’évangile.

Ici, on prêchait la soumission de la femme vis à vis du mari, le foulard à l’église sur la tête, la suprématie du Pasteur sur ses ouailles et son rôle était d’être effacée. N’avoir la parole que si on la lui concédait. Une vie de silence.

Elle n’en vivait pas moins une foi simple et profonde et, si elle criait des alléluia comme les autres et parlait le jargon évangélique couramment, elle avait une limpidité de cœur peu commune et persévérait dans la prière tous les jours en demandant à Dieu sa grâce et le Salut pour son mari. C’était son secret.

Ce jour-là, son intuition féminine ou le Saint esprit, allez savoir, lui avait bien montré que son cher et tendre un peu sévère d’habitude avait un je ne sais quoi de changé et n’osait croire à un coup de théâtre. Nous sommes parfois bien résignés.

Et Jésus lui parla.

Ce qu’il lui dit, personne ne le saura jamais et elle se leva rayonnante. Elle sut son mari sauvé.

Elle prépara vite la table, la garnit d’un bouquet de fleurs rieuses et colorées , alluma des chandelles comme pour un repas de fête et attendit son homme le cœur plein d’une joie qu’on ne saurait exprimer.

Roger rentra pour le souper.

Tout de suite méfiant, il se demanda si il avait oublié quelque chose. Un anniversaire peut-être, une occasion de festoyer ?

Comme il ne savait pas, un peu penaud peut-être, il fit comme si de rien n’était, mais remarqua l’allure de sa femme qui le regardait comme si il rentrait de voyage.
Allez savoir pourquoi, il pensa au fils prodigue de la Bible et se dit que Dieu était bon parce que la bonne humeur de sa moitié allait lui faciliter la tâche. Il devait lui parler.

Ce qu’il ne savait pas, c’est que Martine était en louange et se préoccupait plus à ce moment là de la Gloire de Dieu que des difficultés de son mari, emprunté, qui cherchait encore comment aborder une conversation qui risquait de faire des étincelles. Sa femme n’était pas fille d’un pasteur reconnu de la dénomination d’en face ?

Roger, c’était nouveau pour lui, plutôt que de prononcer l’habituelle bénédicité demanda à Jésus :

–  Je t’ai confié ma vie Seigneur, maintenant, il va falloir assurer. Ouvre une porte que je lui parle. Si il te plait.

Jésus, riant sous cape, rompit le pain.

En fait de pain, c’est la glace qui fut rompue

Roger fondit en larmes et raconta à Martine son bonheur. Il lui dit tout.
Comment il avait méprisé les fidèles infidèles, comment il préservait sa hauteur, la soumission coupable à des autorités qui n’en avaient pas, comment Jésus parle quand on s’adresse à lui et enfin, il conta la vison du paradis et des ténèbres.

« De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance. » Luc 15:7

L’épouse, pour ne pas gêner son bien aimé ne dit rien et pris sa main. Ils restèrent longtemps sans mot dire et, dans la plénitude de Dieu, Roger savait déjà que sa femme comprenait et adhérait à sa nouvelle conviction.

La fin de la soirée ne nous regarde pas mais nous savons que dans le ciel, la Trinité buvait le champagne. Le diable, vaincu, se retira dans sa caverne en jurant qu’il reviendrait encore plus méchamment et les anges chantaient « Après moi le déluge » et reprenaient en cœur ce couplet qui avait encore une fois sauvé une âme…

Il est sorti du tombeau,
la mort a perdu sa puissance,
Il est sorti du tombeau,
C’est pourquoi j’ai l’espérance,
Il est sorti du tombeau,
Alléluia !

Le lendemain, Jésus trouva tout le monde endormi alors que matines avaient déjà sonnées.

Il faut dire que la nuit avait été paisible et l’anxiété de ces derniers jours avait mis les cœurs à dure épreuve. Tout le monde avait besoin de repos.

Nos amis se retrouvèrent dans le bureau du Pasteur Principal sans formalité cette fois, et Madame Martine s’était invitée sans qu’on lui demande rien ni qu’on la repousse ce qui n’aurait manqué d’arriver les autres fois.

Sans se concerter, ils se retrouvèrent à genoux dans un temps de louange et Jésus remarqua qu’ils avaient oublié de prendre les livres de cantiques. Il semble qu’ils n’en aient plus besoin se dit-il plus joyeux que d’habitude.

Puis, on pria.

Ils ne prièrent pas pour eux, ils n’en avaient nul besoin, mais intercédèrent pour la ville, pour les membres de leur assemblée qu’ils savaient devoir hélas abandonner, ils prièrent pour les califes de leur dénomination et demandèrent à Dieu de leur montrer le chemin. Et les heures ont passé.

Devant le bâtiment de l’église, les âmes attendaient et s’inquiétaient que les portes n’ouvraient pas comme d’habitude. Il y avait les chaises à ranger et la salle à préparer pour la cérémonie du soir.

De plus, une réunion des anciens, le comité d’église devait se tenir cet après midi là, et nous ne pourrions souffrir d’aucun retard. Ces dames du comité voulaient savoir si la rencontre était remise et quelles dispositions prendre si c’était reporté.

En fait, elles savaient que ça bougeait dans l’église et étaient vexées de n’être pas invitées.

A l’intérieur, répondant à la demande de deux ou trois réunis, le compte y était, Jésus avait déjà accordé la demande. Il allait aujourd’hui même montrer la route à ses pèlerins.

Chapitre 10 ou la fin des repères

« Car nous sommes Son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions. »
Éphésiens 2:10

Nos trois amis ne demandaient même pas à Dieu quel serait désormais leur devenir.

Ils savaient qu’ils étaient sur la route, et, comme Abraham, selon leur vocation, qu’ils devraient devoir obéir et partir pour un lieu qu’ils devrait recevoir en héritage, et avancer sans savoir où ils allaient.

C’est de cela qu’ils parlèrent après avoir encore reçu la grâce et la confiance en Dieu.

Le constat était que leur nouvelle foi n’avait aucune place dans des murs sans Église.

Ces murs, appartenant à une fédération, une structure humaine qui dictait des lois aux antipodes de ce que qu’était le Seigneur, ne pouvait accueillir le souffle du Saint Esprit, Ruah, et il fallait bien se résoudre à les quitter puisque personne ne s’y sentait pas à l’aise. Même pas Dieu.
Ils comprenaient tous maintenant pourquoi il y avait tant de haine dans le cœur des ouailles dans leur assemblée comme dans les autres dites plus « libérées ».

Pourtant, leur dénomination n’était pas plus sévère que les autres et même « réveillée » selon le terme utilisé par les chrétiens évangéliques.

Comparée à la Catholique Romaine, aux tristes Réformés, aux paisibles Baptistes joyeux mais tristes au fond de leur cœur, aux évangéliques proclamés dont nous faisions partie, leur assemblée dont on taira le nom n’était vivante que dans la publicité. Éclairés par la grâce, les deux hommes et la femme n’y voyaient plus la Maison de Dieu.

Ils n’en avaient même pas parlé entre eux avant ce jour car savaient bien que « les chrétiens rebelles » sont toujours mal vus dans les assemblées. Rebelles à une politique qui les tient prisonniers.

Oui mais voilà. Qu’allaient-ils faire de leur liberté comme un oiseau en cage qui vient de s’échapper ?

Sauraient-ils se nourrir, trouveraient-ils des frères sans être plus ou moins accusés ?
Où vivraient-ils leur foi et à qui en parler ?

Frères, que ferons nous ? Demanda Martine d’une petite voix.
Je ne sais pas répondit son mari n’ayant aucune idée.

Le jeune pasteur Jo, pensif, avait la gorge nouée.

Allait-il dévoiler à ses frères qu’il faut renoncer à soi même avant d’expérimenter la Lumière, que suivre Jésus avait un prix  bien difficile à payer ?

Pour lui, il savait ce qu’était de changer de paroisse et être haï du peuple et de ses faux bergers.

N’ayant pas charge de famille, il pouvait à son grès aller ou bien venir et exposer sa vie sans craindre pour sa peau.

Mais ce couple, perdu dans un monde qui les avait formé, formaté, rabaissé au rang d’une chose, d’un « membre d’église » qui n’a plus aucun droit si ce n’est celui de diriger un troupeau sans âme avec les consignes venues d’une entité presque Pape, ce couple était égaré et n’avait plus de repères.

Monsieur Le Pasteur Principal en chef se trouvait comme au chômage, un SDF qui ne sait plus où aller.

Roger, dit-il la voix presque voilée, cela va être difficile pour vous dans les jours à venir.
Ce que vous avez prêché pendant toutes ces années, il va falloir le mettre en pratique mais ça ira puisque vous y croyez maintenant.
Il ne se rendit pas compte de son audace. C’est lui qui s’apprêtait à enseigner un Pasteur Principal.

Les regardant attendri du haut des cieux, Jésus, Lui, souriait.

Je ne suis plus Pasteur Principal répondit Roger très paisible, je suis ton frère et nous allons nous tutoyer.

J’ai bien compris qu’il fallait changer la méthode car mon cœur n’est plus le même, poursuivit-il ayant repris de l’assurance,.
J’ai relu ce matin 1 corinthiens 13 avant de me lever et je crois que Dieu m’a parlé.

« Maintenant donc ces trois choses demeurent: la foi, l’espérance, l’amour; mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour. »

Jusqu’à ces jours-ci, l’espérance que je prêchait n’était qu’intellectuelle et je ne savais pas que Jésus existait réellement. Maintenant, je crois.
Ma foi aussi était symbolique, je vois ce que je crois et cette grâce qui m’avait touchée est devenue mienne sans que je comprenne encore pourquoi ; mais je sais qu’elle est là.

L’amour, j’avoue que je ne savais même pas ce que c’était après que tu m’aies dit l’autre jour, Jo, que j’étais un imbécile.
Oui, je sais, tu ne l’a pas vraiment prononcé, mais j’ai su à ce moment que tu l’avais pensé et c’est cette vérité qui m’a ouvert les yeux ; J’étais un imbécile.

Sa femme lui jeta un coup d’œil en coin incrédule. Jamais elle n’avait entendu une chose pareille. Roger reconnaître qu’il s’était trompé !

Elle aurait été pentecôtiste de naissance, elle aurait crié « Alléluia » mais sa réserve légendaire se gardait de laisser transparaître une émotion qui n’avait pas de nom. Elle n’en loua pas moins son Seigneur avec joie mais discrètement.

Il va nous falloir prendre des dispositions, continua Roger non sans appréhension.

Tout d’abord, je vais convoquer les évêques et leur dire ce que je pense de leur autorité.
Ils vont me virer mais de toutes façons, non seulement je me rends compte qu’ils ne me servent, à rien mais je comprends qu’ils empêchent le peuple d’avancer.
Les seuls chrétiens qui viennent dans nos églises souffrent et vivent leur foi chez eux. J’ai bien vu qu’il y en avais quelques uns qui ne parlent pas comme les autres et ont un regard différent.

Certes, il n’y en a pas beaucoup mais ce peu me faisait peur et je n’osais les aborder de crainte qu’ils aient quelque chose à m’apprendre. J’ai préféré les éviter. Ah, si j’avais su !

Bon, on va se retrouver à la rue, il jeta un regard inquiet vers son épouse, mais j’ai depuis hier la certitude que ce que Dieu dit, Il le fait et il n’y a aucune raison qu’il ne pourvoit pas aux besoins matériel de ses serviteurs. Sinon, j’aurais du mal à croire qu’Il existe.

Jo et Martine reçurent de plein fouet cette Parole de foi et Jésus regarda vers Son Père.
Comme un rideau déchiré, les portes de la banque du ciel s’ouvrirent et accueillirent ce matin là trois nouveaux clients décidés.

Je sais Jo que vous en êtes, poursuivit le frère Roger sur sa lancée.

Jésus a promis de répondre aux demandes et nous avons prié en ce sens. Il va dés aujourd’hui nous donner ce qui nous manque. Une direction où aller.

Un homme ce matin-là est devenu prophète. La promesse était en train de se réaliser.

Jo hocha la tête et se dirigea sans mot dire vers le téléphone.

Il appela sur son portable la présidente du comité de l’église qu’il savait attendre devant la porte, et lui confirma la réunion de l’après midi. Pour le ménage de la salle, exceptionnellement aujourd’hui on  attendrait.

Il confia que les pasteurs avaient besoin de réfléchir et sans doute feraient une annonce importante et la priait de s’assurer que les membres du comité honorent cette réunion en particulier.

Il aurait pu très bien aller ouvrir les portes et faire comme si de rien n’était et attendre tranquillement le moment de la rencontre, mais il pressentait qu’il fallait « préparer » les invités à ce qu’ils allaient entendre et n’avait pas le temps de finasser.

De toutes façons, les bruits allaient courir, la rumeur enfler, et autant en finir tout de suite. Ce coup de téléphone allait donner à la Présidente de quoi exprimer son imagination et dans une heure toute la ville saurait que quelque chose d’important se passait à l’église.

Bon, c’est un coup bas avoua-t-il à ses amis interloqués, mais je crois qu’un bon buzz vaut mieux qu’une longue attente. Nous sommes certains d’afficher complet à la réunion et pourrons ainsi mieux parler.

Le couple n’osa pas rire et on se prépara du café.

La question du moment fut de savoir si on prévenait l’évêque avant, le mettant ainsi devant le fait accompli, ou après la réunion.

Certes, il restait trois jours avant Dimanche où, suite à la rencontre du comité du jour on annoncerait à la paroisse la démission des pasteurs en promettant continuité du service jusqu’à l’arrivée du futur remplaçant.

La préoccupation de l’ex Pasteur principal était qu’il ne voudrait pas faire de tord à sa dénomination car, s’il la trouvait désormais désuète et inutile , il avait toutefois fait sa vie dedans et de toutes façons respectait sa famille.

De plus, « faire des vagues » ne l’enchantait pas trop et il ne goûtait pas de finir crucifié. Il se tourna vers sa femme.

– Comment faire pour ne pas les choquer ?

Martine le regarda et lui dit sans ambages…

Cela va être dur et quoi que tu fasse, ça va faire du bruit.

Pas nécessairement intervint Jo qui ne savait pas de quoi il parlait.

Si nous attendons avant notre départ la relève, les membres de l’église ne seront pas informés de nos nouvelles dispositions de cœur et nous pourrions aller travailler dans une ville voisine, non ?

Jésus rougit de frayeur

Pas de ça Jo répondit sèchement Roger presque déjà en colère. Partiriez-vous en douce sans rien leur expliquer ?

Et Jo se rappela l’histoire de l’ivrogne qui frappait si bien sa femme au début de ce livre. Il n’avait su comment lui parler mais le Seigneur était venu à son secours et avait, par un courage inspiré, dit la vérité à cet homme ce qui l’avait immédiatement sauvé.

Oui, c’est vrai concéda Jo un peu piteux quand même, il faut leur dire pourquoi nous ne pouvons pas rester.

Chapitre 11 ou le départ des pasteurs

Une vingtaine de personnes muettes étaient sur les bancs, installées.

Le comité d’église au grand complet sauf Marcel un des diacres qui cuvait sa cuite au soleil, quelques paroissiens émus qu’on avait convoqués, le chef des chantres qui passait par hasard et deux ou trois autres personnes. On ne savait pas d’où elles venaient.

La porte ouverte au cas ou quelqu’un d’autre voudrait entrer ce qui n’était pas coutume pour un conseil d’église mais on avait du oublier.

Mal à l’aise, la Présidente prit la parole et parla du budget.

Elle n’alla pas bien loin car Roger, les autres ne savaient pas qu’il n’était plus leur Pasteur, écarta le vielle fille d’un geste agacé et descendit de l’estrade. Il installa une chaise devant tous, à leur hauteur, et leur parla en ces mots.

Mes amis, ce n’était plus « chers frères », nous n’allons pas aujourd’hui parler oboles ou organisation des activités comme nous le faisons d’habitude. Nous allons parler de ce que Dieu veut pour nous.

Madame Armande De Charrybe, principale donatrice de l’assemblée faillit en avaler son dentier. Il va nous parler de quoi ?

Jamais au grand jamais on n’avait entendu une prédication dans un conseil d’église. Il n’avait pas été constitué pour ça.

Les auditeurs n’osaient même pas se regarder et attendaient a suite ; Décidément, oui, il se passait quelque chose chose les pasteurs. Et puis, bouleverser le programme….

Les quelques autres, ceux dont on ne savait pas d’où ils venaient, étaient intéressés d’autant plus qu’ils ne savaient pas non plus pour quoi ils étaient venus.

Certains passaient par là, d’autres avaient vu les portes ouvertes, il y avait deux touristes à la recherche de statues qui n’en trouvant ici s’étaient assis quand même, et aussi le facteur ce jour là n’étant pas de tournée.

Tout le monde écoutait.

Cela nous changera de nos habitudes persifla pasteur Jo en lui-même. Jésus n’osait pas regarder.

Mes amis, repris l’ex avec un grand sourire, ce qui était rare chez lui, je vais vous annoncer une grande nouvelle. Jésus est revenu.

Bien sûr, les membres ne savaient pas ce que ça voulait dire mais la pilule était passé.

Pasteur Roger nous fit une prédication magistrale sur l’enlèvement de l’Église sans oublier aucun détails . Il raconta aussi que ceux qui n’étaient pas enlevés étaient bon pour l’enfer sans toutefois trop insister sur le feu qui y règne ; Il ne voulait pas trop les brusquer. Jo se rappela l’histoire du curé de Cucugnan d’Alphonse Daudet et failli éclater de rire.

Mes amis, Jésus est revenu hier soir et a emmené avec lui au ciel les membres de Son Église et vous pouvez d’ailleurs remarquer que nous ne sommes pas si nombreux cet après-midi. Là le pasteur en rajoutait un peu.

Pour ce qui me concerne, je n’ai pas voulu partir avec mes frères sans vous dire Adieu, et obtenu la permission de prendre un peu de retard et les rejoindrai ensuite.

Je reste jusqu’à dimanche pour saluer au culte les autres membres de cette assemblée et vous quitte définitivement.

Dimanche sera donc le dernier jour de rencontre car il n’y a plus d’Église. Il ne vous reste plus, vous qui restez, qu’à attendre le jugement dernier, ce qui ne saurait tarder et de vous débrouiller avec votre péché et avec le diable.

Sur ce, la réunion est terminée, vous pouvez rentrer chez vous et à dimanche.

Le pasteur se leva de sa chaise, la remis à sa place et sorti la tête haute sans même se retourner.

Pasteur Jo, lui, venait de prendre une belle leçon d’humilité car il avait cru une seconde pouvoir enseigner son pasteur sur la grâce.

Mais Dieu avait envoyé son Esprit sur son Enfant au moment où il en avait besoin. Le petit discours n’avait pas été prémédité.
Comme toujours et comme elles n’en avaient pas le choix, les ouailles sortirent de l’église assommées par ce poème qu’elles avaient un peu de mal à assimiler. Mais qu’est-ce qu’il a voulu dire ?

Et d’abord, c’est quoi cette histoire d’enlèvement de l’église. Il ne connaissaient ce mot qu’avec une minuscule.

Leur pasteur n’était pas fou et n’avais jamais paru en si bonne santé.

Quelques commères se rassemblèrent sur le parvis et cherchèrent à comprendre ce qui s’était passé. Le pasteur s’en allait, comme ça, sans raison et qu’est-ce qu’elles pouvaient avoir bien fait pour lui déplaire.

D’autres, dans les maisons, crurent qu’il avait dit qu’il partait en voyage mais n’avait pas donné publiquement au jeune pasteur Jo la charge de le remplacer. Que cachait tout cela ?

La femme du boulanger, une vipère notoire, avait vu Madame Martine pleurer et raconta à ses clients que le pasteur Principal partait avec une maîtresse. La nouvelle eut tôt fait de faire le tour du quartier et au-delà.

Le facteur, qui ne venait jamais à l’église alla spécialement à La Poste expliquer qu’il avait été à l’église et, sous les quolibets de ses copains farceurs, dit que dimanche, il y aurait une séance de baptême afin que tous soient sauvés.

Bref, dans toute la ville, on ne parlait plus que de cela.

Bien sûr, l’évêque en fut informé illico et épargna à nos frères la douloureuse annonce du départ de l’équipe pastorale et téléphonant sévère au Pasteur Principal pour demander quelques explications.

Roger, bonhomme, invita ce dernier à déjeuner pour dimanche et le prélat n’en sut davantage. Mais il était tout de même inquiet.

Il convoqua d’urgence une cellule de crise et envoya un mail à toutes les églises de la fédération leur demandant de compter les fidèles dimanche au cas où certains manqueraient. On ne sais jamais.

Il ne parla bien sûr pas de l’enlèvement présumé de l’Église auquel il ne croyait pas vraiment non plus et resta dans ses réflexions jusqu’à l’heure de rencontrer ses pairs car le remue-ménage qu’il y avait là bas lui laissait pressentir que quelque chose se préparait.

Ils se réunirent très vite.

Le soir même, devant un bon Cognac, ils n’avaient pas droit au cigare car chez eux ça ne se faisait pas, trois religieux réunis devisaient déjà de l’affaire
bien qu’elle ne fût pas officielle et qu’on ne sache pas ce qu’il se passait.

– Mais qu’est-ce que c’est cette histoire, le Pasteur Roger veut nous quitter ?
– C’est ce qu’on dit mais vous savez, les ouailles, ce qu’elles racontent…
– Il semble que nous devrions prendre cette affaire au sérieux.
Cela ne fait pas 4 heures qu’ils ont fini leur réunion du comité d’église et nous avons eu plusieurs coup de fils, des échos de la municipalité, et même le pasteur Rodolphe, de l’église Baptiste de la même ville m’a envoyé un mail pour me demander ce qu’il y avait chez nous.
– Oui, c’est vrai, le pasteur David de la fédération m’a aussi passé un coup de fil et il semble que ça barde. Il m’a demandé de le tenir informé parce que eux aussi se posent des questions et il faudrait aviser.

Les trois prélats, tout protestants qu’ils étaient, ne pouvaient pas concevoir la démission d’un pasteur, du moins de leur boutique, et n’imaginaient d’ailleurs pas que l’un d’entre eux pouvait protester. Ce mot ne veut plus rien dire, et de nos jours, à l’heure de l’œcuménisme, il n’y avait plus grand chose à contester du moins spirituellement.

Bon, Roger veut démissionner, soit. Mais quelle idée lui passe par la tête. Il a toujours été fidèle pourtant.

– Je me demande, risqua un des trois hommes qui n’avaient pas consulté Dieu, si ce n’est pas ce jeune qui lui aurait mis des idées dans la tête.
Je sais qu’il a déjà eu des histoires avec son ancienne fédération, et nous ne l’avons pris chez nous que parce que nous manquions de main d’œuvre. Les pasteurs se font de plus en plus rares.

– Ah ! C’était donc ça ! Triompha le prélat en chef qui commençait à comprendre. Justement, ce jeune homme….

Et voilà comment en quelques secondes, le pasteur Jo fut au centre d’une discussion qui fit de lui un renégat, un instable, un rebelle, un voleur, bref, un loup ravisseur qui avait monté la tête d’un pasteur et détruit une église.

Ils le croyaient vraiment.

Chapitre 12

Le pasteur Jo était devenu une canaille mais il ne le savait pas encore.

Le dimanche matin, il se leva de plus bonne heure parce qu’il voulait passer plus de temps avec son Seigneur et il eut bien raison. La journée devait être mouvementée.

La seule parole qu’il avait dans la tête était « Ne crains point ».

Il avait beau supplier le ciel d’intervenir en faveur du troupeau et demander un miracle, Jésus ne répondait pas.
Protéger le couple pastoral, il pressentait que ça allait être chaud, prier pour que l’évêque ait des pensées chrétiennes, quel serait l’avenir…

Seule, cette phrase, revenait sans cesse comme une litanie. « Ne crains point. »

Tant pis, se dit Jo, nous allons faire avec. Et il sorti boire son café au  bar de la place.

Son arrivée fut remarquée au point que les conversations cessèrent. Tiens, ils ont dû en parler se dit Jo avec un poids sur le cœur.

Les gens n’étaient pas particulièrement hostiles mais il y avait un je ne sais quoi d’interrogation dans l’air. Jo ne ressenti pas de menaces.

Toutefois, après avoir bien hésité, le patron du café vint se planter devant lui et mine de rien demanda. « Alors, il paraît que l’on part en vacances ? »

Notre pasteur leva vite les yeux au ciel et demanda la réponse. Il ne pouvait rien ici raconter.

D’une inspiration qu’il n’avait pas, il s’entendit rétorquer avec un brin d’amusement…

–  Oui, c’est pour bientôt et si vous voulez je vous emmène.

Le patron, ne sachant pas si on se moquait, pris les consommateurs à témoin et dit assez fort pour que tout le monde entende…

– Et où voulez-vous aller ?
– Au Paradis répondit l’autre en précisant : Et pour l’éternité.

Du coup, le monde était intéressé.

On attendait une querelle, bon enfant bien sûr car on n’est pas méchant le dimanche, et voilà qu’un pasteur parlait de paradis. Et dans un bistrot avant la messe en plus !

Jo se tourna vers ce peuple et dit d’une voix claire.

Jusqu’à maintenant dans cette église, il hocha le menton en direction du lieu saint, on a parlé de religion à des gens qui n’en avaient rien à faire et Dieu n’habite que dans les livres de chant.

Aujourd’hui, cela va changer.

Le couple pastoral et moi-même, puisque Dieu n’est pas là, nous irons à Dieu c’est à dire là où Il se trouve.

Vous voyez ces murs, les portes sont fermées quand je ne suis pas là, et Dieu ne peut ni entrer ni sortir si je l’enferme. Il n’est pas dans la vie des gens et c’est pour cela qu’ils ne viennent qu’une fois par semaine ou quand ils en ont besoin.

Si Jules, c’était le patron du troquet, laisse entrer Dieu dans sa vie, que son bar soit ouvert ou fermé, Dieu sera toujours là et Il ira où Jules se trouve.

Si deux ou trois d’entre vous laissent aussi Jésus régner dans leur cœur, Dieu sera aussi collé à leurs basques et l’Église sera avec vous. Au milieu de vous, et vous n’aurez plus besoin d’aller vous ennuyer là bas. Il désigna encore le bâtiment appelé « église ».

–  S’y ennuyer ! C’est pour cela que vous quittez l’endroit ? demanda le diacre déjà bien éméché du fond de la salle 

–  Oui Marcel répondit Jo sans même se retourner

–  Mais nous ne connaissons pas Dieu ! Cria un consommateur d’une voix courroucé. C’est facile pour vous !

– Mais Lui il vous connaît répliqua le pasteur comme si il le savait. Et il continua…

Vous ne connaissez pas Dieu parce que votre péché vous voile sa face. Dites plutôt que vous ne voulez pas le rencontrer. C’est plus simple et au moins, ce n’est pas un mensonge. là, au moins, Il peut vous écouter.

D’ailleurs, Il ne demande que ça et attend avec impatience que vous vous décidiez à tourner votre tête de son coté. Vous connaissez l’histoire du fils prodigue ?

Sans attendre de réponse, Jo raconta comment un fils turbulent avait laissé son père pour courir les cafés et négliger la terre familiale.
Le jour où à force de payer des chopines il eu claqué tout ce qu’il avait, il regretta sa folie et se rendit compte qu’il avait méprisé son père. Mais il n’osait plus rentrer.

Il fallut qu’il tombe dans la déchéance pour regretter sa maison et revint demander pardon à son père. Il avait honte et n’était pas tranquille car il ne savait pas comment il serait reçu.

Mais le père, qui l’aimait plus que tout, était tous les jours au bout du chemin en guettant le retour de son fils. Il lui fit une fête et l’accueilli les bras ouvert de sorte que le coquin connut l’amour de son père. Cet amour qu’il avait tant méprisé dans son erreur .

Vous voyez tous tant que vous êtes.

Il a fallut que vous attendiez jusqu’à aujourd’hui pour savoir que Dieu vous aime et qu’Il n’attends qu’une chose C’est que vous reveniez à Lui. C’est Lui qui vous a créé tout de même !

–  Mais, pourquoi vous ne nous avez nous jamais dit ça Pasteur demanda un homme un peu méprisant.

Parce que je prêchais dans les églises et que je me suis trompé remarqua Jo en comprenant qu’il avait bien raison.

Et c’est pour ça que nous quittons aujourd’hui notre chaire et que Dieu Lui-même m’a envoyé boire le café ici ce matin. C’est ici ma place. Pas là-bas.

Tous comprirent que Dieu était venu les chercher. Il baissèrent la tête.

Jésus, Lui, fit un clin d’œil au Père et avança une pièce sur son échiquier.

Pouvons nous venir avec vous à l’église demanda un vieux qui avait aussi écouté.

Cela dépend de ce que vous voulez y faire répondit Jo en souriant.

De toutes façons, c’est l’heure du culte et je suis en retard. Un de plus ou de moins, pourquoi pas ? Mais je vous avertit, cela va être aujourd’hui un peu spécial et il y aura l’évêque.

J’m’en fous de l’évêque grommela l’ancien d’un air décidé. Je viens avec vous.

Jo régla son café et pris la direction de l’église au coté du vieillard. Tous les consommateurs suivirent et même le patron qui en vitesse ferma son cabaret. De toutes façons il n’avait plus de clients.

A l’église, les chants avaient commencés et le directeur de louange chantait un peu plus faux que d’habitude. Il faut dire qu’il faisait froid comme si un démon glacé s’était emparé de l’assistance. Seul, le pasteur Roger souriait.

Exceptionnellement, l’église était bien pleine mais ne ressemblait pas à une église réveillée. Ce troupeau de futures brebis entrant à la suite de Jo servit à dérider l’atmosphère. Les nouveaux venus ne purent pas s’asseoir.

Jugeant sans doute que s’en était assez, l’ex Pasteur principal fit taire la « louange » et s’approcha du micro.

Bien cher…amis, le  jour de gloire est arrivé et comme promis je viens vous dire Adieu.

Il n’y aura pas aujourd’hui de Sainte Cène car ce geste symbolique étant réservé aux vrais Enfants de Dieu, ceux qui ont renoncé au péché, je ne vous la distribuerai pas de peur que vous ne subissiez un jugement contre vous même. L’évêque s’étranglait.
Nous ne passerons pas le panier de l’offrande non plus parce que votre argent et pourri et vous ne pensez jamais aux pauvres. L’assemblée, heu… la fédération, est assez riche comme cela et de plus, comme l’Église a été enlevée l’autre jour par Jésus, il n’y a plus d’Église donc, plus besoin d’offrandes.

Pour mon sermon, je suis en train de vous le faire et réjouissiez-vous car il ne durera pas aujourd’hui trois quart d’heure. De plus, c’est trop tard et les Enfants Dieu et les disciples sont au ciel et pour vous la porte est désormais fermée.

Ici, dans ce lieu, vous n’avez jamais connu Dieu. C’est normal, il n’a jamais été là.

Même moi, qui vous ais prêché pendant tant d’années, je ne le connaissais pas, et ce n’est qu’il y a quelques jours que j’ai fais sa connaissance. Il est tellement grand que les quatre murs de ce soit-disant temple ne peuvent le contenir, et la robe de votre évêque ressemble à celle des grands prêtres de l’ancien testament. Croyez-vous que Jésus trouve cela joli ?

L’évêque, frisant l’apoplexie, eut le temps de penser que l’affaire était plus grave qu’il ne le croyait et compris qu’il ne maîtriserait pas la situation. Il fallait chasser ce pasteur ou  fermer cette église.

Jo, pensait lui que ce pasteur là était un type, et que le Seigneur avait trouvé là un bon ouvrier.
Sa femme, si elle n’applaudissait pas des deux mains le discours de son homme, savait au fond d’elle même qu’il fallait en passer par là.

« Il est sorti du tombeau, la mort a perdu sa puissance. »

Restait le petit groupe que Jo avait emmené qui se demandait si c’était du lard ou du cochon.

N’étant pas enseignés, ils ne comprenaient pas un traître mot de ce que disait ce pasteur mais trouvaient que cela ressemblait assez à ce que leur racontait Jo en buvant son café.

Ils sentaient là une puissance qu’ils n’avaient jamais rencontrée ailleurs et voulaient en savoir plus. Ils décidèrent, en échangeant des regards, de rester encore un peu même si c’était l’heure de l’apéro.

Marcel, le diacre ivrogne, pleurait en cachette derrière un pilier.

La comédie pris fin et Pasteur Roger, avec autorité, chassa le péché de l’Église. Il ne resta plus que nos trois amis et le groupe du café qui ne voulait partir. Ils attendaient quelque chose.

L’évêque, lui, de son portable avait appelé un taxi et on ne le revit plus jamais. Il sort de cette histoire.

Il y avait maintenant des chaises vides et le cabaretier invita sa clientèle à s’asseoir à la place des pécheur chassés.

Jo repris la parole après avoir coupé le micro, il n’en avait plus besoin, et les invita à comprendre les voies du Seigneur qui pour une fois ne furent pas impénétrables. Roger et Martine discrètement priaient et réclamaient ces âmes pour le Royaume de Dieu.

Ces cœurs, non gavés d’évangiles et de bondieuseries, comprirent la présence et la grâce de Dieu, la réalité du péché, l’enfer, le Paradis et l’éternité. Ils voulurent changer de conduite et donnèrent leur vie à Jésus.

Chapitre 13 ou un transfert d’église

La suite de cette histoire est incroyable.

Le lendemain, les deux pasteurs reçurent par mail un avertissement qu’ils auraient au plus tôt, selon les règles en vigueur, à se présenter à la fédération pour un entretient en vue d’un « éventuel » licenciement pour faute grave. La faute n’était pas précisée mais cela n’avait pas d’importance puisqu’ils étaient déjà virtuellement partis.

Ils devaient se préparer à plier  bagages pour le jour très proche où ils seraient remplacés.

Dans l’attente, on décidait de fermer cette église à titre conservatoire, et personne n’avait rien à dire car la fédération faisait ce qu’elle voulait puisque les murs et les âmes lui appartenait.

Les membres étaient cocus mais on s’en fichait ; Ils n’avaient qu’à pas donner leur argent mais de toutes manières, aucun n’avait l’idée de revenir car le diable s’était emparé de ce bâtiment.

Un bâtiment qui au passage avait fini par accueillir au moins quelques hommes repentants.

Bon, d’accord, on avait été les chercher dans un lieu de perdition mais nous n’allons pas chipoter.

Si les murs de l’église n’appartenait pas aux gens de la ville, les âmes nouvellement nées elle, appartenaient à l’Église, et finalement ce sont ces murs qui les avaient enfantés. Même si c’était la première fois qu’ils y mettaient les pieds.

Fort de ce constat, les pasteurs dirent à Jésus mais dis donc…

Cette église, elle est à qui ?
A une fédération ou à toi que l’a édifiée.

Puisque ces bâtiments sont vides maintenant, donc libres, et qu’il y a des Enfants dans ta ville, ne serai-il pas juste que cette église reste l’Église et ne meure pas encore entre des mains indignes qui n’ont pas travaillé ?

Bien sûr, pour un ordinateur, un philosophe, un religieux, ou un simple être humain, ce raisonnement est absolument stupide. Légalement, sur le papier, ces murs appartenant à la fédération, cette dernière peut en faire ce qu’elle en veut. Un cimetière si cela lui fait plaisir.

Mais pour un homme de Dieu, cette idée tient la route car les pensées du petit peuple ne sont pas celles de Dieu, et loin s’en faut tant elles sont éloignées les unes des autres.

Jo et Roger décidèrent de sauver l’église bâtiment en faveur de l’Église de Jésus-christ. Ils devaient être fous.

Pas tant que ça. 🙂

Jésus n’avait rien promis, mais les quelques uns qu’ils étaient s’étant accordés. Ils  avaient demandé à Dieu la permission d’entrer en possession de cet héritage.

Comme ils n’avaient pas assez de place dans leurs appartement respectifs et que l’église était officiellement fermée, ils se réunissaient dans le café de Jules qui, si il avait un peu moins de clients, expérimentait la grâce de Dieu. Il dira plus tard qu’il n’avait rien perdu au change.

Toute la ville sut que les pasteurs voulaient racheter une l’église qui n’était pas à vendre, et les autres congrégations du coin lançaient des accusations contre ces loups ravisseurs qui voulaient déposséder la fédération ennemie de ses biens séculiers. A part l’Église, personne n’avait demandé son avis au Seigneur.

Lequel, Lui, savait ce qu’Il Lui restait à faire. 😉

ichtus-mini

Marcel, l’ex diacre ex ivrogne qui buvait maintenant du coca, avait une cousine dans la finance.

Il alla lui conter fleurette et lui raconter cette histoire pour lui demander conseil.

Non pas qu’il cherchait un hypothétique crédit pour tenter de conclure une affaire, mais tout simplement parce qu’il savait la fédération radine et apeurée par les scandales.
Il s’était dit qu’après le coup de la démission des pasteurs et le tsunami qui avait ravagé la paroisse, et toute la région au passage, un nouveau révérant aurait bien du mal à remplir ses chaises. De plus, la publicité et une nouvelle mise en route coûterait bonbon.

En temps, en énergie et en argent.

De plus, la réputation de la place était déjà faite, et bien malin celui qui redresserait la barre. Il faudrait au moins un saint pour ce miracle et nous n’en avions pas sous la main.

Son idée était que mise devant le fait accompli, la fédération serait peut-être contente de réaliser un bien qui se sentait mal, et qu’il y aurait peut-être moyen de tirer les marrons du feu avec un peu d’expertise. Marcel avait un ancêtre se prénommant Jacob.

Par contre, le montage d’un dossier financier n’était pas de sa partie et, avant de proposer l’esbroufe aux chrétiens qu’ils étaient, il valait mieux tâter le terrain et consulter plus compétant que lui.

Sa cousine, Josiane, était aussi chrétienne mais d’une fédération concurrente.

En fait, pas concurrente du tout puisque l’Église qu’elle fréquentait n’avait pas de Pape si ce n’est le Christ en personne.

Josiane était donc neutre et cela servait son dessein car comme chacun le sait, entre les églises parfois….

La sœur écouta le cousin et lui dit qu’à Dieu rien n’est impossible.

Pour le montage financier, il faudrait un apport et des garants, l’idéal étant pour les Enfants de Dieu de payer cash, mais il serait toujours à temps d’examiner la situation au moment voulu. Si c’est de Dieu, la finance viendra. Curieux credo pour une employée de banque.

La question était de savoir si la fédération serait vendeuse, et si c’était les cas, engager un négociateur qui saurait emporter l’affaire à bon prix.

–  Je vais téléphoner à un ami à moi habitué à ce genre de choses proposa Josiane.
Par contre, il vous faudra prier pour que Dieu prépare le terrain et vous réserve l’espace car, dés qu’on saura qu’une affaire s’engage, il risque d’y avoir d’autre amateurs et ceux qui manipulent l’argent savent faire monter les enchères.

La sœur pensait à tout. Peut-être un signe de Dieu.

N’osant pas encore en parler aux frères, Marcel entra dans sa chambre comme un de ces petits innocents que Dieu écoute et dont il exhausse les prières pour autant qu’elles soient selon Sa volonté.

A lui seul, le petit diacre comptait fléchir la main de Dieu.

L’incroyable se produisit dans la semaine même quand, victime d’une fatale erreur boursière, la fédération rencontra des ennuis et eut besoin de liquidités. Je vous ais dit que Marcel priait.

Le comité de la fédération lui aussi priait le Dieu qu’il connaissait a peine pour qu’Il envoie l’oseille pour renflouer la caisse.

Jésus, finaud Lui aussi, envoya le négociateur le lendemain matin.

L’affaire fût vite emballée car l’envoyé de Dieu était plus roublard que ses adversaires. Plus prosaïquement, il compris tout de suite que ces gens avaient besoin d’argent le plus vite possible. On a toujours du mal à cacher ce genre de mal fort honteux.

Ils signèrent un accord de principe.

Il ne restait plus qu’à trouver la finance mais les gens du métier savent être bien efficace surtout quand Dieu est dans leur camp. Un investisseur fut trouvé dans l’heure pour assurer la première traite et bloquer le marché.

Ce fut assez simple en fait.

Josiane avait un client un peu croyant mais pas assez pour aller à l’église. La sœur lui parlait du Seigneur et ce client, appelons-le Boniface, avait été touché par l’histoire de Jo et de son ami le Pasteur principal.

Le fait qu’ils se réunissent au bistrot n’était pas commun et, si cela faisait jaser les autres église, lui trouvait ça très bien quoi qu’il n’eut pas osé aller les rencontrer.

Sans jouer les mécènes, il accepta de prendre le risque car, ainsi était rédigé le contrat,  si on ne trouvait pas la somme dans le temps imparti l’avance serait perdue.

Pour la première fois, Boniface fit confiance à Dieu, se pencha lui aussi dans la prière et le contrat du moment fut signé.

Il fallut prévenir l’équipe et Marcel, entre deux bégaiements d’émotion et de joie, annonça à ses frères qu’une promesse de vente avait été signée avec la fédération pour l’achat des murs de l’Église.

Dans le bistrot, ce soir, les louanges montèrent vers le ciel au point que les gens du voisinage venaient voir ce qui se passait. Des dizaines de badauds s’agglutinèrent  devant la vitrine du bar, sans un mot, regardant la Gloire passer. Déjà, tout le monde avait déjà oublié Marcel.

Dés le lendemain, l’argent commençât à affluer.

Les pasteurs vidèrent leurs comptes les premiers, chacun tapa dans ses économies, des mécènes inconnus envoyèrent leurs oboles à l’adresse du café sans que personne ne leur ait rien demandé.

Une grosse somme arriva sans qu’on ne connut jamais l’envoyeur, et des gens, bons et  mauvais, mirent la main dans la poche pour prêter à la communauté ce qui manquait pour boucler le budget.

Le cabinet dans lequel Josiane était employée offrit gracieusement ses services pour gérer la manne sacrée et rédigea les contrats de prêts qui stipulaient qu’au cas ou l’affaire capoterait avant terme, les souscripteurs seraient intégralement remboursés. Il s’en portait garant.

En quelques semaines, la quasi totalité des fonds avait été récoltée et le jour de la signature approchait. Il ne manquait que cinq pour cent de la somme.

Subitement, les flots cessèrent de couler et on en pria de plus belle mais Dieu ne répondait plus. Il avait soudainement arrêté de parler.

Un temps froid humidifiait la ville et un vent glacial parcourrait les allées.
L’euphorie de la fête peu à peu, quitta le quartier et le moral des gens tomba brusquement sans qu’on sache pourquoi. Que s’était-il passé, quelle erreur avions nous commise ?

La porte de l’église était toujours fermée.

Chapitre 14

Les deux pasteurs en prière luttaient.

Non pas contre Dieu, bien sûr, pas non plus pour arracher leurs « cinq pour cent » de force au seigneur, mais contre eux même se disant que si Dieu n’ouvrait plus la porte c’est qu’Il avait quelque chose à leur montrer. Il décrétèrent un jeûne.

Le jeûne permet de sortir de soi même. De renoncer à nos désirs, nos pensées, nos attentes que nous baptisons souvent bien hypocritement « volonté de Dieu ». Permissive ou pas.

Jeûner, c’est renoncer à soi même, en plus des bons repas, c’est s’attendre à Dieu.

Quand tu jeûnes, plus rien n’a d’importance que la direction que Dieu a pour toi et tu sais que ton Guide ne se trompera pas. Il te montrera la voie que tu doit suivre.

Le pasteur Roger, habitué aux modes de financement traditionnels, considérait les aumônes et oboles du peuple comme allant de soi. Il avait été enseigné comme cela.
Pour lui, le fait que les gens donnent, même si il faut quelquefois les forcer un peu, était un signe de richesse spirituellement s’entend. Ne soyons pas mesquins. 😉

Si l’argent rentre, c’est « que nous sommes dans la volonté de Dieu » . C’est du moins ce qu’il croyait et aussi pourquoi le Seigneur jugea utile de lui donner une petite leçon.

Jo, sur la question était plus réservé.

Il avait expérimenté déjà dans son parcours l’émotion de s’attendre au Père et se réjouissait du fait que le couple pastoral ait si facilement renoncé au salaire. Un très grand pas avait  été fait assurément de ce côté.

Mais Jo non plus ne comprenait pas pourquoi la grâce avait subitement arrêtée de couler. Il fallait chercher la face de Dieu.

Trois jours de jeûne et de prière, soutenus par l’Église qui priait aussi, suffirent aux deux hommes pour prendre du ciel le nouveau cadeau qu’Il avait envoyé.

En fait, la jeune Église, encore mal affermie priait Dieu d’envoyer ce qu’il manquait de manne, mais les serviteurs voulaient savoir « pourquoi » le flot avait cessé. Jésus vint une fois de plus à leur aide.

Je ne vous dirais pas sur quel ton et comment il parlait, mais les pasteurs me racontèrent que le Maître avait expliqué, aussi paradoxal que cela puisse paraître, qu’ils comptaient trop sur la grâce, justement et qu’ils avaient déjà perdu la vision réelle de Dieu.

Ils avaient vu cet argent qui affluait, qui coulait, qui remplissait la caisse, en se prenant presque à croire qu’elle allait déborder, qu’on aurait de l’argent pour repeindre les murs de l’église et plein de chose encore comme des beaux projets.

Veaux, vaches, cochons, nous en avions plein l’escarcelle, regardez comme Dieu nous bénit !

Elle était là l’erreur. Ils criaient Gloire pour les dons mais déjà avaient  oublié le donateur.

Comme ils étaient en veine, les deux pasteurs comprirent tout de suite (trois jours tout de même !) et demandèrent pardon.

Oh, pas d’une manière hypocrite, mais en considérant cette épreuve comme un enseignement, et il était prévu d’en faire un sermon pour dimanche pour exhorter le peuple comme ils le devaient. Ils n’étaient pourtant pas au bout de leurs peines. Nous le verrons très bientôt.

Un grand soulagement réconforta les deux hommes et ils mouraient d’envie de laisser là leur jeûne et d’aller demander aux frères où l’on en était avec les cinq pour cent. Mais le Saint Esprit ne les libéra pas tout de suite.

Cet argent, leur dit Dieu, je vais vous le donner, mais pas comme vous le croyez. Il vous faudra en plus faire un pas après l’autre. Les amis, inquiets, se regardèrent.

Mais qu’est-ce qu’Il veut dire grommela Roger au jeune homme qui l’accompagnait.
– Je ne sais pas avoua Jo.

Ils décidèrent de rester dans le secret encore quelques heures et la réponse ne se fit pas attendre. « Allez signer l’achat ! »

Mais ce n’est pas possible pleura Roger selon son habitude, nous ne savons même pas si toute la somme a été collectée.

Dieu les congédia d’une brève Parole : Allez-y voir !

Non, serait trop beau glissa Roger en douce à jo en prenant garde que le Seigneur n’entende. Tu ne vois pas qu’un compte manquerait.

Le binôme d’hommes de Dieu traversa la place et entra au café. Alors ?

– Nous n’avons rien reçu dit tristement un frère qui déjà n’y croyait presque plus.

Le cœur de nos amis chancela. Il fallait signer demain à neuf heures.

Ils se regardèrent et comprirent en même temps tous les deux que l’attitude de la foi était de Lui faire confiance. Jusqu’au bout. Ils iraient demain chez le notaire.

Toute l’Église ce soir là compris le message quand Jo expliqua aux frères ce qu’ils avaient reçu aujourd’hui et leur certitude pour demain. Abraham marchait lui aussi sans savoir où il allait. Nous ferions tous désormais de même.

Pendant la nuit, tous firent le même rêve. Dieu leur demandait : M’aime-tu ?

– Oui, Seigneur, je t’aime.

Dieu, trois fois, posa la question et, à la fin de l’interrogatoire, leur dit en souriant.

– C’est bien, alors, vous « devez » me faire confiance.

C’est donc d’un pas décidé que le lendemain matin les pasteurs prirent le chemin de l’étude notariale sise tout à coté.

La somme que vous devez, dit le tabellion après avoir fait signer deux tonnes de papier aux présents dans la salle s’élève exactement à…..

Heu, pourrions nous négocier ? Se lança Jo mal à l’aise car il n’avait pas trouvé le moindre billet sur le chemin. Roger liquéfié, se cachait dans son col roulé.

C’est à dire ? demanda le notaire soudain sévère comme une huître qui vient de se fermer.

Nous ne sommes pas sûrs d’avoir toute la somme, et ne pouvons demander un délais selon les accords conclus,
Il ne manque pas beaucoup à la somme dont nous disposons mais nous ne pouvons engager notre communauté, ni personne d’autre, dans le remboursement d’un crédit que nous n’avons pas la certitude de pouvoir honorer.

L’idéal serait que le vendeur nous consente un rabais mais nous ne voudrions pas marchander.

Mais quel culot ! Les deux pasteurs en rougirent de honte.

Mais combien avez-vous ? Questionna l’homme de loi plus conciliant.

–  Nous avons telle somme.

Le rat d’étude repris ses papiers et une calculette qui datait au moins de Mathusalem mais il la reposa tout de suite, il savait très bien compter.

–  Non, non, vous avez bien le compte. Nous pouvons procéder.

Jo et Roger échangèrent un regard et surent à cet instant que Dieu avait tenu sa promesse même si ce mystère n’était pas expliqué.

Une mauvaise pensée diabolique les fit douter un instant leur susurrant que le notaire avait fait une erreur dans ses calculs et qu’il allait s’en apercevoir. « Je vous ai eu » triompha le diable.

–  Non, non, répéta le patient notaire qui en avait vu d’autres.

D’après les relevés, il vous manque un peu de la somme mais j’ai à vous remettre un chèque de la fédération qui, par soucis d’apaisement concernant certains problèmes passés que je ne connais pas, vous offre cinq pour cent de la totalité à leur devoir.

Plusieurs anges entrèrent par la fenêtre et tournoyèrent comme des fous dans la pièce en chantant mais seuls les croyants les entendirent. Nos pasteurs étaient estomaqués. Le notaire joyeux, et les représentants de la fédération risquèrent un sourire pincé.

En fait, pour qu’il n’y ait pas de vagues lors de cette « reprise des murs d’église » qu’ils étaient forcés de céder, les pontes de la fédération avaient proposé d’acheter le silence. Si ils avaient su combien le monde s’en fichait des leurs histoires !

En attendant, tout le monde était content et l’église de bistrot emménagea le soir même dans des murs qui appartenaient à tous. A tous ceux qui avaient cru en Dieu. A ceux qui avaient cru Dieu.

Chapitre 15 ou l’établissement de l’Eglise dans la ville

Ah, la fête mes amis, quelle fête !

Tout le monde pleura. Tout le monde dansa. Tout le monde riait et s’embrassait. Même le petit vieux ne savait plus où donner de la canne.

La nouvelle fit le tour du canton à une vitesse phénoménale, tout le monde était invité, et même le Maire de la ville vint danser avec nous autres parce qu’il s’était invité lui même.
Non pas en tant que Maire, mais en tant qu’individu touché par un témoignage qui pourtant ne le concernait pas. Il se disait athée.

Martine s’entoura du plus grand nombre de jeunes filles qu’elle pu en trouver et emprunta la camionnette du cafetier pour se ravitailler car il y aurait du monde ce soir à l’agape qui avait été décrétée. Un repas chrétien pour fêter avec des païens l’ouverture de l’Église qui avait commencée dans un bistrot de quartier.

Un dimanche matin avant le culte.

La fête, mes amis, je ne peux la raconter.
Ce dont je me rappelle, c’est que le pasteur Roger, un frère comme les autres, avait expliqué aux invités ce qu’était une église et que ces murs, dont ils venaient d’hériter, ne servaient qu’à abriter les fidèles les jours de pluie.

Il dit que l’Église, ce n’est pas un vulgaire bâtiment ouvert le dimanche matin et quelque fois en soirée, mais c’est le bistrot d’en face, la maison de Marcel, la rue quand des chrétiens s’y promènent, le bureau de Josiane, et même la Mairie pourrait en être si ceux qui y travaillent s’intéressaient plus à Dieu qu’à la politique. Monsieur le maire se trouva subitement dans de trop petits souliers.

Il rendit grâce à Dieu parce que ce local qu’Il avait prêté à Ses Enfants, était déjà équipé, et qu’il disposait d’un baptistère ce qui sera plus confortable pour baptiser les nouveaux élus puisque qu’on entrait en hiver et que ça commençait à cailler au bord de la rivière.

Pasteur Roger profita du sujet pour expliquer aux nouveaux disciples ce qu’était le baptême, qui n’était pas un simple coup de goupillon, mais une prise de conscience, l’obéissance à Dieu et un témoignage devant  les hommes signifiant que nous avons volontairement décidé  de passer des ténèbres à la lumière. Oui, un témoignage.

D’ailleurs, à ce propos, ici, nous ne baptiserons pas n’importe qui.

Il faudra avoir abandonné le péché et, quand on vous trempera, on verra bien si l’eau reste limpide ou si elle est trouble de la couleur de votre âme.

Il va aussi falloir dorénavant laisser tomber ce mot désuet « chrétien » qui ne veut plus rien dire de nos jours, mais reprendre celui d’origine donné par Jésus Lui même.

Il n’a pas dit « Allez de par le monde et faites partout des chrétiens » mais il a dit de faire des disciples et de les enseigner.

C’est autre chose, et croyez-moi si vous le voulez mais si les anciens locataires avaient été des disciples, ils seraient parmi nous ce soir, dimanche, et pour l’éternité.

Chers amis, chers frères pour ceux qui le sont, seulement trois choses demeurent.

La foi, l’espérance et l’amour.

Si il vous manque une de ces trois choses, vous ne connaissez pas Dieu car ce sont les prémisses qu’Il donne en cadeau de bienvenue à ceux qui se réfugient en Lui.

Nous parlerons de toutes ces choses demain, après demain, tous les jours ici où là, chez Jules qui accueille les disciples avec les ivrognes, chez toi, chez moi, partout où on veut nous entendre.

Roger redescendit de l’estrade et laissa sa place au disciple Jo qui emmena ce peuple avec lui dans la prière.

Il demanda à Dieu de toucher de son doigt ceux qui ne le connaissaient pas, de faire sentir Sa présence, de bénir encore plus richement ceux qui l’avaient déjà rencontré, et offrit à son Seigneur cet édifice sachant bien sûr qu’il lui appartenait déjà.

Jésus, du haut du ciel, d’un geste, bénit Ses Enfants et cette ville qui il y a peu encore ne le connaissait pas.

— &&& —

Le bâtiment d’église resta tel qu’il était ou presque.

Nous avions juste un peu poussé les bancs et empilé les chaises au fond de la salle principale, celle qui servait au culte, de sorte que nous avions plus de place pour faire ce qu’on voulait.

Il fut vite convenu qu’au moment des réunions plus formelles, les gens s’assoiraient où il le désiraient et, si il manquait des chaises, le visiteurs habitué ou pas, irait chercher la sienne et l’installerait où bon lui semble.

Il fut  question du nom à donner au local mais il fut vite convenu qu’on n’en aurait pas besoin et tout le monde continua à nommer le lieu « l’Eglise ».

Une différence apparut tout de même dans la terminologie car les gens du secteur, croyants ou non, eurent tôt fait de comprendre qu’il ne s’agissait pas de « l’église » au sens de bâtiment qui accueille une congrégation mais de l’Église avec un grand « E ». l’Église de Jésus-Chrit.

Ainsi, à la grande colère de leurs pasteurs respectifs, des membres d’autres dénominations que celle qui était implantée avant que Dieu ne récupère Sa Maison, vinrent nous visiter et le premier réflexe de Roger fut de les renvoyer tant il avait la crainte qu’on le traite de voleur d’âme. Il y avait un problème de ce coté.

Déjà, il était anormal, selon les instances religieuses « concurrentes», que ce nouveau lieu de culte ne soit pas fédéré, et que celui qu’on croyait encore le Pasteur en chef ne soit pas chapeauté par une «couverture spirituelle». A qui verserait-il la dîme ?

Ensuite, il y avait grand danger que leurs propres brebis quittent leur assemblées et rejoignent le rebelle ce qui ne se fait pas.

Jo et Roger se posèrent question et, le Saint Esprit aidant, on trouva la parade.

Pour la dîme de tout, on la verserait aux pauvres et Dieu aurait sa part. Point de cancan à redouter.
Pour ce qui est des brebis des autres églises, nos deux pasteurs savaient déjà qu’on n’était pas sorti de l’auberge et, sans se trouver mesquins, voyaient tout naturel que les brebis du Seigneur quittent les faux pasteurs pour se rapprocher du Berger.

– Il y a quelques mois, je ne tenais pas ce discours pensa Pasteur Roger avec un peu d’amertume .

Il fut donc décidé un entretient avant toute inclusion dans l’Église des âmes qui viendraient d’une autre paroisse. Il fallait discuter.

Jésus, dans le secret, en direction des pasteurs dépossédés de leurs ouailles infidèles, prépara une lettre ainsi rédigée.

«  Cher serviteur, 🙂

J’ai appris avec tristesse qu’une âme se préparait à quitter votre troupeau pour rejoindre le mien à l’autre bout de la ville.

J’en suis triste pour vous car vous n’avez pas su la garder alors que vous avez reçu pour mission de paître mes brebis et de ne pas les perdre.

Dans le fond, ce n’est pas plus mal car « chacun chez soi » et les fausses brebis ne feront plus de mal aux vraies si fragiles et ces dernières pourront ainsi croître comme je vous ais enseigné.

Elles restaient parce « qu’elles ne savaient pas où aller » et votre prédication disait qu’elles avaient bonne influence sur les autres mais je constate qu’il n’en a rien été. Les pécheurs restent pécheurs chez vous.

Comment pourrait-il en être autrement puisque ils sont morts comme vous l’êtes vous-même mais vous n’en savez rien. Un mort ne grandit pas.  😦

Vous savez ce que je vais faire ?

Je vais vous envoyer mon Esprit pour que vous receviez une conviction de péché et expérimentiez  la repentance.

Comme à toutes mes créatures, je ne vous impose rien, et vous êtes libre de choisir entre la vie et la mort. Choisissez la vie afin que vous viviez.

Si vous ne m’écoutez pas comme vous avez repoussé mes prophètes, vous mourrez et j’en suis désolé. Je ne peux vous accepter dans mon Paradis sale comme vous êtes Vous l’avez prêché si souvent ! 

Là, vous aviez raison.

Le diable vous attendra à l’heure de votre mort physique et c’est tant pis pour vous.

Je ne vous dis donc pas « Adieu » mais « A diable ».

Vous êtes déjà Jugé !

Jésus, Fils de Dieu.

Ps : Laissez mes vrais serviteurs Jo et Roger tranquilles. On ne touche pas à l’oint de l’Éternel. »

Jésus se demandait si il enverrait ses missives par La Poste ou par mail, car les autres méthodes étaient restées sans réponses. Prophéties, paroles de connaissances, la Bible, Sa Parole bien sûr, et même les « avertissements » qu’il donnait ça et là profitant des circonstances ne faisaient jamais leurs effets.

Il opta pour La Poste car la parole s’envole mais les écrits restent.

ichtus-mini

Il fallait que les âmes qui « viendraient « d’ailleurs » ne changent pas juste d’ église. Cela s’était déjà vu.

De Catholique, on devient « Protestant », ou parce qu’ici on ne proteste pas assez (contre les idoles) on va changer de dénomination.

Il peut arriver que je n’embrouille avec un frère, mon pasteur, son évêque, ou que la dénomination à laquelle je pointe change sa profession de foi et que ses nouvelles options ne me conviennent pas.

C’est souvent la cas quand par exemple on vire à l’œcuménisme. Il n’y a pas plus traître que cela.

Pendant longtemps, on a fustigé les « prêtres », leur célibat, leur Maria idolâtrie, le culte des morts, le parler en langue chez les pentecôtistes, l’étroitesse des Frères larges, le culte de la personnalité des gourous patentés, la démonologie exubérante de certains fadas identifiés et plein de choses encore.

Maintenant, la mode, c’est l’unité, le rassemblement, l’amour pour toutes les religions, et Christ a rétréci au lavage (de cerveau) des chefs spirituels qui se rencontrent pour faire bombance d’hypocrisie, de compromis et de mensonges. Les ennemis d’hier sont amis aujourd’hui, et parce que la fédération a décrétée qu’un chrétien ne peux héberger de démons, il faut la croire sur parole et se soumette.

Sous peine excommunication. 😦

Alors, nous ne nous sentons plus à l’aise et cherchons un autre lieu pour abriter nos alléluias et donner notre dîme.

Une nouvelle église (lire une autre assemblée) est une aubaine pour un tas de gens qui « quittent les assemblées » pour une raison ou pour une autre, surtout pour ceux qui en savent plus que les autres et cherchent tribune pour prêcher.

Seulement, toutes les assemblées se ressemblent et je n’en connais pas une qui avance vraiment dans la vérité. Elles sont toutes construites (ou presque) avec le même moule et les hérésies sont plus nombreuses que les bénédictions .

Ce n’est pas vrai ?

Alors, pourquoi tant d’églises sclérosées, mal fichues, tristes, pénibles, vides, malheureuses, impotentes ? Sans Christ quoi !

Et comme il y a des « églises » partout, c’est facile de naviguer de l’une à l’autre et il se raconte que quand on en trouve une bonne, on y apporte ses propres péchés.

C’est pour cela qu’il est délicat pour un responsable d’église, un ancien, d’intégrer une ouaille qui vient d’ailleurs, surtout si il ne sait pas pourquoi elle a quitté son ancien lieu de culte.

Vient-elle chez nous parce qu’on chante plus fort, parce qu’il y a un orgue électronique, parce qu’on impose pas le foulard aux femmes ou que le culte se termine plus tôt ?

Cherche-elle « une église » ou la communion fraternelle ?

Il va falloir discerner si la personne cherche à vivre la foi ou si elle cherche un club comme les autres. Jo et Roger auraient bien du travail.

Pour la Pastorale du coin, nos pasteurs n’avaient pas encore reçu d’invitation mais ça ne saurait tarder. On aurait à sauver les apparences.

Mais pour le moment….

Bien que détestés par le corps ecclésial de la région au grand complet, nos amis étaient incontournables car les échos qui arrivaient aux oreilles du Sanhédrin leur étaient plutôt favorables. On ne pouvait pas ne pas les écouter.

Selon ce que pensaient les uns ou les autres, il était heureux et dommage que la crucifixion ne se pratique plus. Dommage pour les religieux et heureux pour nos amis.

Ils n’avaient rien à leur reprocher mais, instinctivement, les pasteurs en place considéraient le duo comme des ennemis. Ils risquaient de perdre leur superbe et la main mise sur le Peuple de Dieu.

Cela rappelait à Jo cette histoire il fut un temps à Éphèse.

L’apôtre Paul était venu prêcher et les marchands d’idoles craignaient pour leur butin. Ils ameutèrent la foule.

C’est ce que fit une discrète coalition de pasteurs patentés, pour une fois unis, ce qui fera glisser Jésus à son Père…

– Tu vois, ils te prient pour l’unité sans la vouloir. Ils l’ont fabriquée pour l’occasion.

ichtus-mini

Chez nous, on appelle ça un commerce éphémère.

Commerce car on défend ses intérêts et éphémère car ça ne peut durer.
Après la période de la chasse, chacun rentrera chez soi avec ou sans trophée.

Sans même s’en rendre compte, ils inventèrent une histoire de secte qui utilisait la Bible pour voler les membres d’églises et on parlait de coup d’état dans la fédération propriétaire de celle qui s’était fait spolier. Comme si une église appartenait à quiconque !

Mais c’était comme cela.

A Reims, dans l’est de la France, il y avait eu une tentative de ce genre, et la fédération ayant refusé le pasteur  conseillé  par le conseil presbytéral, en avait proposé un autre. Un des siens.

Mais les membres de cette église avaient décidé de rester biblique et voulaient installer comme ancien un de leur assemblée. Il n’en était pas question.

Après bien des palabres et un combat sans fin, la fédération fit du chantage en disant aux chrétiens du cru que si ils n’acceptaient pas le pasteur envoyé, ils fermeraient l’église. On verrait bien qui aurait raison.

Ce que les chrétiens du cru ne savaient pas, c’est que juridiquement, les dîmes et les offrandes étaient propriétés de la fédération ainsi que les murs de l’église. Ils devaient se soumettre.

Ayant encore dit « Non », ils trouvèrent un dimanche matin les portes de l’église cadenassées sans autre forme de procès et durent se soumettre à « La Toute Puissante ».

Dans notre histoire à nous, il se disait que « ces pasteurs ennemis avaient manœuvré pour racheter l’église, avec l’argent de leurs victimes bien entendu, et allaient maintenant ouvrir une méga-church avec les membres de nos assemblées. Si ils avaient été catho, ils en auraient appelé au Pape puisque le Conseil National des Évangéliques de France, n’existait pas encore. Il faudrait l’inventer. »

Le bruit couru très vite que ces pasteurs n’étaient que des canailles mais ça, on le savait déjà. Ils n’eurent pas d’échos.

Le Maire de la ville, discrètement sollicité par les amis d’un ami de l’église Baptiste, ne pu rien pour eux car il avait assisté au spectacle et n’y trouvait rien à redire.
Au contraire, il était lui-même secoué par les Paroles qu’il avait entendu et ce bel élan de solidarité désintéressé qu’avait suscité cette affaire.

De plus, il tenait de la Préfecture que légalement, ces gens s’étaient déclarées en association et qu’aucun des deux novateurs de l’histoire n’était dans le bureau ou conseil d’administration et n’avait rien à voir avec les finances.

Le député, saisi lui aussi par une voix presque anonyme, raconta au Sénat que tout allait bien et, que si il devait choisir entre la moralité de ces deux-là et celle de certains membres de la Pastorale, , son choix serait vite fait il n’y avait pas photo.

Leur campagne fratricide n’ayant au bout de quelques mois rien donné, les pasteurs en place lancèrent aux pasteurs de l’Église leur première invitation.

Chapitre 17

Pendant ce temps, Jo, paraphrasant un de ses illustre ancêtre, placarda aux portes de l’Église l’avis suivant.

Avis aux visiteurs :

Ce bâtiment n’est pas une église mais un simple bâtiment prévu pour accueillir ceux ou celles d’entre vous qui voudraient en savoir un peu plus sur Dieu.

N’importe qui peut frapper à cette porte, ce qui est vivement conseillé, mais comprenons bien que le fait de venir ici ne fait pas de vous automatiquement un chrétien. Pour ce faire, il faut être sauvé (de l’enfer) ce qui ne peut pas être si vous n’avez pas abandonné le péché.

Plus de renseignement à ce sujet lors des rencontres d’information tous les jours à 18h30

Pour les déjà sauvés, Disciples pour les intimes (qui sont aussi des Enfants de Dieu), des rencontres privées ont lieu sur invitation exclusivement dans ce lieu ou dans d’autres et de façon tout à fait informelles.

Pour les pauvres ou n’importe quelle demande, vous serez toujours reçus, de nuit comme de jour, mais ne confondez pas notre hospitalité avec le n’importe quoi qui règne en cette matière. Seuls les vrais pauvres seront rassasiés et les profiteurs sont priés de passer au large ou de ne venir que pour écouter la Parole de Dieu.

A propos de prière, nous sommes là pour cela mais ne seront faites que celles qui sont dans la volonté de Dieu. Nous n’avons pas de temps à perdre et il y a beaucoup de besoin.

Enfin, tout ce que nous donnons est gratuit. Il n’est pas la peine d’essayer d’acheter chez nous le salut ou d’autres avantages qui ne sont en aucun cas à vendre.

Merci pour votre compréhension.

Signé : L’Église qui est dans notre villes.

Jo avait hésité pour la signature car il se doutait bien, sans doute à juste raison, que les autres congrégations du secteur ne manqueraient pas de les accuser de sectarisme et de ne pas garder la tradition qui dit que tout le monde est invité à la table du Seigneur lors d’un culte et de la messe. Jo et Roger n’était pas de cet avis.

Si tout le monde est sauvé, se dit-il, Christ est mort pour rien et je me demande pourquoi lire la Bible et nous efforcer de nous trouver sain devant Lui.

« Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort. » Apo:21.8

Allons, ils le prendront comme il le voudront mais de toutes façon, si la lettre tue, c’est l’Esprit qui vivifie se rassura-t-il en haussant les épaules, et si ils ne comprenne pas ça, je suis désolé, je ne peux rien pour eux. 😦

Il entra dans le bâtiment et alla aider Roger qui préparait sa liste pour distribuer les rôles.

Combien sommes-nous frère ? demanda-il à son aîné qui travaillait à répertorier les âmes qui les entouraient maintenant.
Une bonne vingtaine répondit l’autre avec joie. Plus le Maire qui ne va pas tarder à nous rejoindre.

Que Dieu t’entende ! soupira Jo une douceur dans le cœur. C’est une belle âme.

ichtus-mini

Le Maire, puisque on parle de lui, pendant ce temps méditait dans son bureau feutré et se demandait qu’est-ce qu’il lui arrivait.

Je ne suis pas un mauvais bougre se plaidai-il à lui-même en le croyant vraiment.
Je m’occupe bien de mes administrés, ne compte pas mes heures, m’arrange toujours pour que les associations se préoccupant des pauvres aient la meilleur part des subventions, je donne moi-même pas mal, je ne trompe pas ma femme, alors….

Mais pourquoi ais-je été transpercé quand ce pasteur m’a dit l’autre jour dans l’église…

« …même la Mairie pourrait en être si ceux qui y travaillent s’intéressaient plus à Dieu qu’à la politique. »

Cette phrase ne l’avait pas lâchée depuis le fameux soir et elle ne lui faisait pas mal. Plutôt du bien et, sans le vouloir, il la chérissait. Il avait déjà déterminé ce qu’il allait faire.

Il téléphona au pasteur.

-Bonjour pasteur, je suis Georges Lapige, le Maire de la ville, je voudrais m’entretenir avec vous.
– Et de quel sujet ? Rétorqua Roger déjà méfiant en jetant un coup d’œil vers Jo qui venait de le rejoindre ?
– Écoutez, repris Georges en hésitant, votre histoire m’a intrigué (il n’osait dire « bouleversé »), et je voudrais en savoir plus sur ce que vous faites et ce que vous dites parce que j’ai l’impression d’avoir raté quelque chose. Puis-je venir vous voir ?
– Ok, venez dîner ce soir si vous n’avez pas d’autres engagements, il y a a des raviolis et ma femme les prépare à merveille. Cela vous convient-il ?
– J’y serais cria presque le Maire en raccrochant précipitamment.

Jo et Roger comprirent alors que le Seigneur était à l’œuvre. Maintenant.
Ils tombèrent à genoux, levèrent les bras et adorèrent Dieu.

ichtus-mini

Nous sommes désormais vingt et un annonça placidement Roger à son ami. Il faut nous organiser.

Je propose que nous convoquions notre petit monde et organisions la tâche en tenant compte de ce que chacun peut faire selon ses dons et ses capacités. Il y a du travail.

Oui, répondit Jo sans avoir aucune idée de ce qu’il y avait à faire ni de qui le ferait. Il faut nous assurer que ces gens sont d’accord d’aller où Dieu veut les emmener et surtout les laisser faire. Mais nous aurons des ennuis.

Les deux savaient que le diable attaquerait toute personne désirant de bon cœur se mettre au service de Dieu.
Cela en serait pas facile, mais le dernier encouragement qu’ils venaient de recevoir leur confirmait que le Seigneur était avec eux et construisait Son Église.
Eux, ne feraient qu’obéir aux ordres et à apprendre à leurs frères à donner tout ce qu’ils avaient histoire de laisser le moins de prise au diable qui sait nous accrocher avec les futilités que nous voulons garder.

Jo se rappela de ce frère qui, dans une autre église, avait voulu participer à une action d’évangélisation voisine de sa sphère.

Son épouse, pourtant chrétienne acharnée et aimante, n’appréciait pas du tout ce nouvel engagement et prit prétexte qu’elle était enceinte pour essayer de retenir le frère à la maison.

Le frère persévéra et emménagea son temps de manière à ne pas léser l’épouse mais la persécution vint bientôt. Madame tomba malade.

Flairant le piège, l’équipe pria pour la malade sans même qu’elle le sache et le diable se retira. Pour l’instant.

Il revint à la charge, violemment, et les troubles se précisèrent. Madame menaçât et le méchant souffla l’idée qu’elle pourrait bien perdre l’enfant. Tout le monde tremblait.

Une nouvelle bataille spirituelle, une nouvelle victoire mais ce n’était pas fini. Madame fit sa valise et alors…

Alors, le frère, qui était longtemps resté célibataire forcé eut peur pour sa vie maritale. Sa vie à lui.
Il abandonna l’œuvre et Madame revint au foyer. Fin de l’histoire. 😦

Le couple a retrouvé comme par hasard sa sérénité et a recommencé à piailler dans son église. L’œuvre a continuée sans et subsiste encore aujourd’hui. Elle ne piaille pas elle, elle travaille.

Il faudra avertir les frères dit Jo, les enseigner sur le sujet et leur faire lire ce passage où il est question des disciples qui trouvaient trop dur de Le suivre. Formons des disciple, Roger, pas des chrétiens.

Roger avait déjà compris cela car Dieu lui avait déjà parlé. Ils avaient déjà aussi commencé à payer le prix et savaient que, bien que la dette eut été réglée au calvaire, tous ceux qui veulent suivre Jésus sont persécutés et ceux qui ne le sont pas sont ceux qui ne dérangent pas les ténèbres. Le Maire Georges Lapige comprendrait-il cela ?

Oui, dit Roger pensif, nous allons leur dire.
La prochaine rencontre générale est prévue pour demain et cela nous laisse le temps pour préparer nos propres esprits à accepter le défis. Nous n’avons pas d’autre route à suivre.

ichtus-mini

Parmi les futurs disciples qui participeraient à cette rencontre privée, quelques uns avaient déjà fréquenté des églises et seraient un peu désorientés. Cela serait délicats.

Pour les autres, tous de nouveaux convertis, l’ex-diacre Marcel y compris, cela serait plus facile car ils n’avaient pas découvert une religion mais le Christ Lui-même et c’est tout naturellement qu’ils avaient déjà commencé à marcher dans Son obéissance.

Oh ! Pas pour dire « Amen » aux « fait-pas-ci » fait-pas-ça » ou se mettre sous une loi que la plupart d’entre eux n’imaginaient même pas, mais parce que leur vie avait été bouleversée et ils détestaient tout simplement désormais le péché. Ils étaient nés de nouveau sans le savoir.

Pour concrétiser cela, Roger avait parlé d’une série de baptêmes et il devrait leur expliquer cela. Il était certain que cela leur plairait.

Ils décidèrent donc pour le suivant dimanche d’ouvrir l’Église au peuple de la ville qui servirait de témoin. On présenterait publiquement les nouveaux Enfants de Dieu et en profiterions pour évangéliser le territoire.

Dimanche donc, pas de Sainte Cène que nous réserverions aux seuls Élus, pas d’offrande parce qu’il n’y a aucune raison que le public paye quoi que ce soit, pas de cantiques de louange puisque les sans-Dieu seraient là et pas non plus de prêchi-prêcha à la mode déminationnelle car à cette heure et dans ce lieu, il n’y aurait pas de mélange. Ce sont des frères qui accueilleraient le tout venant et nous saurions bien quoi leur dire.

La Sainte Cène et l’adoration serait réservée à des moments plus intimes où seule l’Église serait invitée.

Pour les finance, nos deux amis comptaient « en parler » aux frères mais leur faire un discours sur la question n’était-il pas une technique pour s’appuyer sur leurs bourses afin de pourvoir aux frais du bâtiment ? Que disait-donc Jésus à ce sujet.

« Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous? que boirons-nous? de quoi serons-nous vêtus?
Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin.

Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.
Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » Matt 6:31-34

Il fût donc décidé de juste citer ces versets sur la question et de laisser chacun décider ce qu’il voudrait. Nous ferions une totale confiance en Dieu qui est notre Père mais aussi notre Patron.
C’est à Lui à rémunérer Ses ouvriers et pourvoir au besoin du ménage. Nous ne ferions jamais de quette sauf pour les pauvres quand il y aura besoin

Il restait à régler la question des heures d’ouverture du bâtiment et d’organiser les réunions habituelles. C’est là que Jo avoua à Roger l’affiche qu’il venait d’apposer sur la porte de l’Église. Il lui donna à lire copie.

– Ben mon vieux, tu n’y va pas de main morte grommela l’ancien en rougissant un peu ? Personne ne sut jamais si c’était de colère ou de honte.

Le fait est qu’il venait de découvrir une réalité et que les petits plans qu’il avait imaginé pour la gestion de l’Église, qu’il s’était unilatéralement adjugé d’ailleurs, tombaient à l’eau car il savait que Jo avait raison. Il ne fallait pas retomber dans une organisation sèche et stérile. Les chrétiens ne viendraient plus à l’église mais seraient l’Église. Autant qu’ils le comprennent tout de suite.

Pour les horaires, nous organiserons une permanence en partant du principe qu’un disciple qui n’a rien à faire peut venir ici pour accueillir les gens qui frapperont à la porte et leur donner si possible ce dont ils ont besoin.

Envie de parler ? Il y aura quelqu’un
Besoin de manger ? Il y a le garde manger ?
Ne sait pas où dormir ? Nous avons déjà des lits prévus pour cela.
Besoin d’un entretien et de la prière ? Un disciple les recevra.

– Mais ils ne sont pas formé s’apeura Roger tout de suite

Est-ce vraiment utile répliqua Jo plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu. Il poursuivi…

Nos frères ne seront là que pour assurer une permanence. C’est Jésus qui accueille et, si Il a besoin de l’un ou de l’autre plus spécialisé dans un domaine, Il est toujours à temps de nous appeler ou d’envoyer l’âme où nous nous trouvons. Accompagné ou pas.

Roger dut bien reconnaître que le jeune avait raison. Il n’insista pas et se le tient pour dit.

Pour les repas fraternels, il fût prévu d’acheter des tables, un congélateur, du matériel de cuisine et il promit de dresser une liste qu’ils soumettraient à la rencontre de demain. Chacun savait où récupérer tout cela à bon prix.

– Il faudra aussi améliorer le couchage risqua Jo avec une petite voix. J’ai bien une ou deux places chez moi mais je sais qu’il va y avoir des demandes, nous sommes en hiver.
– Oui, j’y ais déjà pensé répondit son ami avec assurance.
Martine a aussi préparé la chambre d’ami sans rien me dire et, quand je lui ais demandé si nous attendions de la visite, elle m’a juste répondu « Oui ». Je n’ai pas insisté.

Bon, dit Roger, je crois que nous avons fais le tour de cette réunion préparatoire et il ne nous reste plus qu’à inviter notre petit monde pour demain ? Je vous laisse le téléphone Jo ; Moi, j’ai à faire à la maison. Le Maire doit venir.

A l’entrée de la ville, un homme, fourbu et crasseux, cheminait à pied en direction des lumières. Il ne savait pas où il dormirait ce soir.

Jésus, Lui, avait déjà préparé son escale pour la nuit. Il le conduisit tout droit à l’Église.

Chapitre 18

Ils s’en passait des choses au sein de l’Église !

Les mécréants avaient été chassés du lieu saint, les bâtiments avaient été retirés des mains qui ne faisaient pas prospérer les talents, des âmes s’étaient converties à Dieu, nous ne manquions de rien, et la communauté s’était installée dans la ville.

Tous les jours, Jésus ajoutait à l’Église ceux qui étaient sauvés et même le Maire de la ville avait demandé pardon.

Pasteur Roger n’avait pas eu beaucoup de mal avec cette âme. Elle était déjà convaincue de péché.

Pourtant, le Maire Georges Lapige se disait athée déclaré ce qui n’était pas vrai puisque il est écrit dans la Bible « que tous ont la pensée de l’éternité ».

Ne connaissant rien aux choses de Dieu, il n’avait pas été influencé par ces histoire de Paradis, d’enfer ou de purgatoire. Pour lui, l’évangélisme n’était qu’une religion comme une autre et seule sa fonction de Maire lui faisait garder un œil vigilant pour prévenir l’installation de sectes sur sa commune.

Personnellement, ne croyant pas en Dieu, ni en diable d’ailleurs, cela ne le préoccupait pas et il se disait comme les autres qu’il serait toujours à temps de voir.

Seulement, le soir de « l’inauguration » de l’Église, il flottait dans l’air un je ne sais quoi qui l’avait pris aux tripes, et il apprendra bien vite qu’il s’agissait en fait du Saint Esprit qui agit d’une façon ou d’une autre quand Il veut parler à l’une ou à l’autre de ses brebis égarées.

Cette conviction de péché lui était tombée dessus sans crier gare et il n’avait pas la moindre idée d’où cela pouvait bien provenir. C’est pourquoi il avait voulu demander des explications à ce pasteur qu’il savait par des « on-dit » sévère mais honnête.

Déjà, il avait été surpris que l’homme de Dieu l’invite comme cela à dîner. Ce n’est pas la procédure habituelle.

Lui, recevait ses administrés dans son grand bureau très impressionnant, il servait à cela, et mettait toujours une barrière entre le visiteur et lui. Surtout si l’autre avait quelque chose à quémander.

Les seuls invités à sa table étaient le notaire, le préfet quand il était de passage, parfois le curé, ou quelques notables du coin. Jamais de convivialité avec plus petit que soi.

Le dîner fut chaleureux et sa peau de Maire, oubliée dans l’instant, resta accroché à la patère de l’entrée. Il n’en eut pas besoin et failli l’oublier en partant.

D’ailleurs, ce couple sympathique lui donnait du « Monsieur Lapige » sans plus de déférence et il se sentait pour une fois un être normal. Il avait oublié qu’avant d’être édile il était un homme comme les autres.

Après de la pluie et du beau temps, on parla bien sûr « religion » mais pas comme il l’aurait imaginé. Ces gens parlaient de Dieu comme si ils le connaissaient.

Georges entra alors dans un univers insondable, quoique palpable et compris sans savoir comment que Dieu existait ce qu’il expliqua plus tard en disant qu’il avait découvert la foi.

Pourtant, Roger y allait avec des pincettes car l’enjeu était d’importance. On ne parle pas de Dieu et du péché à un Maire, surtout celui de la ville où l’on habite, comme quand on prêche en chaire et qu’on dit ce qu’on veut.

Si Georges Lapige avait un moment oublié sa fonction, le responsable de l’Église locale, lui, se disait que si il faisait un faux pas il aurait sur le dos le conseil municipal et la moitié de la ville. Ce sont ceux de la Pastorale qui seraient contents !

Et discrètement, pendant ce temps, Martine priait pour les deux hommes.

Très vite cependant, Roger oublia le Maire et exprima sa passion pour le Christ et pu en quelques mots raconter qui Il était et ce qu’Il était venu faire. Georges écoutait.

Nous n’en étions pas au dessert que Georges Lapige savait tout du péché, de la repentance et de la croix qui régénère pour l’éternité. Le plan du salut avait été annoncé.

Que dois-je faire souffla-il en acceptant un café.

Repentez-vous, et soyez baptisé au nom du père du Fils et du Sait Esprit répondit Roger doucement.

Ensuite, vous commencerez une vie nouvelle et irez dire à vos voisins ce que vous avez appris. Vous serez pécheur d’âmes.

« Rien que ça ! », pensa Georges à qui l’idée ne déplaisait pas. Mais je fais de la politique. Que vont-ils penser de moi ?

– Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de lui, quand il viendra dans sa gloire, et dans celle du Père et des saints anges.
Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il se détruisait ou se perdait lui-même ? Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera.

Répondit Jésus de manière à ce que tous l’entendent en rajoutant…

– Faites ceci en mémoire de moi.

Ces trois-là, qui étaient désormais des amis, se regardèrent et Monsieur le Maire devint à cet instant Frère Georges. Il ne lui restait plus qu’à concrétiser la chose en confessant de sa bouche qu’il reconnaissait son péché, le regrettait, en demandant pardon au Père et le priant de l’accepter dans la famille des Enfants de Dieu.

Ce qu’il fit dans le bureau du pasteur car ce qu’il avait à dire ne regardait personne et ce moment est toujours émouvant. Roger et Jésus l’accompagnèrent pendant que Martine ne priait plus mais louait son Seigneur.

Amusé, Saint Pierre à la Porte du Ciel rajouta un nom dans le Livre de Vie de l’agneau.

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Je ne vous dis pas la surprise des disciples le  dimanche matin suivant.

Il était convenu qu’il y aurait les baptêmes et les candidats à la cérémonie presque tous occupaient les premiers rangs de la salle pour bien montrer leur détermination.

Le public, venu nombreux, était les gens de la ville invités par la rumeur sans qu’on ait eu besoin d’en parler à la radio.

Il y en avait de tous les coins et même des églises voisines dont des adeptes pour l’occasion s’offrirent un peu d’infidélité. Ils allaient être surpris. 😉

Quelques uns, du gratin de la cité, furent vexés que les frères qui accueillaient les visiteurs ne les dirigent pas vers des places de choix et il y en eu même un qui fit presque un scandale. Il voulait être devant.

Appelé à la rescousse et avec une diplomatie qui l’intrigua sur le moment, Jo lui dit que les meilleurs places étaient réservées aux disciples et que, pour être assit à la droite de Dieu, il fallait en être un. L’était-il ?

L’autre reconnu que non et pensa que ce morveux aurait de ses nouvelles. Jo l’installa derrière un pilier sans penser à mal mais parce que c’était une des seule place disponible. Le bâtiment était plein à craquer.

Puis, il monta sur l’estrade, régla le micro aujourd’hui bien utile, et expliqua à la foule que l’événement n’était pas une messe ou un culte mais un témoignage de ceux qui avaient accepté de passer des ténèbres à la Lumière.

Il expliqua pourquoi les futurs baptisés étaient là et prêcha l’évangile. Tout le monde écouta sauf ceux qui n’en voulaient pas.

Vint le moment de la trempette et les regards se tournèrent vers Monsieur le Maire assit au milieu des nouveaux disciples. Sa présence ici en étonnait plus d’un.

Oh ! Ce n’est pas que Georges Lapige fut un mauvais bougre, on l’aimait bien en général, mais tout le monde savaient qu’il était socialiste et quelquefois un peu impertinent vis à vis du curé à qui il se faisait une joie de parler anticléricalisme quand il le rencontrait quelque part. En public de préférence.

Le curé, lui, ravalait ses sentiments, et racontait partout qu’il priait pour que son ennemi abandonne la politique. Il n’y croyait pas mais cela faisait rire ses ouailles. Se trouva-il prophète ?

En fait, Georges n’avait aucune intention d’abandonner la politique mais avait déjà décidé de profiter de sa tribune pour raconter ce qui l’avait sauvé.

Lors de sont témoignage, avant de passer dans le baptistère, il expliqua cette émotion et dit qu’il revenait de loin car, bien que croyant être intègre, il avait floué sans le savoir nombre de ses administrés et avait extorqué leurs voix avec des promesses qu’il n’avait jamais eu l’intention de tenir. Cette confession fit des remous dans la salle.

Il expliqua aussi que la religion, et la non-religion, cachait en fait un désir de remplacer Dieu par quelque chose et nous permettait de ne pas nous présenter devant Lui en personne.

– C’est plus facile d’allumer un cierge que de parler directement à Dieu Non ?

Dit-il de sa voix de stentor devant le peuple incrédule. Le Maire s’était mit à prêcher !

Derrière son pilier, l’édile jura qu’il allait le payer cher et que le parti apprécierait assez peu que son poulain ridiculise sa fonction. Il se croyait au théâtre ou quoi !

Le peuple écouta le discours inhabituel du Maire et la plupart, conciliants, pensèrent que « ça lui passerait ». Cela ne lui passa jamais.  🙂

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Marcel l’ex-diacre était aussi du nombre des nouveau baptisés.

Il ne parla pas de son « ancienne église » mais de la nouvelle. Celle qui est.

Vous savez, connaître Dieu n’est pas « faire semblant de croire » et jamais plus je ne me saoulerais en cachette.

Si je veux boire un coup, maintenant que je sais me tenir, je n’ai plus besoin d’aller jusqu’à l’ivresse et d’ailleurs, je ne sais pas par quel miracle, ma femme est revenue. Elle est ici, dans la salle. Elle vous dira que ma vie a changé.

Un frisson parcouru le temple car tout le monde connaissait le bonhomme et en particulier le docteur qui avait si souvent soigné Madame et tenté en vain d’expédier le diacre en cure de désintoxication.

Il était bien placé pour constater médicalement le miracle mais ne dit mot de crainte de perdre sa clientèle qui conclurait qu’il était entré dans la secte. Il voyait des hommes sourire mais il n’avait pas entendu Dieu.

Le témoin suivant était une jeune fille.

C’était la « Marie couche toi là » du coin dont la rumeur publique disait qu’elle en avait plus d’un à son actif et que ce n’était pas parce qu’elle allait à la messe le dimanche qu’elle éviterait le purgatoire ; Bon Dieu ! Que les gens sont méchants !

Elle avait rencontré le Seigneur un soir où en rentrant du bal en croisant un disciple.

Ce dernier, un peu timide et sachant la réputation de la belle, s’était contenté de lui donner un traité (un prospectus chrétien) et s’était enfui rougissant car la donzelle ne le laissait pas indifférent. Maria en fut vexée.

De retour chez elle, elle jeta un coup d’œil au papier et su qu’il parlait de Marie-Madeleine. Il ne lui en fallu pas plus pour le lire jusqu’au bout.

La nuit, dans ses rêves, elle pleura, et quelques jours après demanda un entretien à Jo qui lui expliqua l’évangile. Le Saint Esprit fit le reste et elle donna son cœur à Jésus.

Ses péchés pardonnés, Maria entra elle aussi dans la nouvelle vie.

Puis, ce fut le tour de Baptiste, nom bien prédestiné ma foi, à plonger dans les eaux de baptême.

Son témoignage racontait qu’il volait l’argent de sa mère et truquait ses fiches de payes pour obtenir des crédits afin de régler des dettes de jeux tous les jours plus importantes.

Il s’était converti dans le bistrot d’en face à l’époque où on comptabilisait les dons qui ont servi à acheter les murs de l’Église.

En fait, il avait proposé son bénévolat espérant au passage grappiller quelque argent mais, au moment où il mit la main dans la caisse, une voix lui parla.

– Qu’est-ce que tu fait jeune homme ?

Se trouvant seul dans la pièce, il crut avoir mal entendu et se dit que sa conscience lui jouait un vilain tour mais il avait besoin de et argent. Il prit quelques billets.

La voix reprit avec justesse.

– Tu me voles mon argent ?

Cette fois, plus aucun doute n’était permis et il s’enfuit en vitesse laissant là son larcin qu’il avait compris appartenir à Dieu. Un Dieu en qui il ne croyait qu’à peine.

Le lendemain, il croisa un collègue, de jeu bien évidemment, qui lui remit une somme et lui avouant…

Samedi, j’ai triché au poker et, comme je viens d’accepter Dieu dans la vie, je ne peux que te rendre ce que je t’aie volé.

Dieu, Dieu, Dieu encore ! José se trouva bouleversé.

Il était certain maintenant que la voix entendue dans l’arrière salle du bistro n’était pas sa conscience mais qu’elle était réelle. Il en fut épouvanté.

Après avoir longuement hésité, il alla voir le patron du café pour lui avouer sa forfaiture tout en se disant qu’il ne risquait pas grand chose puisque il n’avait rien volé. Cette fois-là du moins.

Jules l’écouta sans rien dire et lui dit : Viens !

Il le ramena dans l’arrière boutique et expliqua à son tour le Plan du Salut à une âme. Le jeune ne se fit pas prier et accepta de demander pardon au propriétaire de tout l’argent du monde. Avec sincérité.

Libéré de son poids, il rendit visite à sa mère, lui avoua ses fautes et demanda aussi son pardon.

Puis, il alla voir un bijoutier à qui il avait piqué une montre.

Ce dernier, incrédule, crut à une nouvelle arnaque et faillit appeler la police mais les larmes du garçon touchèrent son cœur. Il pardonna à son tour et appris lui aussi que Dieu était sur la terre.

– Je te baptise, José, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Une nouvelle âme prenait comme nom celui des Enfant de Dieu et les anges chantaient.

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Jo et Roger baptisèrent ce jour-là plus de vingt personnes.

Tous étaient des convertis et pas seulement avec les lèvres.
Tous avaient vu leurs vie changées ou avaient changé de vie volontairement après avoir accepté la douce main de Dieu sur leur tête et tous étaient en joie et, sans s’expliquer pourquoi, s’aimaient les uns les autres.

Ils avaient dans le cœur une nouvelle espérance. Celle que Dieu existe et qu’ils iraient au paradis après leur mort physique qui ne leur faisait plus peur comme à certains naguère.

A la fin de cette première rencontre publique, les avis étaient mitigés.

D’un coté il y avait les disciples qui se sentaient en famille, et de l’autre les visiteurs qui avaient été invités pour être témoins de l’engagement des premiers et entendre l’évangile : La Parole de Dieu.

Il ne fallait pas s’attendre à un miracle et les voir tous plier genoux. A l’époque de Jésus, il y en avait beaucoup qui le suivaient mais aussi pas mal d’autres qui refusaient la grâce.
Et pour refuser la grâce, parce que nous voulons demeurer dans le péché, nous trouvons tout un tas de prétextes qui vont du plus simple au plus compliqué.

Le plus simple étant encore de tabasser les prophètes.

C’est qui se passa ce jour-là pendant et après la rencontre publique organisée par nos amis.

Parmi ceux qui avaient entendu les témoignages, il y avait ceux qui avaient été touché, moins superficiellement que ça pour certains, et les autres, qui ne pouvaient se faire à l’idée que tout cela était vrai et étaient dérangés dans leur petite vie de tous les jours.

Cela commença par ceux de la maison, c’est à dire les chrétiens des autres églises ou du moins ceux qui prétendaient l’être.

Il n’y avait pas eu de chants d’adoration, pas de Sainte Cène, pas d’annonces, et heureusement pas d’offrande. Il n’aurait plus manqué que ça !

Bien qu’ils eussent été avertis que ce n’était pas un culte, c’était un dimanche matin et il faut respecter les règles.

De plus, ce pasteur « qui avait volé l’église à sa fédération» n’avait pas dit quelle était son autorité spirituelle ni où il comptait trouver l’argent pour financer ses beaux projets.

Enfin, ses nouveaux baptisés étaient louches, surtout quelques canailles qu’on avait reconnu au passage, et si c’était ça « ses » disciples, il était mal parti et on allait bien rigoler. Mais qu’avait-il promis au Maire pour le faire participer lui qui n’avait jamais mis les pieds dans leurs assemblées !

En plus, ce faux baptême du Maire était d’un ridicule….

Les autres, ce qui n’étaient pas des chrétiens patentés tout en fréquentant pour certains les églises de la place, avaient trouvé le spectacle amusant mais ne comprenaient pas pourquoi ces jeunes se donnaient tant en spectacle. Tous avaient été baptisé à leur naissance et on verrait bien ce que dirait Monsieur la Curé.

Et puis le Maire. Qu’est-ce qu’il venait faire dans cette histoire. Il était payé ou quoi ?

Il y avait aussi le diacre, ce Marcel connu pour être l’ivrogne du village qui avait fait un discours qu’il avait dû apprendre par cœur.

Et Jules, le patron du bistrot !

Non seulement c’est lui qui a récolté les fonds pour acheter cette église mais en plus il joue le cul-béni comme une rosière. Qu’est-ce qu’il mijote celui-là ?

Ce pasteur et son adjoint ne nous disent rien qui vaille. Il faudra les surveiller de très prés.

Chapitre 19 ou Gérard D’Orville

Pendant ce temps, il y en avait un qui n’avait rien perdu de la scène.

Gérard d’Orville, le vagabond qui était entré dans la ville il y a quelques jours avait sans avoir rien demandé à personne été dirigé vers l’Église.

D’habitude, il dormait à la belle étoile ou dans un centre d’accueil quand il faisait froid ou était malade.
A défaut, il frappait chez les curés qui le recevaient ou pas selon leur humeur du moment ou demandait pitance dans les fermes de la campagne. Qu’il soit reçu ou pas l’indifférait.

Il était SDF. Cela veut dire Sans Domicile Fixe.

Oh, pas qu’il ne veuille pas de logement confortable comme il en avait habité un par le passé mais, un peu dégoûté par la société dans laquelle il vivait, « La Haute » comme on dit, il avait un jour pris la route sans se retourner et sans savoir où il allait. Ne lui demandez pas pourquoi ; Il ne vous répondra pas. Mais, le savait-il lui-même ?

Il avait traversé le monde, roulant sa bosse sur les cinq continents, et quand il avait enfin compris que l’herbe n’était pas plus verte ailleurs, il était revenu dans sa province espérant jouer le fils prodigue. On l’avait oublié.

Il ne chercha pas à renouer avec ses connaissances, se retira discrètement sans saluer sa mère, et marcha tout droit devant lui.

Il traverserait des villes, des villages, des hameaux, des bourgades, des campagnes et n’aimait désormais que le chant des oiseaux. Le reste l’importait peu et il trouvait naturel de mendier son pain ou de donner un coup de main à l’occasion sans jamais demander rien en échange. Son but n’était que de passer le temps.

Ce soir là, il frappa à la porte de cette chapelle qui n’avait pas l’air d’être comme les autres. Il avait lu la pancarte, bien en vue, qui mentionnait cela.

– C’est quoi encore ces fous pensa-il car il avait vu bien des choses.

Le disciple qui lui ouvrit n’avait pas de robe de bure, ni de soutane, et n’avait pas l’air sévère que prennent les Protestants voyant arriver un bonhomme en haillons. Il remarqua aussi que la porte s’était grande ouverte et non entrebâillée comme chaque fois qu’il quémandait son pain.

– Vous cherchez quelqu’un ? Demanda le jeune homme au visiteur.
– Ben, je suis de passage et cherche un endroit pour dormir.

Il n’y a pas de centre d’accueil dans la ville, mentit-il car il n’en savait en fait rien, et la nuit est bien fraîche. Savez vous où je pourrais m’installer ?

D’habitude, dans ce cas, on vous envoie à la mairie, chez le curé ou à l’hôtel du coin en faisant mine de ne pas avoir remarqué votre tenue et votre misère, et seuls, quelques paysans prêtent un coin de grange et offrent un bout de saucisson. Quelquefois, de la soupe bien chaude réchauffe bien le cœur et on ne dit jamais Non.

– Entrez chez nous invita le portier et prenez votre aise. Je vais faire du café.

Resté seul dans l’Église, en fait la grande salle où on accueillait le public, Gérard inspecta ce drôle d’endroit.

Il savait bien sûr ce qu’était une église avec ses statues doucereuses et l’horrible Christ sur sa croix, mais là, ça ressemblait à autre chose. Seule une estrade trônait dans le fond et les chaises étaient entassées dans un coin de la pièce. Quelques bancs, rangés devant l’estrade invitaient à s’asseoir. Ce qu’il fit.

– Tiens, ils préparent un bal plaisanta-il avec un rictus entendu. Ils ont fait du ménage.

Pourtant, il était intrigué.

Le jeune l’avait laissé seul dans la place et, bien qu’il n’y ait rien apparemment à voler, il aurait  pu aussi bien visiter les autres pièces et faucher quelque chose. Cela n’aurait pas été la première fois.

Il remarqua aussi que l’ambiance était douce et sans la formalité qu’on trouve dans les églises. Ce coté un peu froid qui force à respecter.
Pas de cierges, pas de troncs, pas de livres de chants poussiéreux et de signes ostentatoires à part cette croix de bois toute simple qui ne se remarquait presque pas. Ce sont peut-être des témoins de Jéhovah craignit-il car il en avait déjà rencontré.

Il était perdu, là, dans ses pensées quand une main amicale toucha son épaule.

– Le café est prêt, dit-on, vous venez avec moi ?

Gérard suivi le jeune dans une autre pièce.

C’était tout simplement la cuisine où des fauteuils avaient été disposés et il n’avait encore jamais vu ça. Une cuisine salon !

Le jeune homme surprit le regard étonné et se justifia un peu timide.

– Oui, nous manquons de place ici et les pasteurs ne sont pas là pour vous recevoir.
Nous sommes en ce moment en train d’aménager une autre pièce spécifique pour recevoir les gens mais c’est encore plein de peinture. Alors, nous avons mis là ces fauteuils. L’explication suffisait.

Le gars lui dit qu’il n’y avait pas de problème et qu’il pourrait dormir à l’Église et se reposer au besoin avant de reprendre sa route. Ce soir, vous dînerez avec nous.

– Mais, vous m’avez dit que vous n’aviez pas de place répondit le mendiant en se demandant si on lui prêterait les fauteuils, il ne voudrais pas déranger.

– Quand je parle d’Église, répondit le disciple avec un œil malin, je ne veux pas dire ici mais dans la maison de l’un d’entre nous. Quoi que quand nous aurons fini les travaux, nous arrangerons de la place pour l’urgence.

– Oui, et ça ne va pas tarder et vous êtes notre premier client rigola Jo en entrant dans la cuisine. Bonjour, je suis Jo et vous connaissez déjà Baptiste.

Gérard d’Orville se leva mais on le fit se rasseoir. Je peux avoir du café questionna Jo en connaissant la réponse.

Il voulait en fait briser la glace car il savait que le nouveau venu se demandait dans quel endroit il était tombé et il fallait le rassurer. Surtout que du café, à cette heure…

– Bon, vous nous arrivez d’où ? Continua-t-il bien que cela ne le regardait pas, vous avez eu raison de venir. Justement je cherchais un locataire.

Il se garda bien de raconter son appel en ce sens mais mis tout de suite son invité à l’aise.

– Vous aimez les frites ?
– Un repas chaud, fit l’autre ne me déplairait pas mais je ne voudrais pas abuser.
Vous savez, j’ai l’habitude de me contenter d’un quignon de pain. Surtout le soir.
– Sans doute, mais aujourd’hui c’est moi qui régale le gourmanda Jo d’un air décidé. Tu viens avec nous Baptiste ?

– Oui, tout à l’heure répondit le disciple amusé, j’attends la relève de la permanence et vous rejoins aussitôt. Tu as ce qu’il faut pour faire coucher Monsieur ?
– Yes, mais une ou deux couvertures supplémentaires ne seraient pas plus mal d’autant plus que ce soir, ça va cailler dans les chaumières. Tu peux me prêter ça ?

Jo n’attendit pas la réponse et entraîna d’Orville vers son appartement à deux rues de là. Ils furent bien vite arrivés.

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Pendant ce temps les commères de la ville allaient bon train pour publier les nouvelles.

– Vous savez, susurra l’une d’elle, le Maire de la ville est entré dans la secte et on parle de le remplacer.

Le scoop s’était répandu comme une traînée de lave voulant tout brûler sur son passage.

Il n’y avait finalement rien à reprocher à l’Église bien que les autres communautés religieuses lui trouve quelques désagréments et on s’en prenait aux hommes. Georges Lapige, le Maire de la ville qui parlait désormais de Dieu fut une victime toute désignée pour l’affaire.
Il fut critiqué, calomnié, diffamé, étrillé, et, si on avait été à une autre époque, on l’aurait pendu haut et court.

Ce n’était pas l’envie qui en manquait à son adversaire politique, Gaétan Vachère, qui s’était trouvé relégué derrière le pilier lors de la dernière rencontre publique qui lui en voulait à mort sans savoir réellement pourquoi.

Bien sûr, il y avait les options politiques mais cela était de bonne guerre de se disputer un peu pour la façade. Sa haine était toute autre et depuis quelques jours déclarée.

– Je tiens là un bon moyen de l’abattre calcula-t-il content d’avoir enfin trouvé un point sur quoi l’attaquer, nous allons nous le manger tout cru.

Ce qu’il ne savait pas, c’est que l’amertume est mauvaise conseillère et qu’il est quelque peu risqué de toucher aux oints de Dieu. Aussi modestes soient-ils.

Et le presque futur député Gaétan Vachère prépara sa campagne.

Il fit le tour de ses connaissances qui auraient quelques intérêts d’écarter le Maire de la ville. Ce ne sont pas les grands noms qui manquaient dans son calepin.

Il soumis le cas à sa loge maçonnique mais nous n’avons jamais pu savoir ce qu’ils se sont racontés. Ces gens-là ont bien des secrets.

Toujours est-il que dans l’ombre, dans les plus hautes sphères de la province, et peut-être certaines  de l’Etat, un complot commença à s’ourdir et fut mise en place et une manœuvre visant à discréditer l’édile suggérant qu’il n’était plus digne de gérer une commune et devait rapidement être remplacé.

Mais laissons ici la politique et revenons dans l’appartement de Jo qui s’apprêtait à recevoir son premier client question hébergement et qui ne se demandait même pas si c’était juste ou non de laisser entrer quelqu’un  chez lui ainsi et peut-être le loup.
Ce n’était pas la première fois bien sûr qu’il accueillait un étranger autre que sa propre famille ou un ami de passage. Notre ami avait la fibre hospitalière mais avec des limites toutefois.

Combien de fois avait-il entendu parler de meurtres par des gens de mauvaise vie, de cambriolages par ruse, de profiteurs de tout genre ou d’arnaque à la solidarité.

En général, dans les églises, on donne un peu d’argent à ceux qui se dévouent, les encensant au passage, et on soutient une œuvre sociale parce qu’on n’a pas le choix. Notre conscience a tant besoin d’être bien apaisée.

Maintenant, emmener chez nous un va-nu-pied crasseux est au dessus de nos forces et la peur est plus forte que le fraternité.

Les ceux qui le pratiquent, savent qu’à leur insu ils ont logé des anges mais ce n’est pas pour cela qu’ils persévèrent. Ils le font parce que Dieu l’a commandé.

Jo n’en était pas à ces considérations et se demandait plutôt comment il allait entreprendre cette âme pour la conduite à Jésus.

D’habitude, c’était facile parce qu’il avait une estrade et le droit de regarder dans le cœur du public où bien le Saint-Esprit préparait le moment et c’était Lui qui parlait.

Mais ce coup ci, c’était une autre histoire. Il ne connaissait cet homme ni d’Ève ni d’Adam et un vagabond n’est pas un membre d’église. Il n’avait pas eu de temps de préparer un discours.
En outre, comment réagirait le type qui ne cherchait que le gîte et le couvert. Le forcerais-il à manger l’évangile ?

Il tourna sa pensée vers son Seigneur qui lui dit tout de suite.

« L’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toutes Paroles qui sortent de la bouche de Dieu. »

Au moins, le message est clair pensa Jo dépité. Il eu préféré une idée pour amorcer son sermon.

Cependant, tout alla comme sur des roulettes. Le bonhomme écoutait ,ce qui ne veut pas dire qu’il tomba à genoux le premier soir, mais il n’était pas réfractaire. Ce n’était pas si mal.
Jo et Baptiste, qui s’était joint à eux pour le repas, se relayèrent pour tenir la conversations en faisant bien attention de ne pas brusquer le SDF. Les deux comprenait que si un vagabond vagabonde, c’est parce qu’il a été blessé là où il était et est particulièrement méfiant quand on lui parle d’amour.

Il y en a aussi qui la jouent hypocrite en disant « Amen » pour obtenir quelques avantages, car personne n’est plus cruche qu’un chrétien quand on fait mine d’accepter ses discours. On a déjà vu ça.
En fait, ils parlèrent comme si de rien n’était en considérant le drôle comme un type tout à fait normal et ne prêchèrent pas mais causèrent de Dieu de la façon habituelle. Sans en rajouter et ne cherchant pas plus à convaincre que ça.

Bien leur en prit d’ailleurs car Gérard d’Orville le prosélyte dira plus tard dans son témoignage qu’il avait écouté ces gens parce qu’ils étaient normaux et ne le bassinaient pas à coup de versets bibliques comme cela lui était arrivé quelquefois.

– Vous savez, quand on couche des fois chez les curés plaisantait-il souvent.

Si il ne découvrit pas le Royaume de Dieu le soir même, Gérard passa une très bonne nuit et au matin, pendant le petit déjeuner, ne savait pas comment avouer à son hôte qu’il remettrait bien ça.
Jo, lui, était à cent lieues de se douter que le gars voulait rester un peu.

Il fallut un concours de circonstance pour que l’intrigue se joue et que le plan de Dieu se mette en place. Certains pensent que Dieu est aussi plombier.

Ce qui se passa, c’est que ce matin-là, une fuite d’eau se déclara à la cave et qu’il n’y avait plus d’eau dans la maison. Le concierge eut tôt fait de prévenir ses résidents et on chercha vite un artisan.
Seulement, en trouver un n’était pas simple et on devait attendre qu’un tel revienne de son chantier. Ce n’était pas la joie.

Gérard trouva la son prétexte.

– Voulez-vous que je regarde ? dit-il faisant semblant d’être ennuyé.
– Ben dit Jo, vous y connaissez quelque chose ?
– Pas vraiment mais il m’arrive de donner la main pour me faire un peu de sous et, si ce n’est pas trop compliqué, peut-être pourrai-je vous rendre service.

Le mendiant fut embauché tout de suite et c’est de concert que tout le monde descendit à la cave pour tenter de réparer l’avarie. Ce qui fut fait dans l’heure parce qu’il n’y avait qu’un robinet à changer.

Le concierge, content de s’en tirer à si bon compte, paya un café au plombier d’occasion et à Jo qui suivait, et, tout naturellement la discussion tourna au sujet des jobs temporaires et des service aux particuliers.
Justement, une voisine lui avait demandé de protéger son installation du gel et, comme il n’avait pas de temps, peut-être puisque vous avez l’air de vous y connaitre…

En fait, il n’y avait pas d’urgence mais le concierge était bon.

Il n’osait pas donner la pièce à l’homme peu pressé de peur de le vexer et se doutait bien qu’il avait des besoins. Son petit stratagème occupa Gérard d’Orville le reste de la matinée.

Tout naturellement, il déjeuna à l’Église avec les pasteurs et quelques disciples qui rôdaient dans le coin, et finalement L’invité fut convié à une nouvelle nuit.

Chapitre 20 ou La pastorale

Ce fut comme cela que Gérard d’Orville , vagabond au long cours, mendiant de son état et sale et mal peigné fut adopté par la ville. L’Église avait pour une fois fait ce que Dieu attendait d’elle.

Nous retrouverons ce garçon au cours de cette l’histoire mais revenons en à nos deux pasteurs qui, sil ils avaient sans le vouloir gagné quelques batailles, n’en avaient pas fini avec une guerre qu’on pourrait dire larvée.
Ils savaient tous deux qu’ils avaient affaire au diable mais ne pouvaient pas en parler parce que les gens du coin, déjà qu’ils n’étaient pas tranquilles, ne savaient pas que l’ennemi de leurs âmes en réalité existait.

Aucun ne croyait à cet être fourchu et ces histoires d’enfer même si ils avaient peur car la mort est toujours inconnue.
L’éducation ancestrale et les croyances faisaient le reste, et chacun choisissait son dieu comme ça l’arrangeait.
Un tel était catholique pour cause de famille, certains avaient adhéré aux causes évangéliques car c’est bien plus sympa, les témoins de Jéhovah avaient implanté leur salle, et quelques hurluberlus qui avaient voyagé professaient le bouddhisme ou d’autres religion de moindre importance. Le reste était agnostique car c’est bien connu, un véritable athée n’existe pas.

Pour les Protestants, il y avait un temple, il ne leurs serait jamais venu à l’idée de protester contre quoi que ce soit, et ils n’étaient qu’une version du catholicisme sans idoles en plus riche (pour les membres du moins) et bien moins populaire. On ne disait rien d’eux si ce n’est quand ils organisaient une fois l’an une exposition sur la Bible que personne ne visitait.
Bref, chacun étant dans son coin et ne gênant personne, les seules querelles étaient intra-muros et c’était bien comme cela.
Il y avait bien quelques scandales, vite étouffés, mais on en parlait peu sauf que cette fois-ci, l’histoire de cette église, l’Église, faisait tout le monde jaser.

Les premiers à recueillir les commentaires était bien sûr l’équipe pastorale qui aurait pu écrire un bouquin sur la question mais n’en voyaient pas l’utilité.
Cela ne la faisait pas rire, on s’en doute, mais elle avait tout de même la satisfaction de voir que « les retours » concernant cette aventure étaient un signe que quelque part, dans les lieux spirituels, ça bagarrait ferme et elle en éprouvait sans oser le dire une immense satisfaction.

– Tiens, le diable remue le bout de sa queue, risqua Jo à son aîné pour engager la conversation sur le sujet.
– Ne dit pas de bêtises, jeune homme, répliqua le vieil ours un peu courroucé.
Chez nous, il est pour habitude qu’on parle de l’église en bien, et gare à celui qui provoquera le scandale.
Il avait appris en fait dans sa dénomination que le verset « Malheur par qui le scandale arrive. » (Luc 17:1) voulait dire qu’était maudit celui par qui le scandale arrivait.

Roger compris d’un coup que ce qui est maudit n’est pas n’est pas celui qui dénonce le scandale mais ce qui le provoque. Ce n’était pas la même chose. Jo n’eut même pas à le lui expliquer.
De plus, dans notre cas, ils n’avaient rien fait d’eux-même si ce n’est d’obéir à la voix du Saint Esprit qui les avait guidés tout au long de cette affaire et il était logique qu’il y ait des répercutions.

Heureusement, il y avait plus de calomnies et de diffamation qu’autre chose et leur conscience en était apaisée.

– J’ai reçu ce matin l’invitation à la Pastorale, repris Roger avec appréhension. Ne crois-tu pas, Jo, que c’est un peu tôt pour y aller ?
– Cela serait reculer devant nos responsabilités, répondit le frère un peu intimidé aussi. Nous devons aller leur présenter Jésus.
– Rien que ça ! Tempêta l’autre encore une fois furieux. Tu sais bien ce qu’ils vont faire non ?
– Justement, autant être au premier rang et défier l’esprit qui les anime dit Jo la voix maintenant bien assurée. Il s’étonna lui-même de ce courage.

En fait, L’ex-Pasteur Principal voyait encore une Pastorale comme sous l’ancien régime, c’est à dire noyautée par la dénomination la plus puissante de la région. Comme dans « les églises », le plus fort commandait.

Or, dés qu’ils seraient intégrés, la donne risquait de changer, car Celui qui était avec eux était plus fort que ceux qui étaient contre eux. Nos compères étaient en train de le vivre.

– Oui, allons-y  prêchons-leur l’évangile, se surprit à dire le renard repenti.

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Bien qu’ils ne se fassent aucune illusions, les deux pasteurs honorèrent l’invitation, et c’est bien décidés qu’ils poussèrent la porte de la salle où se tenait la réunion mensuelle des pasteurs reconnus de la circonscription.

Il y avait là un pasteur ADD et son adjoint, un Baptiste, trois représentants d’églises indépendantes c’est à dire non rattachés aux principales fédérations bien qu’ayant des liens avec d’autres groupements sans importance, un envoyé de FPEPF, fédération ayant mis en couple réglée la plupart des assemblées évangéliques qui n’était là qu’en tant « qu’observateur », et enfin un auteur populaire de livres d’enseignements chrétiens en villégiature dans la région. Monsieur le Curé n’avait bien sûr cette fois-là encore pas été invité. Restons en famille.

Le pasteur ADD, majoritaire, prit avec autorité la parole pour ouvrir les débats faisant mine de ne pas remarquer l’air glacial qui tétanisait les convives. Seul, l’auteur qui arrivait d’on ne sait où semblait à l’aise. Il ne savait en fait rien de la situation qui de toutes façons ne le concernait pas. Il était là par hasard.

– Nous allons prendre directement l’ordre du jour qui est de savoir ce qu’il se passe dans votre ville, attaqua l’ADD sans plus de sentiments. Il avait l’habitude de commander.
– Heu… Ne ferez-vous pas les présentations ? osa l’auteur qui ne connaissait personne et aurait bien voulu,lui, être connu.

Un vent de panique s’empara de l’auditoire à la question saugrenue du freluquet qui venait de s’en prendre à un chef incontesté qui ne lui avait pas donné la parole. Lequel fusilla le trublion d’un regard courroucé mais ne pu qu’accéder à sa prière et répondit poliment…

– Vous avez raison, Monsieur, je m’excuse de cet oubli mais le temps m’est compté, j’ai une autre réunion plus importante à présider et ne traînons pas. Commençons pas vous. Vous êtes cher frère…

L’auteur, un peu décontenancé, ne pu que constater l’impolitesse de ce pasteur si pressé qui laissait entendre qu’il avait plus important à faire que d’être là, et se demanda pourquoi il était venu. Il n’allait pas tarder à la savoir.

– Je suis Jérôme Presquil, auteur de textes d’édification chrétienne, mais ce n’est pas à ce titre que je suis parmi vous.
Étant en vacances dans le coin, c’est tout naturellement que j’ai rejoint une église pour le culte du dimanche, et c’est comme cela que j’ai rencontré le pasteur Robert ici présent qui m’a invité à me joindre à vous.
– Oui, je connais vos livres enchaîna le pasteur à sa droite. Nous en proposons à ma table de publications et beaucoup de mes brebis me parlent de vous. Je n’avais pas encore eu l’occasion de vous lire.
– J’ai vu votre site sur Internet, intervint le troisième . Ce n’est pas mal du tout et vous êtes décidément populaire le félicita-il.
– Chez moi, on ne vous connaît pas, déclara à son tour le Baptiste, et mes collègues et moi sommes heureux de vous accueillir. Merci pour votre visite.
– Jérôme Presquil ! S’exclama Jo rayonnant de bonheur, viendrez-vous encourager l’Église qui se trouve dans notre ville ?

Du coup, Jo avait oublié de se présenter mais se reprit en expliquant qu’il était avec Roger qui allait leur dire pourquoi ils avaient accepté de venir et en profita pour présenter au nouveau venu le reste de cette honorable assemblée.

Roger, qui ne savait plus où se mettre devant tant d’audace, confirma l’invitation à l’auteur et pris la parole à l’ADD furieux qui voyait lui échapper l’autorité qu’il s’était lui-même attribuée. Le pasteur se leva.

Je salue tout d’abord Le Pasteur Martin de la Fédération Protectrice des Églises Protestantes de France qui nous fait l’immense honneur de sa présence et, s’il n’est parmi nous que comme observateur, sans doute pourra-t-il faire un rapport à sa fédération sur l’état de l’Église sise dans notre région. Les invités s’inclinèrent respectueusement.

– Nous sommes devant vous, mon collègue et moi, pour vous rassurer quand aux bruits qui courent concernant de récentes initiatives que nous avons prises et aussi de notre désir de ne pas nous couper de la Pastorale comme auraient pu le croire certains à cause de notre absence de votre communauté ces derniers mois.

Roger se mordit la langue. Il avait dit « Votre » communauté.

Jo et moi, et le Saint Esprit qui nous accompagne, avons décidé de changer quelques petites choses à la structure ecclésiale qui nous a précédée, il n’osa pas préciser « et à qui nous avons acheté les murs », et nous nous rendons compte que nous avons bien fait parce que nous avons déjà eu plus de vingt baptêmes et beaucoup de contacts se sont noués.

« Le Saint Esprit qui nous accompagne », pensa aigrement le délégué de la FPEPF, il y va un peu fort et, s’il continue comme ça, cela va barder pour son matricule. Il l’avait déjà condamné.

– Même le Maire de la ville, continua Roger après avoir repris son souffle est devenu un disciple, et nous l’avons baptisé dimanche dernier. Il pensait qu’en citant un nom célèbre, il allait amadouer son auditoire.

Le mot « disciple » fit se raidir sur leurs chaises la plupart des membres de la Pastorale présents et seul l’auteur Jérôme Presquil exultait.

– Il a dû lire mes bouquins se dit-il se rengorgeant un peu seulement.

– Je vous remercie de nous avoir invité termina le pasteur Roger pour ne pas abuser de son temps de parole. Si vous avez des questions à poser, nous y répondront avec joie.

Il n’en pensait pas une miette, mais il fallait bien qu’il termine son discours à son avantage et il attendit avec un peu plus d’angoisse qu’il ne montra pas les premières flèches empoisonnées qu’il lui faudrait affronter.

C’est le pasteur baptiste qui ouvrit le feu avec la question traditionnelle chère au cœur du membre d’une fédération.
– Qui avez-vous rejoint et quelle est votre couverture spirituelle ? Celle-là, Roger l’attendait.

Jo cria au secours à Jésus qu’il aimait.

– Cette question est encore à déterminer, s’en sortit Pasteur Roger, car nous n’avons pas encore eu de proposition dit-il avec un aplomb effroyable. Qui le croirait ?

Il semble que la réponse suffit puisque personne ne releva et Jo poussa un « Ouf » de soulagement. Jésus poussa du coude Son Père.

– Où avez-vous trouvé l’argent pour faire tout ça ? Demanda l’envoyé d’une église indépendante qui n’avait que 5 membres dont trois de sa famille.
J’ai entendu dire que vous avez accepté des dons des in-convertis pour acheter un temple et, si je suis bien informé, ce n’était pas donné.

– Oui, mais nous n’avons pas eu de problème car il n’y avait pas d’église au sens où vous l’entendez à ce moment-là.
Je ne comprends pas moi-même pourquoi tous ces gens ont participé et, si il est vrai que quelques uns d’entre-eux se sont rapprochés de nous et de ce qu’on représente, tous n’ont pas fait acte de conversion et sont informés que ce que nous appelons « chrétien », nous préférons le mot « disciple », est de la sémantique et ne vient pas à l’Église qui veut.
Tous sont accueillis pour des moments publics mais notre culte est réservé à ceux qui ont fait le bon pas et ils le savent très bien. Nous n’avons pas de problèmes de ce côté là et, si Dieu Lui-même a touché le cœur et les dispositions de ces gens, nous n’avons rien à redire car nous n’avons rien promis à personne.

– Certains, de votre ancienne fédération se plaignent du fait que vous auriez volé cette église, cracha le délégué de la FPEPF. Il ne pouvait plus tenir.
– Que ces certains-là soient rassuré répondit Roger du tac au tac.
Concernant les membres, il n’y avait aucun chrétiens dans cette église et de toutes façons ils étaient tous partis.
Pour l’achat des murs, tout a été fait en règle et la fédération a été payée et elle était tellement contente qu’elle nous a fait un rabais pour nous encourager. Avez-vous autre chose à dire par rapport à cela ?

Le représentant du baisser les yeux devant le regard de l’autre qui le transperçait jusqu’au plus profond de son intelligence. Ce gars était très fort.

Il n’imagina pas une seule seconde que Dieu, encore une fois dans sa prescience, par son Esprit, avait béni un de Ses oints.

Les questions/réponses suivirent leurs cours et les pasteurs en conclave réunis ne purent sur le moment rien trouver de plus chez nos amis qui méritait la pendaison.
Ils durent ravaler leur rage, terrible pour certains d’entre eux, et le diable, constatant qu’il ne pourrait rien tirer de cette Pastorale se retira en se disant qu’il y aurait une prochaine fois.

Au moment de sortir les agendas pour programmer la prochaine rencontre, personne ne prit mal le fait que nos deux héros sortent aussi le leur, et il fut décidé sans voter que Roger et Jo étaient réintégrés dans la Pastorale.

Après le pot d’usage, chacun rentra chez soi et Jérôme Presquil tenait le sujet de son prochain ouvrage. Il était très curieux de rencontrer cette « Église » qu’on avait évoqué et qui n’avait pas l’air de ressembler aux chapelles habituelles.
L’invitation se transforma en une invitation à dîner pour le lendemain soir et notre auteur rentra à sa résidence sans s’expliquer pourquoi il y avait une si soudaine joie dans son cœur.

Chapitre 21 ou la visite de l’enseignant

Jérôme Presquil venait de vivre un épisode qu’il aurait pu  écrire lui-même.

Spécialisé dans l’édification du Peuple de Dieu, Jérôme produisait des chroniques peignant ce qui aurait du être l’Église à destination de gens qui le lisaient mais ne l’écoutaient pas.

Ses auditeurs disaient « Amen », achetaient ses bouquins, citaient ses textes dans les assemblées et l’invitaient pour des conférences, mais ne changeaient jamais ou du moins n’en profitaient pas. Leur croissance semblait être arrêtée.
Il n’était pas vraiment critiqué et avait plutôt bonne réputation car il avait su jusque là éviter les écueils en évitant les sujets qui fâchent.

Ainsi si il parlait abondamment de nouvelle naissance, il évitait le parler en langue, les différences entre sensibilités et la démonologie.

Pour l’effusion de l’Esprit, comme tout le monde en parlait, cela ne posait pas de problèmes bien que chaque chapelle vive cela à sa propre manière. Sur le sujet, il y avait toujours à discuter et le petit peuple de Dieu ne s’en privait pas.

Jérôme aimait son Église et tentait de faire passer des messages car il savait comme tout le monde que ce qui se vit dans les assemblées n’est pas toujours réalité biblique mais, comme tous les autres aussi, faisait semblant de croire que c’était après tout normal vu que « nous sommes par nature vendu au péché » et que « Dieu connaît nos cœurs ».

Mais notre auteur n’était pas satisfait et il venait de rencontrer deux hommes qui parlaient et agissaient avec une autorité peu commune chez les hommes d’église toujours prêts à louvoyer et à arranger les choses à leur façon quand il y avait un problème.

Là, il avait l’impression que ce que vivait cette communauté n’était pas le schémas habituel sans pour autant être différent de ce que tous essayent de faire, c’est à dire vivre la foi comme il est écrit. Il était intrigué par ce mystère.

Invité par des pasteurs, il fut reçu par des frères qui semblaient avoir mis au panier le formalisme ecclésial de routine, et il se réjouit de ce que personne ne le complimente sur ses écrits lorsqu’il arriva ce qu’il détestait sans le dire pour ne pas vexer ses complimenteurs.
Ces gens ne recevaient pas « l’auteur » mais « le frère » sans qu’ils n’ait eu besoin de prouver qu’il l’était se qu’il apprécia car, visitant beaucoup de sensibilités chrétiennes différentes, parfois antagonistes, c’était chaque fois un défi de respecter lesdites sensibilités un rien pouvant le trouver anathème.

N’est pas chrétien qui veut chez les religieux et gare à toi si tu sors de mon système !

Non, ici, Presquil était à l’aise et on ne lui demanda même pas de quelle dénomination il était. Il n’osa pas quand même poser cette fatidique question à ses hôtes en se doutant bien que c’était un sujet sensible, et il réfléchissait au message qu’il aurait à apporter à ces gens quand l’Église serait réunie. Qu’allait-il leur dire ? Il ne savait pas qui ils étaient.

Devinant les pensées de son invité, Jo entre la soupe et l’entrée lui fit cette remarque.

– Savez-vous que vous allez prêcher à des convertis, rien qu’à des convertis ?
– Que voulez-vous dire ? Répondit l’auteur un peu méfiant.
– Oh, rien d’exceptionnel chez nous mais ce n’est pas une habitude dans les assemblées classiques. Nous avons décidé de faire une séparation entre ce qui est vraiment l’Église et ceux qui fréquentent les cultes du dimanche matin quelquefois….

Jo n’avait pas le mot pour le dire et il compris combien il serait difficile expliquer leur manière de faire à ce garçon qui débarquait sans rien savoir de leur « expérience » et il s’en tira en questionnant à nouveau….

– Connaissez-vous le livre « Disciple » de Juan Carlos Ortiz ?
– Oui, bien sûr, je l’ai lu et il m’a fait beaucoup de bien.
– Juan Carlos a un jour fermé les portes de son église pendant trois semaines, continua Jo, pour faire comprendre aux membres que l’Église n’était pas dans les murs mais là où les chrétiens habitent.

En fait, ceux qui viennent le dimanche ne sont pas toujours chrétiens bien qu’ils chantent des cantiques et prennent la Sainte Cène, mais ceux qui le sont chez eux sont la richesse de nos communautés qui n’existent d’ailleurs que par eux.
C’est pourquoi nous avons fais le choix de ne garder notre bâtiment que pour des questions d’utilité matérielle mais considérons que l’Église est dans la ville et chez chacun d’entre nous.
Le dimanche, nous ne faisons pas « un culte » mais les portes sont ouvertes pour accueillir le public et nous faisons ce jour là exclusivement de l’évangélisation.

Nous vous avons invité pour parler « à l’Église » dans un but d’édification et seuls nos frères et sœurs seront là.

La grande majorité d’entre eux sont de jeunes convertis et nous vous laissons libre de les rencontrer avant votre enseignement ce qui fait que, les connaissant un peu, il vous sera plus facile d’apporter quelque chose et de combler leurs besoins.

– Vous m’en voyez ravi dit Jérôme heureux de la proposition. J’adhère à votre idée.
– Parfait dit Jo fier de son coup, vous commencez quand vous voulez et je vous présente demain à l’Église que nous réunirons pour l’occasion. Combien de temps restez-vous parmi nous ?
– J’ai encore une semaine de vacances et justement je m’ennuyais un peu, répondit l’autre aux anges. Combien seront-ils ?
– Sans doute une vingtaine.
Demain, dans la journée, certains seront ici pour la permanence car ils se relayent pour assurer une présence mais tous seront convoqués pour le soir et je sais déjà qu’il n’en manquera pas un.
Si vous voulez, venez passer la journée avec nous et vous rencontrerez du monde.Ainsi fut fait.

Dés le lendemain, Jérôme Presquil, invité d’honneur de l’Église de la ville, se trouva intégré à la troupe pour ces quelques jours qu’il n’oublierait jamais.

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La cafetière ne désemplissait pas comme le pot de farine de la veuve de Sarepta, non qu’il y eut un miracle, mais parce qu’en offrir une tasse avant d’entamer une conversation était le meilleur moyen de mettre les visiteurs en confiance .

Le bâtiment de l’Église de la ville n’était plus ce qu’il était du temps de la fédération.

On avait perdu une soi-disant « couverture spirituelle » mais avions gagné en fréquentation et il était terminé le temps des réunions stériles prévues d’avance, minutées, et l’impossible prise de rendez-vous  avec un pasteur surbooké.

Lequel ne connaissait rien de ses interlocuteurs qui lui racontaient parfois n’importe quoi, ce qu’il savait bien, et qu’il renvoyait dans leurs chaumières avec quelques paroles les plus réconfortantes possible et une invitation à participer au prochain culte du dimanche lequel serait sans doute bénéfique.

Maintenant, les hommes et les femmes qui se présentaient à la porte n’étaient plus seulement reçus mais accueillis, et, quelques soient leurs besoins ou questionnements, il y avait toujours une oreille attentive pour les écouter. Même la nuit.

Les accueillants n’étaient plus de vieilles peaux revêches qui s’ennuyaient à la maison ou des jeunes retraités actifs qui s’essayaient à prêcher en douce à défaut de la chaire réservée d’habitude à l’élite bien vue du pasteur Principal, mais n’importe quel disciple pouvait selon son temps disponible être là et servir un nouvel arrivant.

Outre l’accueil des visiteurs, il y avait du mouvement dans les locaux et chacun vaquait à son occupation favorite.
Cours de guitare pour les uns, bricolage pour d’autres, cuisine pour les gourmets car on tenait table d’hôte, et prédication impromptue quand l’un d’eux avait une inspiration.
Tous étaient frères et composaient une famille et on les reconnaissait à leur sourire et leur joie de vivre non feinte car ils étaient heureux.

Il n’y avait pas vraiment de programme établi sauf en des occasions favorables comme par exemple la présence de Jérôme Presquil dont l’annonce de la venue avait été immédiatement relayée. Les frères venaient de toute part pour le rencontrer.

En guise de bureau, ce dernier se vit attribuer les fauteuils de la cuisine ce qui ne choqua personne à part lui mais il eut tôt fait de s’en accommoder. Il aurait dû parler de l’Église mais il vivait l’Église. C’est lui qui reçu un enseignement ce jour-là.

En fait, Jérôme Presquil était très ému parce que dans ses écrits, il s’efforçait de mettre en avant le caractère fraternel de l’Église qu’on trouvait trop rarement dans ces lieux  justement.

Il s’était plusieurs fois demandé s’il n’idéalisait pas un peu trop l’Église néotestamentaire et son pasteur lui avait dit un jour.

–  Tu sais, Jérôme, l’église que tu cherche elle n’existe pas.

Notre ami n’avait pas remarqué alors le petit « é » du mot « église » dans la bouche pastorale qui se désolait elle-même de ne pas vivre la fraternité tous les jours mais avait une vison plus large en pensant que quelques une de ses ouailles étaient chrétiennes à la maison.
Cela ne faisait pas l’affaire de l’auteur qui ne vivait finalement l’Église, celles de Jésus-Christ, que dans ses livres à défaut de paroisse et d’expression visible de l’amour et la fraternité.

Ce n’était pas l’activisme qui manquait dans certaines assemblées et les chrétiens faisaient souvent des choses ensemble mais, allez savoir pourquoi, ils n’étaient pas toujours satisfaits et Jésus ne rajoutait jamais de nouvelles âmes dans leur église.
Il en était venu à penser qu’il sublimait en fait l’Église et aurait arrêté d’écrire sur le sujet si le Saint Esprit ne l’avait pas persuadé de produire Ses textes, de les mettre en ligne sur Internet et d’imprimer des fascicules qu’il distribuait gratuitement.

Par contre, il ne prêchait jamais sur le sujet car les pasteurs qui le recevaient goûtaient assez peu qu’on remette en question leur organisation et qu’on prétende « qu’il n’y avait pas d’amour dans les églises« .

Il avait l’habitude des sourires niais et des amabilités contrefaites mais les voyait toujours et cela lui faisait mal au cœur.
Même dans les petites églises, celles nommées « églises de maison », c’était souvent la reproduction des grandes sœurs et parfois en pire car il n’était pas rare d’y trouver un garage aménagé avec des chaises en rang d’oignons et même une estrade et un micro qui ne servaient absolument à rien sinon à se donner de l’importance.

D’ailleurs, c’est dans ces endroits qu’il constatait le plus de fausses doctrines que le gourou en chef s’était inventé et imposait à ses ouailles.

Une fois, il était tombé dans un endroit où l’on prenait la Sainte Cène à genoux alignés les uns derrière les autres autour de la table. Effet bœuf garanti !

Une autre fois, ils priaient dans une pièce sinistre éclairée seulement par un chandelier à trois branches (ou sept Jérôme ne s’en souvenait plus) et, quand ils se sont pris la main en tournant autour de l’accessoire, craignant que ce dernier ne lévite, notre ami prit la fuite en se demandant où il était tombé.

L’ambiance dans l’Église de cette ville était bien différente.

Sans aller jusqu’à l’exubérance, il régnait dans l’endroit comme une paix tranquille et Jérôme Presquil identifia la présence du Saint-Esprit. C’était comme chez lui ou dans divers autres endroits où on ne faisait pas de chichi mais vivions l’évangile.

– Mon Dieu, pria-il intérieurement, mais pourquoi n’est-ce pas comme cela partout ?

Jésus entendit la prière et soupira tristement.

Au repas du midi, ils étaient trente à table et on partagea le pain. Chacun était chez lui et même les non disciples ou visiteurs des églises voisines savaient que Jésus était au milieu d’eux. N’importe lequel d’entre eux aurait pu être un ange mais personne n’y pensait. Ils étaient ensemble et cela leur suffisait.

Nous n’en étions pas encore au dessert que le téléphone sonna et quelqu’un demanda un pasteur. Ni Jo ni Roger n’étaient dans la salle.
L’urgence étant là, le correspondant parfaitement anonyme expliqua que son fils venait d’avoir un accident et que les pompiers venaient de le conduire à l’hôpital. Le pronostic vital était engagé.

Nous allons prier proposa le disciple qui avait raccroché après avoir pris les coordonnés du blessé et de sa famille. Que la gloire de Dieu se manifeste. Maintenant !

Chacun des convives laissa là son assiette et entra en prière chacun comme il le voulait.
Certains restaient assis, d’autre s’étaient levés, quelques uns changèrent de pièce et il y en eu d’autres qui se mirent à genoux le plus discrètement possible.

Les quelques-uns qui n’étaient pas chrétiens, Jésus ainsi que Jérôme regardaient l’Église faire son travail. Dieu l’avait inspirée.
Ce temps de prière dura jusqu’au milieu de l’après midi jusqu’au moment où le St Esprit leva le fardeau et leur fit connaître que la bataille était gagnée. Le jeune homme vivrait.
Deux disciples partirent en direction de l’hôpital et chacun reprit sa tâche. D’autres visiteurs attendaient.

Jérôme Presquil comprit qu’il n’avait pas patienté en vain. L’Église qu’il cherchait existait.

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L’auteur rencontra l’Église réunie le soir même.

Déjà, une complicité s’était établie avec certains des frères et, comme l’avait voulu Jo il savait à peu prés à qui il avait à faire.

L’avantage pour lui était qu’il avait devant lui des disciples et non plus des « chrétiens » et il n’eut pas cette fois pas  à expliquer encore une fois qu’on ne pouvait être l’un sans l’autre ce que son public habituel ne comprenait généralement pas.

Il n’était pas ici ce soir-là pour prêcher mais juste pour faire connaissance de l’Église, cette rencontre était informelle et cela lui plaisait.

Point de chaises attachées les unes aux autres, ce n’était pas très légal question sécurité du bâtiment mais la soirée était « privée », point de liturgie soporifique, point de grandes envolées lyriques de l’un ou de l’autre des présents voulant sans doute montrer une spiritualité supérieure et pas non plus de pasteur en costard pour occuper l’espace.

L’auditoire était assit là où il le trouvait bon et un buffet avait été organisé au fonds de la salle pour le cas où quelques-uns d’entre eux auraient une petite faim.

Ils avaient faim, oui, mais de bien d’autres choses.

Ce qui les intéressait était la Parole de Dieu et, à part ceux qui venaient d’une autre église, les disciples n’imaginaient même pas qu’on puisse en être gavé.

Jérôme se rappelait d’une assemblée sise dans son quartier dont le pasteur faisait salle comble.

La puissance de sa prédication était connue de toutes les églises de la région dont les membres fuguaient le dimanche après-midi pour aller l’écouter à la « réunion d’évangélisation » dont ils ressortaient en disant…

Hou là la ! Qu’est-ce qu’on a été béni !

Ce qui faisait dire à un chrétien qui habitait le quartier d’à coté…

–  Vous allez finir par en péter de vos bénédictions !

Il leur faisait aussi remarquer que personne à part eux ne parlait de ces bénédictions et que les riverains ne savaient même pas que cette église existait.
Si ce n’est par ces chrétiens « enchantés », il n’avait depuis deux ans qu’il habitait là jamais entendu parler de cette église ni de son prédicateur miraculeux.

Bien sûr, le chrétien d’à côté fut traité de mauvaise langue et de rebelle et ce dernier, quand il écoutait les cassettes, se disait qu’il y avait beaucoup de bruit mais peu d’effets sur la ville et se demandait ce que ses coreligionnaires pouvaient bien aller y chercher.

–  En tout cas, pas ce que je trouve ici encouragea Jérôme les frères rassemblés.

Je connais une assemblée dite réveillée à Marseille où les problèmes entre chrétiens se traitent au couteau et, quand il y a intervention de la police, ils font de fausses déclarations. Ce n’est pas une critique mais une constatation.

Marcel, l’ex-diacre, se rappela qu’il n’y avait pas si longtemps que ça, ce n’était guère plus joyeux dans l’endroit où ils se trouvaient mais se garda bien d’en témoigner. Il se réjouit par contre de voir que l’esprit y avait bien changé.

La soirée se passa sous forme de questions/réponses. Les disciples voulaient tout savoir.

Ils ne connaissaient en fait que l ‘Église de la ville, pour la plupart du moins, et étaient curieux de savoir qu’ils avaient des frères et leur invité était bien placé pour les décrire tant il voyageait. Jérôme expliqua les différentes espèces de chrétiens.

Pentecôtistes, baptistes, frères étroits ou larges, fédérations, groupements d’églises, bref, il essaya de ne rien oublier jusqu’à ce qu’un Candide pose la question fatidique…

– Mais nous, de quelle famille d’églises faisons-nous partie ?

Jo et Roger n’avaient pas abordé cet aspect avec les jeunes convertis car ils ne le savaient pas eux-même et voulaient laisser Dieu les enseigner avant de dire des bêtises ou de prendre des décisions inopportunes à ce propos. Il fallait laisser le temps au temps.

Dire « nous n’avons pas de famille spirituelles » ne se faisait pas car le chrétien moyen a été formaté pour appartenir à une dénomination.

On avait bien inventé le terme de « Église indépendante » ou de « Église libre » mais ces dernières avaient trouvé le moyen de former leur propre fédération. Elles n’avaient plus de libre que le nom.
Roger avait cloué le bec  d’un imprudent de la Pastorale et Jérôme avait senti le vent venir, mais cette fois-ci, c’était un de ces petits qui voulait savoir et il n’était pas question de lui raconter des histoires. Jo, Jérôme et Roger se regardèrent à la dérobade et jetèrent un regard vers le ciel. Un point d’interrogation était dessiné au plafond.

Le pasteur Roger sut que c’était à lui à prendre la parole.

–  Mes frères, dit-il, il n’y a rien de déterminé.

Au début, les premiers disciples ont été appelés « chrétiens », ce qui veut dire « petit Christ » ou « suivant les enseignements de Christ » ce qui a donné plus tard le mot « Christianisme ».

En fait, si le mot chrétien à l’époque n’était pas une insulte, cela y ressemblait un peu car ces gens étaient méprisés et on l’a gardé nous ne savons pas pourquoi.

Plus tard, l’empereur romain Constantin ayant décidé de faire de son peuple les adeptes de cette nouvelle religion qui avait évolué, pas en bien hélas, certains se sont mis dans la tête de réunir ces chrétiens divisés par de peu saintes doctrines sous une même bannière «catholique » dont le mot a une origine grecque « cath’olou » (lié au tout, conforme au tout) et cath’olon (orienté vers le tout).

Je ne rentrerai pas dans les détails inutiles ici pour répondre à la question du frère, mais je dirais qu’on a commencé à confondre les « Catholiques » avec les Chrétiens  au point que dans le langage courant, quand on te demande de quelle religion tu es, on dit « Catholique » plutôt que « chrétien ».
Cette religion, « Catholique Romaine » pour les intimes, a continué d’évoluer en particulier en rajoutant des enseignements et dogmes assez peu bibliques mais, comme le peuple ne savait pas lire, cela n’avait pas d’importance.
D’autant plus que l’église, Catholique s’entend, s’est accoquinée avec « Le Pouvoir » qui a trouvé là un excellent moyen de soumettre ce peuple et, l’un corrompant l’autre, tout allait bien dans ce mariage entre amis.

Seulement, un jour, Gutenberg inventa l’imprimerie et, comme il était croyant, le premier livre qu’il sortit de presse fut la Bible et le peuple en question apprit à lire.

Il constata que les faits et gestes de la toute puissante Église Catholique en place n’étaient pas en adéquation avec les ordonnances biblique et demanda des comptes aux curés, aux évêques et finalement au Pape lui-même qui n’appréciât que modérément et persécuta les rebelles qui protestaient.

Ces derniers devinrent les Protestants et nous étudierons dans les semaines qui viennent leurs faits et gestes et vous verrez que ce n’est pas triste mais bien intéressant.

Les Protestants refusaient les bondieuseries scélérates de « l’Église catholique Romaine »  et vivaient une foi épurée plutôt évangélique c’est à dire calée sur la parole de Dieu.

Mais bien sûr, beaucoup se sont endormis ou ont repris une vie religieuse et ont mis à la porte ceux qui le leur faisaient remarquer et surtout ceux d’entre eux qui voulaient réformer l’Église . Ainsi est née la première dénomination, « Les réformés » qui voulait revenir aux sources du christianisme.

Du coup, nous avons eu deux dénominations. Les catholiques, les Réformés, et très vite une troisième en l’espèce des Orthodoxes qui ont fait scission avec le Pape pour une histoire de mariage non reconnu et ont trouvé pratique de nommer le leur.

De l’autre coté, chez les Protestants, on a fait pareil et divers mouvements se sont démarqués de l’arbre protestataire d’origine (ils trouvaient sans doute qu’ils ne protestaient pas assez ou mal) et, bon an mal an, nous avons maintenant plusieurs dizaines de ces mouvements au sein du protestantisme qui ont chacun au moins une part de la vérité.

Mais pas toute la vérité car sinon ils seraient restés ensemble, il y en a de toutes sortes, et même si l’un d’entre vous qui m’écoutez découvrez demain quelque chose de mieux concernant le christianisme, vous pouvez très bien créer votre groupe et lui donner un nom.

Catholiques, Protestants, Réformés, Baptistes, Pentecôtistes, témoins de Jéhovah, Mormons et Tartempion si vous choisissez cette appellation.

Comme si ce n’était pas assez triste, les mœurs ont évolué de telle manière qu’il vous faut maintenant faire partie d’un de ces groupes si vous vous voulez être reconnus comme vrai.

On vous pardonnera facilement d’être baptiste mais pas de ne faire partie d’aucun groupe car cela fait parait-il  de vous un rebelle.

Si vous dites « Jésus est ma dénomination », on vous prends pour un fou car nous fonctionnons en 2013 avec des concepts même si on ne les trouve pas dans les évangiles pour l’Église de Christ bien que certains aient commencé depuis belle lurette à explorer ce créneau.

« Quand l’un dit: Moi, je suis de Paul! et un autre: Moi, d’Apollos! n’êtes-vous pas des hommes?
Qu’est-ce donc qu’Apollos, et qu’est-ce que Paul? Des serviteurs, par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l’a donné à chacun.
J’ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître, en sorte que ce n’est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître.
Celui qui plante et celui qui arrose sont égaux, et chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail.
Car nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu. » 1 Cor 3:4-9

Le pire est que si vous voulez faire partie d’un groupe ou d’un autre sans en adopter les spécificités, n’est pas possible puisque « tout ce qui n’est pas le fruit d’une conviction est un péché. » (Romains 14:23) et malheur à vous si vous discutez la doctrine au sein d’un groupe.

Et en plus, vous serez méprisé d’un groupe à l’autre car c’est bien connu les baptistes sont méprisés par les pentecôtistes parce qu’ils ne parlent pas en langue, les frères larges méprisent les pentecôtistes parce que justement ils parlent en langue, les témoins de Jéhovah par les autres à juste titre parce qu’ils sont témoins de Jéhovah et les catholiques par tout le monde parce qu’ils adorent des statues à la place de Dieu.

Lesquels catholiques, bien qu’ils fassent semblant de vouloir rassembler tout le monde ont la science infuse et croient être la seule église digne de porter ce nom.

Et vous dans tout ça, où allez-vous vous placer ?

Mes frères,, le nom de christ n’est pas écrit sur le fronton de la chapelle que vous fréquentez mais sur votre front et dans votre cœur.

Jo et moi, nous avons réfléchi à cet aspect des choses et n’avons pas trouvé qu’il était juste de nous affilier à un mouvement, quel qu’il soit, car si ce dernier demain décide de changer sa politique spirituelle, c’est la grande mode en ce moment, nous devrions faire une croix sur la croix qui nous a sauvée et accepter des thèses qui peuvent venir du Diable. Qu’est-ce qui est le plus douloureux ?

Porter l’opprobre de n’être pas comme tout le monde affilié à une fédération ou porter l’opprobre de Christ en restant Son serviteur quoi qu’il arrive ?

Bien sûr, Jo et moi sommes fragiles et avons le risque nous aussi de nous tromper mais n’êtes vous pas là les frères pour veiller sur nous et nous reprendre si nous dévions de la doctrine et cherchons à vous entraîner sur des chemins écartés ?

Le Saint Esprit est notre garant et, comme il n’y a pas ici de système pyramidal qui fait que l’un d’entre nous soit meilleur que les autres, nous croyons que tous vont grandir dans la foi et une bonne stature spirituelle.

Nous avons de très bons enseignements venus de nos pères et prédécesseurs et nous nous engageons à inviter des gens de l’extérieur, comme Jérôme ici présent, pour assurer l’équilibre des enseignements que nous vous apporterons car nous ne serons jamais sectaires. C’est la Parole de Dieu qui vous est apportée et surtout pas la nôtre.

Si un jour quelqu’un propose de donner un nom à ce bâtiment et à cette œuvre, mes amis, brûlez-la. Elle doit garder le nom de Dieu.

Un tonnerre d’applaudissements accueilli cette dernière phrase et tous surent que Roger avait répondu à la question qui faisait mal aux pasteurs. Encore une fois, Dieu avait parlé.

Chapitre 22 : L’Église s’organise

L’Église, sans qu’on ne couche sur un papier une quelconque organisation sinon au travers des statuts les mentions légales pour des questions administratives, s’était coordonnée naturellement comme si elle venait de s’inventer.

Nous avions gardé le meilleur, c’est à dire la foi en notre Dieu de la Bible, et avions fait nôtre ce verset qui dit que Sa loi est écrite dans nos cœurs. De cette façon, nul ne pouvait prétendre ignorer cette loi ou l’avoir oubliée à la maison.

Cela évitait les querelles stériles qui perdent ceux qui les font et ceux qui les écoutent et, si deux disciples se disputaient parce qu’ils n’étaient quelquefois pas d’accord, ils avaient vite fait de se rabibocher car l’Esprit qui habitait en eux avait tôt fait de les mettre au pas.
En cas de désaccord plus sérieux, ils avaient pris l’habitude de s’adresser à des frères plus anciens et, comme aucun d’entre eux ne cherchait sa propre gloire, ils trouvaient toujours un terrain d’entente et, si personne ne savait, ils décidaient d’attendre que le Saint Esprit leur montre. Ce n’était pas plus difficile que cela.

Cela nous laissait du temps pour vaquer à des occupations plus utiles que des conversations sans fin et nous préférions parler du comment interpeller nos voisins que discuter doctrine.

Tous, nous avions compris que nous venions des ténèbres, et même les membres d’autres églises qui nous avaient rejoint avaient fini par se faire à l’idée que nous ne naissions pas chrétiens mais que nous le décidions nous-même après avoir abandonné le péché.

Bien sûr, les « déjà chrétiens » savaient ces choses-là par cœur et les répétaient au moins plusieurs fois par semaine mais, il y avait une telle habitude de compromission dans leur environnement, qu’ils trouvaient tout à fait normal de « dire mais ne pas faire ».

En entrant dans l’Église, ils s’étaient rendus compte que ce compromis n’était pas sain, ni saint, et, bien que les pasteurs ne soient pas plus sévères que les autres, entraient dans l’obéissance sans plus discuter et ceux qui voulaient garder leurs péchés ne revenaient pas confirmant la parole qui dit que « le méchant ne subsiste pas dans la maison du juste ».

En fait, c’était tout simplement parce que dans leur ancienne église, ils ne voyaient les frères à des heures fixes qu’une fois ou deux par semaine dans le bâtiment dédié à cela et on avait tôt fait de se couvrir de la pelisse évangélique qui cachait la vie privée. Personne n’y voyait que du feu.

Ici, on était chrétien à plein temps, constamment sous le regard des frères, et il aurait été bien difficile de cacher quoi que ce soit.
Si un disciple était surpris à tricher, il n’avait même pas besoin de penser qu’il allait être jugé, condamné, exécuté et tout le tralala habituel dans les églises, mais il comprenait tout seul qu’il fallait tout de suite abandonner son péché. Moins ils en avaient, plus ils étaient heureux. Le poids de la culpabilité s’en était allé aux orties.
C’est ainsi que certains chrétiens d’habitude ou de tradition se convertirent, bien peu il est vrai, et les autres retournèrent chanter dans leurs églises respectives en disant qu’il n’y avait rien d’intéressant dans la secte.
En se gardant bien de dire qu’ils revenaient mais avec leur péché.

Du coup, débarrassé des trafiquants et menteurs, l’Église de la ville se portait bien et croissait en membres, ceux que les évangiles appellent « ceux qui étaient sauvés ».

A ce moment de l’histoire, ils étaient déjà trente. Vingt baptisées et une dizaine en attente d’approbation car, si il n’existait pas de comité qui décidait si ils étaient chrétiens ou pas, du moins assez pour passer dans le baptistère, il fallait attendre au moins quelque jours avant d’être « trempé » car nos anciens se méfiaient des décisions trop rapides et souvent pas assez réfléchies. La conversion émotionnelle, non merci, on a déjà donné.

Dans la procédure, on n’ajoutait qu’assez peu foi les grandes déclarations dans le genre « Jésus m’a sauvé ! », « Je suis un chrétien maintenant !» ou « Gloire à Dieu, Jésus l’a guéri !».

On préférait entendre le prosélyte dire qu’il avait renoncé à son péché parce qu’il avant enfin compris d’où il venait et qu’il n’y comprenait pas grand chose mais avait décidé de venir à Dieu et se réjouissait parce qu’il y avait un « avant » et un « après ».

En outre, bien plus que ses paroles, son comportement parlait, et le gars ne répétait pas le tas de choses qu’il entendait dire mais changeait carrément et on voyait bien qu’il était passé de la mort à la vie.

Tout de suite, il demandait le baptême et ne temporisait pas comme certains qui trouvaient l’eau trop froide ou voulaient attendre avec je ne sais plus quel prétexte.

Par je ne sais quelle alchimie ou quelle symbiose, ces gens se reconnaissaient entre eux et ce n’était pas une question de caractère ou de stature sociale. Aucun non plus n’était équipé de dons spéciaux ou de pouvoirs surnaturels. Ils se reconnaissaient entre eux. Point, c’est tout.

Ce qui fait que ceux qui évoluaient dans notre environnement, sans qu’ils ne portent une étiquette, étaient reconnus frères ou pas au grand dam de quelques présupposés intrus qui eussent bien voulu s’introduire dans la famille sans y avoir été invités.

Ils arrivaient en général avec de grandes phrases et des versets bibliques plein la bouche. De vrais pasteurs ambulants.
Ils nous faisaient des tirades sur la communion fraternelle, dont ils manquaient assurément, des exposés sur le sang de Christ et la nécessité de la croissance qui ne nous apprenaient rien, et nous eussions préféré qu’ils fassent plus honneur à notre café et remarquent la tranquillité des lieux. Ceux-là ne restaient jamais très longtemps.

Heureusement, il y avait aussi le peuple de la ville et de la région qui venait s’informer de ce nous faisions et, n’étant comme on l’a vu par encore très bien organisés, nous avions vite fait le tour de la question. Nous leur parlions de Dieu et de Jésus qui sauve.

Tous étaient invités à nos « journées porte ouverte », nom pudique que nous avions trouvé pour bien leur faire comprendre que bien que n’étant pas un couvent, nous étions une communauté qui sait se ménager des temps d’intimité. Tous comprenaient à par les farouches chrétiens dont nous n’accréditions pas les thèses.
Cela ne veut pas dire que « les frères d’ailleurs » étaient aussi repoussés.

Il y avait parmi eux des croyants absolument sincères souffrant dans leur église ou ne fréquentant pas d’assemblée du tout pour des raisons dont ils ne pouvaient pas parler.

Avec eux, c’était assez facile car, quand nous discernions un cas, nous l’invitions à se pencher avec nous dans la prière et, face avec Jésus, le Sait Esprit faisait le reste.

Pour ne pas être taxé de voleur d’âmes, nous encouragions hypocritement ce frère à retourner dans son église mais l’invitions tout de même à nous rejoindre quand il le voulait pendant les heures de fermeture c’est à dire quand l’Église était rassemblée.

« Voici, oh! qu’il est agréable, qu’il est doux Pour des frères de demeurer ensemble ! » Psaume 133:1

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Chacun était occupé à sa tâche et les travaux dans le bâtiment de l’Église allaient bon train.

Tous les murs avaient été repeints et le peu de place dont nous disposions aménagé pour recevoir le plus de monde possible aussi confortablement que nous le pouvions.

Les frères et les sœurs avaient mis leurs propres maisons ou dépendances à disposition de sorte que si un invité ne savait pas où dormir, il puisse être accueilli n’importe quand ou si quelqu’un avait besoin d’un atelier ou autre local pour une activité, qu’il sache où aller et faire avancer son commerce.

Les nouveaux convertis étaient pris en charge par Jo qui était apprécié de la jeunesse et le Pasteur Roger, un peu moins bougon que naguère, s’occupait des relations extérieures.

Josiane s’occupait de la paperasserie quand il y en avait, Marcel était responsable des chaises, Jules de la propagande, Gérard d’Orville de l’entretien et tout le monde du ménage à tour de rôle sans se faire prier. Les femmes se réservaient la cuisine et prétendaient que cette fonction était voulue par Dieu essentiellement féminine. Ces messieurs ne les démentaient pas.

Georges Lapige, toujours Maire de la ville, s’occupait lui des considérations administratives et de « la relation inter-communautaire », qu’il disait, car il était apparu que cela remuait un peu du coté des responsables religieux du coin et des mentors politiques. Des bruits de complot mesquin couraient et l’Église avait à son idée besoin d’un diplomate. Il s’autoproclama négociateur.

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Gérard d’Orville, notre vagabond au longs cours était donc resté dans la ville.

Il ne s’était pas converti au sens évangélique mais, allez savoir pourquoi ne pouvait pas quitter ce lieu sans pouvoir se l’expliquer.

Blessé par la race humaine, il ne faisait plus confiance à personne et le Dieu que présentaient ces gens, tout attirant soit-il, ne lui convenait pas.

Tout au long de ses voyages, il avait rencontré des religieux et des spirituels et avait fait plusieurs  expériences  du genre, mais à chaque fois avait été déçu par les adeptes si prompts en bondieuseries mais hypocrites comme pas deux.
Sur les cinq continents, il avait cherché la paix et la sagesse, mais il se trouvait toujours quelqu’un pour lui prouver que tout ça n’était que simagrées et, si l’équipe de Jo lui avait assuré que c’était parce qu’il n’avait pas rencontré « personnellement » ce Jésus dont on parle, il restait bien circonspect car adorer quelqu’un qu’on ne voit pas était au dessus de sa compréhension. Ce n’était pas faute d’avoir essayé.

Il y a quelques années, il avait rencontré une communauté en Suisse qui prêchait et vivait la même chose que ces gens-là, mais la prétention du gourou à régenter son petit monde l’avait fait fuir en courant craignant de se laisser embrigader dans quelque secte.

Il les avait croisés de façon assez peu commune car, ayant trouvé un job dans une ville assez retirée où il ne se passait rien, il avait assisté un soir à une conférence pour tromper son ennui bien que le sujet ne l’intéressa pas plus que ça.
Il s’agissait d’un jeune berger qui, cherchant sa chèvre dans une grotte au moyen orient, avait trouvé une jarre contenant des manuscrits auxquels il ne comprenait rien mais qui pourraient se négocier pour quelque argent qui ferait bien son affaire. Il alla les proposer au marché.

Nous ne savons pas comment, mais ces parchemins se retrouvèrent entre les mains d’archéologues qui surent les déchiffrer et découvrirent avec stupéfactions qu’il s’agissait de récits bibliques anciens d’une grande valeur. Gérard d’Orville fut confronté à la Bible pour la première fois.

Toujours pour tromper son ennui, il acheta au conférencier deux de ses bouquins et se passionna pour cette histoire, d’autant plus que quinze jours après, même lieu et même heure, un autre conférencier vint parler de Jésus et cette fois du nouveau testament.
Les premiers avaient parlé d’une parole vivante écrite dans des manuscrits poussiéreux et le second disait lui que c’était Jésus qui était vivant parce que ressuscité.

Bien sûr, il connaissait ce Jésus de nom comme tout le monde mais ne croyait absolument pas qu’il fût le fils de Dieu. Au pire un révolutionnaire.

Un révolutionnaire qui faisait des miracles quand même mais, comme il n’en avait jamais vu, des miracles, il ne s’en préoccupait pas, mais voilà que ce nouvel orateur parlait de tout cela comme si c’était tout à fait normal.

En plus, il parlait de guérisons, de vie changées, de vies sauvées, de libération de la drogue, de la solitude et du péché. La réelle conviction du bonimenteur eut raison du scepticisme de Gérard qui voulu en avoir le cœur net.

Comme internet n’existait pas à l’époque, il rejoignit un dimanche la communauté de ce drôle de prédicateur pour voir de plus prés de quoi il était question et, si Jésus et son péché ne l’avaient pas touché outre mesure, l’aspect délivrance de la solitude avait intéressé son cœur car était là justement son problème.

Il courait, de ville en ville et de pays en pays, rencontrait le monde et occupait son temps, mais était seul et cela lui pesait.

De plus, la vie communautaire mise en avant par le prêcheur était faite pour l’attirer et ce n’est pas sans arrière pensées qu’il prit la route avec quelque espérance.

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L’endroit était idyllique; n’ayons pas peur des mots.

Un très grand bâtiment, c’était en fait un espèce de château, des dépendances, une chapelle toute neuve, un très grand parc où il devait faire bon flâner, et une communauté d’une cinquantaine de personnes, les enfants y compris, vous accueillant tout sourire.

C’était l’heure du culte et Gérard échappa aux regards curieux et pleins d’amour des résidents de la place. Il s’installa au fonds de la chapelle au dernier rang au cas où il lui prendrait l’envie de prendre la poudre d’escampette. On ne sait jamais.
Le culte était vivant, dénué d’artifices, et les bras levés au ciel dans une louange sincère faisaient plaisir à voir bien qu’il n’adhère pas à cette exubérance.

– Ces gens chantent leur Dieu se dit-il presque prêt à s’émouvoir lui aussi.

Ce n’était pas une messe où les curés vous font lever et asseoir à tout bout de champs et le public, joyeux, semblait être heureux d’être là.

Le temps passa très vite et la prédication bouleversa notre beatnik au point qu’il en oublia où il était et ce qu’il venait faire là.
Il était question d’amour de Dieu, amour d’un père, d’amour d’un fils donné pour le pardon de nos péchés, oui, les nôtres, et de rachat de l’enfer prêt à dévorer les rebelles par un Christ encore vivant aujourd’hui et pour l’éternité.

Il était évident que Gérard ne comprenait pas tout, mais ça collait avec le discours du prêcheur qu’il avait entendu la semaine dernière et lui remuait autant les tripes. Un esprit supérieur cherchait s’emparer de lui et doucement s’imposer.

En fait, c’est le mot « Amour » que notre homme entendait.
Amour, amour, amour. Lui qui en avait tant manqué !

Sa famille, sa femme, ses amis qui ne l’étaient pas, ses relations courtoises mais distendues avec n’importe qui et la solitude, toujours la solitude.

Il ne pensait même pas. L’esprit pensait pour lui et il se laissait aller dans une douce inertie quand quelqu’un lui toucha l’épaule et l’informa que le culte était terminé.

– Déjà ! Se lamenta Gérard en revenant à la réalité.
– Nous avons un repas fraternel, repris la voix, serez-vous des nôtres ?
– Pourquoi pas, concéda-t-il en émergeant du ciel.

Une longue table était dressée dans la pièce principale de la grande maison et notre ami fut dirigé vers une place entre une jeune fille et un garçon sympathique qui lui fit la conversation tout au long du repas.

Il lui raconta qu’il était un routard qui ne savait pas où passer l’hiver et que la communauté lui avait offert le gîte et le couvert gratuitement. Il avait rencontré une véritable famille. Il avait trouvé aussi Dieu le bonheur et la joie.
Du coup, il était resté et était devenu chrétien et Jésus l’avait guéri de sa solitude et de bien d’autres maladies et vices dont il était inutile de parler.
A sa gauche, la jeune fille le regardait tendrement avec un regard de sœur qui découvre un frère. Les autres convives faisaient comme si il n’était pas là ou plutôt comme si il avait toujours été là. Une douce émotion s’empara de notre solitaire.
Il fut invité pour dimanche prochain et c’est le cœur joyeux qu’il regagna son appartement en se disant qu’il avait rencontré des amis.

Et les semaines passèrent.

Week-end après week-end, Gérard d’Orville rejoignit la communauté, et, comme ce n’était pas à côté, il fut convié à dormir au château puisque on avait de la place. Il était presque des leurs.

Outre cette fraternité qu’il avait cherchée de part le monde sans la trouver évidemment, il apprit qu’il était un pécheur et que Dieu ne peut l’accepter dans cet état dans son Paradis dont la communauté n’était que les prémisses. Il devait se repentir, donner sa vie à Jésus et se faire baptiser.

Le vagabond comprit-il le message ou l’accepta-t-il pour ne pas perdre sa douce félicité du moment ? personne ne l’a jamais su et ne lui posa la question. Seul, Dieu savait où en était Sa créature.

Il emménagea dans la communauté en Octobre, laissant son travail qui de toutes façons ne le passionnait pas, et c’est avec joie que les frères lui firent une place parmi eux le considérant comme sauvé. Il était un peu le fils prodigue et le rôle ne lui déplaisait pas.
Mais résidant sur place, il vit aussi l’envers du décor et s’en accommoda du moins tant que sa liberté individuelle à laquelle il tenait par dessus tout n’était point outragée, et c’est bel et bien ce qui se passa dans le lieu idyllique.

Sauf aller en famille, et encore, ces gens n’avaient pas le droit de sortir non accompagnés, ne pouvaient pas écouter la radio, ne fréquentaient pas les chrétiens de la ville voisine, se levaient bon matin pour travailler et dormaient assez peu et, mais ce n’est pas une critique, parlaient de Dieu tout le temps.
Pas que cela déplaisait à notre nouvel adepte qui découvrait la joie d’être bien encadré, mais il y avait un je ne sais quoi de sinistre et il était choqué qu’à la moindre de ses questions on lui dise d’aller voir « le responsable ». Il n’y avait qu’un responsable.
Jean-Michel par ci, Jean-Michel par là, toutes les explications et décisions passaient par Jean-Michel qui se comportait en archange au point que cela en était irritant.

Ce dernier répondait volontiers aux questions mais pas toujours. Surtout quand ça ne l’arrangeait pas.
Or, notre jeune converti en avait des questions et pas seulement d’ordre spirituel et moral. Il s’étonnait en fait de voir que cela ne fonctionnait pas comme dans la Bible qu’il lisait maintenant assidûment, c’est à dire que bien qu’ils soient tous frères, les membres de la communauté n’étaient pas vraiment à l’aise les uns avec les autres, toutefois pour certains, et que beaucoup de sourires ne l’étaient que de façade.
De plus, il avait assisté à quelques scènes de violence envers quelques-uns qui n’étaient plus assez « productifs » , comprendre qui ne ramenaient pas assez d’argent à la communauté, et les menaces étaient bien réelles ce qui tranchait avec la paix en public affichée.

Gérard étant de ceux qui supportent assez bien mais n’aiment pas s’en laisser compter,  demanda des explications au chef de la communauté qui, après avoir tendrement essayé de le circonvenir, le fit comparaître devant le « conseil des anciens » où il lui fut intimé l’ordre de se taire car il n’était qu’un jeune qui avait tout à apprendre et besoin d’être un peu plus sanctifié.
Nous étions désormais devant un problème.

D’Orville prit quelques jours pour réfléchir, jeûner, prier, raisonner et décider ce qui serait le mieux à faire. Renoncer à lui-même, oui, mais pas quand « c’est un ordre » qui semblait-il ne venait pas de Dieu puisque ce dernier ne force jamais personne mais convainc par Son Esprit, ce qu’il avait appris de la bouche même de ces gens qui voulaient lui imposer le contraire. Il prit la difficile et douloureuse décision d’aller voir ailleurs comment les autres chrétiens vivaient leur foi.

Gérard reprit sa route mais cette fois à la recherche de Dieu.

Chapitre 23 ou la Conversion de Gérard D’Orville

Gérard d’Orville s’était bien gardé de raconter cette expérience à ses hôtes et feignait de ne rien savoir sur Dieu malgré tout le mal qu’ils se donnaient.

Ils l’avaient accepté comme il était et il n’avait pas besoin de tricher en faisant semblant de croire pour rester parmi eux. Il n’était même pas le clochard qu’on héberge. Il s’était même surpris à les aimer quelquefois.
Cela lui rappelait une histoire qu’on lui avait raconté concernant une communauté de frères dans le genre de celle-ci qui hébergeait les gens de passage et, pour leur donner une chance, leur permettait de travailler avec eux comme il le faisait ici en ce moment.

Un des invités ayant des compétences de gestion et comptabilité, ils lui avaient confié leurs livres et même la clef du coffre, ce qui étant bien imprudent mais, l’or et l’argent appartenant à Dieu, ces amis ne voyaient pas de malice.

Jusqu’au jour où le comptable d’occasion s’enfuit avec la caisse et les trouva tous dans de beaux draps et bien dépourvus au vrai sens du terme.
Ils n’appelèrent pas la police parce qu’ils savaient pardonner et, bien que jurant qu’on ne les y reprendraient plus, confièrent une fois de plus la comptabilité, et la clef du nouveau coffre, à un autre voyageur de passage qui avait besoin d’être aidé.

Gérard était donc prédisposé à croire que Dieu agissait puissamment et transformait des vies et les exemples qu’il côtoyait tous les jours lui donnaient envie de s’adresser à ce Dieu mystérieux qui se révèle quand on lui demande.
Seulement, il en avait trop vu et, si vivant à l’intérieur de leur communauté il était bien placé pour constater la véracité des sentiments des apôtres et était témoin de leur foi éprouvée, il ne voulait pas se convertir par « imitation ». Il ne voulait plus regarder les hommes.

Si il persistait à faire semblant de croire que Dieu n’existait pas, il ne pouvait qu’être juste avec lui-même et reconnaître que toute son expérience sur la question ne valait pas grand chose en comparaison avec ce qui avait sous les yeux. Ces gens priaient et Dieu bénissait.
« Renoncer à sa vie » était le credo de ses amis prédicateurs et il rigolait bien car sa vie à lui ne valait pas grand chose et c’est sans remords ni regret qu’il l’aurait volontiers accrochée à un clou de la croix car il n’en voulait plus depuis bien longtemps.

Seulement, il y avait « la liberté » et ça, ni Jo ni Roger ne pouvaient lui garantir qu’il la garderait si il sautait le pas et demandait à Dieu de rentrer dans sa vie.

Il en était là dans cette expectative quand il se dit qu’effectivement, il ne valait pas grand chose, et qu’il n’était même pas capable de se réconcilier avec sa mère qui pourtant ne lui avait rien fait de mal.
Il comprit finalement que c’était lui qui l’avait fait souffrir par son départ et son reniement. Il pensa au fils prodige dont il entendait l’histoire tant de fois depuis ces dernières semaines et cette idée ne le quitta plus.
Elle devint même si pressante qu’il piqua dans la bibliothèque un petit bouquin qui enseignait « les quatre pas vers la foi » et alla dans le jardin public se cacher sur un banc loin de toutes influences d’autant plus qu’il n’avait pas besoin de témoins. Il savait ce qu’il allait faire.
Le petit bouquin enseignait comment venir à Dieu.
Il y avait un dessin qui représentait un précipice et, derrière la faille, le terrain de Dieu et une croix plantée. Bien visible.
Il savait qu’il était du mauvais coté et accepta son statut de pécheur et compris que Jésus était venu le sauver par ce sacrifice incompréhensible pour celui qui refuse l’amour et l’existence même de Dieu.

Gérard était là, sur ce banc, une pluie fine lui transperçait les os mais il ne la sentait pas. Pour la première fois, il s’adressa vraiment à ce Père.

– Je reconnais que je suis un pécheur et je te demande pardon d’avoir douté de ton existence. Voilà ce que j’ai fait et je le regrette maintenant.

Le garçon énuméra ses péchés du moins ceux dont il se rappelait à l’instant en sachant bien qu’il n’y avait pas le compte.
Puis, timidement, il demanda à son Père de l’accueillir dans Sa maison et, s’aidant du petit bouquin, il répéta par trois fois la prière de renoncement à lui-même pour être sur de bien l’avoir faite.

La croix bascula, se coucha en travers du précipice, et Gérard d’Orville marcha d’un pas assuré vers la cité de Dieu.

Chapitre 24 ou les fruits de l’Église

A peine trois mois s’étaient écoulés depuis le jour où l’Église avait déménagée du « bistrot d’en face » dans les murs lui servant de point de rendez-vous, et nous étions maintenant à peu prés soixante personnes dont quelques unes restaient à baptiser.

Gérard d’Orville n’avait pas voulu attendre et avait aussi demandé le baptême à  ses frères. Il voulait témoigner au plus vite de  sa « résurrection » comme il se plaisait à le dire, et on le trempa dans la piscine de la ville avec l’accord du Maire qui vit là une occasion d’affirmer sa foi aux yeux de tous au grand dam de ses ennemis politique.

Il est vrai que c’était la grande mode à l’époque de la promotion de la laïcité, et ceux qui disaient ne pas croire en Dieu l’avait attaqué en plein conseil municipal de façon violente. Les bâtiments administratifs ne devaient pas être utilisés pour les activités d’un culte.

Georges Lapige, qui avait appris à prier, demanda vite à son Seigneur ce qu’il fallait leur répondre et Jésus lui dit en souriant…

– Ouvre la bouche et je la remplirai.

Dominant son public effaré, le Maire de la ville, tint un raisonnement absolument extraordinaire si on en croit les journalistes présents qui se firent une joie de raconter la scène intensifiant quelque peu à l’émotion qu’on devine.

Le Maire avait dit…

– Nous avons des églises qui appartiennent à la commune et occupées par « l’église catholique » qui nous paye un loyer.
Personne ne voit de mal à ce qu’on y célèbre des baptêmes, des mariages, des messes ou autres rencontres religieuses.
Nous louons la salle municipale aux Protestants chaque année quand ils présentent la Bible dans le cadre de leurs activités.
Nous mettons à disposition cette même salle aux partis politique dont certains sont considérés par leurs adversaires comme de vraies religions, et nous accordons aux associations l’utilisation des locaux prévus à cet effet.
Elles reçoivent tout le monde même les bouddhistes et autres mouvements dont certains sont pourtant jugés plutôt un peu olé-olé car traitant de spiritualité.
La piscine sert à nager et accueillir des manifestations intéressant nos administrés, et je ne vois pas pourquoi ceux qui l’utilisent ne pourraient pas y prier si cela leur fait plaisir. Allez-vous empêcher aussi le peuple de respirer ? »

L’élu communiste desserra sa cravate et le premier adjoint, membre d’une loge maçonnique, eut une vision prémonitoire. Il entrevoyait la municipalité retirer son agrément aux multiples structures associatives de façade cachant discrètement des activités plus prosélytes qu’autre choses et financées par les deniers publics. Il fallait céder au Maire.

Le public, qui n’avait pas de parti pris et était plutôt amusé par la tirade du Maire, lui fit une ovation et l’Église emporta la permission de baptiser exceptionnellement ses ouailles à la piscine municipale. Dans le petit bassin pour plus de sécurité.

La gazette de la région ayant répandu la nouvelle, ce sont au moins trois cents personnes qui assistèrent au baptême de l’ex-SDF et entendirent son témoignage alors qu’il n’en demandait pas tant.

Personne n’a jamais su pourquoi nous n’avions pas utilisé comme d’habitude le baptistère de l’Église, mais, les voies de Dieu restant impénétrables, nos croyants se réjouirent en constatant une fois de plus que ce dernier avait bien plus de culot qu’eux.

« Car ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse. » 2 Timothée 1:7

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Et la vie continuait dans la ville et, quand je parle de vie, ce n’était plus celle austère que connaissaient les chrétiens de naguère, du moins de la communauté qui les avait précédée, mais une vie riche d’événements, de joies et de victoires. Plus personne maintenant ne se cachait.

La grande différence avec les chrétiens d’église qu’on rencontrait dans leur bocal, c’est que le discours n’était pas le même.

Un « chrétien d’église », quand il « évangélisait », disait à son interlocuteur…

– Viens à l’église Dimanche, nous aurons un orateur exceptionnel, ou « un groupe de chant très béni », ou encore « tu vas rencontrer des gens plus qu’intéressants ».

Il ne parlait jamais de Jésus, du péché ou de l’enfer, et laissait cette joie et cette responsabilité aux prédicateurs qui après tout étaient payés pour cela.

Quand il essayait par eux-même, ils bredouillait des phrases apprises par cœur et qui n’avaient aucun sens pour ses auditeurs qui n’avaient aucune idée de ce que voulait dire la fameuse affirmation « Jésus sauve !» et, le seul truc qui pouvait les intéresser en était une autre : « Jésus guérit !».

Là, comme tous souffraient de quelque chose, il était bénéfique de se laisser entraîner « à l’église » et, si quelques uns d’entre eux expérimentaient parfois les charismes, ils se retiraient vite en constatant qu’il s’agissait souvent de publicité mensongère.

Pour les autres, qui avaient « accroché » pour une raison ou une autre (solitude, misère, évangile de la prospérité), ils se fondaient vite dans la masse en apprenant les chants évangéliques et le patois de Canaan. En trois visites, on devient chrétien mais…

Mais il y a un « mais » et on connaissait très vite le prix à payer.

Oh ! Pas seulement la dîme ou les sommes pas toujours modestes qu’il fallait débourser, mais aussi l’abandon d’habitudes pas bibliques et, si certains réussissaient à donner le change en laissant de côté les péchés les plus voyants, la continuation dans les œuvres du diable était une vraie torture car il fallait la cacher. Ils ne trouvaient dans ces conditions jamais la paix.

Cela donnait des blessés avec les nerfs à fleur de peau, des raisonnements débiles pour expliquer leur mauvaise volonté, une angoisse permanente d’être découvert et de ne plus pouvoir tricher et une relation tendue avec ceux d’entre les frères qui avaient compris quelque chose à « l’abandon des œuvres mortes« .

Malheureusement, il n’y en avait pas beaucoup, quelquefois aucun, et même « les pasteurs » pratiquaient ouvertement le contraire de ce qu’ils prêchaient ce qui rassurait plus ou moins tout le monde.

Il en sortait de « l’église » autant qu’il en rentrait, les plus spirituels étant bien sûr assimilés au nombre d’années qu’ils fréquentaient l’assemblée.

Le credo était : « Plus tu es soumis, plus tu restes, et si tu te laisses formater, tu seras heureux et tu vivras. »

Les récipiendaires de ce drôle d’évangile étaient grande majorité dans  les églises et il ne faut pas s’étonner si ils étaient austères, voire moroses, malgré les sourires d’apparence et même moribonds mais tout le monde sait cela. Même toi ami qui me lis.

Au sein de l’Église de la ville, c’est exactement le contraire qui se passait.

Les frères reconnaissaient qu’un de leur prosélyte était « venu au Seigneur » non pas à son discours, aussi spirituel soit-il, mais à la physionomie et à « l’esprit » qu’il dégageait.

Par exemple, quand Gérard D’Orville était définitivement passé des ténèbres à la Lumière, le soir-même, il n’était plus le même homme.

Lui qui était toujours triste, fuyant et perdu dans ses pensées, avait le visage illuminé comme si il avait rencontré le ciel ce qui ma foi correspond assez à la description qu’on avait pu en faire.

C’était comme le Zachée de la Bible.

C’est homme était un vilain péager qu’un jour Jésus interpella en lui disant…

– Il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison  (Luc 19:1-10)

Il est écrit que Zachée se hâta de descendre (de son arbre) , et le reçut avec joie.

Absolument tous les gens qui rencontrent Jésus et le laissent entrer dans leur maison ont cette particularité de changer immédiatement de caractère et de physionomie. De tristes, maussades et c**s qu’ils étaient au départ, ils sont devenus joyeux que ce soit dans la Bible pour ceux qui faisaient une telle rencontre que dans la vie de tous les jours aujourd’hui quand un pécheur se repent.

A ne pas confondre avec un pécheur qui se repends (du verbe pendre) en « retournant dans le monde », c’est à dire en quittant la Maison de Dieu, et ne vous étonnez pas si vous voyez tant de « chrétiens » si tristes et mal fichus comme nous en croisons tous les jours.

Mais comme tous ceux qui sont venus à la Lumière, Gérard était rayonnant quand il est rentré le soir à l’Église et les frères lui ont demandé…

– Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

Il n’a pas répondu et a encore été se cacher pour profiter dans son intimité de cette nouvelle naissance qui venait de le transformer et n’avait qu’un seul nom.

Cette nuit-là, pendant son tête à tête avec son Seigneur, le garçon reçu des promesses et un ordre de route pour sa nouvelle vie.

– Tu ira chercher ceux qui sont comme toi.

De clochard d’habitude, notre homme fut propulsé au rang d’évangéliste. Il en sauva des centaines et peut-être bien des milliers.

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Des exemple comme celui-là, on en comptait déjà au moins soixante dans l’Église de la ville.

Jo, Roger, Martine, Jules, Marcel, Baptiste, Josiane, Georges et les autres, tous avaient reçu ce cadeau merveilleux alors qu’ils n’avaient en fait rien demandé mais étaient entrés dans l’obéissance.

Tous, sans s’être concertés, avaient vécu la même expérience et n’avaient plus besoin de livres spirituels ou présentés comme tel pour rencontrer le Dieu vivant qui parlait à Ses enfants et les guidait dans la voie qu’il devaient suivre.
Tous avaient un Job et un seul et même patron. L’Éternel des armées.

A propos de job, Jo et Roger ne touchaient plus aucun subside de leur ancienne fédération et, ne voulant pas pointer au chômage, avaient dû trouver un travail séculier pour ne pas être à la charge de la jeune communauté qui grandissait à défaut de grossir.

Bien sûr, ils auraient pu revendiquer un salaire mais  trop d’abus avaient été constatés dans la corporation à ce propos. Pasteur n’est pas un métier mais un appel de Dieu, un ministère, et ils auraient été gênés d’accepter la proposition des frères en ce sens.

Ne serait-ce que pour rester libres de proclamer la Vérité, ils devaient être indépendants financièrement et considéraient les dons comme appartenant à Dieu pour l’avancement de Son œuvre. Ils n’y touchaient jamais pour eux-même.

Encore une fois, leur Seigneur avait pourvu et Roger s’était vu proposer un poste dans une association qui se préoccupait de littérature et Jo entra au service d’une société d’ambulance qui lui offrit la formation pour le brevet.

Bien sûr, quelques mauvaises langues prétendirent que le Maire les avait pistonnés, mais ils avaient leur conscience pour eux et ne se laissèrent pas déstabiliser par les ragots. Leur préoccupation était d’assurer la conduite de l’Église et du temps qu’il leur restait pour exercer le ministère.

Alors, ils avaient formé les premiers disciples à assurer les tâches courantes dans l’Église et Dieu donnait Lui-même les capacités et la volonté de bien faire. Il pouvaient s’absenter sans crainte et leurs jeunes frères commençaient à prêcher.

Puisqu’ils étaient capables de développer le plan du Salut à un particulier, pourquoi ne parleraient-ils pas à soixante disciples et même aux foules s’ils en avaient l’occasion ? Jésus n’avait pas de micro n’avait pas fait d’école biblique.

Les besoins des membres de l’Église étaient répertoriés et, s’ils n’en étaient pas encore à partager équitablement leurs biens comme dans les Actes des Apôtres, personne ne manquait de rien et il n’y avait pas non plus de surplus.

Si l’un ou l’autre avait besoin d’un job ou d’une nouvelle voiture, c’est tous qui priaient ensemble ou chacun chez soi et aidaient l’autre à obtenir ce dont il avait besoin et, quand ils ne pouvaient pas, c’est Dieu Lui-même qui pourvoyait comme pourrait le raconter Baptiste.
Son passé de voleur lui avait valu quelques soucis avec les gendarmes et la justice et il était connu dans la région pour être un garnement à qui on ne pouvait pas faire confiance.

Animé d’une bonne volonté hors du commun, Baptiste avait écumé les propositions d’emploi et bureaux de placement de la commune et celles environnantes mais, outre le fait qu’il ne savait rien faire, il était devenu timide et n’avait pas confiance en lui-même. Personne ne voulait de lui.

Là encore, les frères réunis élevèrent la voix vers Dieu et « réclamèrent » un travail pour l’un des leurs en ayant l’assurance que c’était dans Sa volonté et qu’Il leur donnerait ce qu’ils avaient demandé.

Le lendemain, Baptiste n’avait pas encore honoré son premier rendez-vous que le conducteur d’une limousine lui demanda son chemin dans la rue.

Comme s’était dans sa direction, Baptiste proposa de le piloter et en profita pour parler de Jésus comme si c’était vraiment le moment.
Le chauffeur, peu décidé à écouter son histoire, le fit taire gentiment et lui demanda qui il était et le garçon répondit qu’il était serrurier ce qui était un peu vrai vu son passé de cambrioleur. Il avait en fait dit la première chose qui lui passait par la tête.

– Serrurier, répondit le conducteur un peu pensif, voulez-vous un travail jeune homme ?
– Ben, je ne suis que débutant et j’ai besoin de formation.
– Je peux vous arranger cela car dans mon entreprise, j’ai un chef d’atelier qui va prendre sa retraite et qui cherche un jeune à former. Cela vous intéresse-t-il ?
– Cela me plairait assez mais il faut que je vous dise…

Rougissant, Baptiste raconta son histoire sans rien cacher de son passé et expliqua comment il crochetait les serrures mais n’avait jamais appris à les remettre en état. Ce job lui plairait bien et il voudrait bien essayer.

L’homme le regarda avec un sourire et ne lui avoua pas que lui-même avait fait dans le temps de la prison pour des erreurs de jeunesse. Il avait eu sa chance et, en lui donnant sa carte de visite, il se dit que c’était à son tour de renvoyer l’ascenseur.

– Demain à l’usine à huit heure. Nous vous attendons.

Baptiste remercia dans son cœur son Dieu qui sait y faire et téléphona à son rendez-vous pour se décommander. Il avait enfin trouvé du boulot.

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Pendant ce temps, l’équipe à Jo s’était organisée pour assurer un semblant d’organisation dans l’Église mais il n’y avait rien de figé.

On disait « l’équipe à Jo » car ce dernier était très proche des jeunes et n’avait pas son pareil pour accueillir les nouveaux arrivants et insuffler ce charisme à ses protégés qui trouvaient à leur tour naturel de se mettre à la disposition des autres.
Il faut dire que les « célibataires » étaient plus disponibles que les frères vivant en famille ce qui n’empêchait pas ces derniers de mettre la main à la pâte et d’ouvrir la porte de leur maison quand besoin en était.

En fait, il était prêché que rien ne leur appartenant en propre, et si ils continuaient à assurer la gestions de leurs biens, ils comprenaient que l’or et l’argent appartiennent à Dieu qui met ce moyen à disposition des hommes mais que ces moyens doivent rester disponibles pour Son oeuvre en tout temps.

Cela évitait la capitalisation au travers de structures pas toujours bien contrôlées par la faiblesse humaine et les dérives que nous avions hélas constatées au sein de beaucoup d’organisations religieuses.

Et comme chacun donnait ou prêtait volontairement, c’est à dire en en ayant vraiment envie, nous ne rencontrions pas de problème d’argent dans l’Église.

Les repas en commun perduraient midi et soir dans les locaux et chacun apportait sa quote-part. Même pour les visiteurs, il n’y avait jamais de prix demandé.

Pour les frais relatifs au bâtiment par lui-même, un tronc très discret avait été déposé dans une des salles et chacun venait glisser son obole sans aucune sollicitation de la part de qui que ce soit.
Nous avions aussi éliminé les demandes d’argent, récurrentes ou pas, et nous croyions fermement que Dieu subvenait à tous nos besoins. Seuls, les membres de l’Église savaient ces dispositions et les gens de l’extérieur n’étaient pas invités à participer.

Pour la question de la dîme, il avait dés le début été décidé qu’elle n’était pas obligatoire, que les frères savaient ce qu’ils avaient à faire selon leur budget, et de toutes façons, l’Église n’ayant pas beaucoup de besoins pour elle-même, la plus grande partie du pécule était réservée à l’accueil et aux pauvres c’est à dire à ceux qui en avaient besoin. Qui qu’ils soient.
Bien que cela soit très informel, des commissions avaient été mises en place qui se partageaient le tâches que Jules le cafetier nommait pompeusement « Ministères ». A l’apéro, il avait raconté au facteur pour se ficher de lui et l’impressionner…

– Nous avons le Ministère de l’évangélisation, celui de l’accueil des visiteurs, le Ministère Pastoral, le Ministère de l’organisation écrite (il parlait du bureau administratif), Celui de l’enseignement et de la croissance et, en faisant d’un clin d’œil une discrète allusion au Maire, le Ministère des relations extérieures.

Le facteur n’en croyait pas ses oreilles et le raconta à sa femme qui se chargea d’en faire profiter tout le quartier et la rumeur se répandit au marché où l’épouse de Roger faisait ses courses.

– Comment dois-je vous appeler maintenant ? lui demanda finaud le primeur, Madame la Ministresse ?
– Pardon ? fit Martine interloquée
– Oui, il paraît que le pasteur a gagné un poste de ministre dit l’autre pince sans rire
– Vous voulez m’expliquer ?

Et le vendeur de légumes raconta l’histoire à la femme du pasteur ahurie d’autant plus qu’il en rajoutait pour mieux profiter de l’aubaine.

Et ça vient du facteur et de Jules ? se fit confirmer la pastourelle méditant déjà sa vengeance, nous allons voir ce que nous allons voir et ces deux ne perdent rien pour attendre.

Rentrée chez elle, avec la complicité de Maria qui savait se servir d’un ordinateur, elle composa des faux courriers à l’entête de la république en prenant soin de bien faire apparaître le logo bleu-blanc-rouge sur les enveloppes, les adressa à quelques-uns, et envoya le tout à une amie à Paris pour qu’elle les poste de la capitale. Il fallait que ça fasse vrai.

Quelques jours après, le facteur trouva dans sa sacoche postale les supposés Présidentiel courriers destinés à Monsieur le Ministre du Culte en Église de la ville, Monsieur Le Ministre de l’évangélisation (à l’adresse de Jo) et un autre destiné à Jules comme Ministre de l’implantation d’église.

Si le pasteur Roger goûta fort peu à la plaisanterie, Jo fut plus conciliant et le maître du bistrot compris tout de suite d’où ça venait mais ne dit rien laissant perdurer sa blague et asticotant le facteur qui s’était précipité chez sa femme pour affirmer que les membres de l’Église allaient être décorés. L’information qui fut aussitôt relayée.

Dans toute la ville, on ne parlait bientôt plus que de ça et le Maire informé par la rumeur publique fut un peu vexé qu’on ne l’ait pas prévenu avant mais comprit vite de quoi il s’agissant quand le député Gaétan Vachère, son ennemi de toujours, l’appela furieux pour lui demander qu’est-ce qu’il avait encore manigancé avec ses appuis politiques. Allez savoir pourquoi, il ne le détrompa pas.

Bon, ce nouvel événement ne dura pas longtemps et fit rire à gorge déployée le petit peuple du canton et surtout lui montra qu’une église n’est pas nécessairement austère.

Ce qui permit à Jo de préparer son prochain sermon d’évangélisation avec pour thème les noces de Cana durant lesquelles Jésus avait transformé l’eau en vin ce qui prouvait qu’il n’était pas si religieux que ça et savait s’amuser.

D’ailleurs, l’histoire nous amena du monde, et le dimanche suivant le bâtiment de l’Église était complet au point que ce jour-là nous dûmes organiser non pas une, mais deux rencontres à destination de ceux qui voulaient écouter la Parole de Dieu.

– Quand je pense qu’il y en a qui organisent des concerts pour attirer du monde, confia Roger à Jo le lendemain matin, mais qu’est-ce qu’il leur a pris ?
– Je pense tout simplement que le Seigneur veut nous montrer quelque chose, répondit Jo méditatif.
Nous avons engagé des campagnes de distribution de tracts dans les boites à lettres, les jeunes veulent aller chanter dans la rue et taper aux portes, nous cherchons des occasions d’évangélisation, mais il faut bien reconnaître que tous ces moyens ne portent que peu de fruits et que les âmes nous rejoignent d’une autre manière. Cherchons la vraie recette de notre succès relatif .

En effet, Jo et Roger étaient bien placés pour constater que c’étaient « les événements » et non des techniques qui avaient emmené plus de soixante personnes au pied de la croix ces trois derniers mois et que, à part servir dans l’obéissance, ils n’avaient pas vraiment organisé grand chose en ce sens.

« Samuel dit: L’Éternel trouve-t-il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, comme dans l’obéissance à la voix de l’Éternel ? Voici, l’obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l’observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers. » 1 Samuel 15:22

– En fait, reprit Jo, je pense que c’est plus notre témoignage qu’autre chose qui a attiré ces gens vers le Seigneur même si nous n’avons en définitive rien fait ou si peu pour cela car nous n’en avons pas trop eu le temps.
Ils ont été touchés par la grâce qui nous anime et c’est vrai que nous ne prêchons pas une religion ou une dénomination, mais au contraire nous portons notre regard sur Dieu Lui-même ce que nous avions perdu l’habitude de faire avec nos structures riches financièrement mais pauvres spirituellement.

Regarde tous ces frères que nous n’avons pas eu à convaincre avec des mots sempiternellement ressassés, ils sont capables de parler de leur foi sans crainte et sans rien rajouter.
Le fait que nous ayons fait une distinction entre « le monde » et l’Église dés le départ leur a donné une identification céleste et ils n’ont pas à se défendre des religieux car les doctrines ne les intéressent pas. Ils vont tout de suite à l’essentiel et ne parlent pas de  » leur  église » mais du besoin de Salut et de Dieu.

Le résultat en est que l’évangile est prêché dans sa vérité et que les scories ne sont même pas mentionnées.

D’ailleurs, quand ils parlent entre eux, il est plus question de salut pour les perdus que « d’histoires d’églises » et, même s’ils ont besoin d’être affermis et si certains font encore quelques bêtises, ils ont tous ce besoin d’être nourris spirituellement et je bénis mon Dieu chaque soir d’en être arrivé là.

– Oui, répondit le vieux pasteur, je devrais être étonné de ces résultats mais cela me semble naturel quoi que je me demande jusqu’où nous irons comme cela.
– Dieu seul le sait dit Jo avec un peu d’appréhension lui aussi.

Jésus, du haut des cieux, approuva et se demanda Lui aussi jusqu’où ils pourraient aller.

Chapitre 25 ou le fardeau de la croissance

Le primo réflexe du pasteur Roger fut de penser qu’il faudrait penser à trouver une nouvelle salle bien plus spacieuse car, au train où allaient les choses, ils seraient bientôt à l’étroit.

Mais l’Esprit de Dieu lui rappela bien vite que l’Église n’était pas un bâtiment et qu’au contraire, les mauvaises habitudes qu’avait pris la chrétienté avait freinée son expansion plus qu’autre chose et que dans les lieux de cultes fréquentés par des religieux qui se disputent on trouvait bien peu de vrai témoignage et l’humanité était en train de crouler sous le péché.

Même dans les églises, ou du moins ce qu’on appelait « églises », ce péché abondait, et la norme était maintenant à des thèses parfaitement anti-biblique enveloppées dans un discours trompeur qui ne pouvait plaire à Dieu. Les fruits étaient amers et Roger n’y pouvait rien changer.

Par contre, l’expansion de l’Église dans sa ville à laquelle il n’avait pas pensé changeait le schéma auquel il était habitué qui voulait que, quand un bâtiment était trop fréquenté, on en ouvrait un autre dans un autre quartier et aussi des annexes ou « églises filles » édifiant ainsi de nouvelles communautés.

Mais cette façon de procéder fabriquait des clones de l’église mère, et si la qualité de ce qui était prêché dérivait ne serait-ce que d’un petit iota, c’était des centaines voire des milliers de personnes qui recevaient un faux enseignement et le propageaient à leur tour.

En fait, c’était « le système » qui était reproduit et Roger savait maintenant que celui au sein duquel il avait évolué pendant tant d’années était plus pervers qu’autre chose et fabriquait des religieux à défaut de sauver les gens. Il allait devoir aviser.

La solution aurait pu être d’instituer des « d’églises de maison » ou « cellules », mais cela revenait au même et favorisait la division car c’est bien connu, dés qu’un homme a un peu de pouvoir, les responsables de ces cellules par exemple, il devient vite un gourou même si ce n’était pas son intention au départ.

Maintenant, reposait sur l’âme de Roger le fardeau de la croissance. Il s’ouvrit de ses pensées à Jo qui l’accueillit avec un sourire.

– Je sais, j’y pense moi aussi et les frères commencent à m’en parler.
Nous sommes un peu dépassés par les événements et, si gérer les nouveaux convertis et les enseigner ne pose pas encore de problèmes, qu’en sera-t-il quand nous dépasserons les limites de la ville ?
– Oui, mais ouvrir une autre salle ne me parait pas opportun, répondit Roger, et je ne sais comment faire pour organiser des rencontres car les auditeurs sont de plus en plus nombreux et nos frères ont tous besoins d’être enseignés.
– Peut-être les autres églises, risqua Jo sans trop y croire, où en sommes-nous avec la Pastorale ?
– Je ne pense pas qu’ils soient prêts à accepter nos idées.
Déjà que nous ne savons pas trop nous-même où nous en sommes, dit Roger avec un peu de crainte, je me vois mal leur proposer d’ouvrir leurs locaux à notre pratique. Cela serait pour eux une trop grande remise en question.
– Oui, ils n’y sont pas prêts et à moins d’un miracle, ils n’accepteront jamais.
– On peut toujours leur demander, osa Jo plein d’espoir, quand les revoyons-nous ?
– Jeudi en quinze. Je vais me préparer.

Ce que ne savait pas nos deux pasteurs, c’est que Jésus avait déjà pourvu question réponse mais ils n’avaient pas compris qu’ils étaient déjà sur la bonne route. Il leur suffisait d’avancer.

Bien qu’ils aient compris intellectuellement que l’Église n’était pas un ou plusieurs bâtiment ou des structures ecclésiales, ils avaient  toujours en tête ce concept « d’église locale » mentionné dans le nouveau testament, mais sa mise en pratique s’était avérée assez maladroite.

Même en prêchant cet aspect, les églises instituées n’aiment pas trop que leurs membres se réunissent « hors des murs » pour partager la Sainte Cène qu’elles l’interdisent parfois, l’enseignent entre adeptes ou autres activités ecclésiales non « encadrées ». Toute activité religieuse doit être « contrôlée » par la structure sous prétexte que des abus existent ce dont nous sommes très conscients.

Le résultat en est un appauvrissement spirituel des frères, la crainte de mal faire, et un joug omniprésent pesant sur le cœur des gens sincères car il y en a toujours même dans les églises apostates.

Jo et Roger ne voulaient pas faire le procès des églises mécréantes mais comprendre et éviter leurs erreurs car ils en étaient à un point où il ne faut pas se louper. L’avenir de l’Église de la ville était entre leurs mains ainsi que le travail d’une vigne élargie que Dieu leur avait avait confié en dépôt.

Si ils n’avaient pas la moindre idée des limites géographiques, ils savaient intimement que ce qui comptait était la qualité du service et qu’ils ne pouvaient se permettre de construire en vain. Ils se penchèrent dans la prière et demandèrent à Jésus le secours.

Jésus, Lui, n’avait pas cette fois de miracle à leur proposer et mesurait la difficulté des ces frères à comprendre comment ils devraient continuer.

En fait, Il ne pouvait pas leur rabâcher sans cesse qu’ils devaient Lui faire confiance et que c’est Lui qui construisait Son Église, eux n’étant que des instruments discrètement utilisés par le Père pour servir Ses desseins.

– Les chrétiens ont parfois la tête dure se dit-Il en souriant aimablement.

Il fallait donc que nos amis découvrent par eux-mêmes comment s’en sortir et le meilleur moyen était encore de les laisser trébucher.

Jo et Roger crurent bon de réunir leurs frères pour leur soumettre les idées qu’ils n’avaient pas et leur demander leur avis.

Bien sûr, ceux qui venaient des autres églises proposèrent tout de suite les cellules de maison et un éventuel partenariat avec les autres assemblées bien qu’il fut de notoriété publique qu’elles n’avaient pas le même fonctionnement.
De plus elles étaient plus habitées par des morts que par des êtres régénérés par la nouvelle naissance quoi qu’elles en prêchaient, et on se voyait mal leur confier les âmes.

Surtout quand lesdites âmes étaient des petits agneaux juste nés et mignons à croquer.

D’autres parlèrent de demander au Maire la mise à disposition de locaux municipaux et de rééditer l’histoire de la piscine.
Mais ce dernier, Georges Lapige, eut tôt fait de les en dissuader car cela serait ouvrir la porte aux demandes expresses des sectes et on ne s’en sortirait pas. Ce qui avait « été conduit » une fois ne devait pas être récupéré d’autant plus que ce n’était pas logique à cause des lois sur la laïcité.

Mais, puisque nous avons ouverts nos maisons, pourquoi ne pas officialiser des lieux de rencontre et constituer un réseau et une organisation ? Proposa un des frères
– Oui, c’est une bonne idée répondirent Roger et Jo en même temps, nous pouvons faire cela.

Et commencèrent alors les problèmes.

Très vite, les frères désignés pour accueillir les réunions naguère improvisées se sentirent investis d’une mission spéciale et prirent très au sérieux leur nouvelle responsabilité.

Ils ne tardèrent pas à vouloir devenir plus spirituels les uns que les autres, parlèrent d’école biblique, achetèrent pour certains des bouquins d’apologétique , commencèrent à se mesurer, se critiquer et les disputes éclatèrent au sein du Peuple de Dieu dans la ville.

Heureusement, les pasteurs du troupeau viellaient et, voyant les brebis commencer à se déchirer, décidèrent de mettre le holà et réunirent en urgence l’église. Roger pris la parole.

– Mes frères.
Il y a à peine dix jours, nous avons voulu nous structurer pour organiser l’Église et déjà naissent des dissensions causées par des jalousies qui n’existaient pas auparavant. Nous sommes absolument certain d’avoir fait une erreur à laquelle il faut remédier au plus vite.

Je confesse que croyant bien faire, nous avons donné des responsabilités à certains d’entre nous et je veux ce soir vous faire remarquer plusieurs choses.

Tout d’abord, avons-nous prié avant de prendre une telle décision et avons-nous demandé au Saint Esprit de nous guider dans le choix des frères qui ouvriraient officiellement leur maison ? Non, nous ne l’avons pas fait.

Ensuite, les premières escarmouches ont vite dégénéré et personne n’a cherché l’apaisement alors qu’il était évident que c’était une affaire d’église et pas seulement une question d’ego qu’il reste à attendrir, et les plus sensés d’entre nous auraient dû demander une réunion comme celle que nous avons convoqué ce soir. Nous avons tous fauté.

Enfin, cette alerte nous montre que nous nous sommes trompés de direction et que nous devons cesser tout de suite cette manière de faire qui ne nous apporte que de la malveillance et du tourment que nous refusons maintenant par le nom de Jésus.

L’autorité du serviteur de Dieu fit reculer le diable qui avait tenté de s’introduire dans l’Église mais que la vigilance et la probité des frères recteurs avait repoussé.

Encore raté ! Se lamenta celui-ci.

D’accord, repris Roger, nous avons vu notre faiblesse mais cette aventure nous a montré des failles que nous allons nous efforcer de combler.

Tout d’abord, la jalousie a pointée le bout de son nez et l’orgueil a montré de quoi il était capable.
Bien sûr, nous avons renoncé à tout cela mais les circonstances viennent de nous montrer que nous sommes fragiles et que celui qui est debout doit prendre garde de ne pas tomber.

Je propose que nous nous humilions devant Dieu et lui demandions pardon de cette bavure. Nous le ferons chacun dans votre chambre, seuls devant notre Maître, afin de ne pas subir les influences les uns des autres. Notre foi est personnelle et devons régler nos comptes avec le Seigneur chacun pour soi.

Par contre, certains d’entre vous ont été blessés les uns par les autres, et il est temps ce soir de réparer.
Je vous propose de vous rencontrer individuellement et, sans hypocrisie, vous demander pardon afin qu’il ne subsiste aucune racine d’amertume et que tous n’en soyons infectés. Demain matin, au lever du soleil, tout sera revenu comme avant.

Pour les « accréditations », nous allons les libérer et que les frères qui en étaient récipiendaires ne considèrent pas cela comme un blâme ou quelque chose comme cela mais comme une sécurité en faveur de notre communauté et surtout en pensant à ceux qui viendront et doivent nous trouver purs et sans tâche.
Disons que pour le moment, nous suspendons cette expérience dans l’attente de trouver une autre formule qui sera plus en phase avec la volonté du Seigneur. Jo, as-tu quelque chose à rajouter ?

– Oui répondit ce dernier.

Nous avions déjà oublié que c’est Jésus qui ajoute tous les jours à l’Église ceux qui sont sauvés et je crois de tout mon cœur que c’est à Lui-même d’organiser la croissance.
Notre erreur a été de distribuer des rôles et notre propre mission est devenue plus importante à nos yeux que notre devoir d’écouter. Je suis moi-même tombé dans ce piège et je vous avouerais que ce n’est pas la première fois.

Je demande à chacun d’entre vous de veiller les uns sur les autres surtout si le Seigneur leur donne quelques responsabilités, et vous encourage à rester en permanence dans de telles dispositions.

L’adversaire le diable rôde comme un lion rugissant en cherchant qui dévorer. Le moindre écart peut nous être fatal et, si Dieu à voulu nous rassembler en Église, ce n’est certainement pas pour rien.

Nous n’existons que par l’unité, l’amour fraternel et le partage, mais aussi faut-il que ce partage soit bien évalué.
Donner trop de prérogatives à l’un ou l’autre peut se révéler dangereux et laissons le privilège à Dieu de nous équiper de ses dons selon les besoins de la mission et cela sans discuter et en le bénissant si un frère a été non pas privilégié mais équipé en vue du Salut pour tous et de la croissance de l’Église.

C’est en nous appropriant cela que nous ferons la volonté de Dieu et remplirons le gage qu’il nous à confié de nous occuper de notre ville et de ses alentours.

Soyons en paix mes frères et continuons à nous aimer les uns les autres.

Pour l’organisation, laissons désormais Dieu agir dans nos vies, dans nos maisons et dans ce bâtiment. Croyez-vous que ce soit bon comme cela ?

Le peuple de Dieu réuni d’une seule voix lui répondit « Amen ! »

Chapitre 26 ou les relations extérieures

L’Église venait d’échapper à une nouvelle tentative du diable de la séculariser ou tout au moins de la pervertir au point qu’elle perde sa puissance et sa raison d’être.

Comment penser que, Dieu agissant avec Ses Enfants, le voisinage ne remarque pas qu’il se passe quelque chose de pas ordinaire dans la ville. Que je sache, le Seigneur ne laisse jamais personne indifférent quand Il passe.

Les chrétiens du cru étaient habitués à entendre et faire des Alléluias dans leurs églises et à voir des miracles qu’ils inventaient la plupart du temps, mais ils étaient persuadés qu’ils vivaient une exception alors que, dans le monde entier, on constatait des sectes et religions pratiquant la même chose. Et pas seulement dans les assemblées chrétiennes.

Mais hors de leur bocal, il ne se passait plus rien dans leur vie au point que comme un poisson rouge habitué à être nourri, ils ne subsistaient jamais si ils quittaient ce que nous pourrions nommer une prison spirituelle dorée.

En fait, le fait de fréquenter le même lieu tous les dimanches les empêchaient de voir ailleurs et, par force, l’enseignement qu’ils recevaient était la science infuse et les chefs religieux qui les manipulaient quelquefois ne les détrompaient pas.

D’ailleurs, ces derniers n’acceptaient jamais la contradiction et restaient ferme dans leur prédication parce c’était celle-là qui marchait et il n’y avait pas de raison qu’ils cherchent autre chose. Une sorte de pensée unique qui, si elle n’emmenait pas toujours le peuple au Salut, le faisait « bien croire » malgré les incohérences.

Par exemple, on prêchait que le péché mène à la mort alors qu’on était relativement tolérant à ce sujet quand il s’agissait des bons donateurs ou des pasteurs eux-mêmes.

Nous pourrions discuter pendant des heures de tout ce qui n’allait pas dans l’Église, ou plutôt dans « les églises », mais l’équipe de Jo avait décidé une fois pour toute de ne plus regarder à cela ne serait-ce que pour ne pas faire de mal à ceux de leurs frères qui venaient des autres structures et qui, encore blessés pour certains, embrayaient très facilement et étaient intarissables sur le sujet.
Cela n’empêchait pas les autres structures, justement, de subir ce que nous appelions alors des malédictions car il est impensable de trouver tant d’infamie dans la Maison du Seigneur.

Ces dernières voyaient d’un très mauvais œil notre croissance et nous traitaient de secte ce qui ne nous déplaisait pas car c’est en réalité ce qu’est le rassemblement des chrétiens. Séparé du monde.

Non pas au sens « carrément coupé du reste du monde », mais séparé de ce qui le détruit et n’en subissant plus les conséquences.

« Il est sorti du tombeau,
Et en moi j’ai l’espérance. »

Bien sûr, les membres des autres églises dites instituées, et nous ne parlons pas seulement de l’église Catholique Romaine ou autres dénominations réformées ou non, vivaient leur foi comme on le leur avait appris c’est à dire qu’ils chantaient la réalité de Dieu mais ne la vivaient nullement. La croyaient-ils seulement ?

Chacune de ces institutions avait son credo et sa manière de l’exprimer, mais la quasi totalité des adeptes n’étaient chrétiens que le temps des rassemblements et les autres,  ceux qui étaient particulièrement religieux dans leur vie de tous les jours, essayaient tant bien que mal de faire valoir  « au monde » les valeurs de leurs paroisses respectives.

Le monde ne les écoutait pas car il avait l’impression, souvent à juste titre, de rencontrer des illuminés et ce qu’ils disaient ne touchait jamais les consciences.
C’est sans doute pour cela que ces églises ne grandissaient pas et les seules qui avaient du succès était celles qui promettaient la lune, la guérison ou la richesse. Tout ce qui concernait l’ego fonctionnait mais cela ne faisait pas des chrétiens, encore moins des disciples, mais un sous-produit étiolé de la culture évangélique.

Le verbe « étioler » veut dire « rendre une plante grêle et décolorée en la faisant pousser dans un endroit obscur et en la privant d’air » et en médecine, «  rendre une personne chétive et pâle en la faisant vivre dans un endroit où la lumière et l’air lui arrivent d’une manière insuffisante ».

La Lumière de Dieu étant absente de la culture évangélique offerte par beaucoup de rassemblements humains portant pourtant cet adjectif, ceci expliquait sans doute cela et, maintenant que nous avions vu les murs de l’Église de la Ville trembler et s’écrouler spirituellement, nous constations la tristesse de ces assemblées enfermées dans un système séculier qui ne pouvaient comprendre ce qui se passait exactement chez nous. D’où les critiques et les accusations que nous leur pardonnions bien volontiers.

Cela ne facilitait pas les relations extérieures et angoissait un peu nos pasteurs qui voyaient la date de la Pastorale approcher sans se trouver prêts à affronter leurs collègues.

Pourtant, il était absolument nécessaire que Roger et Jo communiquent avec les autres pasteurs de la ville pour ne pas risquer eux-même de s’enfermer dans un système qui serait devenu le leur, même si c’est Dieu qui les y avait impliqué.

Ils avaient l’impression d’être parti en voyage et, à leur retour, trouvé un monde sclérosé alors qu’eux avaient rencontré la richesse.

« Le royaume des cieux est encore semblable à un marchand qui cherche de belles perles.
Il a trouvé une perle de grand prix; et il est allé vendre tout ce qu’il avait, et l’a achetée. » Matthieu 13 :45-46

Ils savaient leurs collègues des autres églises de la place très sincères, du moins certains d’entre eux, mais aussi que si ces derniers persistaient à fonctionner de la même manière, jamais le réveil ne pourrait mettre le feu à leurs âmes.

Comment allaient-ils leur parler ?

ichtus-mini

Le jour tant redouté arriva et la dizaine de pasteurs de la région se trouva à nouveau réunie.

Disons-le tout de suite, l’ambiance était assez hostile et ce n’était pas la dernière affaire concernant les médailles honorifiques du facteur qui arrangeait les choses, mais la Pastorale voulait bien pardonner à l’équipe cette petite incartade. Il fallait bien rigoler de temps en temps bien que cela laisse un mauvais témoignage.

Le coup du baptême à la piscine fut un peu commenté et on en vint à la politique.

Le pasteur ADDF (Assemblées de Dieu de France) reprocha à Roger de se mêler des élections et prétendit que le Maire n’était qu’un opportuniste et que c’est dans « son » église qu’il aurait dû venir faire son cinéma car lui au moins connaissait deux ou trois députés.

– Cela fait des années que je les travaille pour obtenir des subventions pour « mes » œuvres sociales et vous allez tout me ficher par terre, se plaignit-il assez méchamment.
– Oui, et nous avons chez nous les membres de sa famille vociféra le baptiste un peu énervé. Vous allez créer la division dans nos églises.
– Et cette affaire d’études bibliques que vous avez annulée, cria presque un troisième que la jalousie étouffait, vous croyez que c’est malin ?

En fait, ils digéraient mal d’avoir perdu quelques âmes au bénéfice de l’Église de la ville mais n’osaient pas, pour le moment du moins, attaquer le vieux pasteur sur ce terrain car ils savaient bien qu’ils n’auraient pas raison.

– Mes amis, les désarçonna Roger sans chercher à se justifier, je vais avoir du mal à vous répondre car nous croyons que c’est Dieu qui travaille avec nous et ni vous ni moi n’y pouvons rien changer.

Ce que nous devons voir, ce sont les fruits obtenus avec « nos » méthodes, et je n’accepterai de critique que de ceux parmi vous qui font mieux et il semble que ce ne soit pas demain la veille si vous commencez cette réunion avec vos reproches.

Jo et moi, en venant participer à cette rencontre, attendions des félicitations et voilà que vous songez à nous accuser plutôt que de nous demander comment nous nous y prenions pour emmener ces gens au pied de la croix.

Les pasteurs furent mouchés et ne purent que se taire d’autant plus qu’ils sentaient que c’est le pasteur Roger qui avait quelque chose à leur dire et non l’inverse.
Sans oublier leur rancœur, ils se calmèrent et laissèrent notre ami parler.

– Écoutez, commença-t-il avec l’assurance qu’il avait retrouvée, l’heure est grave, et il ne faut pas que nous sortions d’ici sans avoir décidé quelque chose.

Il semble que l’Esprit de Dieu souffle sur cette ville et je ne vous raconterai pas ce que nous vivons parce que vous le savez déjà et, si aucun de vous n’a encore proposé d’y participer c’est que cela vous dépasse et ne savez que penser.

Il y a quelques mois seulement, j’étais un des vôtres et nous prions ensemble Dieu de nous envoyer un réveil. Ce réveil étant là, il s’agit de voir ce que nous allons en faire, de votre côté du moins, car en ce qui nous concerne nous avons commencé.

Notre problème est la croissance car notre bâtiment ne peut accueillir plus de monde et Jo et moi avions songé à vous faire participer, mais, à vous entendre, vous ne semblez pas encore prêts à coopérer.

Le pasteurs se trouvèrent honteux et confus car ils n’avaient même pas imaginé que Roger leur tendrait cette perche et, cet homme avait raison, ils n’y étaient pas préparé. Il fallait finasser du moins gagner du temps.

– Il faut que j’en réfère à ma fédération dit tout de suite l’ADDF.
– Chez nous, c’est une petite église, pleura l’autre, qu’allons-nous faire de tous ces gens-là ?
– Nous, nous avons des habitudes et les membres n’aiment pas beaucoup la nouveauté, avoua le baptiste sans se rendre compte de l’énormité de son excuse, il nous faudra du temps.
– Nous, nous pouvons peut-être en accueillir, proposa le réformé dont la nef était désertée  depuis longtemps, que devons nous faire ?

Roger, en fait pas mécontent de ces reculades toisa son collègue « Réformé » et lui dit sans rire ni colère…

– Dites-moi, cher confrère, vous aviez si je me souviens bien cent cinquante membres dans votre assemblée non ?
– Il y a un temps déjà, répondit ce dernier en baissant le regard, il y a eu des départs et le troupeau ne s’est pas renouvelé.
– Pourquoi ? aboya presque Roger qui ne voulait pas lui envoyer des âmes.
– Heu… Parce que nos fidèles sont vieillissants et nous n’avons pas de jeunes sans doute.
– Non, vous les avez perdu parce que vous n’avez pas de nourriture à leur donner, et ceux qui ne sont pas morts de vieillesse sont morts de faim l’assomma Roger et, portant son regard sur les autres, continua…

– Et il en est de même pour vous.

Le Seigneur vous envoie des âmes et si vous les refusez. C’est parce que vous n’êtes pas dignes de mener un troupeau et c’est pour cela qu’on trouve dans vos assemblées tant de malades et de tristesse malgré les faux charismes que l’on trouve chez certains, et vous avez raison de décliner notre proposition que nous ne vous renouvellerons que quand nous vous aurons vu à genoux et capables d’accueillir et nourrir des convertis.

Il est de toutes façons hors de question de mélanger du bon grain et de l’ivraie et, tant que vous ne serez pas convertis vous-même, jamais le Seigneur ne vous enverra un ce ces enfants. Tu as quelque chose à rajouter Jo ?

– Non, pas vraiment répondit Jo mal à l’aise, mais, que ferons nous avec nos collègues de la Pastorale ?

– Rien, assura Roger d’un ton terrible. Nous ne pouvons rien faire avec eux tant qu’ils sont dans ce triste état et ne font pas ce qu’ils prêchent.

Messieurs, je reverrais ceux qui d’entre vous changeront d’attitude après avoir donné leur vie à Dieu, repris Roger en se levant et rangeant son cartable, et ceux qui sont bien disposés peuvent venir nous voir vous savez où. Nous vous aiderons si vous le voulez bien.

Jo sortit à la suite de son bouillant confrère et tout deux se dirent que si ils avaient encore un peu espéré une collaboration avec les autres églises de la ville pour accompagner la croissance, c’était fichu et ils allaient devoir chercher ailleurs.

« Personne ne met une pièce de drap neuf à un vieil habit; car elle emporterait une partie de l’habit, et la déchirure serait pire.
On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres; autrement, les outres se rompent, le vin se répand, et les outres sont perdues; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le vin et les outres se conservent. » Matthieu 9:16-17

Jésus, satisfait, suivi des yeux ses deux fidèles et les bénit parce qu’Il les aimait un peu plus chaque jour.

Chapitre 27 ou Le vrai chemin à suivre

Si les deux pasteurs de l’Église de la ville avaient cherché à se mettre à dos les ecclésiastiques de la région, ils auraient gagné, mais ils ne considéraient pas ces derniers événements à la Pastorale comme une défaite.

Au contraire, ils avaient le sentiment d’un devoir accompli et Roger en rentrant expliqua à sa femme…

– Tu vois Martine, mon impression est de m’être retiré une épine du pied.

Cela fait plusieurs mois que je prie et lutte concernant cette affaire, et je ne savais pas comment la mener.
Ces gens sont statiques et empêchent le Saint Esprit de se manifester en mettant une barrière quand Dieu veut avancer. C’est un comble ça !

Si nous les avions écoutés, il aurait fallu attendre la mise en place de commissions d’études, l’aval des fédérations et la permission du diable avant d’ouvrir les églises à ceux qui frappent et on n’était pas sorti de l’auberge.
De plus, nos divisions doctrinales nous interdisent de nous unir dans une même action et je suis fatigué de ces Pastorales hypocrites qui veulent faire croire au monde que nous faisons des efforts pour nous entendre.

Alors, nous n’aurons désormais plus ces problèmes, et ceux qui voudront travailler avec nous n’auront plus qu’à décrocher leur enseigne du fronton de leurs salles.
Si ils n’acceptent pas cette condition, ils ne peuvent rien faire de bon pour le Royaume de Dieu.

Jo, de son côté, bien que ne se faisant pas d’illusions sur une éventuelle participation des autres églises à la bénédiction du moment, était un peu déçu que le Seigneur ne soit pas intervenu et s’agenouilla selon son habitude.

– Seigneur, pourquoi nous as-tu abandonnés ?

Il est absolument nécessaire que nous gardions une communion avec nos frères car nous sommes Ton Église et, si nous travaillions tout seuls dans notre coin, il y aura des divisions et cela sera de notre faute.

Je ne peux pas en vouloir à Roger.
Ce qu’il a dit est juste et nous ne pouvons faire aucun compromis et c’est vrai que nous n’avons pas besoin en ce moment de collaborations qui ne font que nous tirer en arrière. Mais je culpabilise. Et si nous nous étions trompés ?

Jésus, attendri, s’adressa à son disciple et lui dit avec le plus de douceur possible.

– Écoute Jo.

Tu as raison, ce n’est pas la volonté du père qu’il y ait des divisions, mais Il doit écarter de votre route les murailles qui vous ont si longtemps empêchés de lui obéir et bloqué son œuvre parmi vous.
Tu te rappelles l’histoire des vignerons dans la vigne ?
Il est écrit que Père viendra, fera périr ces vignerons, et il donnera la vigne à d’autres.

Il faut cesser, Jo, de ne prendre dans la Bible que les versets qui vous arrangent et laisser de côté ceux qui expliquent la volonté de mon Père et de vous laisser séduire par l’ennemi qui sait si bien vous emprisonner dans des doctrines de bisounours pour servir ses desseins.

Il y a aussi la parabole des vierges folles qui me diront quand le moment sera venu…

– Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !

Et le leur répondrai…

– Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas.

Et le serviteur inutile sera jeté dans les ténèbres du dehors où il y aura des pleurs et des grincements de dents. C’est moi, Jésus qui vous l’ai dit et je te le répète.

– Oui Seigneur concéda Jo, je te demande pardon d’avoir douté de ta Parole et qui suis-je pour réécrire les évangiles et faire semblant de ne pas voir ?
Non, tu ne nous a pas abandonnés, mais tu nous montres le chemin que nous devons suivre même si il est parsemé d’embûches, de cailloux et de perversité. Nous allons avancer et continuer malgré tout à proclamer ta gloire.

ichtus-mini

Sans vraiment avoir désiré couper les ponts avec les autres paroisses, L’Église conduite par nos amis se retrouva seule dans la ville .

Les pasteurs refusant de collaborer, ils devenaient des ennemis car Jésus les avait prévenus.

« Ou, comment quelqu’un peut-il entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, sans avoir auparavant lié cet homme fort? Alors seulement il pillera sa maison.
Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse. »  Matthieu 12:29-30

Ce n’est pas encore aujourd’hui que les chrétiens se rassembleraient sous la même bannière, celle du Christ, et il fallait bien que les deux pasteurs réalisent que, si ils voulaient aller de l’avant, il ne faudrait à l’avenir plus se préoccuper des faux frères et eux  aller là où l’Esprit de Dieu les menait.
Ils rassemblèrent les disciples et Roger leur tint ce discours.

Mes amis, mes frères,

Vous dire que j’ai de la peine de ne pas lors de la pastorale avoir réussi à rallier les pasteurs des différentes structures ecclésiales de la ville serait vous mentir et, bien que j’en sois un peu désappointé, je crois que ce n’est pas si mal que ça.

Attention : Je ne veux pas les critiquer et surtout pas faire croire que nous sommes meilleurs qu’eux, mais je ne peux pas non plus prétendre qu’ils soient justes et il faut bien appeler un chat un chat. Non, ils ne savent pas servir le Peuple de Dieu et sont infidèles.

S’il en était autrement, leurs paroisses seraient pleines à craquer et on en entendrait parler dans toute la région mais leurs fruits sont amers et ils ne peuvent pas s’entendre. Ils ne veulent pas s’entendre.

Il préfèrent les honneurs de leurs dénominations plutôt que l’opprobre du Christ et il est clair que nous ne servons pas le même Dieu.
Auparavant, j’étais l’un d’eux, et Jo ici présent peut témoigner combien j’étais rusé et manipulais les membres pour qu’ils servent notre structure, mais cela n’existe plus maintenant que j’ai réellement donné ma vie au Seigneur et vous constatez le résultat d’autant plus que c’est assez récent.

Ce que vous devez comprendre, c’est que nous ne servons plus « une  boutique  »  mais l’Éternel des Armées et la plupart d’entre vous ont peut-être encore un peu de mal à comprendre ce que je veux dire car ils n’ont connu en définitive que cette assemblée.

Rappelez-vous ce que vous enseignait Jérôme Presquil par rapport aux différentes dénominations et religions que se disputent l’exclusivité de l’appartenance à Dieu.

Il faut savoir que personne d’entre nous qui prêchons Son nom n’a la science infuse et, même si nous sommes « évangéliques », c’est à dire très proche de la Parole en théorie et en actions, beaucoup emploient ce mot comme on dit aujourd’hui « chrétien » et tous savent que cela ne veut plus dire grand chose.

C’est pourquoi nous privilégions le terme « Disciple » car, si n’importe qui peut de dire « chrétien », il n’en est pas de même pour le mot « Disciple ».

D’ailleurs, Jésus ne nous a jamais commandé de « faire des chrétiens » ou des adeptes du christianisme, mais il nous a dit « d’aller de part le monde pour faire des disciples et de leur apprendre tout ce qu’Il nous a appris ».

Il en est de même pour la vocable « Évangélique ».

Quoi que certains veuillent le laissent entendre, ce n’est pas une nouvelle religion comme le christianisme, le catholicisme, le protestantisme ou les pentecôtistes, mais un état d’être.
Je suis évangélique parce que je suis proche de la Parole de Dieu et que, puisque je crois Dieu, je la met en pratique.
C’est un peu ce que Jésus a voulu dire quand il affirmait…

«Je vous donne un commandement nouveau: aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres.» Jean 13:34-35

En fait, on ne va pas dire de vous que vous êtes un disciple parce que vous fréquentez l’Église ou une quelconque structure religieuse, mais on va remarquer votre état et, si vous vous aimez les uns les autres, c’est bien la preuve que Christ est en vous.

Quand je parle d’aimer, il est question bien sûr d’amour « Agapé » qui est l’amour de Dieu et, si s’est cet  amour qui t’anime, tu ne trouveras plus aucune raison de vilipender ton frère même s’il ne pense pas comme toi.
Il y aura beaucoup d’occasions de disputes et de chutes mais on reconnaîtra un disciple au fait qu’il ne cherche pas systématiquement à avoir raison mais à enseigner dans la paix ce qui peut rapprocher son interlocuteur de Dieu.

Par contre, vous rencontrerez des gens qui connaissent la Bible aussi bien que vous, sinon mieux, mais dont les œuvres vous font plutôt penser aux ténèbres.
C’est le cas des fripouilles qui ne servent pas Dieu mais qui se servent de son nom, et ne croyez jamais celui qui vous prêche quelque chose et fait en cachette exactement le contraire car c’est un menteur et il est écrit « que les menteurs n’hériteront pas du Royaume de Dieu ».
C’est le cas aussi dans beaucoup de structures religieuses et ce n’est pas parce que certaines se présentent comme évangéliques que vous devez les croire. Regardez les fruits et vous verrez l’arbre.
Cela dit, il y a beaucoup de dénominations qui font moins de bruit que nous, les évangéliques, et qui n’en vivent pas moins la réalité biblique. C’est au cas par cas que vous vous ferez une idée.

En ce qui nous concerne, la relation avec les autres assemblées paraît compromise puisque leurs dirigeants n’ont pas souhaités s’associer à nous pour la récolte des âmes, et nous ne souhaitons pas nous associer à eux car ils ne sont pas prêts à les recevoir.
Cela ne veut pas dire que nous sommes fâchés, quoi que, mais il nous est un peu difficile de leur faire confiance et nous ne voudrions pas vous empêcher les fréquenter car nous n’avons pas le droit d’être les artisans d’une division et Dieu sait combien le diable est leste dans cette manœuvre.
Alors, voilà ce que nous allons faire. Jo, tu continues s’il te plaît ?

– Oui, dit Jo en prenant la place de son aîné, nous avons eu une idée.

Il ne serait pas juste de vous retenir ici sans vous donner la possibilité d’aller voir ailleurs comment cela se passe spirituellement et, bien que nous croyons qu’il y a du danger à mettre les pieds n’importe où, il faut que vous discerniez vous-même ce qui est bon et ce qui ne l’est pas.

Si c’est nous qui vous disons ne faites pas ceci ou n’allez pas là-bas, vous ne saurez jamais la vérité et il y a toujours le risque que nous ayons exercé un mauvais discernement.
D’habitude, dans ce domaine, les églises n’aiment pas trop ce qu’elles nomment « le papillonnage » de crainte qu’une de leurs brebis ne trouve l’herbe plus verte chez le voisin et, si quelques unes mal affermies courent en effet le risque de se faire manger par des loups, elles reviennent en général dans la bergerie mais parfois avec de nouvelles doctrines.

Donc, les pasteurs les attachent en leur disant « de ne pas quitter leur assemblée » mais c’est eux qui prennent des risques parce qu’ils les privent d’enseignements complémentaires et ces brebis ne grandissent jamais.

Pour vous, il n’en sera pas ainsi.

Nous croyons que, comme les voyages forment la jeunesse, il est utile que vous fréquentiez d’autres assemblées et communiquez avec vos frères.
Certes, nous sommes de ceux qui croyons qu’il y a dans les systèmes religieux institués plus de « chrétiens de nom » qu’autre chose mais ce n’est pas une raison pour vous empêcher d’y aller, et si vos visites ne vous servent qu’à faire la différence avec ici, nous aurons toujours gagné quelque chose.

Alors, voilà ce que je vous propose.

Un dimanche par mois, chacun d’entre-vous ira visiter une autre église et, comme ici nous assurons le culte de l’Église le samedi, cela ne posera pas de problème.
S’il est d’autres activités « extérieures » auxquelles vous voudriez participer, sentez-vous libres tout en faisant attention de ne pas vous laisser manger.

C’est ce que j’avais à vous dire et nul doute que vous êtes assez grands pour faire la part des choses et nous avons confiance que vous garderez votre identité.

Pour le reste, comme vous le savez, nous aurons dimanche encore des baptêmes pendant la rencontre d’évangélisation, et j’invite ceux qui ont demandé la trempette à me rejoindre chez moi pour que nous en discutions.

Le mois prochain, nous aurons notre premier mariage et nous commençons d’ores et déjà à le préparer. Voyez avec les sœurs qui font la cuisine et les frères qui l’organisent.

Pour la banque alimentaire, il nous faut un camion car celui de Jules est prêt à rendre l’âme et nous devons le remplacer. 1500 Euros maximum.
Pour les enfants, Josette propose de les prendre chez elle pendant le culte. Ils font vraiment trop de bruit.
Les sœurs qui s’en occupent peuvent voir cela entre elles pour se remplacer et établir un roulement de garde.

Pour l’accueil nous allons recevoir un couple de serviteurs la semaine prochaine et il faut les loger. Roger n’a plus de place et j’ai deux gars chez moi.

D’autres annonces ?

Quelques uns des frères levèrent la main et, dans l’ordre, firent part de leurs demandes matérielles ou autres.

Dieu, à travers tous, pourvoyait aux besoins de l’Église.

Chapitre 28 ou les disciple à l’oeuvre

Ce n’étaient plus seulement leurs pasteurs mais les frères de l’Église de la ville qui avaient maintenant compris qu’ils n’auraient rien à attendre d’une relation avec les religieux de la ville qu’ils soient des vrais convertis ou non.

Ils savaient qu’une chape de condamnation pesait sur leurs têtes aux yeux de tous ces gens et, si cela ne les inquiétait pas outre mesure, ils savaient en qui ils avaient cru, et ce qui les tracassait d’avantage était que ceux que nous appellerons les « chrétiens d’églises », par opposition aux « disciples », les évitaient dans la rue car apparemment ils avaient reçu la  consigne de les considérer comme étant d’une religion étrangère.

Ils en riaient entre-eux et ne leur en voulaient pas, mais tout de même, être traités de pestiférés ne leur plaisait pas trop, et ils se consolaient en constatant que « le monde », c’est à dire les gens extérieurs aux églises, les laissaient en paix bien que se moquant d’eux un peu quelquefois.

Ils n’étaient pas comme les témoins de Jéhovah qui eux étaient détestés à cause de leur insistance à toujours frapper aux portes et caser leurs revues qui racontaient qu’ils étaient les seuls à avoir la vérité mais ils ne trompaient que bien peu de monde.
Les habitants de la ville voyaient bien qu’ils étaient « à part » et ne leur pardonnaient pas d’avoir emprisonnés les membres de certaines familles dans une cage dorée qui avait fait d’eux des clones sans personnalité. A part d’être « casse bonbon » mais cela ne regardait qu’eux, on ne disait rien de particulier à leur sujet.

Pour les autres chapelles, tout ce qui n’était pas catholique semblait de toute façon suspect et, ce n’était pas seulement la sympathie du voisinage accordée à l’équipe qui intéressait les citadins, mais les nombreux témoignages de vies changées et surtout cette prédication qui touchait les cœurs au lieu de les exaspérer.

Il faut dire que si beaucoup d’églises évangéliques faisaient du bruit à l’intérieur de leurs murs, sauf les baptistes évidemment, on n’en parlait guère, et les habitants des quartiers ne savaient même pas qu’elles existaient. La discrétion était de rigueur.

Seule, l’assemblée de la fédération ADDF faisait parler d’elle à cause de certains scandales dont on parlait sans jamais savoir ce qui se passait exactement car une espèce d’omerta jouait en faveur du silence et, quand un chrétien voulait en parler, on assurait que l’église de Corinthe aux temps néotestamentaires vivait bien des tourments et que c’était normal comme cela. Les adeptes avaient fini par l’admettre.

Pourtant, un jour, une fuite sur internet à propos de la démission d’un pasteur qui avait rédigé une lettre publique pour dénoncer des pratiques peu avouables avait fait bien du remous, mais l’homme se rétracta vite et l’affaire fut étouffée. Comme d’habitude.

Cela dit, les membres de cette église chantaient bien fort, un peu trop même aux dires de certains, et avaient l’air heureux mais certains disent que ce n’est qu’en apparence.

Un jour, un membre de cette assemblée, prenant le bus pour se rendre à l’église, avait vu monter dans la voiture une sœur en Christ qui avait une particularité.
Elle était connue pour afficher en permanence un grand sourire lumineux, et c’est vrai que sa constante bonne humeur mettait en joie même les plus dépressifs bien qu’il n’y en eut officiellement aucun dans cette merveilleuse assemblée.

Pourtant, notre homme, la regardant monter, eut le pressentiment qu’il y avait quelque chose de changé et, plutôt que d’aller vers elle la saluer comme d’habitude, resta intrigué dans son coin à l’observer discrètement.

L’arrêt du bus se faisait justement devant l’église et à ce moment précis, le visage de la fille s’éclaira et retrouva le sourire enjoué qu’on lui connaissait si bien.
Elle descendit du véhicule toute joyeuse, et cela suffit à notre ami pour comprendre ce  que voulait dire le mot « façade ».

Dans ce même lieu, une autre sœur partit un jour faire une école biblique et, à son retour six mois après, elle alla saluer le pasteur toute fière de son beau diplôme pensant être félicitée. Mais le pasteur lui dit….

– Ah, tu reviens, je ne m’était pas rendu compte que tu étais partie.

La môme prit une claque et le pasteur continua son ministère sans se rendre compte qu’il avait giflé une de ses brebis.

Trois fois par semaine, il priait et imposait les mains aux mêmes personnes en recherche de guérison et le garçon dont nous parlions tout à heure affirme avoir vu cette scène se répéter pendant un an et à chaque appel de toutes les réunions à la fin desquelles la moitié de l’assemblée se levait pour recevoir la prière.

Ils n’étaient par conséquent jamais guéris et et ne voyaient même pas que toutes ces simagrées n’avaient pas plus de valeur qu’un coup de goupillon et qu’il ne s’agissait que de religiosité malsaine.

Pour les dîmes et les offrandes, cela fonctionnait plutôt car, dans la plupart des cas, comme on leur avait expliqué que plus ils donnaient plus ils deviendraient riches et bien portants, ces gens donnaient un maximum et, pour booster encore plus l’affaire, la fédération avait mis au point une technique imparable.

Chaque mois, elle affichait sur la porte de l’église le nom de sa succursale qui avait recueilli les meilleurs offrandes et aussi institué un système de classement qui devait bien amuser quelqu’un que je connais : Afficher plus pour gagner plus. Lol !

Dans ce milieu, il paraît qu’une mauvaise langue aurait dit que « C’est plus facile de faire de l’argent que des disciples. »

Cette fédération étant une des plus puissante dans l’univers évangélique français, elle était respectée à défaut d’être aimée car c’est bien connu, ce sont les riches qui sont toujours à la première place.

L’orgueil des dirigeants se reflétait sur le caractère des membres et, quand deux chrétiens se rencontraient dans une ville, celui qui n’était pas ADDF était regardé de haut d’une façon bien peu fraternelle.
Lorsque ceux de l’équipe à Jo faisaient de telles rencontres, ils étaient toujours sur le qui vive car immanquablement, on leur disait que leurs pasteurs n’étaient pas en règle avec Dieu puisqu’ils n’émargeaient à aucune fédération et qu’ils devraient venir chez eux car hors des ADDF il n’y a point de Salut.

Bien sûr, ils ne disaient pas les choses comme cela mais finalement avaient le même discours que les catholiques, les témoins de Jéhovah, les mormons et…les baptistes, à savoir que pour être sauvé, il ne fallait surtout pas aller prier chez les autres.
Mais les disciples de Jo s’en fichaient car pour eux, ils savaient que ce n’est pas une religion qui sauve, fut-elle évangélique, mais de faire la volonté du Père et d’avoir en conséquence une relation personnelle avec Lui.

Le reste n’était que blabla et celui qui dit viens dans « ma » boutique n’a en fait rien compris à l’histoire sinon il ne le dirait pas.
Ils aimaient leur Église et se souciaient peu de savoir si l’une ou l’autre des dénominations avait raison ou pas et ce qui les intéressait était, quand ils rencontraient un «frère  d’une autre structure, de savoir s’il était aimant ou ne prêchait que sa propre paroisse.

Ils étaient assez mal vus des pasteurs des autres structures ecclésiales mais ils s’en moquaient car eux aimaient pour deux, quel que soit l’accueil qui leur était réservé.

Le dimanche, quand ils visitaient ces églises, ils savaient qu’ils ne serait jamais bien reçus, souvent avec de la méfiance, car on disait d’eux qu’ils venaient surtout pour détourner les fidèles et un incident se produisit, justement dans l’assemblée ADDF, que deux disciples étaient venus visiter.
Au moment de la louange, propice en général à l’exercice des dons spirituels où chacun priait en langue aussi fort que possible, il était très fréquent d’entendre des prophéties, c’est à dire un oracle de Dieu par la bouche d’un de ses Enfants en pleine effusion dite « de l’Esprit ».

Bien sûr, il n’était pas rare que l’une ou l’autre soit de temps en temps charnelle, voire démoniaque, mais les pasteurs laissaient faire car, comme ils disaient, « si on ne les laisse pas prophétiser, ils iront prophétiser ailleurs ».
C’était donc chaque dimanche un concert de « L’éternel a dit », « Dieu te parle mon enfant », ou « Dieu te parle Ô toi qui vis dans le péché d’adultère etc … ».

Il y avait aussi les bonne nouvelles dans le genre « Dieu te délivre d’un cancer au poumon droit » ou « Tu trouveras une épouse dans les temps qui viennent » mais aussi des malédictions qui servaient quelquefois à régler des comptes entre membres et c’est ce qui ce passa ce jour-là.

Un don spirituel porté a très haute voix par un ancien de l’église, ce qui ne donnait que plus de poids au message de Dieu, parla en ces termes.

« Ô toi qui m’écoute et ne m’écoute pas.
Sais-tu que du haut des cieux je veille sur mon troupeau et que les loups ravisseurs me craignent ?

Qui es-tu, toi, pour braver mon interdit et venir dans la bergerie séduire les âmes que j’ai sauvées par le Sang de l’Agneau versé pour toi à la Croix de Golgotha en haut de ce calvaire ?

Je les ai donnée à paître à mes bergers fidèles qui s’occupent d’elles avec l’amour que je leur ai donné et nul ne les ravira de Ma main.

Tu es venu, accompagné de ton fidèle, pour ravir du troupeau les plus tendres de Mes brebis, mais je ne le permettrai pas et je prononce sur toi une malédiction qui emportera dans la géhenne ton cœur mauvais et tes complices qui ne sont pas dignes de s’asseoir sur le marchepied de mon trône de grâce.

Arrière Satan, retourne dans ton royaume !
Je te jette dans l’étang de feu qui t’est réservé pour la nuit des temps et avec toi tes reîtres et démons de l’enfer.

Ainsi a parlé l’Éternel, Amen ! »

Un grand silence se fit dans la salle soudainement glacée et les deux cent cinquante six personnes composant l’assemblée surent que l’ancien avait parlé pour les deux visiteurs.

Les deux disciples, sans se regarder, sentirent une chape de plomb sur leurs épaules et un orage de ténèbres attaquer leurs âmes tentant des les enserrer dans des griffes d’acier. Il fallait réagir.

Ils pouvaient faire ceux qui n’avaient rien entendu, ce qui aurait été un mensonge, se retirer discrètement ou se faire oublier, ils pouvaient croire que c’est vraiment Dieu qui avait parlé et ils pouvaient aussi ne pas se laisser faire.

Le plus ferme d’entre eux, sans qu’on l’ait autorisé, pris la parole et dit :

– Que faire donc, frères?
Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une langue, une interprétation ?

Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes, que deux ou trois parlent,

Notre frère a donné un don spirituel qui semble être la voix même de Dieu qui parlait à des personnes bien précises dans la salle et la Parole nous enseigne que les autres doivent juger mais que tout se fasse avec bienséance et avec ordre afin que tout se fasse pour l’édification.

Personnellement, nous ne reconnaissons pas ce don comme venant de Dieu car Son Esprit convainc et ne maudit jamais de cette manière d’autant plus que nous savons que ce message nous était adressé bien que nous soyons venus avec la paix.

Selon ce qui est écrit, je demande aux autres frères de l’assemblée d’examiner et de discerner si cette soi-disant prophétie vient de la bouche de Dieu ou non. Avez-vous cette certitude ?
Les autres membres de l’église gardèrent la tête baissée et le silence d’autant plus qu’ils connaissaient les enjeux de l’histoire et connaissaient leur prophète attitré comme prophétisant trop souvent en vain et ne pouvaient absolument pas affirmer que ses messages, tout spirituels qu’ils soient venaient de Dieu Lui-même.

De plus, c’était bien la première fois qu’on leur demandait de juger une prophétie et personne n’osa répondre et se mettre du côté de ce prophète qu’ils détestaient tous car un peu trop pédant et trop proche des pasteurs qui le chouchoutaient car il était fort riche. Personne ne parla.

Les jeunes disciples avaient vaincu le diable.

Profitant de leur avancée, ils s’adressaient directement au Pasteur Principal de l’assemblée et lui dirent en ces termes…

– Monsieur le pasteur
Personne dans l’assemblée n’a reconnu ce message comme venant de Dieu et nous voudrions votre avis afin de décider ce que nous allons en faire. Qu’en pensez-vous ?

Le pasteur Principal, rouge de colère, ne voulu pas prendre le risque d’être désavoué par  son église et n’eut d’autre choix que de donner raison aux visiteurs qui, se l’assurait-il, ne l’emporteraient pas au paradis et qu’il verrait bien à ne pas les laisser chasser sur « ses » terres.

– Mes amis, grogna-il, il n’avait pas dit « mes frères », la Parole doit être respectée et le discernement de l’église l’emporte. je ne peux donc pas moi-même accepter ce don spirituel. Notre frère fera mieux la prochaine fois.

Jésus se dit

– Tiens, c’est ce frère qui se prévaut de la qualité des dons spirituels ici ?

A la sortie de l’église, à la fin du culte, sous l’œil menaçant du faux conseil presbytéral de la place, les courageux disciples furent entourés par quelques membres qui leur dirent qu’ils avaient été touchés par ce témoignage car personne jusqu’à présent n’avaient mis en application ce qui était écrit et cela leur manquait quelque fois.
Ils furent discrètement invités à déjeuner par un des chrétiens de l’église et on se sépara.

– Ce que tu crains, c’est ce qui t’arrive souffla mesquinement le diable dans le dos du Pasteur Principal.

Ce dernier rentra chez lui piteux en grondant sa femme parce qu’elle avait laissé des membres parler avec ces apostats, et c’était son devoir de veiller sur « ses » membres après les réunions. C’est dire si il était de mauvaise humeur.

Pendant tout le repas, le Pasteur principal de l’assemblée ADDF de la ville pesta à n’en plus finir et souhaita le malheur à ces faux serviteurs de Dieu qui venaient pécher les âmes dans les églises voisines. La fédération serait prévenue, le conseil de la Pastorale requis, et on verrait bien si ces blancs becs feraient long feu dans le coin. Le territoire lui appartenait.

Joëlle, sa femme, se dit que demain elle irait en douce rencontrer Jo et Roger.

Chapitre 29 ou Et pendant ce temps là

Pendant ce temps, d’autres disciples visitaient d’autres églises dans la région, avec des fortunes diverses excellentes pour leur formation et, si les frères s’y ennuyaient quelquefois un peu pour diverses raisons, ils y découvraient des richesses qu’ils n’auraient jamais soupçonnées.

Pierre et François, fils du boucher d’un village voisin étaient connus dans les bals de la région pour être un brin batailleurs et leur réputation n’était plus à faire.
Bien qu’ils soient passés par les eaux du baptême et ne fréquentaient plus ce qui était auparavant leur idéal, bals, les filles et les bagarres, ils n’en étaient pas moins malicieux et partout où ils passaient on disait en plaisantant…

– Tiens, voici les copains de Jo.

C’était souvent les moqueries mais ils en avaient l’habitude, et décidèrent de visiter une église dite « Assemblée de frères » c’est à dire jugée austère par les évangéliques pentecôtisants, parfaitement inconnue du monde catholique, bizarre pour les baptistes et parfaitement à coté de la plaque par le reste du monde.

C’est donc avec quelques appréhensions que nos deux compères se présentèrent à la porte se disant qu’après tout ils ne risquaient pas grand chose puisque le Seigneur était avec eux maintenant et, qu’au cas où, ils sauraient bien se défendre.

La salle était petite et le public peu nombreux comme s’il s’agissait d’une même famille.
Plusieurs couples avec une ribambelle d’enfants, tous plus sages que des images, et une impression de sérénité qu’on ne trouvait que chez Jo, Roger ou les disciples de l’Église de la ville. L’intimité en plus.

En fait, il s’agissait du salon de la maison de l’un d’entre eux qui avait aménagé pour la circonstance une déco un peu triste mais calme et apaisante, ce qui les changeaient un peu du désordre organisé qu’on trouvait au local de leur propre église où il y avait en permanence des allées et venues.

Ils furent étonnés d’être accueillis à bras ouverts par ces gens réputés un peu stricts dans tous les sens du terme, et la glace fut tout de suite rompue après que celui qui était de toute évidence l’hôte du jour leur ait remis deux livres; un pour les chants et l’autre une Bible.

– Nous nous excusons car nous n’avons pas la même version que la vôtre et je vous prête celle là car c’est la Darby que nous préférons.

Les disciples savaient déjà qu’il existait plusieurs versions de la Bible mais pour eux, une Bible en valait une autre et seule la couverture et la texture des pages faisait la différence. Ils acceptèrent en souriant et e culte commença.

– Seigneur, nous sommes aujourd’hui devant toi réunis pour te présenter notre offrande et nous te remercions de nous accueillir dans ton royaume et pour cette opportunité de nous présenter devant toi.

– Cela commence bien se dit François qui en avait vu d’autres, ces sont des religieux !

Il jeta un coup d’œil  à son frère qui d’un regard faisait le tour de la salle, et ce regard se fixa sur un antique harmonium qui trônait dans un coin du salon comme s’il était la vedette du jour. C’était un peu vrai nous le verrons par la suite.

Sa longue et rébarbative prière terminée, le maître de cérémonie présenta les deux invités à l’église, leur proposa de dire un mot « aux frères réunis », et c’est Pierre, celui qui savait parler aux filles, qui pris la parole et expliqua qui ils étaient et pourquoi ils étaient venus.

– Nos pasteurs ne veulent pas que nous restions seulement avec leurs propres enseignements et, outre l’invitation qui est faite à des amis de passage, nous avons pour devoir de fréquenter d’autres églises afin de voir comment nos frères vivent leur foi et ce qu’ils pourraient nous apporter que nous ne sachions déjà.
Nous avons la vision de l’Église élargie, c’est à dire que nous ne sommes pas trop pour les dénominations et croyons qu’il est nécessaire de communier avec d’autres chrétiens que ceux de chez nous.

– C’est bien lui répondit enchanté le leader de la place, je vois que nous avons les même idées. Nous en partagerons si vous voulez après le culte. Mes frères, ouvrons notre carnet de chant au cantique 329.

Les deux frères ouvrirent le livret et trouvèrent le chant proposé, écrit en tout petit, et écoutèrent avec attention pour les mémoriser les premières mesures.

Dieu tout puissant, quand mon cœur considère,
Tout l’univers créé par Ton pouvoir,
Le ciel d’azur, les éclairs, le tonnerre
Le clair matin ou les ombres du soir.

De tout mon être alors s’élève un chant
Dieu tout-puissant que tu es grand !
De tout mon être alors s’élève un chant
Dieu tout-puissant que tu es grand !

Le premier refrain n’était pas terminé que les deux frères étaient conquis, et c’est de tout cœur qu’ils joignirent leurs voix et leur âmes à celles de ces gens et ils avaient déjà oublié où ils étaient et les circonstances qui les y avaient emmenés.
Il n’y avait qu’un seul chant, qu’une seule famille, qu’un seul Dieu et qu’une seule adoration. Le peuple de Dieu sur la terre était assemblé en Son nom.

Le reste du culte fut une succession de chants, d’enseignements et de témoignages que ces frères et sœurs faisaient de ce qu’il s’était passé pour eux dans la semaine, et gloire fut donnée au Seigneur des victoires qu’ils avaient remportées.

La simplicité de cette rencontre tranchait avec la rigueur de leurs tenues, les femmes portaient foulard, et les gosses ne bronchaient pas jouant tranquillement dans leur coin.

Le moment de la sainte Cène arriva et le frère dit à nos amis…

– Normalement, nous ne prenons la Cène qu’en famille car nous voulons être assurés que les éventuels visiteurs sont des nôtres mais pour vous, je pense que mes frères ne verrons aucun inconvénient à ce que vous participiez.

Vous êtes entrés dans la louange et l’adoration, vous êtes bien parmi nous et nous sommes bien avec vous.
Le Saint Esprit m’atteste que vous êtes des Enfants de Dieu et c’est avec joie que nous partageons avec vous le pain et le vin. Merci d’être venus.

L’homme avait envie d’embrasser les nouveaux venus mais il n’osa pas car selon ses coutumes, il était de mise de garder certaines réserves mais son cœur battait dans sa poitrine.

D’habitude, lui et sa congrégation se méfiaient un peu des chrétiens qui n’étaient pas des «Assemblées de frères » qui, un peu exubérants parfois, se trouvaient souvent plus charnels qu’autre chose ce que les membres de cette confession n’admettaient pas.

Pas qu’ils se sentent supérieurs, mais ils étaient sévères quant au vents de doctrines assez en vogue dans les autres églises, ils avait pour mission d’être les gardiens de la foi et veillaient jalousement à la Sainte Doctrine.

De plus, beaucoup de mouvements extérieurs abusaient des dérives émotionnelles emportant les fidèles et nommaient « Saint Esprit » un peu n’importe quoi, en particulier les pentecôtistes qui « priaient le langue », assurément une farce du diable.

Le diable, eux, ils ne le voyaient pas comme un personnage cornu mais tout de même comme la représentation du mal et il fallait se méfier car ce dernier s’introduisait dans les assemblées trop libérales et on observait bien des dérives.

En ce moment, le maître de cérémonie réfléchissait en lui-même.

Il savait que ses deux visiteurs étaient d’une église charismatique et son premier réflexe avait été de ne pas les recevoir, tout au moins de ne pas accepter de les inviter au culte du dimanche, mais, les témoignages que lui et sa congrégation avaient reçus de cette assemblée étaient très positifs et, à part le fait qu’ils pratiquaient les « dons spirituels », il n’y avait rien à redire.

Au contraire, bien qu’ayant à leur disposition un bâtiment, ils s’étaient organisés en Église de maison biblique et n’avaient apparemment pas l’intention de devenir une structure pyramidale qui inquiète tant les frères de son type d’assemblée.

Ces deux jeunes hommes s’étaient très bien tenus et reflétaient la joie et une profonde spiritualité bien qu’il soit visible qu’ils étaient de nouveaux convertis qui avaient sans doute encore tout à apprendre. Cela lui rappelait sa propre jeunesse.

Frère, demanda-il à Pierre, voulez-vous bénir le pain et le vin ?

Un peu gêné, il précisa que le vin était en fait du jus de raisin car dans les « Assemblées de frères », on ne consomme pas d’alcool.

– Cela ne fait rien, lui retourna Pierre avec un sourire.
Vous savez, en Afrique, il paraît qu’ils prennent de la grenadine mais pas pour les mêmes raisons. Eux, c’est parce que le vin est rare et cher et qu’ils n’ont pas les moyens de s’en offrir.

Les autres frères se regardèrent étonnés, certains un peu outrés, mais l’ange passa si vite qu’on ne le vit même pas et tous participèrent au souvenir toujours présent du corps et du sang de Christ.

Ce dernier, fraternellement, partagea le pain et la coupe de jus de raisin avec eux.

La solennelle cérémonie achevée, ils prirent ensemble ce qu’ils appelaient malicieusement l’apéritif, des biscuits et de la limonade pour les enfants et des canapés et du cidre léger pour les autres, et, comme c’était l’heure de se mettre à table, les deux disciples de l’Église de la ville furent conviés à partager leur repas.

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Pour une famille, c’était une famille et, si ce n’était pas leurs manières un peu guindées de gens bien comme il le faut et de classe un peu supérieure à la moyenne, tout au moins dans la pensée de nos jeunes amis, ils n’étaient pas très différents des gens comme les autres si ce n’est que les femmes parlaient assez peu en public ce qui pouvait être quelquefois un peu gênant.
Pierre avait déjà repéré une jolie jeune fille mais le Saint Esprit lui signifia tout de suite qu’elle n’était pas pour lui. Pas comme il l’avait furtivement pensé du moins. Sans doute un ancien réflexe qui resurgissait.

François, lui, un peu plus spirituel en ce moment mémorable, se dit qu’il ne fallait pas toujours écouter ce qu’on raconte car ces gens n’avaient pas l’air d’être des sectaires malgré leur apparente raideur, et il eut vite eut l’occasion de savoir ce qu’il en était car Paul, c’était le maître de maison, l’entreprit tout de suite sur les questions de doctrines.

– Quelle Bible utilisez-vous ? lui demanda-t-il comme pour lui ouvrit l’appétit sur la question.
– Heu, je ne sais pas, la Colombe je crois. Je n’en connais en fait qu’une.
– Nous utilisons la Darby, l’assura l’autre sans le rassurer pour autant et….

Et Paul partit dans une explication sur les vertus de de sa version préférée des traductions du Livre Saint et une autre attentatoire sur les erreurs que comportaient les autres, mais François n’écouta que d’une oreille car il ne connaissait pas encore les subtilités de l’Apologétique et ne savait pas comment dire à son vis à vis que cela ne l’intéressait pas.

Il est vrai que frères étroits, ou larges, comme on le préfère dans la dénomination de ces groupes, sont particulièrement pointilleux sur l’interprétation des textes bibliques et, s’ils ont en général une grande connaissance justement de l’Apologétique, ils deviennent vite assommants car ils ne se rendent pas compte que leurs auditeurs sont souvent loin d’en savoir autant qu’eux.

Et que d’autres vivent plus l’évangile qu’ils ne l’étudient en réalité.

Cela ne serait pas un mal si les uns ne voulaient à tout pris enseigner voire inculquer aux autre ce qu’ils savent, et si ces derniers avaient du temps à perdre alors que des âmes sont à sauver en urgence dans ce monde de fous.

Cela dit, en vrai disciple apprenant la patience et sachant écouter quand on lui parle, François, à défaut de profiter de l’enseignement du frère expérimenta une leçon de renoncement à soi-même dont il avait de toutes façon bien besoin.

« Le Seigneur, l’Éternel, m’a donné une langue exercée, Pour que je sache soutenir par la parole celui qui est abattu; Il éveille, chaque matin, il éveille mon oreille, Pour que j’écoute comme écoutent des disciples. » Esaïe 50:4

Pierre, lui, bien que s’intéressant toujours discrètement à la jeunette, était en grande conversation avec un autre membre de la congrégation qui voulait savoir si cela ne le gênait pas de parler en langue.

L’autre n’osait pas encore lui dire qu’il considérait les charismes pentecôtistes venant du diable et restait poli mais bouillait à l’intérieur, et heureusement que la sacro sainte réserve qui caractérise ce genre de frères lui donnait de garder son sang-froid.
Mais il était étonné du calme du jeune homme qui tranchait nettement avec l’exubérance coupable des deux ou trois pentecôtistes qu’il connaissait.

Pierre, lui, trouvait parfaitement normal d’exercer ces charismes et ne savait même pas qu’on pouvait leur reprocher quelques choses. Il comprit néanmoins que son voisin de table en était excédé.

Du fonds de son être, il leva les yeux vers le ciel.

– Jésus, il semble que ce frère veuille m’entraîner sur un terrain glissant, surtout pour lui. Que dois-je lui dire ?
– Dis-lui ce que tu penses, répondit Jésus fatigué de ces conversations pénibles, il a besoin d’être rassuré mais il faut lui dire la Vérité.
– Merci seigneur, j’ai compris, remercia Pierre. Pas de problème.

Pierre expliqua alors que si dans certaines églises il y avait un abus visible par rapport aux dons spirituels, voire des contrefaçons, cela ne voulait pas pour autant dire qu’ils n’existaient pas et que Dieu était maître de Sa façon de les distribuer et les faire exprimer quand Il veut, ou Il veut et comme Il le veut.

– Regarde, ajouta-il en direction du frère « étroit » qu’il avait tutoyé sans même s’en rendre compte, il y a des réponses à tes prières et c’est un miracle si des gens aussi différents que nous puissent déjeuner ensemble autour de cette table , tu ne crois pas que c’est l’Esprit qui nous réuni et nous assemble ?

Vois aussi les guérisons qui ont lieu chaque jours suite à la prière de l’Eglise, avec ou sans imposition des mains, ce n’est pas nous qui les faisons tout de même !
C’est l’Esprit qui habite en nous et c’est le même qui a fait dire à Paul tout à l’heure….

« Le Saint Esprit m’atteste que vous êtes des Enfants de Dieu et c’est avec joie que nous partageons avec vous le pain et le vin. »

Et pourtant, Paul n’est pas pentecôtiste et nous n’avons pas prié en langue au culte ce matin, pourquoi ?
C’est tout simplement parce que ces fameux « dons » qui te font peur ne sont pas exprimés par les hommes selon leur bon vouloir ou pour faire comme tout le monde comme cela se voit dans certaines assemblées, mais c’est Dieu qui se manifeste quand c’est utile ou pour notre bien-être quand nous en avons besoin.

Ce matin, le Seigneur dans Sa sagesse, sachant que vous êtes « contre », pour ne pas vous troubler ne nous a pas donné ce qu’il donne en d’autres moments quand Il l’a décidé.

Ce qui vous a permis de voir que nous sommes des frères comme les autres au point même que vous nous avez invité à votre table ce qui n’aurait pas été le cas, à juste raison, si votre visiteur n’avait été qu’un charnel qui raconte et exprime n’importe quoi sans même savoir d’où ça vient.

Tu sais, il y en a un dans notre église qui dit à votre propos qu’il préfère fréquenter des gens comme vous qui n’expriment pas les charismes même si vous vous privez de quelque chose plutôt que de passer ne serait-ce qu’une heure dans certains lieux ou manifestement ce n’est pas Dieu qui parle.

Pierre se rendit soudain compte qu’à table toutes les conversations avaient cessées et qu’on n’écoutait que lui. Il en fut très confus.

– Continuez frère proposa Paul avec autorité.
Ce que vous dites nous intrigue, mais la façon dont vous le dites nous plaît et nous fait du bien car nous n’avons pas l’habitude d’entendre parler de ce sujet ainsi.

– Ben, je ne connais que cette manière de faire, s’excusa Pierre un peu intimidé.
Vous savez, ce que je sais, je ne l’ai pas appris dans des livres et mon frère François est bien plus savant que moi, mais nos pasteurs nous ont mis en garde contre les exagérations et faux charismes en nous enseignant à discerner ce qui est de Dieu ou pas.

– Mais, ne dit-on pas « chez vous » qu’il faille parler en langue pour être sauvé ? questionna un autre convive.
– Certes répondit Pierre en riant, mais ce que vous dites est le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas croire, et ce genre d’inepties fait des prosélytes des religieux et rien d’autres.
Non, non ! En cas de doute, quand on vous dis quelque chose, il faut toujours demander à quelqu’un d’autre non impliqué de confirmer et, en cas de doute encore, se placer devant Dieu et prier et jeûner au besoin. Le Saint Esprit, celui que vous connaissez, vous enseignera ces choses.

Un murmure d’approbation parcouru la salle à manger et même les enfants avaient arrêté de jouer et écoutaient l’échange.

– Cela me rappelle l’histoire d’Apollos à Éphèse risqua un des frère présent, nous en parlons beaucoup et n’arrivons jamais à nous mettre d’accord avec les évangéliques
– Oui, répondit Pierre, chez d’autres aussi, ce sujet est quelquefois mal compris, et c’est ce  qui explique les dérives mais quoi qu’il en soit, il faut rester en paix et toujours demander à Dieu de nous confirmer là ou nous hésitons ce qui évite bien des querelles inutiles et des pertes de temps.
En ce qui nous concerne, nous avons décidé que quand nous ne maîtrisons pas bien un sujet qui n’a pas d’incidences sur le Salut, nous le laissons de coté et attendons que le Saint Esprit nous éclaire et évitons toujours les disputes de mots.

Le repas se termina tranquillement et aucune dispute n’eut effectivement lieu ce jour-là entre les frères dits « étroits » et des « pentecôtistes de fait » pas plus attachés que ça à leurs charismes. Ils n’acceptaient et n’appréciaient que ce que Dieu leur offrait.

Bien sûr, les frères de cette assemblée furent invités au culte du samedi soir après avoir été assurés que n’y seraient présents que les membres reconnus de l’Église de la ville le dimanche étant réservé à des réunions d’évangélisation publiques.

Ils convinrent une date et se quittèrent bons amis en s’embrassant fraternellement ce qui était un scoop pour certains mais ils ne s’en rendirent même pas compte. Le bonheur était tout prés.

Plus de 2000 ans après, l’Église biblique reprenait sa place en France.

Chapitre 30 où le pasteur Jo semble dérailler

Bien sûr, tout ne se passait pas toujours aussi facilement et paisiblement dans l’Église de la ville.
Il y avait aussi des crashs ou de simples querelles entre disciples qui se disputaient quelquefois par rapport à l’interprétation des textes bibliques, mais ce n’était jamais bien grave car ils étaient tous unis et ignoraient la malveillance et la méchanceté.

Quelques petites pointes d’orgueil par ci par là, quelques bagarres avec la vieille nature qui cherchait à reprendre parfois le dessus, quelques escarmouches aussi avec les gens de l’extérieur, des autres églises, qui cherchaient un peu des noises sans doute par jalousie, mais dans l’ensemble, ce petit peuple croissait en nombre et grandissait spirituellement sans qu’on n’ait à le pousser davantage.

Les moments les plus pénibles étaient quand un chrétien d’une fédération voulait intégrer l’équipe, attiré qu’il était par la joie et la paix manifeste qui unissaient les disciples et disant amèrement « qu’il n’y avait pas d’amour dans son église ».

Cela, l’équipe à Jo le savait et les disciples avaient depuis bien longtemps cessé de discuter de ce genre de comparaison tout en étant certains qu’une église sans amour ne peut être de Dieu. Les enseignements qu’ils avaient reçus étaient simples.
Comme des papillons de nuit tournant autour d’un lampadaire le soir venu, les chrétiens des autres chapelles faisaient le siège du lieu de rendez-vous et essayaient discrètement de se mêler au groupe de disciples. Ils ne comprenaient pas pourquoi ils n’étaient jamais invités au culte du samedi et aux réunions de prière mais seulement aux rencontres d’évangélisation.

Les frères, de leur côté, ne saisissaient pas pourquoi ces gens refusaient systématiquement les invitations à dîner, sauf aux agapes « ouvertes », et Jo les rassura.

– Le fait est qu’ils ont l’habitude de se rencontrer dans leurs salles qu’ils nomment « l’église », et n’ont pas l’habitude de se recevoir les uns les autres à la maison sauf pour des raisons précises ou par affinités. Cela ne se fait pas.

De plus, ils savent que partager l’intimité d’un frère les oblige à dévoiler la leur et, si un « non chrétien » honorera avec joie votre invitation, les religieux de ce type freineront des quatre fers ne serait-ce que par crainte d’avoir à vous rendre la pareille.
De plus, leurs chefs religieux les ont mis en garde contre vous en laissant entendre que nous sommes une secte et ils ne veulent pas prendre de risque.

– Que ferons nous alors ? questionna inquiet un des disciple
– Laissez-les venir répondit Jo très sûr de lui, ce n’est pas vers vous qu’ils doivent venir mais vers le Seigneur et, s’ils ne veulent nous rejoindre que parce qu’ils pensent que c’est mieux ici que dans leur église, ils risquent d’avoir des désillusions.

En y mettant les formes, c’est ce qu’il expliquait d’habitude, aux « chrétiens d’églises » qui appréciaient assez peu cette appellation, un peu péjorative il est vrai, mais qui leur allait comme un gant.

Encore mardi dernier, un membre d’une autre assemblée était venu voir Jo en douce car il ne voulait pas que son pasteur le sache, et lui avait demandé la permission d’intégrer la communauté car, disait-il, il n’était pas très bien dans son église.

– le pasteur est un vrai tyran, commença-t-il.
Vous savez, il fait ceci et il fait cela, il y a ses chouchous dans l’église qui sont les seuls à présenter la Sainte Cène et c’est son fils qui héritera de l’église à sa retraite.
Il ne veut pas laisser prêcher les jeunes, surtout mon cadet qui a reçu pourtant un appel de Dieu, mais il dit qu’il lui faut attendre et faire ses preuves et qu’il doit apprendre l’obéissance et faire des sacrifices.

Tiens, j’ai déjà presque entendu cela quelque part, se dit Jo amusé mais triste tout de même d’entendre cet homme vider son sac même si il pressentait qu’il y avait quelques réalités dans son discours. Il le laissa continuer.

– Notre famille est aisée et nous sommes de ceux qui donnons le plus à la dîme mais, comme notre fille est partie dans une autre église parce qu’elle a épousé un catholique, la libraire dit que « ce n’est pas de Dieu » et qu’il y a une malédiction sur notre famille. Nous croyez que c’est vrai Monsieur le pasteur Jo ?

Sans attendre de réponse, le chrétien d’église fit un rapport de tout ce qui n’allait pas dans son église et, profitant d’un instant pendant lequel il reprenait son souffle, Jo lui demanda calmement.

– Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
– Oh, pardon pasteur, je pensais vous l’avoir déjà dit.
Cela ne se fait pas car « il ne faut pas quitter notre assemblée » , mais nous voudrions changer d’église car nous ne croyons pas que la nôtre soit biblique par la faute du pasteur et nous serons bien mieux dans la vôtre.

Jo ne savait pas comment dire à cet homme que dans tout ce qu’il venait de dire il n’y avait pas seulement l’ombre d’un iota d’amour pour ses frères, mais au contraire des accusations, des jugements, de la jalousie, une immaturité spirituelle, et une bonne dose de propre justice.

Ces éléments montraient clairement l’absence de fruits de l’Esprit et une conscience corrompue qui n’avaient rien à voir avec la vie de Dieu, et laisser entrer ces personnes ne pouvait que polluer l’Église au sein de laquelle ils ne pouvaient se sentir bien car ces péchés seraient dévoilés et Dieu sait ce qui pourrait arriver.

Mais comment expliquer cela à cet homme qui, sûr de son bon droit de faire une telle requête, ne comprendrait pas pourquoi il se fait évincer.
De plus, il ressentirait cela comme du rejet et il aurait une autre blessure. Que lui répondre et comment ?

– Jésus, que dois-je lui…

Jo ne termina pas sa brève prière car il savait que le Seigneur ne lui répondrait pas car c’était à lui de parler à cet homme, et il fallait qu’il le fasse avec courage et détermination.
Son oreille de disciple avait écouté et maintenant, la bouche du même disciple se devait à son tour de parler.

– Monsieur, il est fort possible que votre pasteur ait à l’égard de votre famille un comportement assez peu fraternel mais vous avez la responsabilité, en tant que membre de l’église locale et celui du corps de Christ, de régler votre problème car quitter cette assemblée ne serait pas lui rendre service.

Il est évident qu’elle compte sur ses membres pour veiller sur le corps ecclésial, et l’amour que vous avez pour vos frères est plus fort que celui qu’ils ont pour vous.

A ce moment, Jo se détesta mais Jésus souriait en se demandant où il voulait en venir.

Dans l’Église, poursuivi Jo, bien que cela ne soit pas trop enseigné, chaque frère est responsable de son frère et votre pasteur est un frère comme les autres. Lui avez-vous lavé les pieds ?

Le visiteur interloqué ne comprit pas du tout de quoi il s’agissait mais mentit avec une belle assurance.

– Pas récemment mais je doute qu’il accepte encore une fois car dans notre église, nous ne pratiquons plus les sacrements

Ce fut Jo qui fut estomaqué cette fois du mensonge du respectable drôle qui donnait sa dîme sans sourcillier, et il hésita une seconde entre lui dire une vacherie ou le mettre à la porte. Heureusement, l’Esprit Saint vite le couvrit de sa nuée, et il ne fit pas la bêtise. Il continua néanmoins sa pirouette.

– Il faut en faire des sacrements, insista-t-il maintenant déchaîné, votre église doit être aussi vivante que la nôtre, et ce sont ceux qui ont reçu de la redresser qui doivent prendre le sceptre et bénir les membres puisque votre pasteur ne le fait pas bien.
Puisque votre fils veut prêcher, voilà une bonne occasion de le faire et dites-lui de préparer une prédication qu’il fera à la sortie de la ….il faillit dire « la messe » …du culte comme le grand Luther a si bien protesté.

– Mais, que leur dira-t-il ?

– Il dira que les membres de cette assemblée ne sont pas heureux dans l’église et que le pasteur n’est pas gentil avec eux et qu’il faut provoquer des élections au conseil presbytéral pour le destituer et le remplacer par un jeune.

Maintenant, repris Jo en fait pas très fier de son envolée lyrique, il faut le faire avec douceur et je vous conseille, puisque votre famille est soudée, de jeûner et de prier même si vous n’en avez pas l’habitude.

Je vous remercie mon frère de m’avoir visité et je vous souhaite bien du succès dans votre entreprise.

Le frère en question se leva de sa chaise hébété d’autant plus qu’il n’avait pas prévu de recevoir enfin un ministère ni de devenir le sauveur de son église après avoir voulu la quitter.

Pas une seconde il ne comprit que le pasteur Jo s’était fichu de sa poire et l’avait renvoyé dans son assemblée parce qu’il ne voulait pas de ce type de « chrétien » dans l’Église et que le seul endroit où il pourrait subsister était encore celle d’où il venait.

Maintenant, sur la méthode, il aurait été vain de vouloir lui expliquer qu’il n’était qu’un religieux qui faisait de la religion, même évangélique, et cet homme ne s’était pas présenté paisible ou repentant mais en accusateur des frères.

Même si les frères en question sont un peu soupçonnés de ne pas vraiment l’être.

Le pasteur Jo aurait pu bien sûr le mettre sur la piste des ses inconséquences, mais ce n’était pas le moment, et sa petite blague donnerait au moins à cette famille l’occasion de réfléchir, ce qu’ils ne faisaient pas d’habitude occupés qu’ils étaient à « refaire l’église » à coup de critiques, d’accusations et de malveillance et parfois de méchanceté.

Un élan était donné et nous verrons par la suite que Dieu agit de drôles de manières quelquefois quand on ne veut pas l’écouter.

ichtus-mini

Avant de raconter l’histoire ce ce pseudo chrétien qui voulait adorer devant tout le monde mais qui n’en avait pas le droit, relatons la mémorable histoire de Joëlle, l’épouse du pasteur de la principale église évangélique du coin, qui croyait que Jo et son équipe lui faisaient concurrence, et qui était si en colère parce que des blancs becs de l’Église de la ville l’avaient humilié sur « son » terrain sans même s’en rendre compte. Lui, il croyait qu’ils l’avaient fait exprès.

Mais revenons à sa femme qui, elle, n’avait pas perçu l’outrage de la même façon et avait compris ce jour-là que son homme n’était un imbécile tout pasteur  de la puissante fédération ADDF qu’il était.

Joëlle était fille de pasteur, petite fille de pasteur, mère de pasteur, la fatalité aidant, épouse de pasteur et, si la fédération n’avait pas été aussi rétrograde, elle aurait été pasteur elle-même ne serait-ce que pour respecter la tradition à répétition de cette famille de serviteurs de Dieu .

Certes, cette manie était venue au bon vieux temps du réveil historique dont on avait oublié la date, il eut été un scandale de ne pas avoir au moins trois pasteurs à chaque génération, et un subtil arrangement ecclésial l’avait fiancé au jeune et fervent Bernard Leprêche qui portait bien son nom.

Elle ne l’aimait pas, elle ne l’avait jamais aimé, mais savait fort bien sauver les apparences et paraître l’épouse idéale dans un cas comme celui-là en portant le ministère de son mari et en supportant sa présence. C’est vraiment difficile d’être femme de pasteur. Tout le monde vous le dira.

Comme elle n’avait nulle part où aller et que le divorce était impensable dans cette fédération, elle restait là comme une potiche vaillante, participait à la plupart des activités pour donner le change, et personne n’a jamais su, à part Dieu bien évidemment, que tous les jours l’oiseau rêvait de sortir de la cage.

Elle n’était même pas hypocrite.

Pour elle, c’était le destin comme un musulman dirait « Inch Allah », un hindou parlerait de karma et un pauvre n’aurait pas l’idée de chercher un autre destin. Joëlle était ADDF comme d’autres sont catholiques ou naissent témoins de Jéhovah.

Elle était bien placée pour savoir que toute cette pseudo spiritualité n’était que du flan, que le corps ecclésial vivait de magouilles et de rapines, du moins dans sa fédération, que les âmes périssaient sous le joug implacable de ceux qui manipulaient leurs vies, les marchands d’âmes, mais c’était pour elle plus ou moins normal car elle n’avait jamais connu autre chose.

Quand elle servait, elle s’assurait de le faire le moins mal possible et c’était cela son Paradis, ou plutôt sa bonne conscience, car elle se doutait bien que ce Seigneur dont elle entendait parler et dont elle parlait elle-même ne pouvait pas être réduit à une entité qu’on n’utilise que quand nous en avons besoin.

Lors des réunions à l’église, on chantait ce Paradis et à la maison elle vivait un enfer. Les années passèrent.

Elle entendit parler pour la première fois de l’équipe à Jo un soir où, de retour de la pastorale, son pasteur de mari était fort en colère et raconta une histoire incroyable. Des pasteurs avaient racheté les murs d’un temple de leur fédération après avoir viré les membres et recommençaient tout à zéro. Jamais ils n’avaient vu cela.

A la limité, nous avions déjà vu des loups ravisseurs voler les ouailles d’un honnête pasteur et les emmener dans une autre paroisse ou un débutant trop zélé vider la salle en trois dimanche parce qu’il parlait trop d’abandon du péché et de repentance, mais en général, les choses rentraient vite dans l’ordre ; la fédération savait gérer.
Les inconvenants étaient virés ou, si ils tenaient à leur salaire et à la position sociale que la structure savait leur offrir, ils mettaient pédale douce et on n’entendait plus parler d’eux.

Les rumeurs concernant quelques scandales qui transpiraient étaient vite étouffées et tout allait bien dans le meilleur des mondes sauf que les âmes périssaient mais cela ne préoccupait personne. De toutes façons, donne-leur ce qu’ils veulent et ils continueront à payer.

On ne parlait jamais Salut à la maison, on ne savait même pas ce que c’était, et l’attention de Joëlle avait été attirée un dimanche par la réflexion d’un prédicateur de passage qui avait dit en privé à son mari pendant le repas…

– C’est plus facile de gagner de l’argent que de faire des disciples.

Sans vraiment comprendre la portée de cette mystérieuse affirmation, Joëlle en avait tout de même été choquée, et il ne passait plus une journée sans qu’elle y repense. Elle ne le savait pas, mais le Saint Esprit avait commencé à travailler le fond de son âme.

C’est cette affaire de fausse prophétie accusatrice dans l’assemblée dénoncée par les disciples de l’Église de la ville en visite dimanche dernier qui avait été le déclencheur de sa rébellion.

Pas qu’une fausse prophétie l’indispose, elle en avait l’habitude, mais c’était l’assurance des deux jeunes qui avaient osé premièrement interpeller le faux prophète de l’église, on n’avait jamais vu cela, mais surtout que les petits gars aient tenu tête à son mari, l’intouchable pasteur Principal de l’église, et cela sans qu’aucune dispute ni menace n’aient été proférées.

Quelque chose s’est cassé en elle et, à la maison, quand son officiellement cher et tendre   s’en prit à elle parce qu’il ne savait pas sur qui passer sa rage, comme une femme qui se décide enfin à demander le divorce, Joëlle décida de visiter ce fameux pasteur Jo dont tout le mode parlait.

Elle n’avait même pas peur, aucune crainte, elle n’espérait rien, elle n’avait besoin de rien, elle n’avait rien calculé, elle n’avait rien à dire ni rien à demander.

Ce jour-là, après la réunion des dames, Joëlle sortit et prit le chemin de l’Église de la ville.

Chapitre 31 ou la conversion de Joëlle

Avant de raconter l’histoire de ce pseudo chrétien qui voulait adorer devant tout le monde alors qu’il n’en avait pas le droit, relatons la mémorable histoire de Joëlle, l’épouse du Pasteur de la principale église évangélique du coin.

Ce dernier croyait que Jo et son équipe lui faisaient concurrence et était très en colère parce que des blancs becs de l’Église de la ville l’avaient humilié sur son propre terrain sans même s’en rendre compte. Lui, il croyait qu’ils l’avaient fait exprès et qu’ils n’étaient venus en « son » église que pour lui piquer des ouailles.

Mais revenons à sa femme qui, elle, n’avait pas perçu l’outrage de la même façon et avait compris ce jour-là que son homme était un imbécile tout pasteur qu’il était.

Joëlle était fille de pasteur, petite fille de pasteur, mère de pasteur, et la fatalité aidant, épouse de pasteur et, si la fédération n’avait pas été aussi rétrograde, elle aurait été pasteur elle-même ne serait-ce que pour respecter la tradition de cette famille de serviteurs de Dieu à tout prix.

Certes, cette manie était venue au bon temps du réveil historique dont on avait oublié la date et il eut été un scandale de ne pas avoir au moins trois pasteurs à chaque génération, et un subtil arrangement ecclésial l’avait fiancée au jeune à l’époque et fervent Bernard Leprêche qui portait bien son nom.

Elle ne l’aimait pas, elle ne l’avait jamais aimé, mais savait fort bien sauver les apparences et paraître l’épouse idéale en portant le ministère de son mari et en supportant sa présence. C’est vraiment difficile d’être femme de pasteur tout le monde vous le dira.

Comme elle n’avait nulle part où aller et que le divorce était impensable dans la fédération ADDF, elle restait là comme une potiche vaillante et participait à la plupart des activités pour donner le change.
Personne n’a jamais su, à part Dieu bien évidemment, que tous les jours l’oiseau rêvait de sortir de la cage.

Elle n’était même pas hypocrite.

Pour elle, c’était le destin comme un musulman dirait « Inch Allah », un hindou parlerait de karma et un pauvre n’aurait pas l’idée de chercher un autre destin. Joëlle était ADDF comme d’autres sont catholiques ou naissent témoins de Jéhovah.

Elle était bien placée pour savoir que toute cette pseudo spiritualité n’était que du flan, que le corps ecclésial vivait de magouilles et de rapines, du moins dans sa fédération, que les âmes périssaient sous le joug implacable de ceux qui manipulaient leurs vies, les marchands d’âmes, mais c’était pour elle plus ou moins normal car elle n’avait jamais connu autre chose.

Quand elle servait, elle s’assurait de le faire le moins mal possible et c’était cela son Paradis, ou plutôt sa bonne conscience, car elle se doutait bien que le Seigneur dont elle entendait parler et dont elle parlait elle-même ne pouvait pas être réduit à une entité que l’on n’utilise que quand nous en avons besoin.

Lors des réunions à l’église, elle chantait ce Paradis avec les autres et vivait un enfer à la maison. Les années passèrent.

Elle entendit pour la première fois parler de l’équipe à Jo un soir où, de retour de la pastorale, son pasteur de mari était fort en colère et raconta une histoire incroyable. Des pasteurs avaient racheté les murs d’un temple de leur fédération après avoir viré les membres et recommençaient tout à zéro. Jamais on n’avait vu cela.

A la limité, nous avions déjà vu des loups ravisseurs voler les ouailles d’un honnête pasteur et les emmener dans une autre paroisse, ou un débutant trop zélé vider la salle en trois dimanche parce qu’il parlait trop d’abandon du péché et de repentance, mais en général, les choses rentraient vite dans l’ordre ; la fédération savait gérer et sanctionner les coupables.
Les inconvenants étaient virés ou, si ils tenaient à leur salaire et à la position sociale que la structure savait leur offrir, ils mettaient pédale douce et on n’entendait plus parler d’eux.

Les rumeurs concernant quelques scandales qui transpiraient étaient vite étouffées et tout allait bien dans le meilleur des mondes sauf que les âmes périssaient mais cela ne préoccupait personne. De toutes façons, « donne-leur ce qu’ils veulent » et ils continueront à payer la dîme.

On ne parlait jamais Salut à la maison, on n’y croyait pas vraiment, et l’attention de Joëlle avait été attirée un dimanche par la réflexion, une boutade assurément, d’un prédicateur de passage qui avait dit en privé à son mari pendant le repas…

– C’est plus facile de gagner de l’argent que de faire des disciples.

Sans vraiment comprendre la portée de cette mystérieuse affirmation, Joëlle en avait tout de même été choquée, et il ne passait plus une journée sans qu’elle y repense. Elle ne le savait pas, mais le Saint Esprit avait commencé à travailler son cœur.

C’est cette affaire de fausse prophétie accusatrice dans l’assemblée dimanche dernier, dénoncée par les disciples de l’Église de la ville en visite, qui avait été le déclencheur de sa rébellion.

Pas qu’une fausse prophétie l’indispose, elle en avait l’habitude, mais c’était l’assurance des deux jeunes qui avaient osé premièrement interpeller le faux prophète de l’église ce qui ne se faisait pas chez eux, mais surtout que les petits gars avaient tenu tête à l’intouchable Pasteur Principal de l’église, son mari, et sans qu’aucune dispute ni menace n’aient été proférées.

Quelque chose s’était cassé en elle et, à la maison, quand son officiellement cher et tendre s’en prit à elle parce qu’il ne savait pas sur qui passer sa colère, comme une femme qui se décide enfin à demander le divorce, Joëlle décida de visiter au plus vite ce fameux pasteur Jo dont tout le mode parlait.

Elle n’avait même pas peur, aucune crainte, elle n’espérait rien, elle n’avait besoin de rien, elle n’avait rien calculé, elle n’avait rien à dire ni rien à demander.

Mais ce jour-là, après la réunion des dames, Joëlle sortit et prit le chemin de l’Église de la ville.

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Jo avait reçu du Saint Esprit de prier cette semaine sans que ce dernier ne lui révèle de quoi il s’agissait. Un doux mais pesant fardeau le tracassait mais Jo obéissait.

– Il semble que quelque chose se prépare, méditait-il seul dans sa chambre, une attaque peut-être.

Quand l’épouse du Pasteur Principal de l’assemblée ADDF de la ville l’appela pour lui demander si il pouvait la recevoir et lui consacrer un peu de temps, Jo compris l’enjeu de la bataille et demanda aux frères de le soutenir par leurs prières. Par discrétion, il ne précisa pas le nom de l’âme qu’il faudrait arracher aux ténèbres mais les démons, eux, savaient de qui il s’agissait.

– Que puis-je pour vous demanda-t-il à la femme un peu intimidée après les banalités d’usage ?
– Je ne sais pas, répondit Joëlle en confiance, j’ai presque envie de me confesser.
– Mais, je ne suis pas un prêtre assura Jo un peu interloqué, avez-vous quelque chose sur votre conscience.
– Pas particulièrement et je sais bien que vous n’êtes pas un prêtre Jo, mais ces derniers temps, il y a eu des éventements dans ma vie qui m’ont emmenée à reconsidérer ma vie spirituelle et je ne peux plus continuer à vivre ainsi. J’ai besoin de votre aide.

Et Joëlle se lâcha.

Elle dit son malaise, ses croyances et sa vie d’église qui ne valaient rien, sa haine pour son mari et les membres de son église, son dégoût pour sa religion malgré son dévouement et le vide incroyable que représentait sa vie.

– J’ai l’impression que ma famille vit sous une malédiction car, tout sincères que nous soyons pour certains, je vois bien que ce que nous pratiquons dans l’Église n’est pas juste, et, malgré la popularité de notre ascendance, je sens bien que nous ne sommes pas aimés.

Cela n’était pas grave jusqu’à ces jours derniers où, après la visite dimanche à la salle de deux de vos membres, j’ai réalisé qu’ils étaient animés d’un esprit qui n’était pas le nôtre. Un peu comme si Dieu existait.

– Ne le croyez-vous pas ? Questionna Jo doucement.
– Je ne sais plus répondit la pécheresse du plus profond d’elle-même.
– Nous allons prier si vous le voulez bien proposa Jo avec un peu d’autorité.

– Seigneur, commença-t-il, je t’amène une brebis repentante.
Elle a beaucoup à dire mais ne sais pas comment le faire car elle ne te connaît pas et, en venant vers nous, c’est toi qu’elle cherche, mais ce qu’elle a appris sur le Père ne lui a pas permis de comprendre tes voies et elle a besoin d’entendre ce que tu as à lui dire.
Je te demande maintenant une onction particulière de ton Esprit pour qu’elle soit touchée par toi et puisse écouter ta Parole.
Selon cette Parole, je prends maintenant autorité sur les œuvres des ténèbres et, au nom de Jésus-Christ de Nazareth, je renverse et détruis cette barrière de religiosité ancestrale qui maintient cette femme prisonnière. Sois libérée femme !

Un violent soubresaut jeta Joëlle en arrière. Le disciple ne l’avait même pas touché de ses mains.

Dans la pièce, une onction puissante et mauvaise se manifesta, vite dissipée car le diable n’avait en ce lieu saint aucune possibilité de retenir sa proie, et Jo profita de son avantage pour dire à la femme que c’était le moment.

– Je crois, Joëlle, que jusqu’à aujourd’hui, vous avez vécu dans l’illusion spirituelle et, malgré votre pratique, vous n’avez jamais su l’éternité. Voulez-vous que je vous informe ?

L’épouse du Pasteur Principal de la plus grande église de la place, se remettant de ce qu’il venait de se passer, put maintenant qu’elle était libérée du mensonge, accepter d’entendre une autre voix.

Celle de Dieu se fit entendre au travers des explications de jo qui lui expliqua le péché, l’amour de Dieu pour Sa créature, les avertissements des prophètes qu’Il avait envoyés, le refus des hommes de se soumettre et, finalement, le don de son fils bien aimé en échange du Salut pour quiconque croit et accepte de se réconcilier avec Lui.

Mais croire, dans toutes les circonstances, c’était l’abandon du péché qui mène à la mort et surtout celui contre le Saint Esprit qui consiste à se servir du nom de Dieu pour asservir les âmes à défaut de leur montrer le chemin qui mène au Paradis. Vous comprenez cela Joëlle ?

– Oui, et je veux m’en repentir maintenant parce que je reconnais que c’est ce que nous avons fait, ce que j’ai fais par mes mensonges et ce que j’ai appris aux fidèles en les entraînant sur une mauvaise voie.
Je te demande pardon Seigneur d’avoir usurpé de ton nom.

Joëlle, soudainement confrontée à l’horreur du péché confessa à Dieu toutes ses fautes, fit preuve de repentance et se mit à haïr le péché.

Une âme venait de faire demi tour et de décider à cet instant de marcher non pas vers la Lumière mais dans la Lumière. Une conversion radicale qui faisait d’elle une Enfant de Dieu.
Jo glissa discrètement la boite de mouchoir prés de la main de sa nouvelle sœur en Christ pour qu’elle puisse sécher ses larmes mais ce n’était plus de honte qu’elle pleurait. Son visage était radieux et un chant s’éleva dans son âme.

Les anges, dans le ciel, dansèrent une fois de plus la sarabande sous le regard amusé de Saint Pierre qui agitait ses clefs.

Le père, le Fils et le Saint Esprit trinquèrent tant ils étaient satisfaits, et Dieu dit à son fils en aparté.

– Tu as eu raison Jésus de faire confiance à ce petit Jo sur la terre.
– Non Père, c’est lui qui m’a fait confiance.

Le Saint Esprit, Lui, prépara sa nuée pour raccompagner Joëlle chez elle car il savait déjà qu’elle y aurait fort à faire. Son mari le pasteur ne le détrompa pas.

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C’est comme on l’imagine avec un grand bonheur que la femme du Pasteur Principal émargeant à la fédération ADDF regagna son logis, son époux et sa sinistre vie mais, contre toute attente, son appréhension fut vite dissipée.

Normalement, rejoindre son mari revêche et cette église à laquelle elle n’appartenait plus aurait du lui faire craindre des représailles car il faillait bien qu’elle avoue son expédition et elle n’était pas certaine que son mari l’encourage dans cette direction.

Elle s’en était ouverte à Jo qui l’avait rassuré bien que lui non plus ne soit pas sûr que les pentecôtistes apprécieraient la nouvelle, et il n’avait pas caché à ce nouveau disciple qu’il y aurait sans doute des représailles.

– Que risquez-vous après tout. Sera-il pire qu’avant maintenant que votre âme est propre ?
– Oui, j’ai compris maintenant ce que veut dire obéir à Dieu plus qu’aux hommes, et j’ai tellement seriné que « si Dieu est avec nous qui sera contre nous » que je vais voir ce que cela donne en pratique.

Joëlle entra dans sa maison.

– Où étais-tu ? demanda le mari qui se doutait de quelque chose.
– A l’Église, répondit la disciple pour gagner du temps.
– J’en viens, tu n’y était pas. Tu me cache quelque chose.

Une querelle allait commencer.

Immédiatement, Joëlle entra en prière et cette fois-ci, elle eut la surprise d’entendre Jésus lui répondre Lui-même dans l’instant avec une douce voix qui lui dit…

– Ne t’inquiète pas, je suis avec toi jusqu’à la fin du monde.
– Il va me massacrer.
– Mais non, je te dis de me faire confiance.

Le pasteur Principal passa à l’attaque directe.

– Où étais-tu ? Répéta-t-il d’un ton qui n’admet pas de mauvaise réponse
– A la recherche de Dieu, et je l’ai ramené à la maison
– Quoi ! Tu te fiches de moi ou quoi tempêta le ministre, j’exige des explications

Joëlle expliqua et raconta à son mari furieux ce qu’il venait de se passer.

Elle dit avoir trouvé la paix, être certaine de son Salut, refuser désormais toute religiosité et mensonges.

– Je sais que dans l’église les gens vont cancaner et que tu vas passer pour un idiot si ta femme va prier dans une autre église mais c’est comme cela, et j’en ai assez de toutes ces bêtises et de cette hypocrisie programmée sur laquelle tu règnes en potentat absolu. Si tu veux te perdre, cela sera sans moi, et il va bien falloir que tu t’y fasses.

Non, je ne chercherai pas à préserver les apparences, non, je ne continuerai pas à assurer un service de fonctionnaire, non, je n’irai pas à l’Église de la ville en douce, et oui je prêcherai l’évangile dans son intégrité même si cela va à l’encontre de ce que tu pratiques et que tu as toujours pratiqué.

Je te laisse le choix de me mettre à la porte comme tu le fais quand un des membres contredit ta ligne politique ou de comprendre que l’Église n’est pas vos assemblées mais le rassemblement des croyants.

D’ailleurs, vous croyez quoi au juste, que le péché abonde et que vous pouvez continuer ?
Que ce sont vos discours qui sauvent, que vous pouvez continuer à vous moquer de Dieu ?

Le pasteur, outré, n’eut même pas le temps de penser que c’était Jo et sa bande qui avaient monté le cou de sa femme. Il fut pris de plein fouet par la prédication de son épouse qui n’avait pourtant jamais prêché.

Il n’était pas d’accord mais il savait qu’elle avait raison et, pour ne pas perdre la face, lui dit avec mauvaise volonté…

– Bon, on verra plus tard car j’ai mon sermon de dimanche à préparer.
Je te demande seulement d’attendre quelques jours avant de parler aux membres de l’église afin que je puisse me retourner et aviser de la suite à donner à ce que j’appelle de la rébellion. Tu ne vas pas t’en tirer comme cela.

Joëlle n’avait pas été massacré et la joie persistait dans son cœur. Elle avait presque envie d’embrasser son mari et ne détestait plus les membres de son église. De l’église du Pasteur Principal s’entend.

Non, ces gens étaient devenus des êtres comme les autres. Des âmes à sauver et non plus des chrétiens infidèles horripilants qui se rassemblaient elle ne savait plus pourquoi. Elle était dans un autre monde et avait Dieu pour Père et Jésus pour Seigneur.

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Il y avait dans une autre église de la ville un chrétien spirituel qui connaissait la Bible par cœur, ou presque, et ne parlait que par versets bibliques interposés ce qui était parfois lassant mais tout le monde le lui pardonnait car, si quelqu’un s’avisait de le reprendre, il disait ou plutôt criait presque…

– Mais qui es-tu donc pour me juger ?
Ne vois-tu pas la poutre qui est dans ton œil avant de voir la paille qui est dans le mien ?

Il ne savait pas que Jésus parlait en araméen courant et que cela ne doit pas lui faire plaisir d’entendre les chrétiens citer des versets bibliques à tout bout de champs et de s’envoyer à la figure des jugements d’autant plus que ceux qui le font n’arrêtent pas de dire qu’il ne faut pas le faire.

Notre agaçant chrétien, appelons-le François pour préserver son identité, était un exemple de cette espèce qui, bien que pratiquant le péché avec volupté, ne pouvait s’empêcher de le sanctionner quand il le repérait chez les autres.

Quand il n’en trouvait pas, il les fabriquait car c’est bien plus facile d’user de calomnie plutôt que de reconnaître ses propres errements, et malheureusement dans son église, ils étaient tous à peu prés comme cela et c’est sans doute parce qu’on le leur avait appris ou qu’on le tolérait pour de mystérieuses raisons.

En fait, reconnaître son péché du moment aurait été une remise en question de toute sa croyance et, comme un bon catholique ne veut pas renoncer à l’adoration des statues quoi qu’il s’en défende, continue à mettre des cierges pour prier à sa place même si il devrait savoir qu’elles ne peuvent rien pour lui.

Quand on abordait cette question du péché dans l’Église, non pas celle qu’il fréquentait mais la grande, la vraie, lui et ses coreligionnaires répétaient en cœur qu’on était « sauvé par la grâce », ce qui semblait les autoriser à continuer à pécher volontairement et à envoyer spirituellement promener avec des versets bibliques ceux qui leur en faisaient la remarque.

Mais un jour, un frère lui posa cette question..

– Quelle est la différence entre un chrétien pécheur et un païen pécheur ?

Là, François ne su que répondre à part la litanie habituelle racontant qu’il était sauvé par grâce et, ce qu’il avait entendu prêcher une fois par un pasteur bien informé…

– Même si je suis dans le péché jusqu’au cou, j’ai la certitude d’être accueilli dans le Paradis.

– Alors, questionna le frère, si les pécheurs sont sauvés par grâce, il en est de même pour les incroyants, les adeptes des autres religions et pas seulement les chrétiens puisque Jésus a été crucifié pour eux ?
– Je suis sauvé par grâce par le sang de la croix.

Ne pouvant rien tirer de plus de ce François chrétien pécheur biblique, le frère laissa tomber le sujet et essaya autre chose.

– Le sacrifice sur la croix est une victoire sur les œuvres du diable n’est-ce pas, alors, puisque nous sommes arrachés à la puissance de la mort , pourquoi un sauvé continue-il à pécher ?
– La chair est faible mais l’Esprit est bien disposé
– D’accord raisonna le disciple, mais que penses-tu du fait que le salaire du péché, c’est la mort ?
– II est réservé aux hommes de mourir une seule fois, assura le chrétien François avec une belle assurance, et nul ne connaît la date et l’heure, mais toi, qui es-tu pour m’enseigner de la sorte, as-tu reçu un rhéma de Dieu pour me parler comme cela ?
– Non, je ne crois pas ou plutôt si, ne suis-je pas le gardien de mon frère ?
– Tu n’es le gardien de personne car tu n’es même pas pasteur, et le Saint Esprit ne m’atteste pas que je doive t’écouter, l’amour couvre toutes les fautes, et puis, tu ne me parles pas avec amour et tu devrais relire 1 Corinthiens 13 qui dit que l’amour excuse tout, il croit tout, espère tout et supporte tout. Tu parles charnellement et as besoin de te remettre en question et de te convertir.

Le disciple, devant tant de mauvaise volonté et l’utilisation des passages bibliques sortis de leur contexte, ne savait plus quoi dire car de toutes façons, le jeune François avait réponse à tout, et ce n’était pas le manque de connaissance biblique qui le tracassait mais le sentiment diffus que ce gars n’avait rien compris au plan du Salut puisqu’il ne détestait pas le péché et le tolérait dans sa vie et dans celle des autres.

De plus, mais cela devait être la conséquence du péché justement, l’autre était orgueilleux, agressif, méprisant, culpabilisateur, assurément coupable lui-même, ce qui était l’exact contraire de la manifestation des fruits de l’Esprit et voulait donc dire qu’il n’avait pas expérimenté une nouvelle naissance tout en croyant dur comme fer que cela était.

Il semble que son pasteur le lui laissa croire ou, ce qui serait bien pire, ne sache pas lui-même de quoi il en retournait et n’emmène par son ignorance tous les membres de leur congrégation avec eux en enfer.

Ce qui fit penser au disciple que, outre l’abus que faisaient ces gens de la Parole de Dieu en la citant n’importe comment et en l’arrangeant au grès de leurs besoins pour excuser leurs fautes, qu’ils chantaient aussi le dimanche des cantiques à la gloire de ce même Dieu et le priaient avec une bouche impure tout autant que leurs cœurs.

« Tu ne prononceras pas le nom du Seigneur ton Dieu en vain ; car le Seigneur ne laissera pas impuni celui qui prononce son nom en vain. » Deutéronome 5:11
« En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. » Matthieu 6:7

Il se rappela, dans une église qu’il fréquentait il y a bien longtemps, avoir été choqué par le comportement de deux mémères assises dans la rangée devant lui et qui parlaient chiffon.

« Gloire à Dieu, Gloire à Dieu, 
au plus haut des cieux. 
Gloire à Dieu, Gloire à Dieu, 
au plus haut des cieux  »

Elles reprenaient le refrain en cœur avec les autres chrétiens de l’église et, pendant les couplets, reprenaient leur discussion qui était bien loin de ce que dans cette assemblée on appelait « adoration ».

Notre ami François faisait de même et pas seulement dans la louange.

Il participait avec une grande ferveur aux prières publiques et, quand son tour venait de prendre la parole, il criait presque dans l’assemblée de longues prières où il était question de repentance, de regret du péché, de promesses à Dieu de le servir dans la pureté du cœur comme si c’était nécessaire.

Ce n’était en fait que des mensonges mais, comme tout le monde faisait comme cela, tout le monde était content et ils trouvaient cela normal.
Pour la Sainte Cène, un ancien avertissait le peuple avec ce verset de 1 Cor. 11:28-30 qui raconte que…

« Que chacun s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe ; car celui qui mange et qui boit, mange et boit un jugement contre lui-même, ne distinguant pas le corps. C’est pour cela que plusieurs sont faibles et malades parmi vous et qu’un assez grand nombre dorment ».

Mais on donnait cette cène à tout le monde de sorte que les membres de cette l’église qui étaient dans le péché la prenaient quand même et y voyait là une autorisation de continuer comme cela puisque personne, et surtout les anciens, ne les reprenait et c’était bien comme cela.

C’était d’ailleurs la seule obscénité que François ne dénonçait pas comme le reste quand il pinçait un « frère » à pécher ou à ne pas être d’accord avec « la doctrine », celle du moins qu’il s’était inventé.

Cela faisait dire au disciple que les œuvres du diable étaient pour les autres seulement, que cette façon de penser n’était pas de Dieu assurément, et qu’il faudrait bien qu’il cesse un jour de causer à ces gens comme à des vrais chrétiens puisque manifestement ils n’avaient rien compris au plan du Salut.

Heureusement, ce disciple était membre de l’Église de la ville et seuls ceux qui véhiculaient l’Esprit de Dieu hors des murs du bâtiment qui les abritait de la pluie savaient dans quel Royaume ils étaient assis pour l’éternité qui pour eux avait déjà commencé.

Chapitre 32 ou il réintégra son corps

L’assemblée de Joëlle était un peu comme celle du François qui ne ressemblait pas au disciple François qui a déjà fait parler de lui dans cette histoire, mais cela, tout le monde l’aura remarqué.

Il est évident qu’elle n’avait plus rien à y faire mais menait en ce moment un combat contre elle-même car, outre le fait que le fameux verset biblique « ne quittez pas votre assemblée » était gravé dans son inconscient et presque son âme, elle se disait que ladite assemblée avait besoin de son témoignage.

En outre, elle s’était mise à aimer ces frères ou du moins ces âmes car, s’il était prouvé que la majorité d’entre eux soient encore à sauver, les quelques rares avec qui elle ne s’entendaient pas auparavant spirituellement étaient justement de ceux qui croyaient en autre chose question Église de Jésus-Christ.

Paradoxalement, il était plus difficile de se rapprocher d’eux car ils étaient dans l’assemblée les plus critiqués et, si elle était allée les voir pour leur raconter son bonheur, nul doute qu’ils l’auraient suivi à l’Église de la ville et elle aurait été la cause d’un schisme qu’on ne pouvait que prévoir. Il semblerait que tous les chrétiens rencontrent le même problème.

Elle décida de jeûner comme il était conseillé dans un livre de Jérôme Presquil que lui avait prêté Jo et, si cet exercice était nouveau pour elle, c’est avec joie qu’elle décida non de jouer la spirituelle mais de se rapprocher de son Dieu.

Pendant ce temps, l’Église de la ville grandissait toujours et de nombreux contacts avaient été noués avec certaines assemblées de la région même si les pasteurs étaient en général réticents et s’inquiétaient de la montée en puissance de ce qu’ils croyaient être une nouvelle église.

Ils en avaient encore parlé à la Pastorale et, malgré les nombreux griefs  essayant de salir les deux pasteurs en titre désormais absents de leur réunion mensuelle, ils étaient bien obligé de reconnaître qu’il n’y avait pas d’embrouille de leur coté et, sans en dire du bien parce qu’ils préféraient le péché, les gens du coin n’en disaient pas de mal.

Ses tentatives d’assaut contre le Maire de la ville ayant on ne sais pourquoi lamentablement échouées, le Pasteur ADDF s’était bien gardé de parler de la conversion de sa femme, et les autres pasteurs n’osaient mentionner le fait qu’ils avaient déjà perdu quelques brebis.

Il se disait que les Darbystes étaient tombés dans le panneau et que d’autres églises visitées par des disciples songeaient à inviter Roger et ce pasteur Jo chez elles ce qu’il faudrait éviter.

Le baptiste proposa une coalition, heu…une espèce de charte, qui lierait les présents qui s’interdiraient de recevoir ces gens en leur églises respectives et mettraient au ban les serviteurs qui s’y risqueraient.

Justement, on savait que l’Église de la ville attendait une nouvelle visite de Presquil et d’un couple d’enseignants connus pour dénoncer le péché dans l’église. Encore des traîtres et des renégats.

Malgré cela, les frères disciples continuaient leur prospection et, s’ils n’apprenaient en général pas grand chose dans les assemblées qu’ils visitaient, ils laissaient toujours une trace un peu comme Jésus qui parcourait les chemins de Galilée.

De plus, de mystérieuses guérisons se manifestaient et, bien qu’aucun ministère spécialisé ne se soit déclaré dans la ville, il était indéniable que Dieu visitait la province.

La rumeur parlait aussi de démons chassés et de délivrances, mais là non plus, il n’y avait pas de tapage si ce n’est que les témoignages de chrétiens qui avaient connu des gens exécrables qui tout d’un coup avaient été libérés.

Jo et Roger, conscient du fait que les foules aiment à courir les prodiges et les miracles, avaient comme Jésus dans la Bible exhorté les disciples à éviter la moindre publicité, non pas pour se cacher, mais pour éviter le tumulte et de voir accourir les chrétiens qui ne cherchent que la guérison et pas autre chose.

De toutes façons, les deux pasteurs n’avaient pas l’exclusivité des réponses positives à leur prières, et c’était souvent que les disciples, seuls ou en communauté, obtenaient des résultats, et il y en avait tant qu’ils trouvaient inutile de les quantifier.

Qu’importe si c’était César ou Jules qui avaient prié pour un malade ou pour une situation inextricable, tous en étaient capables et ils trouvaient cela naturel.

Un jour, une équipe en train de distribuer des traités sur la place de la mairie avait été témoin de l’accident d’un jeune qui s’était couché en scooter après avoir heurté un lampadaire.

Son casque mal ajusté ne l’avait pas protégé et au contraire, selon le médecin du SAMU, il aurait dû se tordre le cou et ne pas vivre.
Mais les disciples étaient là, ils avaient prié en sa faveur en attendant les secours et, si l’on n’a jamais parlé de miracle, le corps médical resta circonspect car en général, dans ces cas là…

Une autre fois, c’est une vielle dame qui faillit se faire happer par un bus et un disciple se trouvant de l’autre coté de la rue et voyant la scène cria « Jésus sauve-là ».
Ce qui attira le regard d’un piéton qui en un quart de seconde tira la vielle dame sur le trottoir en la prenant par le collet.

Le chauffeur du bus, tétanisé par ce qu’il venait de voir, témoigna plus tard qu’il avait vu un ange mais, comme il n’était pas chrétien, on ne l’écouta pas et sa direction le mit en congé car il avait subit un trouble de stress post-traumatique. Depuis ce jour là, ce conducteur croit en Dieu.

La mémé, elle, ne compris jamais comment son heure n’était pas arrivée et jouit à partir de ce jour là une retraite paisible ce qui n’était pas le cas avant.

Un jeune, avait abusé de drogues et, en expérimentant une nouvelle mixture, était sorti de son corps se retrouvant un soir pratiquement collé au plafond et se voyait allongé sur le lit. Il savait que ce n’était pas du délire comme les autres fois.

Une lumière blanche l’attirait et une voix douce lui dit…
– Tu sais, tu peux venir vers nous maintenant mais tu peux aussi rejoindre la terre et continuer ta vie.
– Je ne suis pas prêt dit le drôle.

En fait, il comprenait ce qu’il lui arrivait, mais il eut peur de l’inconnu et décida de réintégrer sa peau.
Il prit à pleine main l’espèce de cordon ombilical qui le retenait à sa carcasse et tira pour revenir sur son lit.

Les jours suivants, les effluves de la drogue passées, il réfléchit et, alors qu’il aurait pu épater ses copains avec cette histoire, passa l’incident sous silence.

Plus tard, bien plus tard, quand à l’âge de raison il eut l’occasion de parler religion, il racontait qu’il avait vu Dieu ou du moins l’avait entendu lui parler et que depuis cet épisode il croyait à l’au-delà.

Vingt ans plus tard, le garçon a rencontré ce Dieu mystérieux et, après avoir fait une démarche spirituelle, est devenu un des disciples les plus fervents et les plus équilibrés que l’Église ait accueille en son sein.

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Mais revenons sur terre et voyons comment l’Église de la ville s’organise maintenant que ce n’est plus seulement l’équipe à Jo qui est concernée, mais une multitude dont des membres d’autres paroisses, ainsi que quelques pasteurs qui prenaient le même chemin.

Il avait été convenu que pour les chrétiens des autres églises, il n’était pas utile qu’ils quittent automatiquement leurs assemblées, non pas parce que « ça ne se fait pas », mais parce qu’ils avaient un témoignage à apporter et, que tant qu’ils pourraient supporter les persécutions qui ne manquaient pas de venir ou s’ils se faisaient pas mettre à la porte, ils pourraient y demeurer.

Comme l’Église de la ville se réunissait le samedi soir pour le culte en privé, cela ne posait pas de problème et les frères se sentaient absolument libres d’aller dans une chapelle ou une autre à leur gré sans jugements d’autant plus qu’on les y encourageait.

Bien sûr, il y avait quelques frictions dans leurs congrégations d’origine mais, comme ils avaient appris à aimer ce qui était devenu en fait tout naturel, ils ne souffraient pas de manque d’identité spirituelle et si on leur demandait leur dénomination d’appartenance, ils disaient l’Église tout court.

Si on insistait, ils disaient qu’ils faisaient partie de l’Église dans leur ville et que, accessoirement, ils fréquentaient telle ou telle communauté mais ne se sentaient pas pas plus pentecôtistes ou baptistes qu’autre chose.

Cela faisait des envieux mais tous restaient intraitables.

Pour s’identifier à l’Église dans la ville, il fallait appartenir à Christ et les pécheurs ne pouvaient pas y entrer si ce n’est le dimanche pour écouter une prédication et rencontrer les frères qui se trouvaient là.

Si un « chrétien » disait je suis chrétien, le disciple répondait…

– Tu as combien de péché dans ta vie ?

Et si pour son malheur éternel le « chrétien » déclaré chrétien reconnaissait au moins un péché volontaire dans sa vie, on lui disait qu’il ne pouvait pas entrer au paradis donc pas dans l’Église non plus.

Bien sûr, beaucoup n’étaient pas d’accord avec ce raisonnement un peu simpliste mais, si ils entraient en conciliabule avec eux-même, ils étaient bien obligés de reconnaître la réalité des faits et, comme c’est vraiment difficile de se jeter des versets bibliques contradictoires à la figure soi-même, ils ne pouvaient s’échapper.

Ils n’avaient que deux solutions.

a) Renoncer au péché et se mettre en règle avec Dieu
b) Rester comme ils étaient et faire une croix sur le Paradis.

Pas de Paradis sans croix, et ceux d’entre les « chrétiens » qui ne croient ni à l’un ni à l’autre, ils sont morts et c’est bien fait pour eux parce qu’ils ont au moins une fois entendu l’évangile..

Mais revenons-en à nos moutons, les brebis du Seigneur membres de l’Église de Jésus-Christ dans la ville.

Était venu le moment de rassembler dans l’Eglise les frères des diverses dénominations qui avaient cru.

Roger et Jo organisèrent une agape.

Chapitre 33 Le rassemblement de l’Église et la graine de moutarde.

Non qu’il veuille procéder à un quelconque recensement et se glorifier avec un malsain orgueil d’avoir « réussi » dans la tâche d’avoir amené des âmes au pied le la croix, peut-être plus que certains autres, mais la vision du moment était de rassembler le troupeau et d’encourager les disciples à réaliser la réelle dimension de l’Église de Jésus-Christ.

Finies les dissensions entre les différentes doctrines, terminées les querelles de clocher et les luttes d’influences entre les fédérations, et plus de risque non plus de mini sectes causé par des « leaders », au départ bien intentionnés, qui mettent en place des structures ecclésiales devenant au final leurs propres royaumes.

L’idée de rassembler les gens de la communauté élargie, c’est ainsi qu’ils nommaient l’Église en général en faisant référence à l’Église locale, avait enthousiasmé les frères toujours impatients de rencontrer d’autres disciples de divers horizons.

Certains d’entre eux, visitant la famille ou des amis hors des limites du département, avaient au hasard de leurs voyages rencontré d’autres disciples dans d’autres églises locales mais toujours retranchés dans une solitude spirituelle qui faisait peine à voir.

C’était en général des chrétiens qui avaient « quitté des assemblées » se trouvant apostates, ou commençant à tolérer de graves compromissions, l’œcuménisme y faisait des ravages en ces temps-là.

Et si il n’y avait eu que ça !

Le système protestant se voulant exempt de direction pyramidale, chaque groupe et chaque église n’avait d’autorité que la sienne propre et n’était contrôlé par personne. Cela fait déjà belle lurette qu’avaient été abandonnés les conseils bibliques des apôtres prévoyant la mise en place d’une équipe d’anciens sages et dévoués au Seigneur, au profit de petits groupes très restreints qui faisaient la pluie et le beau temps. Quelquefois un seul homme.

Les « conseils d’églises » n’étaient la plupart du temps qu’un simulacre d’autorité aux ordres de deux ou trois leaders visionnaires qui se comportaient en véritables gourous mais cela, il ne fallait pas le dire.

Toutefois, des petits groupes de chrétiens fidèles subsistaient ça et là, autonomes, mais méprisés par l’ensemble des « églises instituées » qui voyaient d’un très mauvais œil les ouailles leur échapper et qui faisaient tout pour que cela n’arrive pas.

Ces frères vivaient la plupart du temps sous la culpabilité et dans le rejet en plus de la tristesse de ne pas pouvoir communier avec l’ensemble des églises, et Jo venait de décider que maintenant il en serait autrement.

Rassembler ces frères, oui, mais aussi fallait-il s’assurer qu’ils étaient vraiment des disciples et non des religieux comme nous en trouvons tant, et il avait demandé à Jésus de l’aider dans cette tâche qui semblait impossible puisque personne n’y était encore arrivé.

Jo demanda à son Maître.

– Jésus, tu as dit un jour…
« Jérusalem, Jérusalem, qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! »

Si toi-même tu n’y es pas parvenu, comment pourrais-je, moi, arriver à un tel résultat ?
Et pourtant, je sais que c’est ta volonté de voir tes enfants unis au sein de ton Église.

– Ce n’est pas la même chose, Jo.
Quand j’ai dit ça, je m’adressais au monde et l’Église, le rassemblement des croyants, n’existait pas encore.
Ce n’est qu’àprès mon départ que les frères se sont rassemblés et lors de l’effusion de l’Esprit qu’ils ont pris mon identité. Du moins ceux qui n’ont pas fait semblant.
Je pleure tous les jours de vous savoir dispersés et ce qui vous tenait éloignés les uns des autres, c’est cette histoire de fédérations et de doctrines inventées que vous venez de quitter toi, Roger et les frères.

Maintenant que vous avez compris cela et que vous avez bouté les pécheurs impénitents hors de mon Église, la donne n’est plus la même et les disciples n’accablent plus mon nom et se reconnaissent entre eux.

Rappelle-toi l’autre jour quand tu étais sur ce marché et que tu as vu un chrétien tenir un stand biblique.
Avant de t’approcher pour l’encourager, tu t’es tenu à l’écart le laissant finir sa conversation avec un prosélyte pour ne pas le déranger et tu l’as soutenu dans la prière de là où tu étais.
Mais ce frère t’avait repéré et, quand tu es venu vers lui, il t’a dit…

– Vous êtes de la maison ?

Tu as su, Jo, que ce n’était pas une question mais qu’il avait déjà compris qui tu étais et ce que tu venais faire. Il t’avait reconnu et tu sais pourquoi ?
C’est parce que l’Esprit que j’ai fait résider en lui est le même qui réside en toi et en tous les disciples. Tu n’auras aucune difficulté à rassembler ceux qui m’appartiennent.

Ce sont les autres qui ne veulent pas communier et vous lapident. Va en paix mon frère.

Alors, Jo lança les premières invitations.

Il commença par le début et rechercha ses premiers disciples qu’il n’avait pas oubliés bien qu’ayant quitté le lieu où il les avait enseignés.

Craignant encore il n’y a pas si longtemps que cela d’être considéré comme un loup ravisseur s’ il reprenait contact avec eux bien que brûlant de savoir où ils en étaient avec leur foi, Jo s’était abstenu de les revoir mais ils étaient toujours dans ses prières.

Louis, Jiménez, Maria sa femme battue, Roger et l’équipe de disciples de son ancienne église, Marcello, Robert, Clarisse, les frères Pantois, tous ceux qui avaient croisé la route de Jo en différents lieux et qui étaient maintenant des disciples identifiés. Viendraient-ils à la fête ?
Notre ami le pasteur eut la certitude que oui.

Les jours qui passèrent furent consacrés par Jo à renouer avec son passé.

Il écrivit aux uns, téléphona aux autres, envoya quelques mails et se déplaça même dans certaines paroisses pour retrouver ces gens qui l’avaient malgré eux aidé à construite sa foi comme il avait participé à la construction de la leur.

A tous, il expliquait sa croissance, les miracles qu’il avait vu, l’assurance du fait qu’il avait trouvé le chemin et que Dieu les attendait aussi sur cette même route. Le voyage des pèlerins.

Ses inquiétudes par rapport aux réactions des pasteurs en place n’avaient plus lieu d’être. Tous les disciples ou presque avaient quitté les assemblées et rejoint des groupes de maison ou de petites églises sans prétention mais fidèles.

De-ci de-là, il rencontrait des doctrines spéciales, quoi que jamais dénaturées, des points de doctrines exagérés ou carrément manquants, mais dans l’ensemble, tout allait bien et il fut très heureux de constater que dans l’Église de la ville, ils n’étaient pas les seuls à vivre une foi pure et cela le discipula.

Le seul bémol était que, privés de communion fraternelle, certains groupes ne grandissaient ni en nombre ni en stature spirituelle et quelques uns se trouvaient tellement isolés qu’ils en étaient presque flétris.
Tous n’avaient pas reçu le baptême dans le Saint Esprit.

– On va arranger ça glissa Jésus euphorique.
J’ai déjà béni ce couple d’enseignants que vous attendez tous.

La rencontre fut programmée pour la pentecôte.

Pas spécialement parce que cette fête a une signification bien particulière chez les Évangéliques, charismatiques s’entend, mais parce qu’il y avait trois jours de congé ce qui laissait le temps aux frères de faire connaissance.

Avec le rapport de Jo concernant sa récente prospection qui n’était pas du tout prévue au programme, le pasteur Roger s’inquiéta question exiguïté des locaux.

–  Pour les faire dormir, nous nous arrangerons et les frères s’occuperont de l’intendance, mais pour réunir tout ce monde, notre salle ne suffira pas.

Je pensais accueillir une centaine de personnes mais au train où tu y vas, nous n’aurons jamais assez de chaises et administrativement nous n’avons droit qu’à 80 personnes.

D’habitude, ça va car nous faisons plusieurs réunions le dimanche pour l’évangélisation mais là, il faut que tout le monde soit ensemble. Qu’allons-nous faire Jo ?

– Nous allons demander la salle de la mairie et, si ça ne suffit pas, nous occuperons le stade rétorqua le jeune pasteur avec le plus grand sérieux.
– Tu est fou Jo, Ils ne nous le prêteront jamais !
– Écoute Roger, pour le stade, nous n’en sommes pas encore là mais pour la salle des fêtes, ne serait-ce que pour des questions de sécurité, la municipalité n’aura pas trop le choix et Georges Lapige saura bien une fois de plus  les convaincre.

– Tu as raison Jo, tu as plus de foi que moi.
– Possible, répondit Jo énigmatiquement. La graine de moutarde a poussé.

Monsieur le Maire George Lapige, grand disciple devant l’Éternel, soumit la proposition à son conseil municipal le mercredi suivant.

Tout de suite, rappelant le saint principe de la laïcité, l’opposition hurla et exigea qu’il soit respecté.
Le député Gaétan Vachère, espérant cette fois une victoire qui lui échappait depuis toujours  fut le plus virulent et, prenant le Maire en traître, dans une belle envolée digne d’un avocat du Front National prit la parole.

– Alors, Monsieur le Maire, si demain la mosquée de la ville d’à côté vous demande la salle des fêtes pour faire la prière, vous allez accepter ?

– Oui, se surprit de s’entendre répondre George Lapige, et même les adorateurs de l’oignon ou les témoins de Jéhovah s’ ils me la demandent.

Pour autant que ce soit une question de sécurité et vous auriez l’air malin, Monsieur le député, si l’Église se trouvait à la rue ou se réunissait dans un lieu non adapté au nombre de ses membres.
La municipalité a des responsabilités et n’oubliez pas que je suis membre de l’Église et, en tant que tel, je revendique le droit à utiliser les locaux communaux.

Vous, Monsieur Vachère, vous êtes un administré comme les autres mais votre voix ne dépasse pas les limites de notre commune.
Quand vous aurez des comptes à rendre pour votre éternité, vous expliquerez à Saint Pierre pourquoi vous avez refusé aux Enfants de Dieu de la région de se rencontrer de façon amicale.

De plus, ce n’est pas pour « prier » que l’Église demande à utiliser la salle, mais il s’agit qu’une rencontre culturelle visant à promouvoir l’échange et la solidarité inter-communauté.

Le Maire ne se rendit même pas compte qu’il venait d’inventer une expression qui serait bien utile à l’Académie Française mais emporta l’avis général rassuré par le caractère non religieux de la future rencontre.

Le conseil municipal vota l’accord à main levée à l’unanimité et Georges en profita pour avancer un pion en songeant à l’avenir.

– Une prochaine fois, c’est du stade que nous aurons besoin, et j’invite  l’opposition à constituer dés à présent une équipe de foot pour assurer le spectacle en première partie de la manifestation. Vous jouerez contre celle de l’Église.

– Tu es un malin, toi, se dit Gaétan Vachère furieux.
Si il y a un match, jamais nous ne pourrons leur refuser le stade.

C’est ainsi que l’affaire fut faite mais nos pasteurs n’étaient pas au bout de leurs peines.

– Attention fit Roger.
Si nous faisons notre rencontre dans un lieu public, il va nous être difficile de refuser ceux qui ne sont pas des nôtres.
– Pas si nous distribuons des tickets répond Jo sur une subite inspiration.

Nous procéderons par invitation.

Chaque frère invite un frère parce qu’il le connaît personnellement et est sûr de sa foi. Rien ne peut échapper.
Seul, le personnel de la mairie en charge de l’entretient de la salle n’aura pas de ticket, mais nous les considérerons comme des auditeurs et, de toutes façons, quelques uns de nos frères travaillent là-bas et ils sauront bien les préparer psychologiquement et spirituellement.

Pour les repas, je propose table ouverte ici au local, buffet froid à la salle des fêtes et dîner le soir chez les frères qui ont un peu de place en plus de l’hébergement.

Si il y a trop de monde, nous installerons des lits de camps au local et au pire, s’il fait beau, il y a le camping et la ferme des frères Lazzaro.
Pour les plus douillets des invités, ils préciseront s’ils préfèrent l’hôtel, mais nous leur certifierons par la foi que le gîte et le couvert sera assuré dans les meilleures conditions.

Pour les assurances, nous sommes couverts par celle de l’association et il nous reste à préparer les carnets de chants et surtout la venue de Priscilla et Aquila, et Jérôme Presquil qui nous donneront les enseignements.

– N’oublions pas le fléchage et le cadeau de bienvenue rappela Roger enchanté.
Dis-moi, Jo, tu en a beaucoup organisé des rencontres comme celle-là ?
– Non, c’est vraiment la première du genre et, si Jésus ne m’en avait pas soufflé l’idée, je n’aurais jamais osé répondit-il mesurant soudainement l’immensité de l’épreuve, puis, pour cacher son émoi continua.
– Pour le fléchage, Joseph travaille à la ville et il sait comment faire. Il embauchera quelques jeunes.
Pour les cadeaux, peut-être un livre qui raconte l’histoire de l’Église de la ville histoire d’encourager nos invités mais il reste à l’écrire.
– Qui pourrait le faire mieux que toi, proposa aussi heureux qu’intimidé par la vaillance de son jeune ami, le pasteur Roger aux anges. Voyons maintenant les enseignants.

– Ils se sont libérés pour Pentecôte et nous n’avons pas de soucis à nous faire. Je les loge chez moi.
– Parfait, en termina Roger en se levant pour rejoindre sa femme. A demain Jo.

Priscilla et Aquila n’étaient pas leurs vrais noms mais le peuple de Dieu aimait à les appeler comme cela parce qu’il était béni par leurs enseignements.

Anciens pentecôtistes, ils s’étaient fait licencier par leur fédération parce qu’ils avaient un jour prétendu la quitter. On ne démissionne pas de ce genre d’institution religieuse en place.

Comme Jo et Roger, ils avaient un jour réalisé qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, avaient décidé de dire tout haut ce que d’habitude on se raconte tout bas, et c’était cela leur principal péché.

Ils ne pouvaient plus couvrir les fautes volontaires et persistantes de leurs coreligionnaires, les mensonges, et en particulier les exactions de certains ministres du culte qui prenaient quelques aises avec la mise en pratique de ce qu’ils enseignaient trois ou quatre fois par semaine.

Ils étaient las des prédications a paillettes, des séminaires payants, de la vente de musiques sois-disant inspirées par le Saint Esprit, de la culture du « Moi » et de l’acceptation du péché dans l’Église ce qui n’aurait jamais dû être. Saul de Tarse devait s’en retourner dans sa tombe.

Ce qu’on disait d’eux concernant leur limogeage assez peu discret ne leur faisait ni chaud ni froid mais leur vie après le clash était devenu en enfer.

Plus d’invitations, plus d’amis, plus de frères et sœurs, un téléphone muet, bref, en plus de se trouver solitaires, ils étaient du jour au lendemain devenus des pestiférés.

Ils se retrouvèrent dans le désert.

Désert spirituel qu’ils avaient souvent enseigné et expérimenté eux-mêmes parfois mais à l’époque, ils ne savaient pas vraiment ce que c’était.

Un désert, c’est plat, c’est chaud, ou froid, et terriblement glacé la nuit quand le soleil est couché et que nous n’avons personne à qui parler.

La nourriture est rare, l’eau fraîche tarie, les corbeaux qu’on guette à l’horizon ne viennent pas nous voir, et le peu d’herbe amère est immangeable et on n’a pas non plus très faim.

Le temps est long, très long, on désespère presque.
La vie s’est éloignée de nous,

Où est donc notre ami, où est donc notre Père,
On ne peut pas non plus nous rapprocher de vous.

Le vent souffle plus fort
La misère est présente,
Le mal nous prend au mors
Même Dieu fait silence

«Car il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité.

Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite: La mort a été engloutie dans la victoire. »

1 Corinthiens 15:53-54

Priscilla et Aquila ont vécu des mois et des mois de souffrances.

La solitude, l’irrespect, la bouche muselée mais toujours cette petite flamme.
Assurément, Dieu ne les laisserait pas tomber.

Dieu, de son côté, regardait ses Enfants grandir et se disait que le métier de potier est bien barbare, mais qu’il fallait en passer par là pour séparer le bon grain de l’ivraie et éliminer les scories grâce au creuset qu’Il s’était inventé.

Ces enfants-là, il en avait besoin.

Comme Job, ils s’attendaient à Dieu et, même s’ils ne comprenaient pas encore ce qu’il leur était arrivé, ils avaient confiance à leur créateur et Jésus avait bien fait de les choisir comme disciples.

Malheureusement, ils s’étaient fourvoyés dans ce qui n’était pas Son Église et il fallait les tirer de là.

Ils croyaient encore dur comme fer à ce qu’ils avaient appris par exemple qu’il faut « couvrir » le péché d’autrui, même si c’est un mensonge, alors qu’il a été dit que si nous étions une occasion de chute pour un de ces petits, il vaudrait mieux qu’on nous attache une meule de moulin au cou et qu’on nous jette dans la géhenne.

Ils croyaient aussi qu’on devait obéissance absolue aux chefs religieux même si ce n’était pas écrit comme cela dans la Parole.

Ils croyaient qu’il ne fallait sous aucun prétexte « quitter les assemblées » même si certaines de ces dernières étaient en fait des synagogues de Satan et s’ils n’y étaient pas à l’aise.

Ils savaient tout cela intellectuellement et, pour les guérir, comme le peuple hébreux a été retenu dans le désert, il fallait qu’un serpent d’airain s’élève pour qu’ils comprennent.

Dans le désert, ils rencontreraient Jésus.

Les mois de sécheresse et d’aridité firent fondre les graisses et la prière et le jeûne, souvent forcés, enseignèrent aux enseignants à regarder vers leur Dieu plutôt qu’à leurs frères.

Ils croyaient Dieu dans les autres et dans les églises. Ils virent Dieu dans le désert.

Petit à petit, Priscilla et Aquila changèrent et n’eurent plus peur des hommes et découvrirent la crainte de Dieu. Ce dernier les libéra.

Ils rencontrèrent un jour un chrétien isolé, un « Sans église Fixe », comme on les appelle, qui les invita à une réunion de prière chez un de leurs amis.

Ces gens étaient des transfuges des assemblées apostates et essayaient de grandir comme ils le pouvaient avec ce qu’ils avaient c’est-à-dire pas grand chose.
Ils se plaignaient du manque d’enseignants qui ne les visitaient pas parce qu’ils étaient des exclus et méprisés du reste du monde chrétien mais ne voulaient sous aucun prétexte y retourner pour des tas de raisons.
Comme Priscilla et Aquila, ils espéraient à un avenir meilleur.

De retour dans leur logis, nos deux amis partagèrent la même vision qu’ils venaient d’avoir pendant la prière. Ils iraient vers les SEF pour leur dire que Dieu les aime et les a voulu comme cela.

Qu’ils ont bien fait de quitter les églises indignes
Qu’ils font bien de vouloir rester fidèles
Qu’il sont bénis de Dieu

Ils ne leur enseigneraient pas toujours les mêmes histoires dites et redites mais à écouter leur Dieu et à Lui obéir.

« Voilà. Vous irez leur dire que je veux des disciples et non des « chrétiens » et vous leur enseignerez à faire tout ce que je vous ais appris. »

Priscilla et Aquila furent ce jour-là rétablis dans le ministère par Dieu Lui-même qui les envoya.

L’église dans la ville et dans sa région s’apprêtaient maintenant à les recevoir à leur tour.

Chapitre 34 qui nous offre une grande surprise

Pour une surprise, ce fut une grande surprise.

Seulement une semaine après avoir programmé la rencontre des disciples de la région et lancé ses invitations, le Pasteur Jo reçu les premières réponses.

Déjà, chez les premiers disciples convertis et formés au sein des églises au sein des assemblées où il avait officié par le passé, il ne le savait pas mais son travail n’avait pas été vain.

Ces gens avaient porté du fruit car ils n’étaient pas des « chrétiens d’églises » mais de véritables serviteurs chacun dans sa spécialité et, si tous n’étaient pas des « leaders » capables d’initier des groupes, tous prêchaient l’évangile du salut et annonçaient la Parole de Dieu dans son intégralité.

Refusant de « collaborer » avec les « églises  mondaines » qui n’étaient que des clubs de religieux ou des regroupements de gens en manque de reconnaissance sociale, ses premiers disciples avaient néanmoins rejoint les rangs de structures plus modestes ou se rencontraient informellement au sein de ce que nous appelons maladroitement des « églises de maison ».

Certains étaient isolés mais la flamme qui brûlait en eux se voulait porteuse de promesses. Le temps viendrait où l’Église pure et sans taches se reconnaîtrait au travers de ses membres.

Les disciples que Jo avait enfantés et formés à l’époque se comptaient sur les doigts des deux mains mais ces derniers avaient travaillé après le départ de Jo. Ils étaient maintenant des dizaines.

Comme ils avaient bien compris l’enjeu de cette rencontre, les correspondants, connus ou inconnus de Jo tenaient tous le même discours.

Ils témoignaient avoir fait une rencontre personnelle avec Dieu, refusaient les compromis dans les églises et étaient conscient que Jésus ne nous a pas demandé de faire des nations des « chrétiens » mais de faire disciples et de leur enseigner la foi.

Ils refusaient les dénominations et tous « pouvoirs religieux », surtout si les agissements des chefs religieux allaient à l’encontre de la pensée de Dieu, et ne « reconnaissaient » comme frère ou sœur qu’une personne dont le Saint Esprit attestait l’identité en Christ.

Ils voulaient participer à cette rencontre parce que, se trouvant parfois isolés, ils avaient un désir ardent de rencontrer d’autres frères. Pentecôtistes ou pas.

« Voici, oh! qu’il est agréable, qu’il est doux Pour des frères de demeurer ensemble !

C’est comme l’huile précieuse qui, répandue sur la tête, Descend sur la barbe, sur la barbe d’Aaron, Qui descend sur le bord de ses vêtements.

C’est comme la rosée de l’Hermon, Qui descend sur les montagnes de Sion; Car c’est là que l’Éternel envoie la bénédiction, La vie, pour l’éternité. »
Psaume 133 : 1-3

En recevant ces courriers, le pasteur Jo pleura de bonheur et la présence du Saint Esprit se manifesta puissamment.

Jo et ses frères marchaient vraiment sur la bonne route.

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Il y avait aussi les contacts de quelques frères des églises de la région qui avaient été visités par les disciples de l’Église de la ville.

Des Darbystes, des Batistes, des ADDF, des églises libres, quelques catholiques et autres dénominations, et notre ami fut tenté de jeter directement ces lettres au panier.

Jésus arrêta son geste et lui donna la conviction qu’il fallait garder ces missives et répondre à chacune d’elle.

Il y en avait deux sortes.

Celles incontestablement écrites  par des hommes et des femmes qui avaient été touchés par le témoignage de l’équipe et voulaient entrer dans la dimension vécue par l’Église de la ville, et les autres.

Les autres émanaient de gens qui avaient « entendu parler de l’expérience » et de cette rencontre par untel ou untel et se posaient des questions sur cette opportunité de parler avec les disciples de l’Église.

– Ils veulent parler de l’Église se dit Jo. Nous, nous la vivons.

Il décida néanmoins de répondre personnellement à chaque demande et, n’ayant pas le temps de tout faire, après avoir écrit un mémoire expliquant qui ils étaient et ce qu’ils faisaient, confia la gestion de ces retours particuliers à Josiane qui était habile dans la correspondance.
Elle saurait bien discerner lesquels de ces amis seraient effectivement invités à participer à la l’agape.

Le pasteur Jo entreprit aussi la rédaction de l’historique de l’Église dans la ville à destination des invités.

Elle existait maintenant aux yeux des hommes et, ce premier ouvrage relatant son édification et son essor étant destiné exclusivement aux disciples, il lui fallait travailler à les aider à grandir. Le pasteur se fit écrivain.

En attendant, les demandes de participation à la rencontre affluaient et nous en étions déjà à cinq cent trente deux demandes ce qui fit dire au pasteur Roger que son ami avait eu le nez creux de prévoir une salle plus grande.

Jamais les frères n’auraient imaginé une telle affluence et, même s’ils savaient que toutes les candidatures ne seraient pas retenues, un nouveau problème se posait qui était celui de l’intendance.

Comment allons-nous loger tous ces gens là ? Il n’y avait pas de réponse.

Pour l’intendance justement, le trésorier lança une alerte car, outre les frais de location de la salle des fêtes, de nourriture et autres besoins, la caisse de l’Église ne pourrait en aucun cas supporter la dépense d’autant plus qu’il fallait prévoir aussi l’édition de plus de 500 fascicules de bienvenue et du livre racontant l’histoire de l’Église de la ville offert aux invités. Un casse-tête qui dépassait le responsable des cordons de la bourse.

– Peut-être pourrions-nous demander une participation aux visiteurs, risqua le frère lors d’une réunion préparatoire de la rencontre.
– Ce serait renier notre décision de ne jamais faire d’appel d’argent, répondit Jo pour une fois sévère, cherchons une autres solution.
– Combien avons-nous en caisse ? demanda Roger un peu inquiet.
– Juste de quoi couvrir la location de la salle et imprimer des livres de chants répliqua le trésorier.
– Cela ne suffira pas. Ils arrivent en masse et nous ne pouvons nous permettre aucune dette râla Roger soudainement apeuré.  Où est-ce que tu nous entraîne 
Jo ?
– Je ne sais pas, répondit ce dernier. Je propose que nous jeûnions tous demain et après demain pour recevoir la réponse. Je sais que c’est la volonté de notre Seigneur d’agir ainsi et rappelez-vous comment il a multiplié les pains et les poissons. Ne ferons-nous pas de même ?

Un vent de stupéfaction et de doute souffla sur l’assemblée des frères réunis car, même s’ils étaient désormais habitués aux miracles, jamais ils ne les avaient prémédités comme cela si ce n’est pour l’achat du local mais là, cela avait été dirigé sans qu’ils ne décident rien d’eux-même.

– Jésus n’a-il pas dit qu’en Son nom nous chasserions des démons et ferions des miracles ? Repris Jo avec hardiesse.
Souvent, nous lui demandons de faire ceci ou cela à notre place et le glorifions quand ces choses arrivent mais nous ne réalisons pas qu’il nous a donné tout pouvoir sur l’invisible pour autant que cela soit dans la volonté de notre Père.

Combien de fois n’avons nous pas espéré et demandé des petites choses et n’est-ce pas aujourd’hui le moment de mettre notre foi en action pour en obtenir des grandes ?
Nous laisserons-nous limiter dans le travail pour Dieu alors qu’il nous a donné une vigne plus grande à travailler ?
Laisserons-nous le diable nous voler les bénédictions que le père nous a déjà données ?

Non mes frères, ce qu’il nous arrive aujourd’hui est un poteau indicateur de Dieu qui nous montre une direction que nous n’attendions pas, et nous devons suivre ce chemin quoi qu’il nous en coûte. Même notre timidité.

Devant tous et au nom de tous, Jo entra en prière.

– Seigneur Jésus, la tâche est au-dessus de nos forces. Nous ne savons comment faire. Viens au secours de notre incapacité.

La nuée descendit sur le groupe des Enfants réunis et, par la bouche d’un frère qui ne se savait pas prophète Dieu leur dit…

– Mes Enfants.
Vous avez été fidèles et vous venez de reconnaître votre manque de foi pour accomplir le dépôt que je vous ai confié.
Vous voulez obéir à ma pensée et je suis toujours là pour m’occuper de votre faiblesse. Ne craignez point.
Cette rencontre de mes disciples habitant dans votre région, je l’ai voulue et je ne renierai pas ma Parole.
Va sans crainte petit troupeau, car j’ai trouvé bon de vous donner le Royaume et je sais que vous ne possédez rien sur la terre.
L’or et l’argent m’appartiennent et je vous commande d’aller de l’avant et de faire mon œuvre sans vous préoccuper d’avec quoi vous payerez l’imprimeur et les frais pour recevoir mes amis et vos frères.

Allez dans la paix et que la Lumière soit.

Un long silence accueillit cette parole de connaissance et personne ne douta que Dieu avait parlé.
Certes, si le Seigneur avait confirmé Lui-même la direction, il n’avait pas précisé les moyens mais avait honoré le peu de foi qu’ils avaient les encourageant à la parfaire.

Tous, d’un commun accord, décidèrent d’écouter la voix de Dieu plutôt que leurs craintes et se séparèrent ce soir là heureux d’être ce qu’ils étaient et le cœur plein d’espoir.

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Pour l’imprimeur, ce n’est pas un homme de l’art que Dieu leur envoya mais une machine.

Jérôme Presquil, sollicité pour des conseils d’édition car il en était spécialiste, parla à son propre imprimeur qui lui proposa un matériel de réforme dont il n’avait plus l’utilité.

Disciple lui-même et bien que ne la connaissant pas, , il avait vite compris le besoin de l’Église de la ville car, en bon professionnel, il savait qu’un éditeur ne s’intéresse pas à la fabrication de seulement 500 fascicules et que ce travail devrait être fait en numérique.

Il y avait la solution Internet où l’on trouve des industries qui réalisent un tel travail à la demande mais il sut, allez savoir comment, que ces amis auraient dans l’avenir besoin de matériel de ce type et qu’il leur serait impossible de le financer car tout cela a un coût.

Il venait de changer son propre matériel et disposait d’une photocopieuse numérique et simple d’utilisation qui ferait leur affaire. Il l’offrit à l’équipe à Jo sans demander de contrepartie car il était financièrement à l’aise.

– Ils n’auront plus qu’à payer le papier et l’encre, dit-il malicieusement à Jérôme. Peux-tu leur porter la machine ?
– Pas de problème répondit ce dernier enchanté. Dieu te le rendra mon frère.

Pour le lieu des repas, nourrir 500 personnes dépassait les capacités de l’Église et la solution vint bêtement d’un disciple dont un cousin était propriétaire d’une usine désaffectée qu’il n’arrivait pas à vendre. Trop grand, disaient les éventuels acheteurs.

C’était juste une question d’assurance pour couvrir les trois jours et Josiane la comptable eut tôt fait de trouver une de ses relations au travers du cabinet d’expertise où elle travaillait qui se chargea encore de la rédaction du contrat.

Il ne restait plus qu’un bon coup de balai à donner pour rendre le lieu accueillant, les frères furent enchantés de le faire, et de trouver les tables et les chaises ? Ce fut le moins facile.

C’est un employé municipal non converti qui dénoua le délicat problème en proposant à un frère de venir voir en douce dans les ateliers municipaux un hangard où s’ entassait depuis toujours le matériel que, modernité oblige, on n’utilisait plus.

Tables, chaises, armoires, poêles réformés, des tonnes de papier, bref, de quoi encombrer une ville et personne ne se souvenait seulement que cela existait .

Demander à la Mairie de le prêter était chose impossible mais c’était sans compter sur un coup de pousse divin qui décida le responsable en chef de se séparer du trésor parce qu’il avait besoin de l’espace pour entasser d’autres choses que l’on voulait garder.

L’association Emmaüs fut sollicitée et il se trouve que son directeur était un sympathisant de notre fine équipe, ce qui arrangea les choses, et, si le reste dudit trésor fut déménagé dans la semaine dans ses locaux, les chaises et les tables prirent directement le chemin de l’usine.

Le directeur d’Emmaüs, Philippe Paris, rajouta quelques cuisinières et réfrigérateurs qu’il paya de sa poche, deux immenses congélateurs, des assiettes et couverts en nombre, et il ne manqua plus grand chose pour assurer la restauration des disciples en visite.

Un des bâtiments de l’usine fût aménagé en dortoir, les douches remises en service, et les électriciens de l’Église de la ville s’occupèrent de la partie technique pour mettre tout ça en ordre. Il ne restait plus que les frais de bouche et de gosier à gérer mais la cagnotte de l’Église pouvait désormais assurer.

Quinze jours avant la pentecôte, ce furent quatre vingt trois disciples dans la ville et ses environs immédiats qui reçurent leur badge de participation à la rencontre, et trois cent vingt huit personnes extérieures trouvèrent dans leur boite à lettre le précieux sésame qui les invitait à rejoindre l’équipe à Jo pour cette rencontre privée. La ville était prête à les recevoir.

Bien sûr, il y eut quelques grincheux vexés de n’être pas invité et, si l’équipe à Jo ne leur dit pas qu’ils n’étaient pas des chrétiens, ils leur répondirent que cette rencontre était réservée aux disciples.

Dans leur jargon, ces « chrétiens » prétendaient qu’ils étaient des disciples mais réfléchissaient vite aux conséquences de l’être quand ils parlaient avec un vrai serviteur de Dieu et n’insistaient jamais. Ils savaient très bien que ce n’était pas vrai; ils n’étaient pas des disciples.

Et c’est comme cela que, dans les « églises instituées » de la région, on ne trouva rien à redire au sujet de cette manifestation programmée et quand on en parlait, on disait que « la secte » s’agrandissait » et qu’il fallait se méfier, ou plus timidement qu’il s’agissait d’une convention des églises d’une nouvelle dénomination qui ne souhaitaient pas partager avec le reste la chrétienté du monde.

La chrétienté « du monde ».

Sans le savoir, ils avaient bien raison.

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Les deux jours de jeûne et de prière décrétés par l’Église dans la ville avaient une fois de plus confirmés la volonté de Dieu et, surtout grâce aux nouveau événements qui avaient financièrement rendu possible leur rencontre, les disciples étaient sereins et parfaitement dans la paix.
L’emménagement de l’usine les avait fort occupé et ils se sentaient là-bas chez eux. Comme une deuxième demeure.

Certains se demandaient même si, comme ils commençaient à devenir à l’étroit dans leur locaux, il n’y avait pas comme un clin d’œil de Dieu pour les inciter à élargir l’espace de leur tente. Ils ne croyaient pas si bien dire.

Le propriétaire de l’usine cousin du disciple, Léon Letissier, y pensait aussi bien qu’il ne fasse pas partie de la bande.

Il avait vu son parent changer et, de drogué qu’il était et voyou à ses heures, était devenu sage comme un image sans pour autant avoir l’air d’un cul-béni comme on en rencontre dans les églises.

La religion, il connaissait car il avait été enfant de cœur dans son enfance et plus tard avait fait partie des « Jeunesses catholiques », mouvement dirigé par le curé qui faisait concurrence aux scouts.

Il en avait gardé une foi platonique dont il se servait trois fois par an quand il allait à la messe où, quand ça n’allait pas, il avait besoin de prier.

Il ne croyait plus en Dieu depuis belle lurette mais sa femme, une grenouille de bénitier de la pire espèce, donnait le denier du culte pour deux et cela suffisait pour sauver l’apparence. Monsieur Léon Letissier était respecté dans la communauté.

Un revers de fortune lui avait fait mettre en faillite son usine et perdre une grande partie de son argent, mais, son épouse étant d’une grande famille, on arrivait à vivre et tout allait bien comme cela.

Vivant de sa retraite, il n’avait pas besoin d’aller travailler et, la politique n’ayant pas voulu de lui, il coulait des jours paisibles entre la pèche et les mots croisés en plus de quelques sorties discrètes le mercredi à la ville voisine où il entretenait disait-on des relations coquines.

Tout allait bien et Léon était heureux comme cela, si ce n’était une épine qu’il avait du mal à se sortir du pied. Les murs de son usine devenaient trop pesants.

Il tenait son industrie de son arrière grand-père, tanneur de peaux connu dans toute l’Europe et au-delà, affaire qui avait été transmise de père en fils sans autre formalités car c’était le destin.

Léon Letissier n’avait jamais été passionné par la fabrication de peaux, lainées ou non, et aurait voulu être capitaine de bateau. Il en fut autrement.

C’est donc sans regrets que quand la concurrence d’Amérique du sud et la crise eurent fait leurs ravages, qu’il trouva le prétexte pour s’échapper et, après avoir licencié le personnel et réglé ses dettes, ferma définitivement son usine et cessa complètement son activité.

Il n’avait ni cherché ni trouvé de repreneur et les murs furent laissés à l’abandon puisque personne n’en voulait car il aurait été trop onéreux de réaménager l’espace et les investisseurs étaient en ce temps-là plutôt frileux.

En fait l’ensemble des bâtiments était trop vaste pour un petit projet et trop étroit pour un grand.
La Mairie avait voulu un temps récupérer l’usine pour ériger un centre culturel mais l’opposition voulait tout raser et vendre le terrain au meilleur prix . Ils ne purent jamais s’entendre et Léon resta avec son usine sur les bras.

Déjà qu’il n’était pas particulièrement attaché cette affaire, notre entrepreneur déchu avait du mal à supporter le coût d’un espace qui ne lui servait plus à rien et qu’il ne pouvait même pas louer parce qu’il aurait fallu y faire des travaux et le mettre aux normes.

Aussi, quand son cousin lui demanda de prêter un des bâtiments pour accueillir des gens qui en avaient besoin pour faire ripaille pendant un week-end, l’idée l’amusa et il donna son accord de princupe à condition tout de même que ces gens s’assurent car il ne voulait pas de pépin.

C’est comme cela qu’il fit connaissance avec l’Église de la Ville et la rencontre avec les deux pasteurs se trouva courtoise et désintéressée. Un service au cousin.

Puis, il vit ces gens à l’œuvre et la célérité avec laquelle ils emménagèrent l’espace, et fut invité à déjeuner par eux sur ce qu’ils appelaient « le chantier ». Il écouta leur histoire.

Il avait bien sûr entendu parler de l’Église dans la ville mais, comme sa femme était catholique, il n’y a avait pas vraiment prêté attention et ce n’est que maintenant qu’il réalisait que c’était sérieux. Il trouva ces gens bien sympathiques.

Tous les jours il les rencontrait et s’était lié d’amitié avec un certain Gérard D’Orville, né de bonne famille, qui faisait office de chef de chantier et avec qui il aimait bien discuter.

Il était un lettré, parlait bien, jouait aux échecs, était modeste et discret, et surtout n’essayait pas de l’assommer avec des bondieuseries comme certains de ces protestants du coin qu’il avait déjà rencontrés.

Quand Gérard lui parla de Dieu il écouta, d’abord par réflexe, puis intéressé car l’autre lui parlait « du Seigneur » comme s’il le connaissait vraiment.

Il comparait toujours avec ses souvenirs du catéchisme mais n’y retrouvait pas grand chose à part ces merveilleuses histoires de l’évangile qui lui avaient donné le goût du voyage.

Damas, Jérusalem, la Galilée, Rome, la Palestine, le bout du monde où il n’avait jamais pu aller.

Mais il y avait aussi ce Jésus descendu de sa croix comme s’il n’y était jamais monté, le tombeau vide, les compagnons d’Emmaüs, Judas le traître, Thomas l’incrédule et Simon le pécheur aux deux sens du terme.

Le soir, quand il rentrait chez lui, il n’entendait plus les jérémiades de sa femme et ses histoires de clocher, mais en rêve, il voyageait en Palestine et sur les rives de la mer morte. Il se voyait découvrant des manuscrits dans des grottes et conversant avec des juifs au pied du mur de Jérusalem.

Et si c’était vrai ce qu’ils ont dit Matthieu, Luc et les autres ?
Et si c’était vrai cette histoire d’un fils de Dieu ressuscité ?
Et pour Adam et Ève, était-ce vraiment une pomme ?

Léon commençait à croire au mystère mais alla voir son curé.

Ce dernier, l’écouta et lui confirma que pour Adam et Ève il ne s’agissait en effet pas d’une pomme mais de l’arbre du bien et du mal.

Les hommes avaient été chassés du jardin d’Éden par Dieu qui ne pouvait admettre le péché et que, malgré les soins qu’Il lui avait prodigué, la race humaine avait choisi la malédiction qui ne pouvait être brisée que par un sacrifice rachetant la création de l’enfer où elle s’était fourvoyée.

Et Dieu aimait tellement le monde qu’Il avait donné pour le sauver son fils unique Jésus-Christ, qui par sa mort sur la croix avait vaincu les œuvres du Malin.
Tous ceux qui croiraient en l’Église Catholique seraient baptisés d’un coup de goupillon juste après leur naissance et seraient sauvés pour l’éternité après un temps au purgatoire s’ils avaient péché.

– Ne te souviens-tu pas de ce que tu as appris au catéchisme ? Questionna le curé bienveillant.
– Ma foi non, pas vraiment, répondit Léon pénitent, mais je retrouve ces histoires dans le discours des gens de l’Église de la ville.

Mal à l’aise, le prêtre ne voulait pas dire du mal ce ceux qu’il considérait plutôt comme ses ennemis mais n’en pensait pas moins.
Il avait devant lui un homme interpellé par la grâce de Dieu et il ne faudrait pas trop le pousser pour qu’il revienne comme sa femme tous les jours à la messe.

– Vierge Marie, merci de ramener cette âme dans ma bergerie pria-t-il en silence.

Mais la Vierge Marie n’avait rien à voir avec cette histoire ou ne pu sans doute rien faire car le dimanche suivant, Léon Letissier n’était pas dans la cathédrale mais à une de ces réunions d’évangélisation coutumière de l’Église de la ville.

Il entendit une prédication puissante qui ne lui laissait pas le choix sur la réalité de son état de pécheur et, au moment de l’appel, s’avança avec quelques autres pour demander le pardon du péché et désirer la réconciliation avec Dieu.

Jésus appuya sur le bouton « Marche » de la photocopieuse pour imprimer une nouvelle invitation à la rencontre des disciples qui aurait lieu le samedi suivant.

Chapitre 35 ou le rendez-vous des disciples de la région

Les guirlandes de bienvenue n’avaient pas non plus été oubliées.

Cela sentait la fête mais cela n’en était pas une. Juste une rencontre informelle des disciples de Jésus-Christ de la région.

Il y avait beaucoup de joie dans le cœur de chaque frère invité parce que, peut-être pour la première fois de leur vie chrétienne, ils n’auraient pas à se poser la question de savoir de quelle dénomination était son vis à vis ou s’il était seulement converti c’est à dire un Enfant de Dieu. La paix régnait déjà dans cette famille.

Tous étaient égaux et, même si encore quelques timides employaient le vouvoiement parce qu’ils étaient habitués comme cela, tout avait été fait pour que les invités se sentent à l’aise. Dans les moindres détails.

Nous pouvons le dire, l’organisation du week-end avait été parfaite.

Les arrivants étaient accueillis au local principal et un système de navettes avait été mis en place entre la gare et le centre ville en faveur de ceux qui n’étaient pas véhiculés.

Là, sur présentation de leur badge, les amis recevaient une chemise contenant le programme, le plan de la ville, un carnet de chants, un double de leur fiche d’inscription indiquant le lieu où il seraient logés, des tickets repas et un exemplaire du livre « L’église dans la ville » édité par la communauté qui les recevait.
Leur badge ferait office de laisser passer leur donnant accès à tous lieux et manifestations concernant la rencontre.

Ceux qui arrivaient à l’avance étaient dirigés vers l’usine où un grand salon avait été aménagé pour recevoir les convives et, à leur disposition, outre du café et quelques friandises, un coin toilette permettait à ceux qui venaient de loin de se rafraîchir avant l’heure de la première rencontre fixée ce samedi 10h à la salle des fêtes.

Là-bas, tout était calme et, discrètement, dans les coulisses une équipe priait.

Elle priait pour ceux qui avaient organisé la rencontre, pour ceux qui allaient prendre la parole, pour ceux qui allaient écouter et pour tous les gens, qui, à l’extérieur, chrétiens ou pas, se demanderaient ce qu’il se passait pendant ce week-end dans la ville.

En fait, plusieurs équipes se relaieraient pendant toute la durée de la rencontre et, telles un Moïse sur la montagne, soutiendraient le Peuple de Dieu qui avancerait vers la destiné que Dieu avait pour lui.

Pour le reste, c’est dans la paix que les disciples de la ville avaient préparé la salle comme d’ailleurs les autres lieux destinés à accueillir la foule des participants.

Ici, à part la décoration et la prise en main de la sono, il n’y avait pas eu grand chose à faire, si ce n’est installer un buffet où les invités pourraient se restaurer à toute heure de la journée, quand ils en ressentiraient le besoin, et organiser une équipe d’accueil et de sécurité pour filtrer les entrées et veiller au confort des visiteurs.

Il était prévu une première rencontre de 10h à 12h ce matin-là, le repas à l’usine, un temps libre pour permettre aux participants de se rencontrer, une autre réunion de 16h à 18h, repas à l’usine pour ceux qui n’étaient pas hébergés dans les maisons, et enfin la dernière réunion du soir à partir de 20h jusqu’au plus tard minuit pour respecter l’arrêté municipal.

Pour la nuit, chacun rejoindrait ses quartiers et les frères se retrouveraient le lendemain pour le culte exceptionnel dans la même salle et il était entendu qu’une autre équipe dirigerait l’évangélisation habituelle du dimanche au local.

Tout le monde passerait le dimanche après midi à l’usine qui abriterait ce que Gérard d’Orville nommait pompeusement la Garden Partie où les gens qui ne se connaissaient pas auraient tout loisir de se rencontrer et de faire connaissance.

Dimanche soir, réunion plénière et, si au culte il avait été demandé à Jérôme Presquil de prêcher, ce sera au tour de Priscille et Aquilla de présenter leurs enseignements dont nous profiterons aussi lundi toute la journée.

Un stand avait été mis en place pour recueillir les isolés ou les perdus et surtout pour encourager les frères de la région à faire part des idées et desiderata car nous attendions autant de ces frères que nous allions leur apporter.

Le peuple de disciples serait libéré lundi vers 17 heures mais les frères ayant reçu une quelconque responsabilité du Seigneur, quel que soit leur ministère, seraient conviés à une ultime agape clôturée par un temps d’encouragement et de prière.
Outre les « responsables » quiconque le désirait était également invité.

poisson chrétien

Ce programme avait été prévu par l’équipe à Jo mais tous savaient bien que c’était le Saint Esprit qui dirigerait les trois jours de rencontre et c’est ce que Jo expliqua à l’assemblée des disciples de la région lors de la première réunion de 10 heure.

– Mes amis, dit-il en préambule, vous souhaiter la bienvenue n’a aucun sens car vous êtes aussi heureux d’être ici que nous de vous recevoir, et nous n’allons pas faire de chichis parce que une chose est sûre, c’est que nous sommes tous frères et sœurs.

Vous avez tous compris le but de cette rencontre qui est de donner une possibilité de se rencontrer aux vrais disciples de Jésus-Christ dont vous êtes sinon vous ne seriez pas ici car nous ne vous aurions pas invités.

Dans cette ville, nous avons pris la douloureuse décision de nous séparer de la fausse religion qui consiste à accepter dans ses rangs ceux qui « viennent à l’église » pour toute autre raison que pour manifester une relation avec Dieu et de rentrer de plein pied dans Son Royaume.

Pouvons-nous adorer si notre cœur n’est pas pur ?
Pouvons nous solliciter notre Dieu dans la prière si nous ne sommes pas fidèle ?
Le témoignage que nous donnons est-il bon où repoussons-nous par nos façons de faire ceux qui voudraient venir à Dieu ?

Être un chrétien, c’est Lui appartenir et nous ne pouvons unir nos voix avec celles de ceux qui font seulement semblant, et sont par conséquent une honte pour l’évangile, et dont la prédication mène à la mort plutôt qu’à la vie.

Un murmure d’approbation parcouru la salle.

– Mon frère, ma sœur, reprit Jo, tu n’es ici que parce qu’un de tes frères ou sœurs a témoigné de toi, et que tu es un disciple de Jésus-Christ à part entière qui a cette capacité extraordinaire de reconnaître spirituellement un Enfant de Dieu.

Qu’importe si il y a entre nous des petites différences de doctrine ou si nous ne comprenons pas toujours la foi les uns des autres voire sommes parfois choqués devant telle ou telle manifestation.

Je pense surtout aux dons de l’Esprit comme le parler en langue, la délivrance ou autres paroles de sagesse et de connaissance ou des histoires de prédestination ou pas.

Nous parlerons sans doute de tout cela pendant ce week-end et je vous invite dés à présent à préparer les questions que vous pourrez déposer à l’endroit prévu sur  la table d’accueil à l’entrée de la salle.

Nous recevrons l’auteur bien connu Jérôme Presquil et nos amis Priscilla et Aquila qui nous donnerons les enseignements prévus au programme.

Ce matin, j’invite les représentants des groupes constitués à venir présenter leur assemblée et, pour ceux qui n’ont pas de rattachement, merci de vous signaler à l’accueil. Un temps de parole sera donné cet après-midi à qui le désire ou qui en a besoin.

Pour la logistique, le repas de midi se fera à l’usine et il y aura des frères pour vous accompagner.
Pour l’hébergement, vous avez tous reçu une affectation et, si vous voulez changer au grès de vos rencontres, voyez directement avec votre hôte afin que tout mouvement se fasse dans l’ordre.

Pour info, les disciples rattachés à notre ville sont porteurs d’un badge vert et vous pouvez les solliciter pour quoi que ce soit. Ils savent tous ce qu’il y a à faire.

Prions maintenant pour ouvrir cette session et remettons ensemble si vous le voulez bien cette rencontre au Seigneur.

Notre Père, nous te remercions pour cette opportunité de pouvoir nous rassembler en famille et je ne te demande pas de bénédiction particulière sur ces trois jours qui nous permettent de nous découvrir les uns les autres.
Tu nous as déjà béni et tu es au milieu de nous. Cela nous suffit de le savoir et que pourrions-nous espérer de plus ?
Merci d’avoir donné à chacun de nous un cœur pour te servir et ce désir profond de collaborer à l’édification de ton Église. Que ton nom soit loué !

Les disciples réunis dans la salle des fêtes de la ville répondirent tous « Amen » à cette simple prière.

J’invite maintenant les groupes à se présenter, nous allons commencer par uneAssemblée de frères et c’est Paul qui va nous présenter ses amis.

Spontanément le « public », mis en confiance par cette introduction aussi simple que précise, applaudit le vieux monsieur qui rejoignait le pasteur Jo sur la scène qui faisait office d’estrade. Paul, peu habitué à ces marques de sympathie et intimidé par le nombre, faillit trébucher mais très vite reprit son équilibre et son sang froid.

– Mes amis, commença-il, mais je devrais dire mes frères, je vous demande pardon d’être un peu timide mais je n’ai pas l’habitude de parler devant tant de gens et non plus de rencontrer des gens qui ne sont pas rattachés à notre mouvement et je vais vous dire pourquoi.

Il faut dire qu’on nous appelle à tort « les Darbystes » et, si il est vrai que nous soyons particulièrement attachés à certaines traductions de la Bible, nous sommes toujours circonspects, pour ne pas dire méfiants, quant aux interprétations qui sont faites des écrits qui donnent souvent lieu à des abus que nous ne tolérons pas.

Par exemple, nous avons en général des jugements contre « les pentecôtistes » et leur « parler en langue » qui à notre sens vient du diable mais la rencontre dernièrement avec certains d’entre vous a fait évoluer notre pensée car, même s’ils professent les dons de l’Esprit que nous évitons comme la peste, nous avons été très favorablement impressionnés par leur comportement et la modération de leur propos.

Nous voyions les pentecôtistes comme une race à part, des étrangers prêchant une doctrine dont il faut se garder, mais dans la réalité, après les avoir reçus à notre table et les avoir visités dans leurs maisons, nous n’avons pu que reconnaître que nous étions dans l’erreur à leur sujet.

Oh ! Pas que nous ayons nous aussi adopté leurs thèses, que Dieu nous en garde, mais l’idée que nous nous faisions de « ces gens-là » était fausse, du moins en ce qui concerne ceux que nous avons rencontrés et qui confessent eux-mêmes que les abus que nous craignons existent réellement en certains lieux et c’est leur humilité à le reconnaître qui nous a convaincus que nous devions les écouter.

Sans reconsidérer nos propres enseignements, nous sommes maintenant ouverts aux leurs à condition toutefois qu’ils reflètent l’équilibre et la réalité que nous cherchons tous dans la Parole de Dieu.

Après la première visite de deux des disciples habitant dans cette ville et rattachés au groupe qui nous accueille aujourd’hui, nous avons beaucoup discuté et prié entre nous à ce sujet, et nous avons reçu la paisible certitude que nous devions accepter l’invitation à vous rejoindre pour cette rencontre même s’il est parmi vous des frères qui ne confessent pas tout à fait notre doctrine.
Jo à raison quand il dit que nous devons examiner toutes choses en mettant de côté nos propres certitudes qui nous enferment quelquefois dans une solitude spirituelle, et j’avoue que c’est un peu ce qui nous arrive car depuis longtemps, nous ne sommes que quelques familles dans notre coin et nous savons qu’il nous manque quelque chose.

C’est ce que nous sommes venus chercher ici car, outre la communion fraternelle quand elle est possible, nous avons le devoir d’examiner notre foi et de rectifier nos assurances quand il semble qu’elles peuvent être un peu erronées.

Merci à tous de nous accueillir avec nos faiblesses et notre désir sincère de tous vous rencontrer .

Cette dernière phrase toucha l’assemblée car tous étaient venus avec le même espoir, et une nouvelle salve d’applaudissement raccompagna le frère à son siège.
Paul n’en demandait pas autant et les frères de sa maison l’aimèrent à cet instant encore plus que d’habitude. Le sévère Paul avait une fois de plus ouvert  son cœur.

Le Pasteur Roger monta sur l’estrade et remercia cet ami qui avait si bien parlé.

– Avant de laisser la place aux autres frères pour les présentations, je voudrais confirmer ce que nous a dit Paul et moi aussi demander pardon aux « frères larges » et « frères étroits » que nous, Pentecôtistes, considérons parfois avec un peu de mépris mais rassurez-vous, maintenant que j’ai rencontré Christ, ces vilaines choses ont changé pour moi.

Je suis un pentecôtiste pur jus, on pourrait dire de naissance, et les enseignements que j’ai reçus au départ m’ont appris à mépriser toute initiative qui n’est pas « charismatique » c’est à dire que si nous n’expérimentons pas ces charismes, nous n’avons pas reçu l’Esprit Saint et ce n’est qu’après ma réelle conversion que j’ai mesuré l’absurdité qu’on a fait gober à des générations de chrétiens.

C’est grave car l’idée générale bien ancrée dans certains systèmes est que si tu ne parles pas en langue tu n’es pas sauvé et, pour faire comme les autres, beaucoup d’entre nous pratiquent la glossolalie et les fausses prophéties ce qui est un scandale et un grave péché car qui peut faussement faire parler Dieu à sa place ?

En tout cas, cette histoire est une source de division entre les frères car jamais un Darbystes ne fréquente un Pentecôtiste et vice versa et je ne crois vraiment pas que ce soit la volonté de notre Seigneur pour son Église.

Je pense que les orateurs reviendront là dessus tout au long du week-end, et je laisse la parole maintenant à un autre Roger et à Louis qui sont des disciples issus du ministère de Jo dans les premières églises qu’il a eu en charge.

Louis et Roger montèrent à leur tour sur l’estrade et racontèrent comment, suite au passage de Jo dans leur assemblée, ils s’étaient convertis et avait continué l’œuvre d’évangélisation débutée par leur pasteur avant son départ contraint et forcé par les circonstances.

– Nous ne comprenions pas à l’époque le véritable enjeu de ce qui se passait, et voir nous quitter le seul homme de Dieu qui nous avait aimés nous avait beaucoup peinés et laissés orphelins.
Mais pourquoi ne nous avait-il pas emmenés avec lui nous demandions-nous tous les jours.

Au départ, chacun de notre coté avons ressenti cela comme une trahison quoi que nous comprenions qu’il n’avait pas le droit de nous arracher à l’assemblée qui nous avait vu naître, et nous nous trouvions bien dépourvus car nous n’avions plus de guide spirituel pour s’occuper de nous.
Par contre, il nous avait présenté Jésus comme étant vivant et recommandé de regarder à Lui, rien qu’à lui, et, que si nous étions fidèles, c’est Lui qui nous prendrait en charge.
Il s’est passé la même chose que dans la Bible quand Jésus a laissé ses disciples se débrouiller après son départ. Ils se sont organisés et, malgré leurs faiblesses et leur déceptions, ils ont vécu leur foi et le Saint Esprit a fait le reste.

Il fallait avant tout que nous comprenions notre désillusion et que nous ne devions pas porter notre regard vers les hommes à qui nous ne pouvons en aucun cas faire confiance, mais vers le Maître qui était avec nous tous les jours même dans la souffrance.

« Que votre cœur ne se trouble point. Croyez en Dieu, et croyez en moi. » Jean 14:1

Cette Parole nous a accompagnés dans l’épreuve et nous avons tenu bon jusqu’à ce que nous nous rencontrions et avons rejoint à notre tour des groupes de chrétiens déçus par les assemblées apostates où il ne se passait rien à part le malheur et la tristesse.
Nous avons grandi dans la foi et, plutôt que comme beaucoup prêchent en disant « Viens à l’église tu entendras l’évangile et résoudras tes problèmes », nous avons nous-même annoncé l’évangile en faisant bien attention de ne pas nous servir de la religion comme d’une béquille mais comme le moyen du Salut.

Le problème que nous rencontrons est la culpabilité qu’ont la plupart d’entre nous d’avoir « quitté les assemblées » et l’impossible communion avec la quasi majorité d’entre elles.
Nous sommes des parias et, quand Jo nous a contactés pour nous dire que ce n’était pas ça l’Église, nous avons compris qu’il avait renversé une muraille mais qu’il avait mis du temps lui-même à le comprendre et à accepter cette idée.

Outre le fait de l’avoir retrouvé après toutes ces années, nous avons avec joie et beaucoup d’impatience accepté l’invitation et avons à notre tour encouragé nos frères et sœurs à venir vous rejoindre.
Par la même occasion, nous avons constaté que nous ne sommes en fait pas si isolés que cela si nous en jugeons par le nombre de présents ici aujourd’hui alors que nous ne pensions rencontrer qu’une centaine de personnes. Nous y compris.
Dans nos rencontres, je vous remercie d’avance pour votre indulgence car la plupart de frères qui m’accompagnent ne sont pas très savants et nous n’avons parmi nous aucun professionnel c’est-à-dire de pasteur patenté.

Merci de nous avoir écouté.

Le disciple suivant à monter sur l’estrade était le pasteur d’une église d’une ville voisine qui était venu par curiosité écouter les prêches d’évangélisation du dimanche, car il avait entendu dire qu’on avait à faire à des loups ravisseurs mais, sa conscience ne le laissant pas en paix, il avait besoin de savoir ce qu’il en était.
Il était du genre à prêcher lui-même la vérité mais était souvent dépassé dans son ministère pastoral par le peu d’entrain que mettaient ses membres à fréquenter les réunions de prière et la gestion des problèmes que lui causaient ses ouailles qui n’étaient jamais satisfaites.

Il avait déjà rencontré Roger et Jo à la Pastorale mais, la consigne ayant été donnée de boycotter les deux pasteurs et le mouvement dont ils étaient les initiateurs, il se devait de respecter la kabbale au risque de se voir mettre au ban lui aussi. En fait, c’est même lui qui l’avait suggérée.

– C’est d’ailleurs pour cela que je n’étais pas tranquille avoua-t-il à l’assemblée réunie.
Jusqu’à ce que les événements se produisent, j’appréciais le pasteur Roger et son second Jo, mais quand il y a eu ces histoires avec la fédération, je n’ai pu faire autrement que de discréditer mes collègues car ma propre fédération ne m’aurait pas pardonné de leur donner raison. D’autant plus qu’ils avaient vidé une église.

Un sourire égrillard parcouru les rangs de la salle mais les auditeurs reprirent leur sérieux en entendant le pasteur baptiste poursuivre.

– Je suis donc venu discrètement à deux ou trois reprises en me cachant au fond de la salle en tremblant de n’être reconnu mais c’était plus fort que moi. Il fallait que je le fasse.
Le Saint Esprit m’a saisi à un moment où un jeune qui prêchait racontait l’histoire de Pierre qui ne voulait pas dire qu’il connaissait le Christ et, comme Jésus l’avait dit, le coq avait chanté trois fois.

C’est là que j’ai compris que j’étais un misérable et que je me cachais parce que je ne voulais pas déplaire à ma fédération et aux pasteurs du coin qui n’auraient pas manqué de me dénoncer, et par contre coup, j’ai réalisé mon l’hypocrisie envers les membres de mon église à qui je laissais faire de la religion et tricher en même temps.

Une profonde conviction de péché m’a envahi et je me suis enfui.
J’ai pris une semaine de congé et laissé mon téléphone portable à la maison. Je voulais me rendre injoignable.
Mais là où je suis allé, le Saint Esprit m’avait précédé et je n’ai compris que c’était Lui qu’à travers des pleurs et des larmes. Il a fallu que je demande pardon et je ne savais plus quoi faire.
J’ai finalement visité le pasteur Roger qui m’a accordé son pardon au nom de Jo et de lui-même, et nous avons parlé du futur de mon assemblée qui ne pourrait plus être la même. Il fallait aviser.

Comme cette rencontre était imminente, nous n’avions plus le temps de réfléchir. Le frère m’a dit qu’ils allaient prier pour savoir comment ils allaient m’aider. Je lui ai assuré que je voulais les rejoindre.

– En êtes-vous sûr ? m’a demandé Roger
– Oui, je serai désormais un disciple quoi qu’il m’en coûte. Je l’ai assez prêché non ?
– Hé bien, on va voir cela a conclu Roger avant de me renvoyer.

Hier matin, j’ai reçu par la poste une invitation et un badge avec un petit mot qui disait…

« Puis il dit à tous:

 Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive.
Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera.
Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s’il se détruisait ou se perdait lui-même ?
Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de lui, quand il viendra dans sa gloire, et dans celle du Père et des saints anges.

Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici ne mourront point qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu. « 
Luc 9:23-27

Je sais que mon seigneur m’a pardonné mes errements passés et une nouvelle vie a commencée pour moi.
Je prie qu’elle soit à Sa gloire et je vous remercie de m’avoir accepté parmi vous.

Cela ne fut pas une salve mais un tonnerre d’applaudissements qui fit trembler les murs de la salle des fêtes.

Les disciples réunis avaient compris que cet homme n’était pas une simple âme sauvée mais un puissant instrument que Dieu utiliserait désormais à son service et ils considéraient comme un miracle le fait d’échapper aux griffes des systèmes religieux surtout quand notre avenir professionnel ecclésial en devenait incertain.
Quelques-uns du public s’examinèrent vite eux-même pour discerner si par mégarde il ne restait pas en eux encore un peu de religion.

Il était midi passé et il fallait aller déjeuner.

Les trois cent quatre vingt sept invités quittèrent la salle et se dirigèrent vers l’usine encadrées par une équipe de disciples de la ville.

Chapitre 36 où « il vint le crier dans la boutique»

L’usine, ou du moins deux de ses bâtiments désaffectés, avaient été aménagés pour l’occasion. Le premier en salon de réception/salle à manger et l’autre en hébergement pour les célibataires qui n’avaient pas trouvé à se loger chez les disciples ce qui leur convenait très bien.

Ils avaient apporté leur sac de couchage et Emmaüs avait prêté une cinquantaine de lits de camp pour l’occasion.

Les jeunes étaient ravis et s’approprièrent le lieu comme s’ils étaient en colonie de vacance et les enfants qui devaient rester avec leurs parents en furent jaloux tout de suite. Ils décidèrent de bien vite grandir.

Mais pour l’heure, il était temps de se restaurer et les disciples avaient choisi la simplicité.

Quelques bouquets de fleurs sur les tables, un menu pas très compliqué et des assiettes en carton pour soulager la logistique et éviter d’avoir une trop grande vaisselle à essuyer.

Presque quatre cents personnes à table leur avaient fait un peu peur au départ, mais c’était sans compter la maestria de ces dames et l’autorité du chef du restaurant du Grand Hôtel de la ville qui venait tout juste de se convertir et qui prit en main l’organisation de l’agape. Tout le monde était à ses ordres.

Il avait composé un menu simple mais consistant et s’était emporté quand le comité d’organisation avait refusé le vin à table ce qui était impensable dans la gastronomie.

– Écoute, lui dit Marie-Claire qui avait voyagé, il va y avoir parmi nous des frères qui, pour des raisons de doctrine, ne boivent pas d’alcool et il serait juste de ne pas être pour eux une occasion de chute.
Pour ce premier repas, nous pourrions faire l’effort d’éviter le vin à table et tu vas bien trouver le moyen de remplacer cette boisson par un autre nectar non ?

– Et pourquoi pas du cidre, explosa le cuisinier en chef, si vous voulez, je vous fais des crêpes !
– Sans aller jusque-là, plutôt qu’adapter la boisson à ton menu, tu pourrais faire le contraire et adapter le menu à la boisson.

Flatté du fait que sa créativité soit reconnue par un profane, le chef n’en dormit pas de la nuit mais concocta un menu aux petits oignons à base de « gigot d’agneau rôti au cidre d’automne et ses saveurs iodées » arrosé d’un « jus de pomme de Normandie jeune et non alcoolisé ».

Le fromage ne lui posa pas de problème, et en dessert, il proposa « son velouté de Potimarron, toujours au cidre d’automne », agrémenté d’une mousse de châtaignes dont il avait le secret.

Son copain boulanger lui fabriqua des petits pains de seigle dont la forme discrètement évoquait la croix et, touche personnelle mais visant au parfait, il exigea que devant chaque convive soit disposé un menu imprimé sur du papier vélin. Il en avait un stock dans son restaurant.

La photocopieuse numérique fit le reste et l’équipe de disciples servant aux tables bénit le Seigneur de leur avoir envoyé ce chef tant exigeant mais si efficace.

C’est d’ailleurs ce que firent aussi les invités en découvrant la mise en place du lieu de leur agape.

Très touché par l’effort des frères qui savaient si bien accueillir avec les moyens du bord, ils répondirent un « Amen » ému au bénédicité formulé par l’un d’entre eux choisi au hasard et le menu sur papier vélin fit son petit effet. On ne parla pratiquement que de ça pendant le repas.

Le propriétaire des lieux, au milieu de tout ce monde, n’en croyait pas ses yeux et voyait son usine revivre et eut sa première vision. Il avait trouvé une réaffectation pour les murs de son usine mais se garda bien d’en parler. C’était un secret entre ce Seigneur qui venait de rentrer dans sa vie et lui.

Le repas léger bien que consistant flatta toutes les papilles et encouragea les convives à discuter en paix, et l’ambiance bon enfant était telle que les Darbystes en oublièrent de parler versions bibliques. Les jeunes se jetaient des coups d’Œil, les disciples de la ville veillaient à ce que nous ne manquions de rien, et Jules le cafetier se prenait à rêver à une prochaine « convention » mot qu’il avait appris en partageant avec un ancien Baptiste.

Ils prirent le café à l’ombre des arbres du parc où avaient été disposées quelques tables, et les conversations allaient bon train pendant que les jeunes avec célérité donnaient la main pour débarrasser les tables et remettre la salle en ordre.

Des relations se nouèrent et Pierre, qui avait tout de suite repéré la jolie jeune fille dont il avait croisé le regard dans la maison de l’Assemblée de frères, apprit qu’elle se nommait Anna et sut tout de suite qu’il ne lui était pas non plus indifférent.

Il n’osa pas l’aborder mais un groupe de jeunes comme par magie s’assembla, et ils se retrouvèrent vite autour d’une guitare qu’un des convives avait apportée.

Jo et Roger se regardèrent amusés.

– Moi qui ne voulais pas que des clans commencent à se former, dit Jo avec un sourire, je crois que nous allons être servis.
– La nature, mon cher, la nature, répondit le Pasteur Roger expérimenté sur les jeunes, il faut les laisser faire.

Les enfants s’étaient aussi organisé un terrain de jeu et il fallut interdire l’exploration du reste de l’usine qui à leurs yeux était paradisiaque.

Un chef scout les pris en charge et, guidé par le propriétaire conscient de ses responsabilités, ils mirent vite en place une délimitation concrétisée par une rangée de chaises qui faisaient office de barrière.

– Nous n’avions pas pensé à cela soupira Jo rassuré, il ne faudrait pas qu’un accident vienne gâcher notre fête.
– Cela va aller, répondit dans son dos une maman de l’Église, nous les surveillons comme du lait sur le feu et pas un ne s’échappera. Vous pouvez y compter.

A part ça, les gens se rencontraient et regrettèrent presque le moment où il fallut rejoindre la salle des fêtes pour continuer les débats, et c’est par petits groupes que les disciples de la région rejoignirent Jérôme Presquil qui les attendait de pied ferme.

Ce dernier n’avait aucune idée du comment il allait introduire la deuxième session et de ce qu’il allait leur dire car il n’avait rien préparé. Il avait passé son temps à prier car écrire des livres et diriger une rencontre étaient des choses bien différentes et, s’il se réjouissait qu’on lui fasse confiance, il n’en appréhendait pas moins le déroulement de ses interventions.

– Je suis Jérôme Presquil, dit-il gauchement à son auditoire, et, si je sais écrire, je ne sais pas parler, et je vous demande de m’aider à le faire en me posant les questions que vous voulez,  mais nous allons commencer par accueillir les frères qui n’ont pas eu ce matin l’occasion de se manifester.
Jules, tu as dit que tu voulais dire quelque chose. A toi le micro.

–  Oui, répondit-Jules en grimpant sur l’estrade.

Je voudrais témoigner par rapport à mon commerce qui, pour ceux qui ne me connaissent pas est un bar au centre ville et, je n’en suis pas qu’un peu fier, c’est chez moi qu’a commencé l’Église dans la ville.

En fait, je n’y suis pour rien mais c’est parce qu’un des pasteurs est venu un dimanche boire un café avant le culte et surtout parce qu’il venait de prendre la décision d’envoyer promener la religiosité qui régnait à l’époque dans l’église d’en face où il officiait.

Je ne sais pas ce qu’il  lui a pris, toujours est-il qu’il a commencé à nous prêcher l’évangile et ce n’était pas la première fois, mais cette fois-là, il était enragé et nous a donné l’impression que ce qu’il avait du mal à dire dans sa boutique, il venait le crier dans la mienne.
C’était tellement imprévu que mes clients et moi l’avons écouté et finalement suivi dans cette église où nous ne mettions jamais les pieds.

Là, Jo a dit à ses ouailles leurs quatre vérités et tout le monde est parti. Il ne restait plus que mes clients et moi, ou presque, et c’est comme cela que nous avons été confrontés à l’évangile.
Le reste, vous le lirez dans le petit bouquin que vous avez reçu à votre arrivée mais, ce que je voulais vous dire, c’est qu’il ne faut pas hésiter à parler de votre foi en dehors des murs de votre paroisse car c’est là que vous trouverez les ivrognes et gens de mauvaise vie qui ont besoin de Salut.
Voilà, c’est tout ce que j’avais à vous dire.

Et Jules descendit de l’estrade comme il y était monté sous un tonnerre d’applaudissements qui réveillèrent illico ceux qui étaient habitués à faire la sieste et avaient cru opportun de s’accorder quelques minutes avant l’intervention de l’auteur Presquil.

Un monsieur un peu timide prit sa place et raconta que dans son coin il n’y avait pas d’église, à part la catholique bien sûr, et qu’il ne savait comment faire pour rencontrer des frères d’autant plus qu’il travaillait le dimanche.
Ses prières n’avaient pas été entendues, c’est du moins ce qu’il pensait, et il voudrait bien nouer quelques relations avec les chrétiens de la région mais seulement des disciples.

Le suivant l’assura qu’il avait compris que cette rencontre servait à cela et que tout allait changer pour lui comme beaucoup d’autres et signala qu’il était mécanicien et que si des frères avaient des problèmes concernant l’automobile, il serait heureux de les dépanner. Sans jeu de mot évidement.

Ensuite, se succédèrent sur l’estrade une bonne dizaine de chrétiens, déjà disciples ou en devenir, qui racontèrent leur solitude spirituelle pour ne pas dire leur solitude tout court car il est parfois difficile de partager avec des non convertis ou des chrétiens d’habitudes qui en plus ne savent parler que le patois de Canaan.

Jérôme Presquil s’appuya sur cette réflexion pour entamer son premier discours et, pendant l’heure qui lui était impartie, expliqua comment dans ses livres il traitait cette question délicate.

– Oui, ce frère a raison et il n’est pas toujours facile pour un chrétien engagé de vivre dans le monde mais pas comme le monde.

Je devrais plutôt dire « pas comme tout le monde » car, au fur et à mesure de notre croissance, il est pour nous tous les jours de plus en plus évident que nous n’avons plus rien à voir avec les œuvres des ténèbres jusque dans les plus petits détails.

Je ne sais pas si Jules dans son bar s’est mis à la limonade mais ce qui est certain, c’est qu’il ne peut plus comme avant vendre sa bière à des boit sans soif surtout quand ils sortent de chez lui au bord du coma éthylique.

Je sais pour l’avoir rencontré lors d’une précédente visite qu’il a longtemps hésité à changer son fonds de commerce, mais il a décidé de le laisser en l’état tout en le gérant d’une autre façon.

Il a affiché sur sa porte une pancarte disant…

«  Chers clients,

Merci de ne pas considérer ma décision de ne plus vous servir quand je jugerai le moment où vous avez assez bu comme « un refus de vente » mais comme « une volonté d’assistance à personne en danger ».

Je ne suis pas le protecteur de votre foie ni le garant de votre santé, mais j’ai lu dans ma Bible…

« J’aurai la paix, quand même je suivrai les penchants de mon cœur, et que j’ajouterai l’ivresse à la soif. » La Bible Deutéronome 29:19

Si vous buvez plus que de raison, vous n’aurez pas la paix et moi nom plus. Alors, je limite.

Jules

Un grand éclat de rire collectif accueilli dans la salle la lecture de l’affichette du cabaretier et, quand il se fut un peu calmé, Jérôme Presquil poursuivi…

– Bien sûr, Jules a un peu détourné un verset biblique pour l’occasion mais il y est gagnant sur deux tableaux.

Premièrement, il a annoncé publiquement la parole de Dieu et a incité les passants à en savoir plus sur la Bible, mais surtout, il n’y a plus d’ivresse dans son commerce et il n’a perdu aucun de ses clients même si les soiffards impénitents vont se saouler ailleurs.

Son bistrot étant maintenant l’Église à part entière, il est tout à fait libre d’y prêcher et y tient même des réunions de disciples que ce soit d’évangélisation ou d’enseignement et d’édification.

Jules vit dans le monde mais pas comme le monde.

Il n’a rien transformé dans sa vie professionnelle si ce n’est qu’il la gère différemment en l’épurant au fur et à mesure qu’il aperçoit des scories qui peuvent y avoir demeuré, et quand il réalise la présence des scories dans le comportement de ses clients qui sont le reflet de ce qu’il tolère, il y met immédiatement un holà.

Si par exemple un de ses visiteurs jurait de la plus mauvaise façon, Jules se dirait que l’autre se croit permis de le faire mais cela ne se peut pas parce qu’il est dans un lieu saint et qu’il n’en a pas le droit.

Alors, ayant autorité sur ce lieu que le Seigneur lui a confié, Jules va discrètement lier l’esprit mauvais qui est en cet homme et, si cela ne suffit pas, le mettra dehors même si il n’a pas payé son verre.

Tiens, cela me rappelle l’histoire de cette sœur qui travaillait au guichet d’une banque.

Elle avait un client qui avait la bouche pleine d’obscénités malsaines au point que quand il le voyait arriver, le personnel de l’agence tremblait et ne savait que faire. On ne vire pas le client d’une banque qui vous nourrit.

Cette sœur, Carole, n’en pouvait plus, et à chaque fois priait son Dieu de la débarrasser de l’importun jusqu’au jour où une parole de connaissance lui révéla qu’elle avait à faire non pas à un individu mais à un esprit impur.

– Tu dois prendre autorité sur cet esprit lui suggéra la divine voix.

Carole se rendit aux toilettes et, le plus discrètement possible, lia cet esprit obscène, prit autorité et, de retour à son guichet, constata que le client s’était cette fois calmé.
La semaine suivante, elle agit de même au retour de ce client et ce fut terminé.

Plus tard, ses collègues constatant un changement chez le bonhomme commentèrent l’affaire mais ne surent jamais ce qu’il s’était passé.

Nous relevons par contre ici une erreur de la sœur qui aurait dû profiter de « l’expérience » pour annoncer l’évangile mais c’est un autre sujet.

Une autre fois, un disciple, Camille, avait emménagé dans un petit studio dont les murs étaient si minces qu’il entendait tout ce qui se passait dans l’appartement voisin.

Sa locataire, une femme âgée tranquille avec un petit chien, ne le dérangeait pas trop sauf quand elle recevait la visite de ses enfants et là, elle se déchaînait avec fortes insultes et autres méchancetés. La vie en devenait intenable et Camille ne savait pas quoi faire.

Un jour, après le passage dans son église d’un prédicateur qui enseignait sur le combat spirituel, il prit conscience de ce qu’est le besoin de délivrance et compris de quoi sa voisine souffrait.

A la première dispute, il s’assit sur son lit et commença à prier et, au nom de Jésus, attaqua le démon et lui intima l’ordre de se taire. Le silence se fit.

Je ne vous cache pas que Camille en fut le premier surpris mais sa foi de jeune converti à l’époque trouvait cela tout naturel, et il ne subit plus jamais aucune nuisance de sa voisine au point qu’il se demanda les jours suivant si elle n’avait pas déménagé mais ce n’était pas le cas puisqu’il la croisait encore quelquefois dans l’escalier.

Je vous raconte tout ça car il semble y avoir une relation entre ce que vous vivez, ce que vous êtes, et ce que vous pouvez.

Si vous ne pouvez pas vous retirer du monde, vous pouvez gérer votre vie dans ce monde et en faire bien plus que vous ne l’imaginez.

Dieu, par Sa parole a créé le monde et, si en vous donnant Son Esprit Il n’a pas fait de vous des magiciens qui font ce qu’ils veulent avec une baguette magique, Il vous a donné la capacité d’intervenir sur les événements comme en témoignent les nombreuses guérisons et les miracles que nous constatons parmi nous. Cette journée par exemple.

De la même façon, vous pouvez et devez prendre autorité sur votre solitude, qu’elle soit spirituelle ou sociale, et sur votre vie de tous les jours que vous ne subissez plus quand vous êtes hors des murs de l’Église.

Il est évident que si vous ne vivez votre vie spirituelle qu’à des moments donnés ou choisis, vous ne verrez pas la puissance dans votre vie personelle, vous ne vivrez l’éternité que dans ces moments-là, et le reste vous paraîtra bien fade voire contrariant.

Si vous vivez votre foi à plein temps, Jésus est avec vous où que vous alliez et, quoi que vous  fassiez et vous êtes alors une bombe.

Même isolé au fond d’une vallée avec la première assemblée évangélique à plus de cinquante kilomètres, vous serez capable de participer à l’édification et à la construction de l’Église avec les moyens que Dieu a déjà mis entre vos mains car quoi qu’en pensent certains nous avons tous des dons.
Des dons que Dieu veut vous voir exprimer et je ne parle pas seulement du parler en langue ou de la facilité à décrypter le latin, le grec ou l’hébreu pour ceux qui aiment ça.

Ne savez-vous pas distribuer des tracts dans des boites aux lettres,
Ne savez-vous pas bâtir une maison ou relever les murs d’une grange,
Ne savez-vous pas faire la cuisine et inviter vos voisins
Ne savez-vous pas faire des petites choses ?

Oui, bien sûr, tout disciple sait faire quelque chose ou voudrait le faire et le plus petit de vos gestes est compté.

Souvenez-vous de cette parablole où il est question des ouvriers et de la moisson.
Il n’y est pas parlé de qualification mais de l’heure à laquelle il faut qu’ils aillent au travail.

Ce que nous devons comprendre, c’est que si nous sommes ses disciples, Jésus-Christ nous a placés là où nous sommes avec parfois le peu de moyens et de foi que nous avons pour servir à Sa gloire et selon le dessein qu’il a choisi pour nous.

Tout à l’heure, des frères nous ont fait part de leur solitude spirituelle qui a motivé leur présence à cette rencontre et, si mon vœux le plus cher est qu’ils nouent des relations les uns avec les autres, je peux déjà leur apporter la réponse qu’ils attendent.

Non, vous n’êtes pas seuls mais environnés d’une nuée de témoins et Dieu vous a placés là où vous êtes pour que vous soyez une lumière vivante qui attirera des âmes dans le Paradis de Dieu.

Cette foi qui vous anime, vous êtes placés là pour la partager et la communiquer à ceux qui ne l’ont pas et qu’importe le moyen.

Bien sûr, on vous a appris qu’il fallait que vous soyez deux ou trois réunis pour que Jésus soit parmi vous et que les miracles se fassent et vous culpabilisez parce qu’on vous a dit qu’Il les envoyait deux par deux.

Ce n’est pas toujours vrai et la Bible témoigne d’expériences où un seul homme a produit un travail fantastique. Regardez Saul de Tarse pour ne parler que de lui.

L’Église, c’est vous.

Demain soir, quand vous rejoindrez vos foyers, vous saurez que vous faites partie des « sept mille » qui n’ont pas plié le genoux devant Baal.

Oui mes frères, vous êtes un de ces sept mille.

La rencontre de ce week-end est pour vous rassurer et vous dire que pas loin de chez vous, il y a toujours un frère et une sœur pour partager votre fardeau et vos victoires.
Désormais, ce sont plus de trois cents portes qui vous sont ouvertes et la vôtre est désormais prête à accueillir quiconque y frappera.

Je vous propose maintenant de prier mes frères et, si vous avez des questions ou des suggestions pour clôturer mon information, je voudrais bien les entendre afin que tous aient l’occasion de participer aux enseignements.

Après une courte prière qui scella spirituellement les bonnes choses qui avaient été apportées, un temps de questions/réponses fut accordé aux auditeurs qui avaient quelque chose à se faire préciser et les convives se crurent au pieds de Gamaliel qui n’était venu que pour eux. Tous avaient oublié la salle des fêtes.

Pour terminer la session, Jo fit une annonce pour préciser l’organisation de l’hébergement et, sur la suggestion du propriétaire de l’usine, proposa que la prochaine rencontre se fasse directement là-bas ce qui éviterait de nouvelles allées et venues inutiles.

– Le repas sera à 19h et ceux qui sont hébergés par les disciples de la ville prendront le petit déjeuner directement chez eux demain matin.

Ce soir, à partir de 21h les jeunes nous donneront un petit concert, nous parlerons de vos projets pour ceux qui en ont à moins que notre programme ne soit bouleversé encore une fois mais, comme nous n’aimons pas vraiment être trop rigides, cela ne nous dérange pas et je suis sûr que ceux qui ont l’habitude de plus de formalisme ne nous en voudrons pas.

Une équipe va remettre la salle en ordre pour demain et si quelques jeunes veulent se joindre à elle pour l’aider, sentez-vous libre. Merci.

Le peuple de Dieu traîna le plus longtemps possible dans la salle des fêtes car il s’y sentait bien  ce jour là et le pasteur Roger dût chasser les retardataires pour laisser la place au nettoyage.

Rendez-vous fut donné à l’Usine.

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Le repas du soir fut aussi sympathique que le déjeuner et le chef félicita son équipe pour l’organisation de l’intendance. Il avait rarement vu un personnel aussi discipliné et, si le Seigneur n’avait pas été de la partie, il aurait cru qu’il avait fait lui-même ce miracle.

Le dessert expédié, ceux qui étaient logés dans les maisons des disciples purent installer leurs quartiers et on coucha les plus petits des gosses qui furent gardés par des sœurs volontaires qui sacrifièrent cette soirée qu’elles attendaient pourtant avec beaucoup d’impatience.

Pendant ce temps, les jeunes s’étaient enfermés dans leur dortoir, dans le bâtiment d’à côté et, en faisant bien des mystères, improvisèrent sur le tas un spectacle à faire pâlir les comédiens professionnels qui avaient besoins de plusieurs mois pour répéter.

De son coté, le leadership, Roger, Jo et les responsables des communautés présentes, improvisèrent entre eux une réunion pour faire le point sur le week-end en cours car, bien qu’ayant établi un programme, ils ne savaient absolument pas où ils allaient.

Pour ce soir, après le spectacle, ils présenteraient Priscille et Aquilla et organiseraient ensemble le culte du lendemain.

Les hommes de Dieu passèrent un temps en prière et rejoignirent le reste du troupeau juste au moment où le rideau installé à la hâte par des gamins qui voulaient aussi participer allait se lever, ils n’en crurent pas leurs yeux tant fut grande la surprise.

Des instruments de musique avaient été réquisitionnés et une sono et des éclairages positionnés autour d’une scène de fortune pendant qu’ils étaient en prière et ils n’avaient même pas été consultés.

– Mais où ont-ils été chercher tout ça ? demanda le pasteur Roger estomaqué.
– Ce sont les mystères de la providence, répondit rigolard un jeune qui passait à ce moment là. Asseyez-vous, ce soir, c’est nous qui régalons.

Le rideau se leva.

Deux gosses fiers comme des papes tiraient d’énigmatiques ficelles, un petit asiatique frappait les trois coups sur le fond d’une bassine, des lumières s’allumèrent et trois mages apparurent sur des vélos d’un autre âge récupérés on ne sait ni comment ni où.

Le premier, tout barbouillé de noir pour faire plus africain et vêtu d’une robe de grand-mère et coiffé d’un authentique Panama , s’arrêta et dit dans un micro…

– Nous sommes les rois mages et nous savons que ce n’est pas Noël.
Nous avons été trompés par des vents de doctrine qui disent que le dénommé Jésus n’est pas né un vingt cinq décembre. Les autres rois et moi le cherchons parmi vous. L’avez-vous vu des fois ?

– Non, répondit une voix complice dans la salle, il est reparti.

– Quoi ? pesta le deuxième mage vêtu lui d’un pantalon en dentelle et d’une redingote, il ne sait même pas marcher !

Le troisième, en costume trois pièce et coiffé d’un béret, tapota les touches de son smartphone et dit en s’adressant à l’assemblée…

Nous nous sommes trompés de siècle et de mois. Nous sommes en 2013 et c’est la pentecôte. C’est vrai, Il est déjà reparti. 

Les trois mages renfourchèrent sur leurs vélos et regagnèrent les coulisses, aussitôt remplacés par une volée d’anges en short et bonnet blanc qui entonnèrent à capella le chant « les anges dans nos campagnes ».

Leur prestation terminée, ils s’enfuirent sous les applaudissements et un Jésus de blanc vêtu entra en scène suivi suivi par douze apôtres en salopettes toutes neuves.

Vous me cherchez où je ne suis pas,
Vous m’adorez sans me connaître,
Vous me suivez quand je ne suis pas là
et vous me précédez là où je ne veux pas être.

Combien de temps devrai-je vous supporter vous qui pratiquez l’iniquité et le mensonge et ne savez pas qui je suis ?

Le Jésus de théâtre partit dans un long discours qui lui permit de fixer l’attention du public pendant que les anges discrètement mettaient en place des instruments de musique et, à la fin de la tirade, les lumières s’éteignirent.

Une voix off caverneuse parla de péché et de ténèbres, de sauvetage par la foi en celui qu’on nommait le Christ, les spots se rallumèrent dévoilant les douze derrière leurs instruments et le spectacle commença vraiment.

Des chants, des Saynètes, récitations de psaumes sur des musiques plus ou moins connues des chrétiens, et, à la fin un feu d’artifice de solos contant des aventures de disciples en Palestine ou parcourant la Galilée.

Une heure et demie de spectacle absolument improvisé qui avait été préparé en soixante dix minutes, costumes et technique compris, par des jeunes qui pour la plupart ne se connaissaient pas la veille.

Un standing ovation récompensa les acteurs et des larmes coulèrent sur le visage du maire de la ville qui se disait que s’ils étaient tous comme cela, il y aurait bien moins de problèmes sur sa commune.

Pasteur Roger, lui aussi ému aux larmes, pris le micro et dit…

– Je crois que nous venons d’avoir un exemple de la puissance de l’Esprit qui souffle sur l’Église de Jésus-Christ.
Je n’avais jamais vu une chose pareille et je me demande où ils ont été dénicher ces costumes et ces histoires.
Pour les textes, ces gosses connaissent leur Bible et savent déjà à leur âge ce qu’est un disciple et je ne vois pas ce que nous pourrions vous dire de plus ce soir.

Priscille et Aquilà sont là ce soir avec nous et je vais leur demander de s’avancer afin de vous les présenter.

Demain, nous aurons le culte à 10 h à la salle des fêtes et nous viendrons prendre la Sainte Cène ici sous forme d’agape et passerons l’après midi dans le parc de l’usine ou à la salle des fêtes s’il pleut.

Ceux qui logent dans les maisons des disciples peuvent partir avec eux et les célibataires et les jeunes restent ici et se débrouillent entre eux.

Encore merci aux jeunes pour ce spectacle. Prions avant de nous séparer pour la nuit.

Par la voix du Pasteur Roger qui tenait à ce moment là le micro à la main, ils remercièrent Dieu pour cette journée magnifique et acceptèrent la bénédiction pour la nuit et la journée du lendemain.

Les frères se séparèrent mais pour certains la journée n’était pas finie.
Les jeunes, comme des grands, avaient organisé leur propre convention.

ichtus-miniIls appelaient cela un « After ».

Un After, c’est un peu une soirée après une soirée où les fêtards se retrouvent pour danser tard dans la nuit, histoire de rester entre eux quand le reste du monde dort du sommeil du juste.
Comme ils avaient improvisé le spectacle, après avoir demandé au propriétaire l’autorisation de faire un feu dans le parc, ils organisèrent une veillée dont les jeunes ont le secret et où aucun adulte n’est invité parce ce qu’ils y vivent ne les regarde pas.

Comme ils n’avaient pas l’intention de consommer de la drogue ou quelques alcools prohibés, ils convièrent toutefois les « célibataires » plus âgés qui occupaient avec eux le dortoir et les disciples hébergeurs, après avoir accompagné leurs hôtes en leur demeures, revinrent à l’usine pour eux aussi profiter de la fête.

Ils avaient bien sûr pillé le frigo du chef en lui chipant des victuailles et se préparaient à faire bombance autour d’un feu de camp et de quelques guitares comme ils savent si bien le faire.

Filles et garçons bien sages mais avec des pensées d’avenir,

Fraternité réussie à faire pâlir beaucoup « d’églises »,
Discussions sur la foi mais aussi d’internet, de mode et de musique,
Ce que les jeunes se disent mais que l’on ne comprend pas.

Une nouvelle génération de disciples allait naître de cette soirée là car Cupidon était aussi de la fête, et nous aurions bientôt des mariages à bénir au nom de Jésus.

Lequel Jésus, le vrai, dit en baillant à son Père…

– Ils sont bien ces petits.
Allons nous aussi nous coucher. Nous avons culte demain.

Chapitre 37 ou le culte des disciples

La salle des fêtes de la mairie de la ville avait été aménagée par les disciples pendant la nuit.

Aménagée est un bien grand mot car ils avaient juste démonté les sièges et avaient entassé des chaises dans un coin à destination de ceux qui seraient fatigués ou voudraient tout simplement s’asseoir.

Dans le fond de la salle, ils avaient disposé un buffet où chacun pourrait sans formalité se restaurer à sa faim ou se désaltèrer.

Thé, café, jus de fruit, petits gâteaux, rien ne manquait et les fleurs n’étaient pas sur l’estrade pour faire comme tout le monde selon la tradition mais sur les tables pour accueillir les amis, preuve de leur amour pour eux..

Les musiciens, disciples d’accueil, prédicateurs et serviteurs de base étaient venus plus tôt non pour « chauffer la salle » mais prier dans l’enceinte et spirituellement préparer l’endroit à recevoir l’Esprit de Dieu pour cette matinée.

Les convives arrivèrent par petits groupes et furent un peu désorientés de ne pas trouver comme d’habitude dans une église des chaises en rang d’oignon, mais ils comprirent vite que là n’était pas l’essentiel. Nous ne venions pas assister à un spectacle mais rendre un culte à notre Dieu.

C’est là que le buffet fit des miracles.

Ne sachant pas où s’asseoir, les chrétiens se dirigeaient spontanément vers les tables en recueillant au passage une feuille de papier qui leur précisait le déroulement de cette nouvelle rencontre. En quelque mots, le texte expliquait.

« Mon frère, ma sœur,

Bienvenue sur le parvis de la maison de Dieu.

Tu n’es pas ici ce matin pour assister à une cérémonie ou pour faire voir aux autres que tu es là mais pour rendre un culte à ton Dieu en compagnie de tes frères.

Tout va se passer comme chez toi à la maison et c’est ton cœur que tu vas épandre devant le Seigneur, pas tes prières.

Pour les chants, nous avons volontairement écartés ceux qui disent « Je te donne ma vie », c’est fait, « Descend Saint Esprit et viens à moi», Il est déjà là, ou « prends ma vie Seigneur » car si ce n’était pas déjà fait, tu ne serais certes pas ici.

Nous venons pour adorer et apporter notre offrande sans rien demander en contrepartie. Juste le plaisir de Lui rendre grâce.

Pour les messages, il n’y aura en principe pas de prédication à proprement parler mais, si l’un de vous a à cœur d’apporter à la communauté une parole, une révélation, une prophétie, un enseignement ou quoi que ce soit qui vienne de Dieu, qu’il se sente libre de monter sur l’estrade où de parler de là où il est.

Soyez également libre de circuler dans la salle, d’aller boire un café pendant un chant où à n’importe quel moment tout en veillant à ce que l’ordre et la paix du moment soient bien sûr respectés.

Pour la Sainte Cène, nous ne nous contenterons pas d’un petit bout de pain mais nous partagerons notre repas à l’usine comme de coutume.

Mon frère, ma sœur, bienvenue dans la maison de Dieu. »

L’heure du culte arrivée, les musiciens déjà en place avec leurs instruments commencèrent à jouer et les frères se rapprochèrent de l’estrade. Jo, derrière son micro les regardait venir. Jésus aussi.

– Mes amis, vous avez vu qu’il y a des chaises au fond le la salle et ceux qui voudront s’asseoir peuvent le faire à l’endroit qu’ils veulent et quand ils le veulent.

Nous n’avons pas de programme établi pour ce moment et nous laissons le Saint Esprit se manifester aussi librement que vous êtes libres de Le recevoir.

Essayons seulement d’être à l’heure pour le repas à l’usine à 12h30 sinon le chef sera encore de mauvaise humeur.

Puis, s’adressant au Seigneur il dit….

– Nous venons dans ta maison notre Dieu et nous nous assemblons pour t’adorer.

Pas que ta maison soit ici plutôt qu’ailleurs, mais je veux te remercier particulièrement aujourd’hui de nous avoir inspiré cette rencontre dans un lieu qui ne t’est pas spécialement dédié et tu nous as montré par là-même que tu règnes sur toute la terre.

Nous comprenons ainsi que nous sommes partout chez toi, partout chez nous, et que partout Ton nom est glorifié.

Merci encore pour ta présence dans nos vies.

Les musiciens avaient en même temps entonné ce chant que nous aimons tant et connu de tous les disciples qui reprirent en cœur….

Nous venons dans ta maison
Et nous nous assemblons pour t’adorer,
Nous venons dans ta maison
Et nous nous assemblons pour t’adorer,
Nous venons dans ta maison
Et nous nous assemblons
Pour t’adorer, Jésus !
T’adorer, te louer, Seigneur !

Tu nous donnes ta justice
Et tu nous affranchis pour t’adorer,
Tu nous donnes ta justice
Et tu nous affranchis pour t’adorer,
Tu nous donnes ta justice
Et tu nous affranchis pour t’adorer, Jésus !
T’adorer, te louer, Seigneur !

Nous levons nos mains vers toi,
Et nous te contemplons pour t’adorer,
Nous levons nos mains vers toi,
Et nous te contemplons pour t’adorer,
Nous levons nos mains vers toi,
Et nous te contemplons pour t’adorer, Jésus !
T’adorer, te louer, Seigneur ! »

Spontanément, ils enchaînèrent sur….

Majesté, à lui la majesté,
A Jésus soit louange, honneur et gloire.
Majesté, suprême autorité,
Du haut des cieux,
Son règne vient sur tous les siens.
Exaltons et célébrons le nom de Jésus,
Glorifions et proclamons Jésus-Christ le Roi.
Majesté, à lui la majesté,
Dans notre cœur,
Christ le Sauveur règne en Seigneur.

 

Nous ne savons pas combien de temps dura ce moment béni où le peuple de Dieu d’une seule voix adora son Seigneur mais le Saint Esprit, qui fait toujours bien les choses, ménagea quelques fois des moments de silence et des voix s’élevèrent dans la salle pour apporter une parole, un encouragement, une prière d’adoration ou un texte biblique inspiré qui remplissait le cœur de chaque disciple d’une joie que tous ressentaient. Il n’y eut aune fausse note.

Un jeune d’une ville voisine monta sur l’estrade, emprunta un saxophone, et pendant dix minutes improvisa un solo. Les invités crurent entendre Dieu parler.

Puis, un témoin vint leur dire que jamais dans son église il n’avait ressenti la présence du Seigneur avec une telle intensité alors qu’il croyait que son « église pentecôtiste » était une des spécialistes du Saint Esprit et il ne disait pas cela pour « taper sur son ex-assemblée » par parce qu’il était confus. Il redescendit humblement de l’estrade.

Les Darbystes se jetèrent un regard amusé et le frère Paul souri.

– Les pentecôtistes sont des gens comme les autres se dit-il.

Une jeune fille, de la place où elle était , éleva un chant qu’elle était la seule à connaître.
Le silence se fit et une fois de plus, le Peuple écouta son maître lui parler.

Après cela, un frère à son tour monta sur l’estrade et apporta un court enseignement sur la nécessité de laisser nos « instruments » à la maison quand on venait louer Dieu le dimanche.

Il parlait de la belle Bible, des épais carnets de chants, le beau costume et l’air inspiré, et tout ce qui fait l’attirail du parfait chrétien car il pense que Dieu n’aime pas les fioritures.

– Vous savez, dit-il, jusqu’au moment où je me suis converti et que j’ai rejoint une équipe de disciples, je n’aimais pas le dimanche, et venir au culte était pour moi une véritable torture car je ne pouvais supporter le sourire béat de gens qui pourtant se détestent.

Dans non église, les leaders avaient inventé une technique qui obligeait les gens à s’embrasser pendant le culte en se donnant le « baiser de paix» comme ils disaient et, quelquefois, ils renouvelaient l’opération à plusieurs reprises dans la matinée en ordonnant…

– Allez, prouvez à votre frère que vous l’aimez. Donnez-vous le baiser de paix.

Un dimanche, à la troisième fois, je suis parti et je n’ai jamais depuis plus embrassé un chrétien.
Aujourd’hui, j’ai envie de vous embrasser tous et je suis guéri de mon angoisse.

Merci Seigneur de m’avoir amené ici.

Les larmes aux yeux, Jérôme Presquil monta à son tour sur l’estrade et embrassa le garçon comme on embrasse un frère et nous fit un discours sur le pouvoir de l’amour qui sauve et l’amour qui guérit.

– Vous savez pourquoi il y a tant de malades et de morts spirituels dans les églises ?
C’est parce qu’il y manque une valeur fondamentale qui est pourtant la base de ce que Dieu à voulu pour nous puisque par Son amour il a donné son fils unique pour que nous soyons sauvés et puissions nous rassembler comme aujourd’hui. C’est l’amour.

C’est l’amour que Dieu a fait résider en nous qui sauve mais aussi qui guérit des maladies spirituelles, morales, psychiques, sociales et de tous les tourments que nous rencontrons sur la terre.

Jésus faisait des miracles et guérissait les gens de son époque parce qu’il les aimait et c’est cet amour qui vient de restaurer notre frère.

Non seulement sans l’amour nous ne sommes rien, vous avez tous lu 1 Corinthiens 13, mais nous ne pouvons rien faire sans cet amour et nous devons veiller à ce que jamais il ne s’éteigne.

Notre présence ici, c’est l’amour
Le travail de l’Église dans cette ville, c’est l’amour
Ses résultats, c’est parce qu’il y a de l’amour
Sa puissance, c’est l’amour

La Vérité, c’est l’amour, et si il n’y a pas d’amour, il n’y a pas de vérité non plus et personne ne peut entrer dans le Royaume de Dieu si il n’a pas en lui l’amour que Dieu donne sans compter à ceux qui le reçoivent et restent dignes de le fréquenter.

Vous, les disciples, vous en êtes les récipiendaires et je n’ai rien à vous apprendre sur le sujet, mais ma petite intervention était juste un rappel à ne jamais vous refroidir et garder ce merveilleux cadeau quoi qu’il arrive.
C’est votre amour pour les âmes qui sauve les hommes et c’est aussi cet amour qui les guérit quand ils en ont besoin.

Gloire à Dieu !

– Amen cria presque le peuple des disciples d’un seul coeur.

– Cet après midi , à partir de 15 heure, c’est Priscille et Aquila qui prendront la parole pour vous apporter ce qu’il ont reçu. Ils seront avec nous encore ce soir et demain.

Nous allons maintenant aller déjeuner et je vous invite à vous déplacer vers l’usine dont vous connaissez maintenant le chemin.

A tout à l’heure.

Le culte terminé, ils s’apprêtaient à quitter la salle quand le pasteur d’une autre assemblée prit la parole de la salle et fit remarquer qu’ils avaient oublié l’offrande.

Roger monta sur l’estrade et expliqua.

– Par rapport aux offrandes, nous avons une politique dans l’Église de la ville un peu différente de celle des autres assemblées.

Sauf pour pourvoir à un besoin urgent en direction des pauvres et des persécutés, nous ne demandons jamais d’argent et chez nous, chaque frère sait à ce propos ce qu’il a à faire et il n’y a pas de raison que cela change aujourd’hui.

Nous savons que certains d’entre vous trouvent juste de participer financièrement aux frais de cette rencontre et je ne vous dirai pas que ce n’est pas utile mais Dieu à déjà pourvu à la dépense.

Toutefois, si vous insistez, voyez avec celui ou celle qui vous héberge, les cuisinières ou n’importe quel frère de chez nous car « le secrétariat » est occupé à autre chose pendant le week-end.

Quelques traînards, en fait plus de la moitié des amis, ne voulaient pas quitter la salle et seraient bien restés autour du buffet pour papoter tout en grignotant un peu mais Roger leur dit que l’agape du midi servait de Sainte Cène et les convia à rejoindre tout de suite l’usine.

– Ne vous inquiétez pas, vous aurez encore l’occasion de continuer à vous rencontrer et ne faisons pas attendre le chef et le service aux tables qui vont s’impatienter. Aimez-vous manger froid ?

Comme des enfants bien élevés mais avec quelques regrets tout de même, les indisciplinés disciples rejoignirent les rangs en commentant avec beaucoup d’émotion le moment qu’ils venaient de vivre.

-Vous faites cela tous les dimanches ? demanda un invité à Gérard d’Orville qui marchait à côté de lui.
– Non, nous, c’est le samedi, répondit Gérard.
– Nous réservons le dimanche pour des réunions d’évangélisation à la salle des locaux et pour visiter les autres églises de la région chacun à notre tour. Nous avons ainsi l’impression de ne pas être les seuls sur la terre et cela nous a permis de vous rencontrer.
– Mais, pour l’argent, comment vous faites sans demander des offrandes ?
– Nous partageons tout et, quand il en manque, Dieu pourvoit et si c’est bien rare que nous ayons du surplus, nous ne manquons jamais de rien.
– Tout de même, insista l’autre, mais pour louer une salle comme celle d’où nous venons et l’usine, il faut avoir les moyens tout de même !
– Non, nous avons fait avec ce que nous avions et pour l’usine, elle nous a été prêtée.
Pour le reste, nous nous débrouillons fort bien car nous n’avons pas d’ambition mais juste des besoins.
– Cela est une bonne réponse sourit le frère avec un regard en coin, je comprends que vous soyez tant à l’aise.

En se rendant à l’usine, un autre groupe discutait à propos des dons spirituels et l’un d’eux s’étonnait de n’avoir pas entendu crier dans la salle.

– J’ai assisté une fois à une réunion dans une église où pendant la prière, tout le monde criait en même temps au point où cela en devenait désagréable, dit-il avec une pointe d’ironie. Je me demande comment le Seigneur fait pour les comprendre.
– Oui, c’est une spécificité des ADDF, répondit son compagnon qui avait remarqué lui aussi, ces gens ont été habitué comme cela.
– Il y en a même qui pleurent sur commande et ce que je me demande moi, intervint un troisième, c’est comment ils ne s’aperçoivent pas que cela n’a rien de spirituel et que Dieu doit être lassé de ces fausses émotions qui ne le glorifient pas.

Laissons là nos disciples critiquer un peu ce qu’ils n’acceptaient pas et devançons-les à l’usine où l’effervescence régnait parce que le chef avait encore piqué une de ses belles colères.

– Pourquoi les gâteaux ne sont-ils pas arrivés, tonnait-il en prenant les sœurs à témoin, c’est un scandale et ce pâtissier va avoir de mes nouvelles. Il veut ma mort ou quoi ?
– Sans doute pas, lui dit un jeune un peu craintif, qu’est-ce qui te fait penser à cela ?
– Mais je suis déshonoré petit, ne sais-tu pas que pour un chef tout doit être parfait ?
– Vous pensez à Vatel ? Interrogea Armande finaude.
– Non, lui, c’était le poisson et il a bien fait de se suicider, ragea le chef de plus belle, mais qu’est-ce qu’il fait ce pâtissier !
– Il veut te mettre à l’épreuve lui souffla goguenard celui qu’il appelait « son arpette » mais qui lui rendait d’immenses services, tu as besoin d’apprendre la patience.
– Un grand chef n’attend pas, répliqua le cuisinier dans sa colère et …

Il ne pu en dire plus car il venait de réaliser la justesse des propos de son second qui sans le vouloir venait de lui donner une leçon spirituelle. Oui, il avait bien besoin de se calmer un peu surtout qu’il se rendait compte qu’il stressait tout son entourage et qu’il n’y avait que lui qui parlait.

– Bon, mais il va m’entendre ce pâtissier promis le cuistot pour sauver la face, voici les invités.

En effet, les disciples qui avaient participé au culte commençaient à entrer dans la cour de l’usine et il n’était plus temps pour personne de se disputer. Le chef fit une courte prière.

– Seigneur, bouscule ce pâtissier s’il te plaît.

Les gâteaux arrivèrent un peu plus tard, bien sûr, et les convives firent ce qu’on appelle un repas de fête. Seul le vin manquait un peu à certains qui étaient fins gourmets.
Après le repas, chacun vaqua à une occupation en attendant l’heure de la prochaine réunion et beaucoup de liens se tissèrent entre les disciples de la région qui s’invitèrent mutuellement à se visiter d’une manière tout à fait informelle.

Les jeunes avaient repris leur guitare et chantaient des cantiques de leur composition. Pierre et Anne, qui ne se quittaient plus, essayaient de donner le change mais leur manège ne trompait personne.

Ils lisaient la Bible dans un coin écarté mais visiblement pensaient à autre chose.

Les bonnes mœurs étant de mise chez les Enfants de Dieu, les tourtereaux se tenaient à distance respectueuses l’un de l’autre et quelques adultes encore un peu égrillards prenaient déjà des paris sur l’avenir.

– Je ne leur donne pas trois mois avant qu’ils ne se déclarent, dit Marcel qui d’ivrogne qu’il était se trouvait être un gai compagnon.
– Pari tenu, rigola Jimenez qui continuait à s’occuper des groupes de jeunes dans son assemblée. Le seul problème pour un pari est que je suis d’accord avec toi.
– De toutes façons, ces deux-là, ils se ressemblent, dit Marcel qui avait l’habitude de rencontrer du monde, nous devrions parier plutôt l’avenir de Jo car il est toujours célibataire et je me demande si nous ne devrions pas l’aider un peu pour trouver une épouse, il va se faire vieux.
– Ce n’est pas à nous à nous en occuper, répondit l’autre luron, mais puisque tu en parles….

Les deux frères se mirent à l’écart et prièrent pour les jeunes, les célibataires, les divorcés, bref, pour tous ceux pour qui ce genre d’agape favoriserait la rencontre. Ils savaient à ce moment là être écouté de Dieu.

Sur les bancs disposés prés de l’entrée du bâtiment, une dizaine de personnes âgées devisaient calmement et comparaient les temps anciens et ce qu’ils vivaient tous en ce moment.

– De mon temps, dit une vieille, on allait à l’église parce qu’on y était obligé et cela a fini par devenir une habitude.
– Oui, lui répondit une septuagénaire, chez nous, nous n’étions religieux que le dimanche mais cela nous arrangeait très bien. Le plus dur était la prière avant de se coucher et ma mère, bien que peu religieuse était intransigeante sur la question.
– Mon père était pasteur, ajouta à son tour une jeunette de 65 balais, et nous avions droit, nous les enfants, à une étude biblique obligatoire avant chaque repas.. Mon Dieu ce que nous avons souffert !

Les trois femmes en riant continuèrent à échanger des souvenirs de jeunesse tandis que le reste de la troupe se préparait à rejoindre la salle des fêtes pour la réunion de l’après midi.

Sans doute par habitude ou pour attendre la fin de la digestion, les disciples de la régions chantèrent quelques chants mais le cœur n’y était pas. Il attendaient la première intervention de Priscille et Aquilla qui, enfin, montèrent sur l’estrade.

Contre toute attente, ils emmenèrent avec eux chacun une chaise et une petite table et Aquilla redescendit pour aller chercher un bouquet de fleurs qu’il posa sur la table.

– Les fleurs, c’est pour vous les offrir, dit-il à la cantonade. Comme cela, si ce que nous allons vous raconter ne vous intéresse pas, vous n’aurez pas tout perdu.
– Et nous en jetons l’eau des fleurs à la tête du premier qui s’endort pour faire une sieste continua Priscille comme s’il s’agissait d’un sketch.

Tout le monde s’esclaffa et la glace était déjà rompue.

– Cette petite entée en matière était pour dérider la salle, poursuivit Aquilla reprenant son sérieux, parce que quand nous parlons dans des lieux où l’on ne nous connait pas, les gens sont toujours un petit peu timides et nous voulons casser le formalisme qu’il y a dans certaines assemblées.

N’oublions pas que Jésus prêchait sur la montagne, dans une barque, dans des temples, dans la rue, chez des particuliers, et même qu’une fois, il a produit son petit effet sur un âne alors qu’on l’attendait en carrosse ou triomphant sur les ailes d’un ange.

Nous avons mis une table, ce n’est pas pour simuler une chaire mais juste pour poser nos Bibles et nos coudes. C’est bien plus confortable que de rester devant vous droit comme des « I » pendant une heure.

Devinez de quoi nous allons parler. Mais de l’Église tiens donc !

Par les sourires illuminant les visages des disciples qui écoutaient cette entrée en matière peu orthodoxe, les orateurs surent que le public leur était acquis.

Aquilla reprit.

– Il y a un passage que nous aimons beaucoup et qui parle de grain de moutarde et de branches. Vous le trouvez en Matthieu 13 :31-32 et je propose que nous le lisions ensemble.

« Il (jésus) leur proposa une autre parabole, et il dit: Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ.

C’est la plus petite de toutes les semences; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches. »

C’est un peu l’histoire de l’Église de la ville qui nous reçoit ces jours-ci, mais je ne pense pas que vous ayez eu le temps de lire la brochure que vous avez reçue en cadeau en arrivant et qui raconte l’historique de cette œuvre, et c’est par là que je voudrais commencer.

Souvent, les églises naissent de scissions volontaires parce que l’assemblée « grossit » trop vite et une partie essaime dans un autre quartier, ou involontaires quand il arrive une division entre frères et une partie des membres suivent le leader qui s’en va.

Elles naissent aussi de la volonté d’un homme qui, ayant quitté une église pour une quelconque raison, va ouvrir sa « propre boutique » et inviter les mécontents des autres assemblées à le rejoindre.

Quelque fois aussi, un pasteurs qui se fait évincer l’une église ou d’une fédération ouvre aussi « son » église et encore, tout simplement, un homme peut-être appelé par le Seigneur dans Sa vigne parce que dans le coin il n’y a pas de maison digne de Son nom pour accueillir Ses Enfants ou ceux qui vont le devenir.

Tous, autant que vous êtes, venez d’horizons différents et, si certains d’entre vous « sortent » d’une autre assemblée, la plupart d’entre vous avez été enfantés en Christ par la prédication d’un frère et avez rejoint le troupeau dans lequel vous évoluez.

Nous parlerons essentiellement de cette dernière option parce qu’il y aurait trop long à dire sur le reste quoi que nous pourrions être amenés à en parler pendant le temps qu’il nous reste à passer ensemble.

Dans tous les cas, celui qui vous a parlé de Christ et vous a amené à la foi et à votre condition de disciple est un personnage qui est passé par tout un processus, disons de diverses étapes, que nous allons examiner maintenant afin de comprendre comment une simple graine de moutarde a pu devenir aussi importante pour que ses branchent servent de nichoir à une aussi grande communauté.

Abraham avait été étonné quand Dieu lui avait dit que de son sein sortirait un peuple plus nombreux que les grains de sables de la mer . Vous vous rendez compte ?

Je me demande si Abraham à cru Dieu à ce moment là mais ce qui est certain, c’est que la plupart des réveils dans une région se sont produits grâce au travail d’un seul homme, d’une seule graine qui a porté du fruit.
Ce fruit en a donné dix, ces dix en ont donné cent et ces cent, combien en donneront-ils ?

D’accord, vous qui êtes réunis n’êtes pas tous le fruit d’un seul homme, mais c’est le travail d’un seul homme qui vous a permis d’être ensemble aujourd’hui et c’est très important parce que divisés auparavant vous étiez, réuni aujourd’hui et unis vous êtes.

Un murmure parcouru la salle. Le peuple approuvait.

Mais avant d’en arriver là, il a fallu des mois et des années de préparation pour que le grain tout d’abord germe, puis éclose, qu’il fleurisse, qu’il porte un premier fruit, un second, une branche et ainsi de suite pour être la branche que nous voyons de nos yeux et dont nous sommes nous-mêmes les fruits.

L’historique de cette église reste assez discret sur la première phase qui est la conversion de Jo et le combat qu’il a mené contre lui-même pour enfin être prêt et commencer à construire. C’est normal, c’est lui qui l’a écrit et les douleurs de cet enfantement ont été très pénibles mais vous les comprendrez car vous les avez tous vécues.

S’il est très facile d’être un religieux dans une église, toute évangélique qu’elle soit, c’est une autre paire de manches que de devenir un réel disciple. Que disait Jésus sur la question ?

Celui qui veut devenir mon disciple…..

Vous connaissez tous les versets qui parlent de la question.

Avant de devenir chrétien, le disciple a du mourir au monde, puis, il a du mourir à lui-même, puis, il a du faire mourir la religion qu’on lui a apprise et, sa liberté gagnée, il a dû sacrifier cette liberté pour la mettre entièrement à disposition du Maître.

Je vous ai résumé cela en une phrase mais cela a pris à certains disciples des années pour le comprendre et ils ont du subir pour la plupart le courroux et les insultes des frères. Enfin de ceux qu’il croyait être leurs frères

Pour ceux que vous amenez à la foi, il doit en être autrement et souvenez-vous que Jésus a formé ses disciples en moins de trois ans seulement et, même si certains d’entre eux étaient parfois un peu turbulents, tous travaillaient en faveur du Royaume et portaient le fruit que l’on voit encore maintenant.

En fait, pour nous, le processus a été très long car nous avons du franchir des étapes qui n’auraient pas eu lieu d’être.

La plus importante est celle de la religion.

Beaucoup d’entre nous sont venus à la foi par au travers d’églises traditionnelles, ou plutôt institutionnelles devrais-je dire, où l’on trouve ce mélange de foi et de religion qui fait tant de dégâts et que vous avez quittées car elles se révélaient apostates.

Vous y avez subi des enseignements erronés, ceux qui « excusent le péché » par exemple, et pris des habitudes dont vous avez dû vous débarrasser car ce sont elles qui vous empéchaient de grandir et, comme ceux qui échappent à des sectes, certains d’entre nous ont dû être « déprogrammés » et guéris des blessures infligées non pas par des hommes mais des systèmes pervers qui nous retenaient prisonniers.

C’est ce que nous allons ensemble examiner maintenant.

A suivre…
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8 commentaires pour Les aventures du Pasteur Jo

  1. Ping : Il réintégra son corps | Il y a bon les évangéliques !

  2. Ping : Victoire sur les œuvres du diable | Il y a bon les évangéliques !

  3. Ping : Pour les « sans églises »: Mode d’emploi ! | Il y a bon les évangéliques !

  4. Ping : L’année de la Vérité :Le nettoyage commence ! | Il y a bon les évangéliques !

  5. Ping : Convaincu de péché ? | Il y a bon les évangéliques !

  6. Ping : Deux pasteurs volent une église à leur fédération | Il y a bon les évangéliques !

  7. Ping : La suite des aventures du pasteur Jo | Il y a bon les évangéliques !

  8. Ping : [Christianisme] Création d’un comité d’attaque contre un serviteur. | Il y a bon les évangéliques !

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